"Black swan" : Darren Aronofsky et Natalie Portman mènent la danse

ECRANS | Une jeune danseuse introvertie cherche à se dépasser pour incarner le double rôle d’une nouvelle version du "Lac des cygnes". Sans jamais sortir d’un strict réalisme, Darren Aronofsky fait surgir le fantastique et le trouble sexuel dans un film impressionnant, prenant et intelligent.

Christophe Chabert | Jeudi 3 février 2011

Éternel espoir d'une prestigieuse troupe de ballet new-yorkaise, Nina est à deux pas d'obtenir le sésame qui fera décoller sa carrière : le premier rôle d'une nouvelle création du Lac des Cygnes montée par un énigmatique et ambigu chorégraphe français, Thomas. Elle réussit haut la main les auditions dans la peau du cygne blanc, mais sa puérilité et son manque d'érotisme laissent planer un doute sur sa capacité à incarner son envers démoniaque, le cygne noir. D'autant plus qu'une jeune recrue, Lily, paraît bien plus à l'aise qu'elle, libre dans son corps et assumant une sexualité agressive qui nourrit sa prestation.

Nina est un personnage polanskien, cousin de celui de Deneuve dans Répulsion, mais accomplissant un trajet inversé : plutôt que de choisir la claustration conduisant à une folie homicide et autodestructrice face à la "menace" du désir, Nina doit au contraire sortir d'elle-même et de l'appartement dans lequel elle vit avec une mère surprotectrice, danseuse ratée reportant sur sa progéniture ses ambitions avortées — là, on est plutôt du côté du Carrie de De Palma. Elle subira cette révélation du sexe comme une transformation monstrueuse, la poussant vers une forme aiguë de schizophrénie.

Réalisme de l'étrange

Pour mettre en scène ce récit d'une psychose (car Black swan est vraiment un grand film de mise en scène, y compris dans des séquences qui ne reposent que sur un subtil découpage de l'espace à partir d'une alternance de points de vue), Darren Aronofsky opte d'abord pour un très strict réalisme cinématographique.

Avec The Wrestler, ce champion de l'effet et de l'image-monade avait pratiqué une véritable cure d'austérité, se concentrant sur son acteur qu'il filmait caméra à l'épaule, sans épate ni esbroufe. Black swan reprend ce principe et l'intensifie, grâce à la photo superbe de Matthew Libatique qui mêle le bruit numérique des appareils photos Canon et le grain épais du super-16 mm ; grâce aussi — surtout — à la prestation fiévreuse, intense et tragique de Natalie Portman, grande actrice qu'Aronofsky regarde avec la même fascination que Mickey Rourke dans son film précédent.

L'attention extrême portée aux détails ou la manière dont le cinéaste rend tactiles des gestes et des objets (le film s'ouvre sur la préparation d'une ballerine dont on gratte la semelle pour lui donner de l'adhésion) contribue au sentiment d'immersion qui s'empare du spectateur. Si le challenge de Nina est de libérer son côté sombre pour devenir crédible dans le costume du cygne noir, celui d'Aronofsky consiste à faire surgir au sein de ce réalisme le fantastique, sans coups de force visuels ni cassures stylistiques. La rencontre fugace avec un double sur un pont, un eczéma bizarre qui apparaît sur les omoplates de Nina, un miroir qui reflète avec un temps de retard son image ; ce sont d'abord de brèves touches d'étrangeté qui s'infiltrent dans le récit.

Puis c'est le récit qui va rendre les figures secondaires inquiétantes, doubles : l'insistance de Thomas pour dévergonder sa protégée (Cassel, qui s'exporte toujours très bien), Lily (Mila Kunis, révélation épatante) qui entraîne Nina dans une soirée de drague et de défonce, sa mère (Barbara Hershey, possédée autant que possessive) aux réactions violentes et névrotiques, et même l'apparition spectrale de l'ancienne danseuse vedette de la troupe, devenue aigrie et alcoolique (Winona Ryder, un choix judicieux et troublant). Ce crescendo aboutit à un finale à la lisière du cinéma d'horreur, une explosion baroque où Aronofsky ose flirter avec le Argento de Suspiria.

