The Lobster

ECRANS | De Yorgos Lanthimos (Gr/GB/PB/Ir/Fr, 1h58) avec Colin Farrell, Rachel Weisz, Jessica Barden…

Vincent Raymond | Jeudi 29 octobre 2015

Photo : DR


Une société futuriste, où le célibat est banni. Les contrevenants ont un peu plus d'un mois pour trouver l'âme sœur dans un hôtel. En cas d'échec, ils sont changés en l'animal de leur choix. Menacé, David s'échappe et rejoint une armée rebelle, les Solitaires qui, eux, interdisent les couples…

Objet bizarroïde tenant à la fois de l'europudding arty et de l'hommage à ce cinéma britannique de la fin des années 1960 — friand de thèmes dystopiques, d'ambiances beige-greige-marronnasse, de dialogue rare et de montage aride — The Lobster représente à dessein un futur dépassé.

Bourrée jusqu'à la gueule de métaphores ultra clignotantes, la fable pèse d'autant plus vite qu'on assiste à un défilé interminable de stars grimées ou enlaidies, tirant des museaux exagérément longs. Elle laisse également dubitatif quant à la position de Lanthimos vis-à-vis de la représentation de la violence : le réalisateur semble balancer entre une certaine complaisance voyeuriste et une difficulté à assumer frontalement ses choix, notamment à la toute fin… VR


The Lobster

De Yorgos Lanthimos (Grè-GB-PB-Irl-Fr, 1h58) avec Colin Farrell, Rachel Weisz... Dans un futur proche, en vertu des lois de la Ville, toute personne célibataire est arrêtée et transférée à l'Hôtel. Là, il a 45 jours pour trouver un partenaire. Faute de quoi il sera transformé dans l'animal de son choix, puis relâché dans les Bois. N'ayant plus rien à perdre, un homme s'échappe de l'Hôtel et gagne les Bois où vivent les Solitaires et où il va tomber amoureux. Mais l'amour n'est pas autorisé chez les Solitaires…
Cinéma Le Méliès Jean Jaurès 10 place Jean Jaurès Saint-Étienne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Sauvage" : Léo Love Caniveau

Drame | de Camille Vidal-Naquet (Fr., 1h39) avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Philippe Ohrel…

Vincent Raymond | Mercredi 5 septembre 2018

Pour se fournir sa came quotidienne, Léo se vend ici ou là à des hommes, traînant son corps délabré de SDF sur les pavés parisiens. Des occasions de s’en sortir se présentent à lui parfois, mais il préfère vivre dans l’instant présent, l’adrénaline du fix et la sueur des corps incertains… Venir après Van Sant, après Téchiné, après Chéreau, après Genet, enfin après tout le monde en somme, dans la contre-allée de la représentation des éphèbes clochardisés vendant leur corps contre au mieux une bouffée de drogue, c’est déjà risqué. Mais ensuite tomber dans le maniérisme esthétique du pseudo pris sur le vif (avec coups de zooms en veux-tu, en voilà, rattrapage de point), dérouler les clichés comme on enfile des perles (boîtes gays nids à vieux fortunés, musicien vicieux rôdant tel le vautour…) pour nous conduire à cette fin prévisible comme si elle avait été claironnée… Était-ce bien nécessaire ? L’ultime plan, en tant qu’évocation indirecte de Verlaine, a plus d’intérêt, de force et de sens que bien des simagrées précédentes. On peut également sauver une ou deux répliques, assez bien troussées — elles.

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"Makala" : Au charbon !

ECRANS | de Emmanuel Gras (Fr., 1h36) avec Kabwita Kasongo, Lydie Kasongo…

Vincent Raymond | Mercredi 6 décembre 2017

Kabwita bâtit sa maison. Afin d’acheter les tôles destinées à recouvrir le toit, il entreprend de fabriquer du charbon qu’il ira vendre sur le marché de Kowelzi. Alors s’engage un très long processus : coupe du bois, calcination, acheminement “à dos d’homme” et cycle de lourds sacs… Dûment récompensé par le Prix de la Critique sur la Croisette, ce film oscille — sans avoir vocation à trancher, d’ailleurs — entre documentaire et fiction ; flirte parfois avec le suspense pour s’achever par une envolée mystique. Captivant par sa pure élégance formelle, avec ses plans enveloppants (voire caressants), Makala est un film quasi marxiste, dans la mesure où il matérialise toutes les étapes de la production d’un — très exigu — capital, conquis par un forçat de la terre. Emmanuel Gras saisit du labeur l’abrutissante mécanique hypnotique, l’ingratitude de la rétribution, comme il montre l’aisance des intermédiaires ou le racket ordinaire opéré par les forces de l’ordre. D’aucuns pourraient se gausser devant la croisade dérisoire de Kabwita, arguant qu’il ne se passe

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Hubert Charuel : « Une manière de dire au revoir à la ferme familiale »

LE RÉALISATEUR DE PETIT PAYSAN | Petit Paysan deviendra-t-il grand cinéaste ? C’est bien parti pour Hubert Charuel, qui signe un premier long métrage troublant. Entretien cartes sur étable.

