Ciné-Club de Grenoble : putain, 50 ans !

ACTUS | En plein centre-ville de Grenoble, place Saint-André, se cache le cinéma Juliet Berto. Une très belle salle occupée par la Cinémathèque, mais aussi par le Ciné-Club de Grenoble, association qui fêtera ses cinquante ans en 2017. On est allés rencontrer deux de ses membres alors que sa nouvelle saison s’ouvrira mercredi 28 septembre avec la projection du légendaire "Apocalypse Now" de Francis Ford Coppola.

Aurélien Martinez | Mardi 20 septembre 2016

Photo : Aurélien Martinez


« On est sur une idée peut-être ancienne mais à laquelle on croit beaucoup : celle du partage du cinéma, celle de l'échange autour des films. » Voilà ce que nous dit Daniel Buisson, président du Ciné-Club de Grenoble, lorsqu'on lui demande à quoi sert un ciné-club aujourd'hui – on vous passe le couplet historique sur les mutations du monde du cinéma, mais c'est l'idée. Comprendre avec sa réponse qu'on est face à des cinéphiles militants, pour qui la séance de cinéma est un moment sacré propice au débat. Des débats que mènent chaque mercredi, à raison de 35 et 40 séances par an, les membres de l'association. « Quand on présente un film, c'est une illusion de croire que tout le monde dans la salle a vu le même. D'où la pertinence de ces débats. »

Surtout que les films choisis, qu'ils soient du patrimoine ancien ou produits plus récemment (les prochaines semaines, on ira d'Apocalypse Now de Francis Ford Coppola au plus récent Rubber de Quentin Dupieux en passant par le Johnny got his gun de Dalton Trumbo), ont tous ce supplément d'âme (ou d'intelligence) qui les éloignent du produit vite consommé vite oublié. « La programmation est le reflet de la diversité des membres de l'association. On aime tous le cinéma mais pas de la même façon ! Par exemple, Rubber, je l'ai beaucoup défendu car certains ne le connaissaient pas » explique Yann Levieux, vice-président de l'association qui regroupe une quinzaine de bénévoles âgés de 30 à 80 ans.

« Le ciné-club le mieux équipé de France ! »

Flash-back. En 1967, le 21 février pour être précis, une association voit le jour à Grenoble : le CCC, pour Centre culturel cinématographique – il a pris le nom de Ciné-Club de Grenoble il y a peu de temps, dans un souci de clarté. Son but, affiché dès le début dans les statuts ? « Promouvoir la culture populaire et l'éducation permanente en s'inspirant de l'idéal laïc. » « À l'époque, il y avait beaucoup de profs qui étaient au Parti communiste et qui voulaient éduquer les masses » analyse Daniel Buisson.

Après des premières années rue de Strasbourg (là où se trouvait le cinéma le Méliès jusqu'en 2012), le CCC s'installe en 1973 rue Hector-Berlioz, dans des locaux municipaux qu'il occupe toujours aujourd'hui. Et il commence à programmer au cinéma Juliet Berto voisin, que l'on appelait encore salle Juliet Berto (la municipalité actuelle vient de changer son nom, là aussi dans un souci de clarté). Ce qu'il fait toujours en 2016, même si c'est de manière plus confidentielle – entre 60 à 70 spectateurs payants par mercredi.

Un cinéma Juliet Berto qui appartient à la Ville de Grenoble, et que le Ciné-Club partage avec la Cinémathèque de Grenoble : les mardis et mercredis pour le premier (même s'il n'a pas les moyens financiers pour le faire fonctionner les deux soirs), et les jeudis et vendredis pour la seconde. Et un cinéma qui est une véritable petite merveille, comme l'assurent Daniel Buisson et Yann Levieux : c'est ainsi le seul de la ville à avoir un projecteur numérique 4K qui peut diffuser tous les supports grâce aux efforts de la Cinémathèque propriétaire du matériel. « On est le ciné-club le mieux équipé de France ! »

Mars attaque

Un calcul pour finir. 1967… 2017 : le Ciné-Club aura donc cinquante ans l'an prochain. Daniel Buisson : « Le modèle culturel du ciné-club, basé sur la transmission et l'échange, se porte aujourd'hui très bien en France. Mais le modèle économique, c'est autre chose » – 5 000 euros de subvention municipale couplés aux recettes obtenues avec les entrées (le Conseil général vient tout juste de retirer sa subvention de 1 000 euros) pour le Ciné-Club de Grenoble.