La chair à vif

Parce qu'il assume dans le même mouvement son côté rollercoaster efficace et prenant et un regard très personnel sur le sacrifice de l'artiste au profit de son métier, que s'y côtoient une apparente simplicité formelle et d'époustouflantes expérimentations cinématographiques (exemplaire, la scène de la boîte de nuit où les stroboscopes figent l'action en une série de photogrammes à peine perceptibles par l'œil), Black swan apparaît comme le film le plus abouti de Darren Aronofsky.

À la mélancolie de The Wrestler répond ici une santé perverse et furieuse, si bien que les deux films rejouent à leur manière le conflit cygne blanc / cygne noir. Mais de l'un à l'autre circule une même idée : leur centre de gravité est dans la relation fusionnelle du réalisateur à son comédien. L'observation de la souffrance d'un corps qui porte les traces du passé ou qui vit douloureusement la transition vers la maturité est pour lui un spectacle permanent sur lequel on peut composer toutes les fictions, des plus quotidiennes aux plus folles. Rien de sulpicien là-dedans ; les héros d'Aronofsky cherchent une délivrance avant tout terrestre, dans leur chair à vif qu'ils meuvent entre pesanteur et grâce.

Black swan
De Darren Aronofsky (ÉU, 1h48) avec Natalie Portman, Vincent Cassel, Mila Kunis…

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"Hors Normes" : leurs jours heureux

ECRANS | D'Éric Toledano & Olivier Nakache (Fr., 1h54) avec Vincent Cassel, Reda Kateb, Hélène Vincent…

Vincent Raymond | Lundi 21 octobre 2019

Au sein de leurs associations respectives, Bruno (Vincent Cassel) et Malik (Reda Kateb) accueillent ou accompagnent des adolescents et jeunes adultes autistes mettant en échec les circuits institutionnels classiques. Quelques jours dans leur vie, alors qu’une enquête administrative frappe la structure de Bruno… Ceux qui connaissent un peu Nakache et Toledano savent bien que la réussite (et le succès) de leurs meilleurs films ne doit rien au hasard, plutôt à une connaissance intime de leurs sujets ainsi qu’à une envie sincère de partage : Nos jours heureux puis Intouchables puisaient ainsi, à des degrés divers, dans leur vécu commun et complice. Ainsi, Hors Normes n’exploite pas un filon en abordant à nouveau la question du handicap, mais souligne l’importance que les deux auteurs accordent aux principes d’accueil et d’entraide sous-tendant (en théorie) notre société ; cet idéal républicain décliné au fronton des bâtiments publics qu’ils célèbrent film après film

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"L'Empereur de Paris" : Vidocq, retour gagnant

ECRANS | De Jean-François Richet (Fr, 1h50) avec Vincent Cassel, Freya Mavor, Denis Ménochet…

Vincent Raymond | Mardi 18 décembre 2018

Galérien évadé reconverti en marchand, Vidocq (Vincent Cassel) veut prouver au chef de la sûreté non seulement qu’il est innocent des crimes dont on l’accuse, mais aussi que les méthodes de la police sont dépassées. Alors il recrute son équipe de repentis et emplit les prisons à sa façon… Quand le cinéma historique télescope ironiquement l’actualité… Non pas en présentant l’ascension d’un ancien truand vers les sommets du pouvoir, mais en montrant comment l’État sait parfois sinueusement manœuvrer pour garantir son intégrité. Qui mieux que Vidocq peut incarner ce mélange de duplicité talleyrandesque et de méritocratie à la française ? Cette légende dorée du proscrit devenu superflic, usant de la langue et du surin de la canaille pour mieux protéger le bourgeois. Un "bon" voyou, en somme, et donc un parfait personnage pour le réalisateur Jean-François Richet qui s’offre ici une reconstitution épique et soignée remplaçant avantageusement la blague ésotérico-fantastique de Pitoff avec Depardieu (2001), et rappelant la série avec Brasseur. Son film souscrit aux exigences du divertissement, mais magnifie les côtés sombres, les alcôves et le

