"Voir le jour" : Sages femmes

ECRANS | De Marion Laine (Fr., 1h31) avec Sandrine Bonnaire, Brigitte Roüan, Aure Atika…

Vincent Raymond | Mardi 25 août 2020

Photo : ©Pyramide Films


À l'hôpital de Marseille, Jeanne est auxiliaire dans un service de maternité. Son quotidien, entre les arrivées, les départs, les naissances ; les relations tantôt coulantes, tantôt houleuses avec les collègues ou l'administration… Et puis la vie à côté, avec sa fille de 18 ans, presque autonome…

Qu'elles soient documentaires ou frictionnelles, issues d'un long métrages (comme Hippocrate) ou non, les séries thématiques hospitalières nous ont familiarisés depuis deux décennies avec les couloirs aseptisés et le vocabulaire spécifique ou l'adrénaline qui les parcourent. Faisant partie de la cohorte des films décalés par la pandémie, Sages femmes tombe à point nommé dans la mesure où il s'articule autour des difficultés récurrentes de fonctionnement du service : la continuité des soins, l'usure des personnels, le manque de suivi des stagiaires, les risques, la vétusté sont compensés par l'investissement surhumain des équipes plaçant leur mission au-dessus de leur vie personnelle — ce qui n'empêche pas, hélas, les fautes. L'eût-on vu avant la crise de la Covid-19 (ce qui est le cas pour le public de quelques festivals), qu'on l'eût perçu comme un signal d'alerte ; il n'en prend que plus de valeur aujourd'hui.

Et puis, Marion Laine habille son tract pro néonatalogie d'une chair dramatique palpitante. Les soignantes ne sont pas réduites à leur blouse blanche : Sandrine Bonnaire s'avère plutôt crédible avec son passé de vedette rock/nouvelle scène française des années 1990, Brigitte Roüan également en “autorité morale“ rebelle en marge des cercles de pouvoir ; quant à la jeune Kenza Fortas (révélée par Shéhérazade), elle s'illustre dans une séquence de suspense éprouvante. Si on se trouve face une enviable somme d'interprètes, celles-ci font “groupe“ au service de leurs personnage et de leur combat commun — à l'instar des Bureaux de Dieu de Claire Simon (2009), où une distribution également pléthorique s'effaçait au profit de la cause des femmes. Militant, mais pas que.

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"10 jours sans maman" : Décharge parentale

ECRANS | De Ludovic Bernard (Fr., 1h38) avec Franck Dubosc, Aure Atika, Alice David…

Vincent Raymond | Mercredi 19 février 2020

Excédée par la forfanterie paternaliste qu’il manifeste au logis, l’épouse du DRH d’une grande surface s’octroie dix jours de vacances seule ; charge au mari de s’occuper de la maison et des trois enfants, en plus de son travail. Bien sûr, ça ne va pas bien se passer, du moins au début… L’une des plaies modernes du cinéma contemporain (et tout particulièrement de la comédie française) s’appelle la bande-annonce. Consistant en un concentré de film surmonté façon clip épileptique, ce produit formaté gâche plus les effets et/ou l’histoire qu’il n’éveille la curiosité. Promesse de prévisibilité catastrophique, celle de 10 jours sans maman est l’exemple du parfait repoussoir. Sauf que… Loin d’être un chef-d’œuvre de raffinement, d’intelligence ni d’esthétique (on baigne quand même dans l’uniforme lumière fromage blanc téléfilm), le nouveau Ludovic Bernard (L’Ascension) n’est pas si épouvantable que cela. Même avec Franck Dubosc, c’est dire ! D’abord, il tient son pari d’aborder la question de la méconnaissance charge mentale ménagère par le biais de la comédie, il s’attaque à ce tabou existant encore autour de la

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"Shéhérazade" : La belle et le crevard

Prix Jean-Vigo | À peine sorti de prison, Zak s’esquive du foyer pour mineurs où on l’a placé, sa mère ne souhaitant plus héberger cet ado à problèmes. Recalé par le caïd de son (...)

