Élitisme pour tous

MUSIQUES | Pour la troisième édition du festival, l’équipe des Détours de Babel a choisi de se pencher sur la question de la religion et de son traitement par les différentes musiques d’ici et d’ailleurs. Un axe passionnant tant l’histoire musicale est intimement liée à l’histoire religieuse, comme on en aura la preuve pendant ces trois semaines. Aurélien Martinez, Laetitia Giry et Christine Sanchez

Aurélien Martinez | Mardi 2 avril 2013

Cela fait trois ans que Les Détours de Babel, festival né de la rencontre entre les anciens 38e Rugissants et Grenoble Jazz Festival, investit chaque début de printemps l'agglomération dans son ensemble – aussi bien les salles classiques que l'espace urbain. Et trois ans qu'il se traîne la même image de manifestation élitiste réservée à quelques extatiques amateurs de branlette intellectuelle.

Alors que, n'en déplaisent aux médisants, c'est un peu plus compliqué que ça – voire carrément plus ! Les Détours de Babel, ce sont trois volets artistiques : les musiques contemporaines, le jazz, et les musiques traditionnelles (ou dites du monde). Une trinité ambitieuse au sein de laquelle on retrouve des propositions exigeantes, l'équipe organisatrice prenant soin de programmer des artistes qui ne se contentent pas de faire de la musique, mais qui la vivent, la réfléchissent, la réinventent...

Alors, certes, il y aura peu de noms connus du grand public pendant ces dix-huit jours de festival, et une poignée d'événements semblent véritablement hermétiques sur le papier... Mais si l'on prend la peine de dépasser la rugosité de l'entreprise, certains concerts risquent fort d'être de grands moments. On vous propose donc une sélection hautement subjective et passionnée. Et on vous invite à la faire vôtre (avec la part de risque que cela comporte, on en est conscients) pour que perdure la formule du grand homme de théâtre Antoine Vitez : l'élitisme pour tous.

Les Détours de Babel, du mardi 2 au samedi 20 avril
Dans divers lieux de Grenoble, de l'agglo, et du département
 

Les événements

Une cloche sonne, sonne
C'est le projet le plus atypique de cette troisième édition, qui rentre en plus en plein dans la thématique « musique & religion, sacré, spiritualité ». Comme il l'a déjà fait de nombreuses fois aux quatre coins du monde, le compositeur espagnol Llorenç Barber fera résonner la ville grâce aux cloches des églises grenobloises, et d'un carillon ambulant (car Grenoble n'en possède pas). Un concert qui pourra se vivre différemment selon que l'on soit à côté d'une église, en pleine promenade, ou – surtout – sur les terrasses du Musée dauphinois, sans doute le plus bel endroit pour profiter de cette expérience hors norme ouverte à tous – et même aux néophytes qui, surpris, se demanderont sans doute ce qu'il se passe !
Campana, samedi 6 avril à 22h, au centre-ville de Grenoble (clochers des églises de St-Bruno, St-Louis, St-André, St-Laurent, de la basilique St-Joseph, de l'ancien couvent Ste-Cécile et de la place Xavier Jouvin).
 

Thé ou café
Le brunch, depuis une dizaine d'années, c'est très tendance. Les Détours de Babel n'échappent pas à cette mode, mais qu'importe. Car bruncher dans le cadre idyllique du Musée dauphinois (encore lui !), entre le cloître, la terrasse, les jardins & co, tout en découvrant des artistes originaux (dont Llorenç Barber, qui sera présent le premier dimanche), est une activité aussi agréable que, par exemple, boire du champagne en mangeant des fraises, ou faire une fish pédicure devant un Terrence Malick. Oui, des trucs de bobos (à faire d'ailleurs entre amis, en famille, ou dans toute autre configuration) ; et alors ?
Brunch musical, dimanches 7 et 14 avril, de 10h30 à 17h, au Musée dauphinois.

De Goa à Grenoble
Un bal trance pour clôturer le festival ? Une idée pleine de bon sens, la trance, formalisée à Goa en Inde, étant par essence la musique du spirituel, qui cherche à faire planer l'auditeur. Le collectif grenoblois Hadra, pilier du genre avec notamment son festival qui a lieu chaque année là-haut dans la montagne, investira donc la MC2 pour une nuit psychédélique qui offrira à coup sûr une couleur supplémentaire aux Détours de Babel. Ces derniers évitent ainsi l'écueil du jeunisme et de la programmation d'un artiste d'électro fluo d'aujourd'hui, tout en diversifiant incontestablement leur public. Bonne pioche.
Downtown dreamers, samedi 20 avril de 22h à 8h, à la MC2

Les figures

Le bruit des pas
Pour sa création Le Silence de l'Exode, le fameux clarinettiste Yom a voulu « partir d'un des premiers déplacements essentiels du peuple juif, qui est la sortie d'Égypte et les quarante ans d'errance dans le désert qui ont suivi ». S'inspirant de ces mouvements historiques, il fait s'entremêler des musiques de différentes origines (juives et orientales) pour mieux exprimer un sentiment commun à l'humanité entière : la solitude. Loin d'être seul sur scène, lui qui multiplie les collaborations est ici accompagné du contrebassiste d'origine arménienne Claude Tchamitchian, du violoncelliste oriental Farid D. et du percussionniste iranien Bijan Chémirani, et fait plus que jamais virevolter sa clarinette dans les méandres de l'inconscient collectif. Sonorités profondes, intensité dramatique atteignant des paroxysmes à vous fiche la chair de poule, les envolées de cette assemblée de musiciens marquent l'oreille. Pour avoir déjà vu Yom en live (mais en solo), on peut affirmer que sa virtuosité resplendit sur scène. Gageons qu'il irradie de la même manière en groupe…

