À trois on y va

ECRANS | Entre vaudeville et étude des indécisions sentimentales, Jérôme Bonnell livre sa vision du triangle amoureux dans un film qui ne manque ni de charme, ni de sincérité, mais de rigueur dans sa mise en scène et son scénario. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 24 mars 2015

Photo : Ph : Céline Nieszawer © 2015 Rectangle Productions / Wild Bunch Distribution


Charlotte vit avec Micha, mais elle aime en secret Mélodie. Or, Mélodie va tomber amoureuse de Micha, tentant de dissimuler cette aventure à Charlotte. Le triangle amoureux est-il un triangle isocèle ou équilatéral, à partir du moment où se retrouvent abolies les barrières de sexe et de genre ?

La réponse à cette équation est dans le dernier film de Jérôme Bonnell, qui pourtant n'a que faire des mathématiques. Son cinéma reste obstinément dans le viseur d’une tradition bien française héritée de la littérature et du théâtre, avec cette petite musique qui lui sert de style depuis Le Chignon d'Olga jusqu'au Temps de l'aventure.

Il y aura donc des amant(e)s dans le placard — ou sur le rebord de la fenêtre — comme dans tout bon vaudeville qui se respecte ; et si le téléphone portable et les SMS font ici figure de portes qui claquent, cette mise à jour n'occulte pas les ressorts boulevardiers du scénario.

Plus originale est la matière humaine que pétrit Bonnell : celle de ses jeunes acteurs, en particulier Anaïs Demoustier, qui semble elle aussi se construire une œuvre de films en films, son personnage — Mélodie — faisant le trait d'union entre celui qu'elle campait chez Ozon — Une nouvelle amie — et celui qu'elle tiendra dans le prochain Emmanuel Mouret — Caprice.

Pivot du récit, Mélodie est à la fois la plus paumée sentimentalement et la plus ancrée dans le réel. Son job d'avocate n'y est pas pour rien, et c'est une des bonnes surprises du film que de parvenir à une peinture crédible de la justice française et de ses mécanismes.

Vaudeville utopique

Tout charmant et sincère qu'il soit, À trois on y va possède toutefois quelques grosses limites. Si Mélodie et Micha — Félix Moati — ont droit aux attentions du cinéaste, il laisse curieusement dans le flou Charlotte — la Belge Sophie Verbeeck, plutôt convaincante malgré les défauts de sa partition. Ce n'est pas grave tant que le film se contente de décliner les quiproquos liés à sa situation ; ça l'est plus lorsqu'il s'agit d'en dénouer les fils et de plonger dans l'utopie amoureuse, que Bonnell aura tôt fait de ramener au bercail d'une normalité qui pose question.

En laissant à Charlotte le mot (amer) de la fin, il semble nier par une pirouette scénaristique toute la belle liberté morale qui circulait dans son film, au profit d'une fugue aussi rassurante qu'inexplicable. Effet Guillaume Gallienne ou simple maladresse d'une œuvre qui manque souvent de rigueur ? Comme Bonnell, laissons quelques points de suspension en guise de conclusion…

Á trois on y va
De Jérôme Bonnell (Fr, 1h27) avec Anaïs Demoustier, Félix Moati, Sophie Verbeeck…


À trois on y va

De Jérôme Bonnell (Fr, 1h26) avec Anaïs Demoustier, Félix Moati... Charlotte et Micha sont jeunes et amoureux. Ils viennent de s’acheter une maison près de Lille pour y filer le parfait amour. Mais depuis quelques mois, Charlotte trompe Micha avec Mélodie…
Cinéma Le Méliès Jean Jaurès 10 place Jean Jaurès Saint-Étienne
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Stéphane Demoustier : « Les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

ECRANS | Pour son troisième long métrage, Stéphane Demoustier signe un “film de prétoire“ inspiré d’un fait divers argentin en forme d’énigme absolu. Un film où la question de la culpabilité apparaît au second plan, derrière une étude fine de l’adolescence contemporaine…

Vincent Raymond | Mercredi 12 février 2020

Stéphane Demoustier : « Les CSP+ ne sont pas exempts de faits divers »

La Fille au bracelet Pourquoi avoir voulu questionner l’adolescence à travers la justice ? Stéphane Demoustier : Parce que je trouve ça captivant ! On m’a parlé de ce fait divers argentin et, à la faveur de cette affaire, c’était un super moyen d’aborder l’adolescence comme de faire le portrait de cette jeune fille. Il y avait aussi la volonté de faire un film sur une question qui me hantait et que j’avais envie de partager : “connaît-on oui ou non ses enfants ?“. Un procès est un moment idéal pour cela : le père découvre sa fille sous un jour nouveau. Cette affaire m’a convaincu de raconter l’histoire du point de vue de cette jeune fille et de faire en creux le portrait de son altérité. Cette idée d’altérité est exacerbée au moment de l’adolescence, sûrement pour l’adolescent qui se cherche encore. C’est ce qui est captivant chez eux : ils sont encore en devenir. Acusada de Gonzalo Tobal a-t-il été un obstacle entre ce fait divers et votre film ?