Vincent Raymond | Vendredi 31 août 2018

À peine sorti de prison, Zak s’esquive du foyer pour mineurs où on l’a placé, sa mère ne souhaitant plus héberger cet ado à problèmes. Recalé par le caïd de son quartier, Zak se lance dans le proxénétisme pour le fric et par amour pour Shéhérazade… Portrait rude et âpre d'une jeunesse en déshérence encore bien proche de l’enfance — mais qui s'illusionne d'être parvenue à l'âge adulte pour fuir sa détresse — Shéhérazade explique sans jamais recourir au “didactisme” du film-dossier comment des gamins abandonnés tombent dans la spirale sans fin de l’autodestruction. Cependant subsiste en eux une malingre et parfois inattendue étincelle, suffisamment vivace pour les ramener du côté de la lumière. Mais à quel prix ! — voir l’excellent De toutes mes forces de Chad Chenouga. Jean-Bernard Marlin capte avec talent ce mixte d’innocence et de violence, toutes deux consécutives à l’immaturité et à l’inculture des personnages : absence de repères, de sécu

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"Une saison en France" : Au mauvais accueil

À côté | de Mahamat-Saleh Haroun (Fr., 1h40) avec Eriq Ebouaney, Sandrine Bonnaire, Bibi Tanga…

Vincent Raymond | Mercredi 31 janvier 2018

Les bons sentiments, la mauvaise littérature, toussa… Le précepte jadis énoncé par Jeanson se transpose toujours aussi aisément au cinéma. C’est triste pour les idées qu’ils défendent ; et cela le serait bien davantage si l’on ne reconnaissait pas le bancal des œuvres supportant ces justes causes. Décalque (involontaire ?) de celle de Moi, Daniel Blake, l’affiche d’Une saison en France place d’emblée le film dans une ambiance inconsciemment loachienne. Les similitudes s’arrêtent ici, tant les partis-pris s’opposent : à l’urgence documentarisante, Haroun préfère une esthétique posée, parfois surcomposée qui encombre de théâtralité vieillotte le récit de son héros. Centrafricain exilé en France, celui-ci attend la décision qui fera de lui, de son frères et de ses enfants des réfugiés légaux. Malgré l’aide de la femme qui l’aime, son attente son espoir ne cesse de s’effilocher et ses conditions de vie de se dégrader… Quitte à passer pour un fourre-tout, ou un mauvais Olivier Adam, ce film-dossier empile les situations limites et l

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"Prendre le large" : Voir du pays (ou pas)

ECRANS | de Gaël Morel (Fr., 1h43) Sandrine Bonnaire, Mouna Fettou, Kamal El Amri…

Vincent Raymond | Mercredi 8 novembre 2017

Solitaire, n’ayant plus guère de lien avec son fils, Edith est touchée par un plan social. Plutôt que d’accepter une prime de licenciement, elle demande à être reclassée dans une usine textile du même groupe au Maroc, très loin de son Beaujolais. Espérant trouvant dans l’éloignement géographique et l’affection d’étrangers ce qui lui fait viscéralement défaut — l’amour de son fils (égoïste et homosexuel) — Sandrine Bonnaire est ici bien triste à voir, dans la peau d’un personnage passif, dépressif et naïf mais aussi victime de gros plans peu flatteurs dès l’ouverture du film. Sa déconfiture ne cesse de dégouliner en suivant des rails aussi rectilignes que les Colonnes d’Hercule. On ne saurait trop déterminer ce qui motive vraiment Gaël Morel : parvenir au rapprochement tardif entre le génitrice et son fils prodigue ou bien dénoncer pêle-mêle les conséquences de la mondialisation, la précarité des ouvrier·ère·s au Maroc et la sournoise cruauté d’une contremaîtresse sadique. Une chose est certaine : le Droit du Travail tel qu’on le connaissait ne s’applique pas de l’autre coté de la

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Sandrine Bonnaire : «Ce métier est une offrande»

SCENES | Renouant avec le théâtre, Sandrine Bonnaire dit avec simplicité l'histoire d'une comédienne déchue et réduite à faire des ménages via le texte autobiographique de Samira Sedira, "L'Odeur des planches". Dialogue avec la plus radieuse des actrices françaises, née sous le haut-patronage de l'immense Maurice Pialat. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 5 mai 2015

Sandrine Bonnaire : «Ce métier est une offrande»

