"Madone(s)" : monstrueux doudous

ARTS | Intitulée Madone(s), la dernière exposition du centre d'art l’Espace Vallès met en dialogue deux artistes familières du lieu : Isabelle Levenez et Anne Ferrer.

Benjamin Bardinet | Mardi 6 octobre 2020

Photo : Benjamin Bardinet


Direction d'abord le rez-de-chaussée de l'Espace Vallès. Si, dans ses photographies, Isabelle Levenez propose des réinterprétations pas franchement palpitantes des figures de martyres de la religion catholique, Anne Ferrer expose quant à elle deux grandes sculptures gonflables évoquant, par leur richesse chromatique et leurs formes généreuses, les Nanas de Niki de Saint Phalle. Légères, ces sculptures flottent, semblent respirer et apparaissent comme des doudous gentiment monstrueux dans les bras desquels on aurait envie d'être réconforté…

Mais c'est une fois à l'étage que l'exposition suscite réellement notre enthousiasme. Dans une section consacrée aux oeuvres dessinées de ces deux artistes, on découvre de nerveuses esquisses d'Anne Ferrer dans lesquelles ses délires graphiques donnent naissance à des formes hybrides, à mi-chemin entre plantes carnivores et gâteaux à la crème. De son côté, Isabelle Levenez propose une vaporeuse série de visages de profil de la bouche desquels l'encre diluée semble s'échapper et se disperser à la manière d'ectoplasmes colorés.

Madone(s), à l'Espace Vallès (Saint-Martin-d'Hères) jusqu'au 31 octobre


Anne Ferrer, Isabelle Levenez


Espace Vallès 14 place de la République Saint-Martin-d’Hères
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Anne Ferrer : « Transformer un cliché féminin en autre chose »

Exposition | Son œuvre, balayant un camaïeu rose, est un art de la couture. Pourtant, l’"Invasion" qu’Anne Ferrer propose à l’Espace Vallès n’a rien de kitsch. L’espace est envahi par des sculptures textiles gonflables où une multitude d’oppositions s’opèrent de fil en fil. Rencontre avec l’artiste française pour en savoir plus sur sa démarche.

Charline Corubolo | Jeudi 14 décembre 2017

Anne Ferrer : « Transformer un cliché féminin en autre chose »

Depuis vos débuts en 1992, vous expérimentiez la sculpture par le prisme du textile. Quel est le leitmotiv de cette pulsion créatrice ? Anne Ferrer : Avant tout créer des œuvres qui seraient libres au niveau des formes, mais en partant du dessin. Pour moi, c’est l’articulation de mon travail. Pour autant, lors de mes études, je suis passée par tous les apprentissages de la sculpture. L’intérêt avec cet art est que l’on peut le toucher, le mettre en couleur ; c’est tactile, il y a de la matière. Je ne suis pas dans la représentation, je suis dans l’objet. Et pour moi, le textile est une matière concrète avec laquelle je peux jouer. C’est devenu mon matériau de prédilection. J’aime patronner, assembler des morceaux. C’est technique, pénible et à la fois jubilatoire. Il y a toujours ce mélange du difficile et du ludique. Vous faites de la sculpture mais de la sculpture modulable, gonflable et qui prend forme par la couture. C’est l’opposé de la définition traditionnelle de la sculpture ! J’ai grandi en visitant des musées : j’avais une grande frustration, gamine, de voir que l’œuvre sculptura

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Avec "Il est sorti de ta bouche", Isabelle Levenez voit rouge

Centre d'art | De fragments de corps en fragments de mots, Isabelle Levenez écrit une œuvre où le récit naît de l’image. Performances vidéo, dessins et installations jouent avec la représentation sur le fil poreux de la trace. Une exposition baptisée "Il est sorti de ta bouche" à découvrir à l’Espace Vallès.

Charline Corubolo | Mardi 4 avril 2017

Avec

Dans la plasticité prolifique d’Isabelle Levenez, un acte est central. Par la vidéo, l’artiste développe une expression impulsive, trouvant naissance dans la littérature, prenant vie à travers la performance. Un point de départ où le corps devient matière, où les mots, essence primitive de la création, deviennent physiques. À ces performances filmées se greffent des photographies, des dessins et des installations qui déploient un peu plus le geste de l’artiste, mais surtout les incertitudes qu’elle soulève avec cet étrange paradoxe de l’image. Jouant avec son corps, mais aussi ses initiales « IL », Isabelle Levenez construit des narrations, par série de couleur. Lignes rouges À l’Espace Vallès, c’est en rouge qu’Isabelle Levenez sonde le texte L’Image de Samuel Beckett. En découle une vidéo dans laquelle l’artiste, successivement, mâche des pages, se lèch

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