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"Alice et le maire" : Pensée commune

ECRANS | Un maire à bout d’idées se régénère grâce aux perfusions intellectuelles d’une philosophe. Levant un coin du voile sur les coulisses de nos institutions, Nicolas Pariser raconte aussi l’ambition, la sujétion, le dévouement en politique, ce métier qui n’en est pas un…

Vincent Raymond | Mardi 1 octobre 2019

Usé, fatigué… vieilli ? Paul Théraneau, maire de Lyon, éprouve en tout cas un passage à vide intellectuel incitant son cabinet à recruter une jeune philosophe, Alice Heimannn pour lui redonner des idées. Dans les arcanes du pouvoir, Alice se fait sa place et devient indispensable… L’époque impose de dénigrer les dirigeants politiques, lesquels donnent bien volontiers le bâton pour se faire battre (dans les urnes). Aussi, chaque film s’intéressant à la chose publique et révélant la réalité d’une gouvernance, loin des fantasmes et des caricatures, est salutaire. Alice et le Maire s’inscrit ainsi dans le sillage de L’Exercice de l’État (2011) de Pierre Schoeller. Sans angélisme non plus puisque les manœuvres d’appareil, les mesquineries et jalousies de cabinet ne sont pas tues — mais n’est-ce pas là le quotidien de n’importe quelle entreprise où grenouillent les ambitieux ? Ce sur quoi Pariser insiste, c’est la nécessité pour le responsable politique d’être animé par une inspiration, un souffle ; de disposer d’un socle philosophique et d’un·e sparing-partner intellectuel dans une joute maïeutiq

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Deux fils : Soutiens de famille

ECRANS | De Félix Moati (Fr., 1h30) avec Vincent Lacoste, Benoît Poelvoorde, Mathieu Capella…

Vincent Raymond | Vendredi 15 février 2019

Deux fils : Soutiens de famille

Dans la famille Zucarelli, la mère est partie depuis belle lurette, le père médecin déprime depuis deux ans et se rêve romancier, le fils aîné Joachim fait semblant de préparer sa thèse ; le cadet Ivan se passion pour le latin (et la fille du gardien du collège). On a connu des jours meilleurs… Avec cette histoire touchante de mecs cabossés, Félix Moati prouve qu’on peut signer en guise de premier long métrage un film de copains, une déclaration d’admiration pour ses confrères et consœurs, ainsi qu’une dramédie tournant plus loin que les environs immédiats de son petit nombril — il s’agit vraiment du parcours d’un trio —, le tout dans une réalisation un peu bringuebalante et jazzy, très en phase somme toute avec le sujet. Sous des dehors éminemment masculins, Deux fils fait ressortir les fragilités de ses protagonistes, fanfaronnant ou s’abandonnant à diverses excentricités pour masquer (mais en vain) leur sentiment d’être orphelins — de mère, de compagne. Moati les montre dans un délitement pathétique, petit îlots de solitude comprenant qu’ils doivent v

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"Sauver ou périr" : Feu le pompier

ECRANS | Le parcours d’un pompier parisien de l’adrénaline de l’action à la douleur du renoncement après l’accident. Une histoire de phénix, né à nouveau par le feu qui faillit le consumer, marquant (déjà) la reconstruction d’un cinéaste parti de guingois pour son premier long.