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"Fleuve noir" : fascinant concerto noir orchestré par Erick Zonca

ECRANS | de Erick Zonca (Fr., 1h54) avec Vincent Cassel, Romain Duris, Sandrine Kiberlain…

Vincent Raymond | Mercredi 4 juillet 2018

Flic lessivé et alcoolo, le capitaine Visconti enquête sur la disparition de Dany. Très vite, il éprouve une vive sympathie pour la mère éplorée de l’ado, ainsi qu’une méfiance viscérale pour Bellaile, voisin empressé, professeur de lettres et apprenti écrivain ayant donné des cours privés à Dany… Des Rivières pourpres à Fleuve noir, Vincent Cassel a un sens aigu de la continuité : les deux films sont on ne peut plus indépendants, mais l’on peut imaginer que son personnage de jeune flic chien fou chez Kassovitz a, avec le temps, pris de la bouteille (n’oubliant pas de la téter au passage) pour devenir l’épave chiffonnée de Quasimodo au cheveu gras et hirsute louvoyant chez Zonca. Cette silhouette qui, entre deux gorgeons, manifeste encore un soupçon de flair et des intuitions à la Columbo ; ce fantôme hanté par ses spectres. Terrible dans sa déchéance et désarmant dans son obstination à réparer ailleurs ce qu’il a saccagé dans son propre foyer, ce personnage est un caviar pour un comédien prêt à l’investir physiquement. C’est le cas de Cassel, qui n’avait pas eu à habiter de

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"Mother!" : la (vaniteuse) vie d’artiste

ECRANS | Thriller fantastique aux échos polanskiens, cette réflexion sur les affres effroyables de la création signée Darren Aronofsky ("Black Swan", "Requiem for a Dream"...) est aussi une puissante création réflexive. Et le récit du voyage aux enfers promis à celles et ceux qui gravitent trop près autour d’un·e artiste. Métaphorique, hypnotique et bourré de stars – Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Michelle Pfeiffer...

Vincent Raymond | Lundi 11 septembre 2017

Un poète en panne d’écriture vit à l’écart du monde dans la vaste demeure que sa jeune et aimante épouse achève de rafistoler. L’arrivée d’un couple d’inconnus perturbe leur intimité. Mais si la maîtresse de maison est troublée par ces sans-gênes, le poète se montre des plus exaltés… À croire qu’une internationale de cinéastes s’est donné pour mot d’interroger les tourments de l’inspiration littéraire : après Jim Jarmusch (Paterson), Pablo Larraín (Neruda), Mariano Cohn et Gastón Duprat (Citoyen d’honneur), voici que Darren Aronofsky propose sa vision du processus d’écriture. Vision divergée, puisqu’épousant les yeux de la muse plutôt que celle de l’auteur. Mais pas moins douloureuse : afin d’accomplir l’œuvre lui permettant

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"Jackie" : queen Kennedy, queen Portman

ECRANS | de Pablo Larraín (E.-U., 1h40) avec Natalie Portman, Peter Sarsgaard, Greta Gerwig…

Vincent Raymond | Mardi 31 janvier 2017

Novembre 1963. JFK vient d’être assassiné et sa désormais veuve Jackie Bouvier-Kennedy reçoit un journaliste dans sa résidence glacée pour évoquer l’attentat de Dallas, mais aussi son avenir. Au fil de la discussion, elle se remémore pêle-mêle les jours heureux à la Maison-Blanche, les préparatifs des obsèques et la journée fatale… À l’instar de Neruda sorti il y a un mois, Jackie est un biopic transgressif où le sujet principal ayant la pleine conscience de sa future place dans l’Histoire se permet d’en soigner les contours en abrasant la moindre irrégularité apparente : la si lisse Mrs. Kennedy affirme ainsi ne pas fumer… en écrasant une de ses innombrables cigarettes ; la si droite Jackie tient debout… gavée de calmants et d’alcool. Dans la famille Kennedy, l’apparence prime sur l’expression publique d’un quelconque affect privé ; qu’importent les circonstances, Jackie se doit de participer à l’écriture de la glorieuse geste de cette dynastie. La construction achronologique du fi