En 1989, vous jouiez pour la première fois au théâtre dans La Bonne âme du Se-Tchouan sous la direction de Bernard Sobel. Vous vous êtes ensuite absentée jusqu’à L’Odeur des planches. Qu’est-ce qui vous a menée au théâtre, vous en a éloignée puis vous y a ramenée ? Sandrine Bonnaire : J’ai effectivement arrêté le théâtre durant plusieurs années pour diverses raisons, notamment parce que j’ai eu un enfant et que j’avais peu envie de sortir de chez moi le soir. Le désir n’était plus là, mais il est revenu il y a deux ans. En fait, j'avais sollicité Jean-Michel Ribes pour le projet du Miroir de Jade [pièce chorégraphiée créée dans la foulée de L'Odeur des planches, NdlR], pour lui demander s’il pouvait financer ce spectacle, et il m’a présenté Richard Brunel qui m’a proposé de faire cette lecture. On a fait trois jours de lecture à Valence et on avait envie de le reprendre avec le texte appris. On s’est rendu compte que ce texte devait être interprété, qu’une simple lecture ne convenait pas car on ne peut pas vraiment rester en retrait de ce récit. Qu’est-ce qui vous a attirée dans ce texte peu

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Le feu de la servante

SCENES | "L’odeur des planches", roman adapté en pièce de théâtre, est un très beau monologue sur le métier et la vie d’une comédienne qui ne peut plus exercer sa passion. Le texte trouve toute sa dimension dans le jeu de Sandrine Bonnaire. Florence Barnola

Florence Barnola | Mardi 5 mai 2015

Le feu de la servante

A l’origine Samira Sedira a écrit un roman, son premier. Pour autant son écriture s’avère d’une incroyable maturité, d’une grande force qui vous emporte. L’auteur va à l’essentiel en choisissant les mots justes, vecteurs d’actions et d’une émotion bouleversante. Samira Sédira a écrit ce texte comme elle joue puisqu’elle est avant tout comédienne, et si par chance vous l’avez vue dans diverses créations vous approuverez qu’on lui accole l’adjectif «excellente». Comment alors résister à la tentation d’adapter au plateau un superbe roman sur une femme, comédienne, qui tombant au chômage comprend viscéralement ce qu’ont vécu ses parents immigrés algériens ? «Son texte, sans pathos ni complaisance, dans une écriture tracée au couteau, parle du basculement de son existence» Richard Brunel, le directeur de la Comédie de Valence n’a pas pu résister. Le metteur en scène connaît bien l’auteur. Ils sont issus de la même formation, l’Ecole de la Comédie. De plus Samira a fait partie de la troupe des Anonymes, elle a joué dans de nombreux spectacles de Richard. Ils sont amis de longue date. «Samira Sedira était comédienne, elle jouait sur les scènes des plus grands théâtres français, tenait

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Salaud, on t’aime

ECRANS | De Claude Lelouch (Fr, 2h04) avec Johnny Hallyday, Eddy Mitchell, Sandrine Bonnaire…

Christophe Chabert | Mercredi 16 avril 2014

Salaud, on t’aime

En hommage à son ami Georges Moustaki — «qui vient de nous quitter», est-il dit deux fois dans le dialogue au cas où on ne serait pas au courant — Claude Lelouch fait entendre sur la bande-son de Salaud, on t’aime Les Eaux de mars. Jolie chanson qui dit le bonheur du temps qui s’écoule, de la nature et des plaisirs fugaces. Soit tout ce que le film n’est pas, torture ultime où en lieu et place de cascade, on a surtout droit à un grand robinet d’eau froide déversant les pires clichés lelouchiens sur la vie, les hommes, les femmes, l’amitié, le tout en version "vacances à la montagne". La vraie star du film, ce n’est pas Johnny, marmoréen au possible, mais un aigle que Lelouch filme sous toutes les coutures. Se serait-il découvert un caractère malickien sur le tard ? Pas du tout ! Cette fixette sur l’animal est une des nombreuses stratégies pour remplir cette interminable histoire de retrouvailles entre un mauvais père et ses quatre filles — qu’il a appelées Printemps, Été, Automne, Hiver ; Claude, arrête la drogue ! Son meilleur ami et médecin – Eddy Mitchell, tout content de faire du playback sur la scène chantée de Rio Bravo, et c’est

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