Vincent Raymond | Mercredi 28 novembre 2018

Jeune sapeur-pompier dévoué et heureux en ménage, Franck aspire à diriger des opérations sur des incendies. Hélas, sa première intervention se solde par un grave accident le laissant plusieurs mois à l’hôpital, en lambeaux et défiguré. Un lent combat pour réapprendre à vivre commence… Consacrer un film à un soldat du feu juste après avoir jeté son dévolu sur la brigade du Quai des Orfèvres ayant traqué Guy Georges (dans le très inégal L’Affaire SK1, 2014) risque de laisser penser que Frédéric Tellier donne dans le fétichisme de l’uniforme ou des agents du service public ! Pour autant, ses deux longs métrages n’ont pas grand chose en commun, si ce n’est de s’inspirer d’une histoire vraie et de bénéficier de l’appoint d’un bon co-scénariste, David Oelhoffen (auteur par ailleurs du réussi Frères ennemis). Tellier débute sans prendre de gants par une contextualisation brute et édifiante du “métier de sauver“, dans son urg

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Cornélius, le meunier hurlant : Meunier, tu brailles !

Conte | de Yann Le Quellec (Fr., 1h47) avec Bonaventure Gacon, Anaïs Demoustier, Gustave Kervern…

Vincent Raymond | Mardi 15 mai 2018

Cornélius, le meunier hurlant : Meunier, tu brailles !

Cornélius Bloom choisit d’installer son futur moulin dans un village du bout du monde, où il tape dans l’œil de Carmen, la fille du maire — belle comme un coquelicot. Mais le meunier souffre d’une étrange affection : il hurle la nuit comme un loup. La population finit par le chasser… Avec son titre à moudre debout, cette fable chamarrée donne déjà de sérieux gages d’excentricité. Elle les assume dès son introduction, escortée par une ballade infra-gutturale chewing-gumisée par Iggy Pop dans son français rocailleux si… personnel. Auteur de Je sens le beat qui mont en moi (2012), Yann Le Quellec sait s’y prendre pour créer une ambiance décalée à base d’absurdités légères. Il a de quoi la maintenir tout au long des (més)aventures de Cornélius, dans un style entre Tati et Thierrée, où il conjugue la virtuosité acrobatique de ces poètes du déséquilibre et une fantaisie de jongleur de mots. Histoire d’exclusion et de différence avec un prince charmant un peu crapaud (à barbe), un loup (ou du moins son cri), une fille du ro

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"Le Collier rouge" : Chienne de guerre !

Pacifiste | de Jean Becker (Fr., 1h23) avec François Cluzet, Nicolas Duvauchelle, Sophie Verbeeck…

Vincent Raymond | Mardi 27 mars 2018

1919. L’officier Lantier doit instruire le dossier de Morlac, un héros de guerre accusé d’un mystérieux crime contre la Nation. Pendant qu’un chien aboie sans cesse hors de la caserne où le prévenu est retenu, Lantier cherche à comprendre et, pourquoi pas, à obtenir son élargissement… De Jean Becker, on espère encore la sécheresse et la sensualité d’un Été meurtrier ; hélas, depuis Les Enfants du marais, il semble préférer les crépuscules du passé ou d’un présent vitrifié. Parfois, cela donne des moments de grâce (le tendre La Tête en friche) ; parfois de fausses bonnes idées. Tel ce film-dossier montant tout une mayonnaise autour d’un acte que des yeux contemporains jugeront insignifiants de banalité. Car jamais il ne leur est permis d’épouser le regard de l’époque, ni de s’installer dans la mentalité d’alors. L’emboîtement des récits, la romance et la politique se marchent sur les pieds au point de se faire trébucher ; quant aux personnages, il n’ont pas le temps d’être incarnés dans leurs profondeurs

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"Gaspard va au mariage" : Ménagerie et ménages

Comédie baroque | de Antony Cordier (Fr., 1h43) avec Marina Foïs, Félix Moati, Guillaume Gouix…

Vincent Raymond | Mercredi 31 janvier 2018

En route pour le mariage de son père, Gaspard offre à l’excentrique Laura rencontrée dans le train de jouer à la compagne-alibi, contre rémunération mais en tout bien tout honneur. Proposition étrange, à la mesure de la famille du jeune homme, qui tient un zoo baroque en déroute… Intéressé depuis toujours par des figures de “transgressions douces” — libertinage adolescent dans Douches froides puis entre adultes dans Happy Few —, Antony Cordier voit plus grand avec cette parentèle gentiment branque, au sein d’un film dont la tonalité (ainsi que le chapitrage) évoquent la folie tendre de Wes Anderson, époque Famille Tenenbaum. Un autre tenant de la comédie contemporaine américaine arty décalée bénéficie au passage d’un hommage explicite : Noah Baumbach, le réalisateur de Margot va au mariage (2007). Mais à l’absurdité romantique des situations dans un zoo artisanal, au gothique des ambiances truffées d’apparitions animales ; au saugrenu de certains pers

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Christa Théret : « J’ai besoin de sentir le centre de la terre.. »

ECRANS | Déjà une petite quinzaine d’années de carrière pour la comédienne découverte dans "Le Couperet" de Costa-Gavras et révélée par "LOL". Dans "Gaspard va au mariage", elle ne voit pas l’ours : elle revêt sa peau.