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Tale of tales

ECRANS | De Matteo Garrone (It-Fr-Ang, 2h13) avec Salma Hayek, Vincent Cassel, Toby Jones…

Christophe Chabert | Mardi 30 juin 2015

Tale of tales

Que Matteo Garrone n’ait pas souhaité s’enfermer dans le réalisme suite au succès de Gomorra est une bonne chose ; d’ailleurs, lorsqu’il osait la stylisation dans Reality, il parvenait à déborder l’hommage à l’âge d’or de la comédie italienne pour en retrouver l’esprit esthétique. Avec Tale of tales, les choses se compliquent : abordant un genre en vogue (les contes et l’héroïc fantasy) via l’adaptation d’un classique de la littérature italienne, il tente le grand pont vers l’imaginaire pur, entrecroisant plusieurs récits où l’on retrouve des monstres, des sorcières, un roi, des reines et des princesses. Or, le style Garrone s’avère assez vite à la traîne de son ambition : jamais la mise en scène ne parvient à donner le souffle nécessaire pour nous faire pénétrer cet univers baroque et fantastique. D’où une suite d’hésitations fatales : entre le sérieux et la dérision, l’auteurisme et le divertissement, le film à sketchs et le film choral… Mal construit (l’épisode des faux jumeaux est de loin le plus faible, et le scénario le traîne comme un boulet

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Partisan

ECRANS | Sur le thème de la communauté repliée hors du monde, Ariel Kleiman fait beaucoup moins bien que Shyamalan et Lanthimos. Pire, son premier film, dépourvu de tension dramatique et incapable de déborder son programme scénaristique, est carrément rasoir. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 5 mai 2015

Partisan

Partisan est le genre de premier film qui a tout pour être aimé : un sujet fort (comment un homme énigmatique, mi-hipster, mi-gourou, décide de créer une communauté de femmes et d’enfants vivant selon ses propres règles hors de la civilisation), un environnement qui ne demande qu’à être exploré (une sorte de rétro-futurisme mais qui pourrait aussi être la conjonction déboussolante d’un présent industriel et d’une application pratique des théories de la décroissance) et même un Vincent Cassel troublant en patriarche imposant à tout prix le bonheur à sa "famille". L’Australien Ariel Kleiman s’inscrit dans la lignée de son compatriote David Michôd qui, l’an dernier, avait tenté lui aussi avec son étrange The Rover de donner une dimension politique à un cinéma marqué par les codes du genre. Mais la comparaison s’arrête là et les éloges attendront : Partisan souffre très vite de sa faiblesse dramaturgique et d’un scénario programmatique que la mise en scène, malgré d’authentiques tentatives pour instaurer un climat trouble et dérangeant, ne parvient jamais à so

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Noé

ECRANS | Sauf le respect qu’on doit à Darren Aronofsky, ses débuts dans le blockbuster à gros budget relèvent du naufrage intégral, et cette relecture du mythe biblique est aussi lourdingue que formatée, kitsch et ennuyeuse… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 14 avril 2014

