"The Vigil" : Veillée fatale

ECRANS | De Keith Thomas (É.-U., int.-12 ans, 1h30) avec Dave Davis, Menashe Lustig, Malky Goldman…

Vincent Raymond | Mardi 25 août 2020

Photo : ©Wild Bunch Germany Germany GmbH


Yakov, qui a rompu avec sa communauté juive orthodoxe, vit dans la précarité. Pour payer son loyer, il accepte contre rétribution d'effectuer la veillée funèbre de M. Litvak un coreligionnaire. Sans savoir que le défunt est possédé par un démon en quête d'un nouveau corps hôte…

Distributeur du film outre-Atlantique, Blumhouse Productions poursuit son intéressant cheminement dans le cinéma de genre, investissant sans crainte des créneaux en déshérence ou ignorés. The Vigil constitue une incursion dans le registre cultuel autant qu'une percée : à de notables exceptions telles que Le Golem ou Pi, la religion juive n'est habituellement pas convoquée pour les films fantastique ou d'épouvante — on lui préfère le catholicisme et ses possessions/exorcismes, pour le coup cinématographiquement très ritualisés.

Pour son premier long métrage, Keith Thomas réussit deux choses assez ardues. D'abord, créer une terreur a minima, froide, par la suggestion. Ensuite, asseoir son intrigue horrifique sur un substrat historico-philosophique offrant une authentique matière à réflexion. Le passé en tant qu'obsession est ici métaphoriquement représenté par un démon (le “mazik“) qu'il faut éliminer par le feu, sans quoi c'est lui détruit celui qu'il possède. Le propos est plutôt iconoclaste pour une religion où rites, mémoire et la traditions sont essentiels, et presque sacrilège lorsqu'il s'agit “d'effacer“ un trauma lié à la Shoah. En outre, le fait que Yakov, en rupture avec une communauté orthodoxe, soit désigné pour surmonter la malédiction, rend le tableau plus troublant encore. La lecture s'avère des plus métaphysiques, et mériterait presque le regard d'un·e kabbaliste !

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