Vincent Raymond | Mercredi 31 janvier 2018

Christa Théret : « J’ai besoin de sentir le centre de la terre.. »

Est-ce le ton comique ou mélancolique du scénario de Gaspard va au mariage qui vous a le plus touchée à la première lecture ? CT : Sa mélancolie — je suis très mélancolique. Il y a des envolées, de la légèreté, plein de métaphores. Et l’on ressent aussi du spleen. Même si on n’est pas dans Baudelaire ! (rires) Trouvez-vous cette famille “normale” ? Aucune famille ne l’est. Mais celle-ci est en train de se libérer : les choses ne sont pas tues et il n’y a pas d’hypocrisie. Souvent, dans les repas de famille, on dit que chacun doit avoir une place, être bien sous tout rapport… Ici, la folie peut se libérer et il y a une honnêteté dans les rapports. Vous endossez une peau d’ours durant quasiment tout le film. En quoi un costume de cette nature vous a-t-il aidé à composer votre personnage de Camille ? Ça aide toujours, un costume. Avec une peau d’ours, on se sent un peu exclue, et en même temps il y

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Cherchez la femme : Cachez ce film qu’on ne saurait voir

ECRANS | de Sou Abadi (Fr., 1h28) avec Félix Moati, Camélia Jordana, William Lebghil…

Vincent Raymond | Mercredi 28 juin 2017

Cherchez la femme : Cachez ce film qu’on ne saurait voir

Anne Alvaro est, décidément, une immense comédienne que son talent préserve de l’adversité — c’est-à-dire des pires des naufrages cinématographiques. Sa confondante interprétation d’une militante iranienne (accent inclus) réfugiée dans le XVIe arrondissement lui vaut de sortir sans dommage de cette épouvantable comédie sentimentale. Elle est bien la seule. La réalisatrice, par exemple, manque son coche dans ce mariage entre romance et critique sociale humoristique. Pas du fait d’une hybridation hasardeuse, ni du thème puisque l’on peut rire de tout, si c’est fait avec intelligence et talent. Car hélas, le choix d’un sujet brûlant n’exonère pas un auteur de maladresse ni de naïveté. Sou Abadi raconte ici le stratagème trouvé par un étudiant désirant continuer à voir sa copine enfermée chez elle par son grand frère revenu radicalisé d’un camp : il se couvre d’une burqa et se fait passer pour une femme. Quiproquos à l’ancienne, situations balourdes, personnage de fondamentalistes d’une bêtise profonde… Défendre des idées justes ne dispense pas de travailler en profondeur la construction dramatique et devrait

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Les Malheurs de Sophie

ECRANS | Cinéaste aux inspirations éclectiques (mais à la réussite fluctuante), Christophe Honoré jette son dévolu sur deux classiques de la Comtesse de Ségur pour une surprenante adaptation, à destination des enfants autant que des adultes… Vincent Raymond

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Les Malheurs de Sophie

La filmographie de Christophe Honoré ressemble à la boîte de chocolats de Forrest Gump (« on ne sait jamais sur quoi on va tomber »), à la différence notable que chacune de ses douceurs est dûment ornée d’une étiquette… omettant de signaler sa teneur en poivre ou piment. Résultat : appâtés par ses distributions appétissantes, becs sucrés et novices ressortent invariablement de ses films la gueule en feu ; quant aux autres, à force d’être échaudés, ils ont appris la méfiance et à espérer davantage de saveur dans la “seconde couche”, lorsque l’enrobage les déçoit. Sophistication, heurs et malheurs Bien que prolifique auteur de romans jeunesse, Honoré n’avait encore jamais franchi le pas au cinéma, où il flirte avec un public de préférence âgé de plus de 16 ans. S’emparant d’un pilier des bibliothèques respectables, il procède à l’inverse de Jean-Claude Brialy, lequel avait réalisé en 1981 une transposition sagement premier degré, aux remugles de vieille confiture. Plutôt qu’égrener les sottises de la gamine dans une enfilade de saynètes — ce que l’ouvrage, dans sa forme théâtrale, incite à faire, et l’amorce du film laisse croire avec l’apostrophe au