Noé

Qui était Noé selon Darren Aronofsky ? Un fanatique écolo, illuminé par l’annonce d’un désastre et la damnation d’une humanité corrompue, entouré par des anges envoyés par Dieu et incarnés en géants de pierre aux yeux phosphorescents. Ce résumé lapidaire de la première heure — interminable — de Noé résume dans le fond le formatage auquel est soumis ce blockbuster : un peu d’air du temps, un peu de messianisme divin (quand va-t-on nous foutre la paix avec ces stupides histoires de religion et quand passera-t-on au XXIe siècle dans cet occident que l’on dit éclairé et que l’on trouve de plus en plus obscurantiste ?) et un peu d’héroïc fantasy. Comme liant, un sérieux papal dans des dialogues qui calquent grossièrement ceux de n’importe quel serial historique actuel — Game of thrones, pour ne pas le citer. Face à ce gros foutoir en forme de kouglof indigeste et laborieux, on attend, comme dans l’expression consacrée, le déluge, car tout Aronofsky qu’il soit, c’est bien ce qu’on demande à un cinéaste qui engloutit plus de cent millions de dollars dans un film sur l’arche de Noé : filmer ce putain de déluge, même si celui-ci n’est que l’addition d’effets num

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Thor : le monde des ténèbres

ECRANS | Écrit n’importe comment et sans aucune ligne artistique, ce nouveau "Thor" est sans doute ce que les studios Marvel ont fait de pire. Mais est-ce vraiment du cinéma, ou seulement de la télévision sur grand écran ? Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 2 novembre 2013

Thor : le monde des ténèbres

Une intro pompée sur Le Seigneur des anneaux, du rétrofuturisme médiéval, de la comédie romantique, de la destruction massive, des monstres… Le brassage de ce nouveau Thor pourrait être qualifié de «pop» si on considérait qu’il y avait autre chose que des décideurs derrière. On préfèrera donc parler de pot-pourri marketing où une armée de scénaristes réunis en pool tentent de faire entrer des carrés dans des ronds avant qu’un cinéaste venu de la télé n’aille illustrer l’affaire à la va-comme-je-te-pousse — qui pourra par exemple expliquer cette succession de mises au point ratées, à moins que ce ne soit la post-production qui ait saccagé certains plans ? Il n’est pas compliqué de mettre en pièces ce blockbuster poussif et vain à côté duquel le premier volet signé Kenneth Brangah, pourtant très moyen, prend soudain une intégrité indéniable. Par exemple, son absence totale de ligne artistique, qui peut passer d’un combat titanesque platement mis en scène dans un champ banal et sans ligne de fuite à un univers e

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Trance

ECRANS | De Danny Boyle (Ang, 1h35) avec James MacAvoy, Vincent Cassel, Rosario Dawson…

Christophe Chabert | Mardi 23 avril 2013

Trance

La dégringolade continue pour Danny Boyle depuis qu’il n’a plus son scénariste Alex Garland à ses côtés. Après l’agaçant 127 heures, le voilà qui se fourvoie dans Trance, nanar improbable qui, à force de vouloir manipuler le spectateur, se perd lui-même dans son labyrinthe d’intrigues où un commissaire-priseur (MacAvoy) se fait hypnotiser par une médecin charmante (Rosario Dawson) pour retrouver la mémoire et, surtout, le tableau de Goya qu’il a subtilisé au nez et à la barbe des voleurs avec qui il s’était associé (Vincent Cassel joue le chef). À partir de là, c’est du grand n’importe quoi, avec une mise en scène clipée sur fond de techno, des choix de production ringards, des incohérences à la pelle et surtout une avalanche de twists même pas amusants. Il suffit de dire que l’un d’entre eux, crucial pourtant, repose sur le rasage d’une toison pubienne, pour mesurer l’ampleur de la cata. Certes, cela conduit à une magnifique nudité frontale comme on en voit peu par les temps puritains qui courent

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Le Monde fantastique d’Oz

ECRANS | La rencontre entre Disney et Sam Raimi autour d’une ingénieuse genèse au "Magicien d’Oz" débouche sur un film schizo, où la déclaration d’amour au cinéma du metteur en scène doit cohabiter avec un discours de croisade post-Narnia. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 7 mars 2013