Un fonctionnement précaire qui n'empêche pas l'association de bosser sur une grande semaine anniversaire qui aura lieu du 14 au 18 mars. Au programme, divers événements autour, forcément, de l'année 1967, avec notamment des invités et des idées originales pour marquer le coup. Mais nous n'en dirons pas plus maintenant, tout ceci étant en réflexion. D'ici là, rendez-vous au cinéma Juliet Berto le mercredi de votre choix. On se croisera peut-être.

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Classique / Fils du grand Maurice Tourneur, cinéaste français ayant offert au muet hollywoodien quelques-unes de ses œuvres phares, Jacques Tourneur lui emboîte le pas durant l’âge d’or des studios. S’associant avec le rusé mais avisé producteur Val Lewton, il lance sa carrière avec une trilogie de films «de peur» qu’il tourne pour la RKO, studio alors réputé pour ses budgets modestes et l’efficacité de ses techniciens. De fait, La Féline, Vaudou et L’Homme léopard compensent leur peu de moyens par une direction artistique inventive, une photographie faisant la part belle au clair-obscur, rehaussant le travail détaillé et méthodique sur les décors (en dur ou complétés par de superbes matte-paintings).Ce style convient parfaitement au projet de Tourneur, qui montre peu mais suggère beaucoup, promenant le spectateur dans des scénarios pas toujours grandioses (et forcément datés) en lui faisant miroiter la prochaine scène d’angoisse, pour le coup remarquable dans sa mise en scène. L’Homme léopard, dernier film de la trilogie, se déroule dans un Nouveau Mexique plein de castagnettes et d’amourettes mélodramatiques, de diseuses de bonne aventure et de flics nonchalants. Dans la premi

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Le Centre Culturel Cinématographique poursuit sa rétrospective de décembre, consacrée à Kirk Douglas, avec Les Ensorcelés (The Bad and the Beautiful en VO) de Vincente Minnelli. A la différence de Douglas Sirk, sorte de frère ennemi jusque dans le cœur des cinéphiles, les mélos de Minnelli reposent souvent sur une santé complexe, comme des comédies qui en cours de route déraillent vers le drame. Une dynamique que l’on retrouve dans son superbe diptyque consacré à Hollywood, Quinze jours ailleurs et Les Ensorcelés. Dans ce dernier, la violence des rapports entre les différents protagonistes, producteur, scénariste, réalisateur et acteurs, ne percent pas à la surface des médiocres films de série dans lesquels ils se compromettent. Le film de Minnelli montre comment une industrie façonne ses talents en leur ôtant toute singularité ; manipulations et trahisons les forcent à se transcender pour survivre dans un monde impitoyable. Une admirable façon de ne plus cantonner le réalisateur à son talent – certifié – pour la comédie musicale. Projection ce mercredi 7 décembre à 20h, salle Juliet Berto.CC

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Avec ce début d’année 2007 commence au Centre Culturel Cinématographique un nouveau cycle de projection à l’intitulé explicite : So British : l’humour britannique dans toute sa férocité. Au programme, un démarrage en grande pompe ce mercredi avec le classique nonsensique des Monty Python Sacré Graal (1974), suivi les semaines suivantes de deux de ses glorieux ancêtres, Noblesse oblige, de Robert Hamer (1949), et Whisky à gogo, d’Alexander MacKendrick (1948). Soit l’occasion rêvée de faire le point sur le fossé qui sépare l’humour anglais (drôle) de la comédie à la française (pas drôle)…

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Le prochain cycle du Centre Culturel Cinématographique se focalisera sur la contestation socio-politico-cinématographique durant les années 60/70. On pourra débattre avec passion de La Chinoise de Godard, mais il faudra surtout se manger en pleine poire un véritable objet filmique non identifié (qu’on ne peut trouver aujourd’hui dans le commerce qu’à travers une édition DVD allemande au transfert vidéo approximatif) : Themroc de Claude Faraldo. Interdit au moins de 18 ans à sa sortie en 1973 (au sujet principal se greffent inceste et cannibalisme), le film nous dévoile un ouvrier comme tant d’autres (Michel Piccoli, ahurissant) qui décide sur un “coup de tête“ de s’enfermer dans son appartement et de retourner à l’état sauvage. Les dialogues y sont donc remplacés par des grognements et autres onomatopées, et le film se transforme peu à peu en ode jusqu’au-boutiste au rejet de la société et à la sédition extrême. Le film a certes mal vieilli mais demeure édifiant…

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