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Caprice

ECRANS | Après le virage dramatique raté d’"Une autre vie", Emmanuel Mouret revient à ce qu’il sait faire de mieux, le marivaudage comique autour de son éternel personnage d’amoureux indécis, pour une plaisante fantaisie avec une pointe d’amertume. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 29 avril 2015

Caprice

L’ingrédient typique d’une bonne comédie pourrait se résumer à cela : prenez un individu ordinaire, plutôt bien dans sa vie et dans sa peau, puis faites lui traverser des épreuves dramatiques pour lui mais drôles pour le spectateur, avant de le ramener dans son environnement initial. Le discret culot dramaturgique de Caprice, le nouveau film d’Emmanuel Mouret, consiste à renverser ce schéma. Au départ, Clément — Mouret lui-même, retrouvant avec délectation son registre d’amoureux indécis et maladroit — est un instituteur pas franchement en veine : divorcé et gérant tant bien que mal la garde alternée de son fils, il passe ses soirées seul au théâtre à admirer Alicia — Virginie Efira, une actrice hors de sa portée sociale. Le bonheur va lui tomber dessus sans prévenir : non seulement Alicia s’éprend de lui, mais il séduit sans le vouloir une autre fille, Caprice — Anaïs Demoustier, aussi charmante qu’envahissante. Trop de bonheur Le problème de Clément, c’est donc que tout va (trop) bien et ce soudain accès de félicité provoque en retour atermoiements et culpabilité. Mouret ne fait ici que retrouver ce qui a toujours été son territoire de

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Un Moi(s) de cinéma #4

ECRANS | Chaque mois, Le Petit Bulletin vous propose ses coups de cœur cinéma des semaines à venir en vidéo

Christophe Chabert | Lundi 2 mars 2015

Un Moi(s) de cinéma #4

Au sommaire de ce quatrième numéro : • Inherent Vice de Paul Thomas Anderson • Selma de Ava DuVernay • The Voices de Marjane Satrapi • Hacker de Michael Mann • À trois on y va de Jérôme Bonnell

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Gaby baby doll

ECRANS | De Sophie Letourneur (Fr, 1h27) avec Lolita Chammah, Benjamin Biolay, Félix Moati…

Christophe Chabert | Lundi 15 décembre 2014

Gaby baby doll

Qu’est-il arrivé à Sophie Letourneur ? Depuis son prometteur La Vie au Ranch, elle s’est enfermée dans un cinéma de plus en plus autarcique et régressif. Les Coquillettes sentait le truc potache vite fait mal fait, un film pour happy few où la blague principale consistait à reconnaître les critiques cinéma parisiens dans leurs propres rôles de festivaliers traînant en soirées. Gaby baby doll, à l’inverse, choisit une forme rigoureuse, presque topographique, reposant sur la répétition des lieux, des actions et des plans, pour raconter… pas grand-chose. Car cette love story campagnarde longuement différée entre un ermite barbu et épris de solitude (Biolay, égal à lui-même) et une Parisienne qui ne supporte pas de passer ses nuits seule (Lolita Chammah, plutôt exaspérante) est pour le moins inconsistante. Letourneur semble parodier la forme de la comédie rohmerienne en la ramenant sur un territoire superficiel et futile, une sorte de fantaisie girly intello dont les contradictions lui pètent en permanence à la figure. On s

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Une nouvelle amie

ECRANS | De François Ozon (Fr, 1h47) avec Romain Duris, Anaïs Demoustier, Raphaël Personnaz…

Christophe Chabert | Mercredi 12 novembre 2014

Une nouvelle amie

Argument de vente déjà bien calé en Une des magazines, la transformation de Romain Duris en femme dans le nouveau film de François Ozon est son attraction principale. Il faut prendre le mot "attraction" au pied de la lettre : non seulement un phénomène freak plutôt réussi — Duris a souvent joué sur son côté féminin, mais le film se plaît à mettre en scène ce grand saut d’abord comme un apprentissage maladroit, puis comme une évidence naturelle — mais aussi le centre d’une névrose obsessionnelle qui saisit Claire — formidable Anaïs Demoustier, aussi sinon plus troublante que son partenaire — lorsqu’elle découvre que le mari de sa meilleure amie choisit de se travestir après le décès de son épouse. Embarrassée, troublée et finalement séduite, elle accompagne sa mue tout en la guidant pour des motifs opaques — voit-elle en lui une «nouvelle amie» prenant la place de la précédente ou un pur objet de désir ? Autant de pistes formidables qu’Ozon ne fait qu’ébaucher, préférant jouer à l’auteur démiurge épuisant les possibles de son scénario. On passe ainsi sans transition de Vertigo à La Cage aux folles, de Chabrol à Mocky, de la peinture ironique à