Le Monde fantastique d’Oz

En écrivant la semaine dernière que Spring Breakers était une variation autour du Magicien d’Oz où James Franco serait une version gangsta dudit magicien, on ne savait pas encore que celui-ci l’incarnait pour de bon dans cette version signée Sam Raimi. Il faut dire que le titre français est trompeur : il laisse entendre que l’on est face à un remake du classique de Victor Fleming, alors qu’il en écrit en fait la genèse. Il s’agit donc de raconter comment un prestidigitateur minable et très porté sur la gent féminine, qui se rêve en Thomas Edison mais se contente de tours à deux sous dans une roulotte du Kansas, va passer de l’autre côté de l’arc-en-ciel et découvrir le monde d’Oz, ses vilaines sorcières et son chemin de briques jaunes. Sam Raimi rend avant tout un hommage esthétique à l’original : il débute par trente minutes en noir et blanc, son mono et format carré, avant de laisser exploser couleurs, effets sonores et 3D débridée. Il y a là une jolie déclaration d’amour au cinéma comme illusion permanente et nécessaire, un peu à la

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Ted

ECRANS | Dans un glorieux mélange de genres, Seth MacFarlane réinvente la comédie romantique en version politiquement incorrecte, par la grâce d’un ours en peluche qui parle, boit, fume, baise et surtout incarne la résistance des années 80 et de leurs excès. Intelligent et hilarant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 8 octobre 2012

Ted

Quand il avait huit ans, au début des années 80, John Benett était un gamin de Boston introverti. Un miracle s’est produit : son ours en peluche a soudain pris vie, lui jurant d’être pour toujours son meilleur ami. Aujourd’hui, John Benett (Mark Wahlberg, en pleine reconversion comique) a 35 ans, une bombe atomique en guise de copine (Mila Kunis, sublime, mais là, on n’est plus critique de cinéma) et toujours le fameux Ted collé à ses basques. Comme lui, il a grandi, et désormais il passe ses journées à fumer de la beuh, picoler et traîner devant la télé – quand il n’organise pas des soirées putes à la maison. Cohabitation explosive évidemment : Lorie ne supporte plus les excès de Ted et somme son amoureux de choisir entre elle et ce meilleur ami encombrant. Si Seth MacFarlane, créateur de la série Les Griffin, prête sa voix à Ted, on comprend vite qu’il s’identifie surtout à Benett lui-même : un ado attardé qui refuse d’accepter les responsabilités de l’âge adulte et préfère se réfugier dans l’âge radieux où il regardait en VHS Flash Gordon et lisait des comics. Face à lui, Ted n’est pas seulement un extraordinaire personnage de comédie, sarcastique, vanneur,

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A dangerous method

ECRANS | La rivalité entre Freud et son disciple Carl Gustav Jung, un sujet complexe mais idéal pour David Cronenberg, qu’il rend passionnant pendant 45 minutes, avant de laisser la main à son scénariste, l’académique Christopher Hampton. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 16 décembre 2011

A dangerous method

Au détour d’une séquence de séduction entre Sabina Spielrein (Keira Knightley, qui donne beaucoup d’elle-même à ce personnage de femme hystérique découvrant la nature sexuelle de son mal) et Carl Gustav Jung (Michael Fassbender, loin de l’animalité de Shame, comme cherchant à déchirer le corset moral qui l’enserre), celle-ci lui dit : «Dans chaque homme, il y a une part féminine». L’admirateur de David Cronenberg saisit instantanément ce qui renvoie à l’œuvre du cinéaste canadien : la sexualité comme révélateur de la confusion des genres. A dangerous method raconte le conflit entre Freud, qui pense que tout est explicable par la nature libidinale des êtres, et Jung, qui croit que certains phénomènes proviennent d’un inconscient collectif. Mais il dit aussi qu’il y a une part d’inexplicable dans le désir et que la chair prend toujours le dessus sur le cerveau. Malaise dans la civilisation Comment raconter cette rivalité intellectuelle sans s’empêtrer dans des couches de dialogues explicatifs ? Cronenberg trouve de belles parades à cet écueil : par la mise en scène, comme lors de ce passage remarquable où le dispositif d’analyse inventé par Jung se transforme en