Vincent Raymond | Jeudi 31 août 2017

Hubert Charuel : « Une manière de dire au revoir à la ferme familiale »

De quelle(s) épidémie(s) vous êtes-vous inspiré ? HC La maladie du film est fictive : elle présente plusieurs symptômes de maladies réelles, mais qui se soignent. J’ai grandi pendant la période de vaches folles et de fièvre aphteuse. On était dans cet esprit de paranoïa : l’angoisse de mes parents, de ma familles, des amis aux alentours était totale, personne ne comprenait ce qui se passait. Les vétérinaires ne savaient pas ce qu’était Creutzfeld-Jacob, n’avaient pas les résultats… Ça a vraiment choqué beaucoup de monde. Les abattages, c’est horrible : les gens arrivaient, on tuait tous les animaux, on creusait une fosse au milieu de la ferme, on brûlait les animaux sur place. Un traumatisme pour les éleveurs et les vétérinaires. Certains ne s’en sont pas remis de faire des abattages totaux à la chaîne. D’autres ne s’en pas remis financièrement. Quand on dit à l’éleveur qu’il va toucher des indemnités, c’est plus complexe que ça. Elles viennent parfois un an, deux ans après ou jamais. En attendant, il y a un crédit à rembourser, des emprunts pou

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"Petit Paysan" : De mal en pis

ECRANS | Un petit éleveur bovin tente de dissimuler l’épidémie qui a gagné son cheptel. Ce faisant, il s’enferre dans des combines et glisse peu à peu dans une autarcie paranoïaque et délirante. Une vacherie de bon premier film à voir d’une traite.

Vincent Raymond | Mardi 22 août 2017

Difficile d’être plus en phase avec l’actualité qu’Hubert Charuel. Au moment où l’on s’interroge sur la pérennité des aides à l’agriculture biologique, et où l’on peine à mesurer les premières conséquences du n-ième scandale agro-industriel, son film nous met le nez dans la bouse d’une réalité alternative : celle des petits paysans. Ceux qui n’ont pas encore succombé, rongés par l’ingratitude de leur métier et les marges arrières de la grande distribution, ni été aspirés par leurs voisins, gros propriétaires fonciers ou de fermes automatisées — on en voit ici. Sans foin ni loi Pierre est un petit paysan à la tête d’un domaine raisonnable — c’est-à-dire qu’il la gère tout seul, mais en lui consacrant tout son temps. Lorsqu'il détecte dans son troupeau des animaux malades d’une mystérieuse fièvre hémorragique, il redoute le pire : l’abattage de la totalité de ses bêtes. La dissimulation lui offre une illusion de répit, mais les conséquences ne font qu’aggraver le problème. Hubert Charuel signe un portrait “empathique” de ce prolétaire rural, a

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Ava : Jeune fille en fleur avant l’ombre

ECRANS | Dernier été pour les yeux d’Ava, ado condamnée à la cécité s’affranchissant des interdits ; premiers regards sur le cinéma de Léa Mysius (coscénariste des Fantômes d’Ismaël) avec ce film troublant et troublé, ivre de la séduction solaire de la jeune Noée Abita.

Vincent Raymond | Mercredi 28 juin 2017

Ava : Jeune fille en fleur avant l’ombre

Ava a treize ans, une mère célibataire fantasque, une petite sœur au biberon et une maladie qui va la rendre aveugle à la fin des grandes vacances. Loin de s’apitoyer sur son sort, l’ado profite de ce qui lui reste de vue pour longer les marges avec un jeune gitan qui la fascine… Bonne pioche pour la Semaine de la Critique que ce premier long métrage de Léa Mysius, tout à la fois empli de la vitalité rebelle de la jeunesse et confronté à l’inéluctable d’une disparition précoce. Un poème sensoriel débarrassé d’un ancrage forcené au réalisme, Ava qui s’octroie des parenthèses de folie douce lorsqu’il s’agit d’évoquer le ressenti de la liberté, le frisson de l’incertain. Une révolte métaphorique dans une fuite à la poursuite de la beauté, où la suggestion discrète l’emporte sur la pataude monstration. Garde à vue On sait combien un film peut se trouver transfiguré par son acteur·trice grâce à l’accord intime entre l’interprète et son personnage. Ce que livre ici la débutante Noée Abita tient de la vibration : à l’âge

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Mars : Non mais ça ne va pas mieux ?