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Bird People

ECRANS | De Pascale Ferran (Fr, 2h07) avec Anaïs Demoustier, Josh Charles…

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Bird People

Face à Bird people, on ne pourra pas nier que Pascale Ferran a des idées sur le monde ; et même, sans trop se forcer, qu’elle en a quelques-unes concernant la mise en scène, puisqu’elle arrive à rendre sensuel un environnement qui ne l’est pas le moins du monde — les chambres et les couloirs d’un grand hôtel en bordure d’aéroport. Mais voilà, ces idées-là ne font pas une œuvre de cinéma aboutie, plutôt une ossature désincarnée qui juxtapose les choses au lieu de les faire vivre et dialoguer entre elles. Ainsi de la construction du film : un diptyque qui suit d’abord un riche homme d’affaire en plein burn out, décidant de laisser en plan business et famille, puis une femme de ménage aliénée par son travail et qui parvient enfin à voler de ses propres ailes. Ferran se garde le meilleur pour la fin — la première partie est absolument sans intérêt, enfonçant des portes ouvertes sans style ni passion — mais même lorsqu’elle ose le fantastique, elle le leste d’une voix-off gnangnan et d’un discours social écrasant sur la précarité plus forte que la liberté. Le film est ainsi entièrement à analyser selon ses intentions, les événements à l’écran n’étant que le prétexte

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Le Temps de l’aventure

ECRANS | Brève rencontre entre une comédienne de théâtre et un Anglais endeuillé, un 21 juin à Paris : un petit film charmant et très français de Jérôme Bonnell, sans fausse note mais sans élan non plus. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 9 avril 2013

Le Temps de l’aventure

Il y a toujours quelque chose de touchant à voir un cinéaste faire une déclaration d’amour à une actrice… C’est en tout cas une évidence qui saute aux yeux dès le début du Temps de l’aventure : Jérôme Bonnell a voulu offrir un beau cadeau à Emmanuelle Devos, dont on sait à quel point elle se plaint de la maigreur des personnages féminins dans le cinéma français, à travers Alix, comédienne de théâtre vivant depuis longtemps avec un homme que l’on ne verra jamais, et dont on imagine que leur relation est à un tournant — on ne dira pas lequel. Une séquence, d’ailleurs, est une merveilleuse mise en abyme de cette fascination. Alix va passer un casting pour un long métrage : seule face à la caméra vidéo d’un obscur assistant qui lui donne la réplique, elle a droit à deux «prises», la première sur un ton de comédie, la deuxième beaucoup plus mélodramatique. Dans les deux, elle est parfaite et c’est évidemment tout le talent d’Emmanuelle Devos, son sens magistral de la rupture de jeu, qui éclate à l’écran. Paris vaut bien une aventure… C

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Télé Gaucho

ECRANS | De Michel Leclerc (Fr, 1h57) avec Félix Moati, Éric Elmosnino, Sara Forestier…

Christophe Chabert | Lundi 10 décembre 2012

Télé Gaucho

Visiblement, en France, il est impossible de transformer l’essai d’un succès (critique et public) surprise… Michel Leclerc vient s’ajouter à une liste déjà longue (et pas encore close cette année…) de cinéastes trop confiants qui tentent de retrouver un esprit qu’ils réduisent à une formule creuse. Reprenant l’équation politique + romantisme + fantaisie de son Nom des gens, il la métamorphose en bouillie informe, scénaristiquement décousue, filmée n’importe comment, où l’humour pèse des briques et où les sentiments ont l’air fabriqués comme jamais. On suit donc le parcours d’un naïf qui, délaissant son stage sur TF1 (mais ce n’est pas TF1) pour aller faire ses classes dans la télé libre (Télé Bocal est devenue Télé Gaucho), et y croise de vrais gens passionnés, sincères et de gauche, avec tout ce que cela implique de purisme et de prise de courge sur celui qui a la plus grosse conscience militante. Probablement autobiographique, le film est surtout incroyablement égocentrique : Leclerc fait la voix-off, chante en live et au générique de fin, et s’inscrit sous le haut patronage bien pratique de Godard pour multiplier les faux raccords et les montages aberrants. Ce manque

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