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Le Moine

ECRANS | De Dominik Moll (Fr-Esp, 1h40) avec Vincent Cassel, Déborah François, Sergi Lopez…

François Cau | Mardi 12 juillet 2011

Le Moine

Adapter le livre culte de Matthew Lewis, resté fameux pour son approche fantastique et feuilletonesque de la religion catholique, était un défi que Dominik Moll a pris visiblement à contresens. Plutôt que de s’engouffrer dans les outrances offertes par cette histoire baroque et iconoclaste (un moine rigoriste succombe à la tentation en se faisant abuser par une diablesse masquée, avant de commettre des crimes pour dissimuler son péché), il prend tout extrêmement au sérieux et déballe un bric-à-brac visuel qui manque et de souffle, et de rythme. Aucun vertige, aucun trouble, aucune fascination et surtout aucun plaisir à la vision de ce film tétanisé d’un bout à l’autre, à l’image d’un Vincent Cassel bridé par son jeu, à qui on conseillera d’aller voir la prestation de Banderas dans La Piel que habito pour voir qu’on peut s’amuser tout en composant un personnage glacé et ambivalent. Christophe Chabert Sortie le 13 juillet

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Thor

ECRANS | De Kenneth Branagh (ÉU, 1h54) avec Chris Hemsworth, Natalie Portman…

François Cau | Jeudi 21 avril 2011

Thor

L’association Marvel / Kenneth Branagh avait de quoi faire ricaner sur le papier… Pourtant, le début de Thor donne tort aux rieurs tant on y trouve un souffle inattendu qui n’a pas seulement à voir avec le blockbuster de super-héros en 3D (inutile, au passage). Branagh filme ses Dieux avec sérieux et arrive à rendre l’environnement rétrofuturiste crédible, piochant du côté de la mythologie grecque et nordique mais aussi, bien sûr, de Shakespeare. Au bout de ces trente minutes pas mal du tout, Thor est déchu et envoyé sur terre et là, le film amorce comme lui une irréversible dégringolade. Le choix du panel humain (des abrutis gonflés à la bière, des men in blacks rigides et une équipe de scientifiques) conduit soit à de la comédie style Les Visiteurs en Amérique, soit à des conflits dramatiques mous — le personnage faiblard de la chercheuse Natalie Portman est vite acquise à la cause de Thor. Quand les potes de Thor débarquent d’Asgard avec leurs costumes ridicules poursuivis par un robot géant, Branagh s’embourbe dans la série Z et laisse sa mise en scène aller à vau-l’eau, se contentant de faire des cadres penchés. Même le climax final, dont l’enjeu est la destruction d’un pon

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The Wrestler

ECRANS | De Darren Aronofsky (Fr-ÉU, 1h50) avec Mickey Rourke, Marisa Tomei…

François Cau | Vendredi 13 février 2009

The Wrestler

Randy «The Ram» (le bélier) est un vieux catcheur à moitié sourd, qui vit seul dans une caravane et continue à se produire dans des galas avec d’autres gloires fânées. Sa seule amie est une strip-teaseuse elle aussi vieillissante pour qui on ne sait trop si Randy est son client préféré ou un peu plus que ça. La ligne claire du récit et la mise en scène presque «dardenienne» du nouveau film de Darren Aronofsky ressemble à un retour à la raison après le foirage de The Fountain, film ambitieux mais plombé par un manque de moyens proportionnel et un discours métaphysique vaseux. Retour à l’essentiel : un acteur, un personnage, des enjeux simples (chute et rédemption) et une idée fabuleuse qui consiste à faire de ce corps abîmé, fatigué, que l’on accompagne caméra à l’épaule dans une Amérique crépusculaire et nostalgique (le présent s’y incruste discrètement via deux allusions à la guerre en Irak) un pur récit. Bien mieux, dans le fond, que Fincher dans Benjamin Button, Aronofsky transforme Mickey Rourke (génialissime !) en parchemin écrit par les dommages du temps, mais saisi dans un pur présent qui est autant celui de Randy que celui de l’acteur lui-même :

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