Cinéma | La bagatelle de 88 films s’apprête à fleurir sur les écrans en ce mois de mars — un flot insensé propre à rendre malades les plus chevronnés des spectateurs. Curieusement, la thématique de la pathologie y est très présente. C’est grave, docteur ?

Vincent Raymond | Mercredi 1 mars 2017

Mars : Non mais ça ne va pas mieux ?

À la différence de la semaine des quatre jeudis, les mois à cinq mercredis existent bien. Et pèsent puissamment sur le calendrier cinématographique, soumettant les spectateurs indécis à une torture chronique. Lorsqu’en plus ils traitent de désordres physio- ou psychologiques, cela vous donne l’impression de faire un stage aux urgences. Le summum est atteint avec le très attendu Grave de Julia Ducournau (8 mars) film gore présenté lors la dernière Semaine de la Critique cannoise décrivant le calvaire d’une jeune végétarienne, élève en école vétérinaire de surcroît, se découvrant un goût pour la chair humaine. Cette approche singulière dans le paysage hexagonal — qui lui a d’autorité attiré une audience mondiale, séduite par l’odeur de l’hémoglobine scandaleuse —, se double d’un sens organique du plan, du son et du montage. Manque toutefois encore un peu de substance dans son écriture, souffrant de la maladie du cartésianisme et de court-métragisme résiduel. Julia Ducournau devrait s’en remettre très vite. Tout ça, c’est dans la

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Le Voyage d’Arlo

ECRANS | Après avoir conquis les esprits et les cœurs au printemps grâce à Vice-Versa, le studio Pixar sort son second film de l’année. Est-ce une si bonne nouvelle que cela ?

Vincent Raymond | Mercredi 25 novembre 2015

Le Voyage d’Arlo

Comme il y a des années à treize lunes, 2015 aura donc été celle aux deux Pixar. Mais le calendrier se révèle aussi implacable que trompeur : sorti après Vice-Versa, Le Voyage d’Arlo aurait dû le précéder d’un an, si son réalisateur initial Bob Peterson n’avait pas été remercié et si, surtout, le projet avait été plus solide. Malgré, les changements d’équipes, les remaniements de scénario ; malgré, enfin la garantie de qualité théorique que constitue le label Pixar, c’est un film malade qui nous est donné à voir. Aussi bancal et minuscule que le héros-titre au sortir de son œuf immense et prometteur. Oh, la technique n’est pas en cause : la représentation des décors et de la nature frise la perfection… jusque dans ses imperfections ; quant à la relative laideur des personnages (ou, à tout le moins, leur graphisme sommaire, digne d’un patatoïde de classe maternelle), elle semble destinée à rappeler au spectateur qu’il se trouve bien devant un univers factice, un simulacre de monde, et non des prises de vues réelles. Le plus désolant en effet, c’est le manque de fluidité dans une narration faite de soubresauts et d’entrechocs ; l’extrême prévisibilité d

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Notre petite soeur

ECRANS | ​De Hirokazu Kore-eda (Jap, 2h08) avec Haruka Ayase, Masami Nagasawa, Kaho…

Vincent Raymond | Jeudi 29 octobre 2015

Notre petite soeur

Trois sœurs décident d’héberger dans la demeure familiale leur jeune demi-sœur, orpheline à la suite du décès de leur père. Chronique douce-amère de cette sympathique cohabitation… On pourrait parler de tranches de vie, voire de tranches de gâteau : il n’est pas de séquence qui ne montre ou ne parle de nourriture ! Le repas est à Notre petite sœur ce que le sexe est au cinéma pornographique : un acte ordinaire consommé dans des proportions tellement orgiaques et inhumaines (par des créatures filiformes de surcroît) qu’il en devient un rite obscène. Cette obsession de Kore-eda pour l’assiette rend malheureusement le reste de son film anecdotique : le parcours de ses personnages, pourtant attachants, s’écoule en arrière-plan. Certes, quelques plans ravissants sur des cerisiers en fleurs et des parties de foot mixtes offrent un bref dérivatif, mais on peste un peu de sortir de cette comédie dramatique en restant, c’est le comble, sur sa faim… VR

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