Yom – Le Silence de l'Exode, jeudi 4 avril à 20h30 à La Source (Fontaine)

Vers l'infini et au-delà
Parti à la conquête des musiques nouvelles depuis le début des années soixante-dix, le Kronos Quartet est un quatuor à cordes résolument hors du commun. C'est à San Francisco, où la formation est basée, que John Sherba et David Harrington aux violons, Hank Dutt à l'alto et Jeffrey Zeiggler au violoncelle – lequel  a rejoint le groupe en 2005 – ne cessent d'expérimenter ensemble, repoussant leurs propres limites en ignorant quasiment la notion de genre musical. Comme pour mieux creuser encore et encore le sillon de nouvelles perspectives sonores. Davantage performers que musiciens lorsqu'ils occupent une scène (ou un laboratoire?), ils bousculent, impressionnent et envoûtent en tendant vers toujours plus d'inattendu. Et montrent qu'ils sont tout aussi capables de s'attaquer à du Richard Wagner qu'à l'œuvre monumentale du compositeur Steve Reich – spécialisé dans la création d'une musique minimaliste qui déstabilise mais transporte. Muni donc de ses interprétations d'avant-garde qu'il transcende par son indiscutable brio, le Kronos Quartet continue d'ouvrir des vannes, dévoilant des possibilités mélodiques infinitésimales, flirtant avec le sacré.

Kronos Quartet, samedi 6 avril à 20h, à l'Hexagone (Meylan)

Mille colombes
Rodolphe Burger est un musicien prolifique qui n'est jamais là où on l'attend – et tant mieux. L'ancien leader du groupe culte Kat Onoma jouera ainsi, dans le cadre du festival, Le Cantique des cantiques, suivi d'un hommage à Mahmoud Darwich.

Le texte biblique, retraduit par l'auteur Olivier Cadiot et mis en musique par feu Alain Bashung, sert de point d'accroche au quintet présent sur scène – quintet mené par Burger et sublimé par la chanteuse israélienne Ruth Rosenthal. Quant aux mots du palestinien Mahmoud Darwich, avec son très beau poème S'envolent les colombes, ils prolongent le Cantique de façon plus lyrique, berçant et hypnotisant littéralement le public (ce fut notre cas quand nous l'avons vu) à travers la voix de Burger. Baudelaire parlait d'invitation au voyage : c'est un peu ça que nous propose Burger.

Le Cantique des cantiques & Hommage à Mahmoud Darwich, jeudi 11 avril à 20h, à la Rampe (Echirolles)

Fan de
Oui, le monde de la musique contemporaine a aussi des (rock)stars. Pierre Henry en est une. Ce compositeur de musique électroacoustique né en 1927 est une légende vivante, un véritable pan d'histoire – on le présente souvent comme l'un des pionniers des musiques électroniques en France.

Il sera présent à deux reprises pendant le festival : d'abord à Bourgoin-Jallieu, avec son concert Pulsations ; et surtout à la MC2 pour sa création Fragments rituels, « rêverie musicale » autour de sa fameuse Messe pour le temps présent datant de 1967. Immanquable semble être le terme adéquat.

Pulsations, mardi 16 avril à 20h30, aux Abbatoirs (Bourgoin-Jallieu)
Fragments rituels, vendredi 19 avril à 20h30, à la MC2


Campana

Concerto atmosphérique pour carillon et clochers, de Llorenc Barber
Grenoble Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Le Cantique des cantiques & Hommage à Mahmoud Darwich

Rodolphe Burger

ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Pierre Henry Fragments rituels

Musique électroacoustique - création | Rêverie musicale autour de la Messe pour le Temps Présent
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Benoit Thiebergien : « Il faut que la solidarité avec les artistes soit aussi portée par les partenaires publics »

Festival | C’est l’un des gros festivals du printemps grenoblois, côté musiques du monde, jazz et musiques nouvelles, qui aurait dû lancer sa dixième édition ce jeudi 26 mars. Ce qu’il n’a bien sûr pas pu faire, tout le pays étant confiné – et tous les événements culturels à l’arrêt. On a alors passé un coup de fil à Benoit Thiebergien, qui pilote ces Détours de Babel depuis leur création (puisque c’est d’eux dont il s’agit), pour savoir comment lui et son équipe vivent l’annulation. Et, surtout, envisagent l’avenir.

Aurélien Martinez | Lundi 30 mars 2020

Benoit Thiebergien : « Il faut que la solidarité avec les artistes soit aussi portée par les partenaires publics »

Ça ne doit pas être très agréable d’annuler un festival à quelques jours de son lancement… Benoit Thiebergien : On peut même dire que ça n’est pas agréable du tout. On était tous prêts, certaines résidences avaient même déjà commencé… Mais quand, vendredi 13 mars, on a appris que les rassemblements de plus de 100 personnes étaient interdits, on a tout de suite compris que l’on n’avait pas d’autre choix que d’annuler. Tout le monde dans l’équipe était abasourdi. Et les artistes aussi, bien sûr. La dixième édition aurait dû se tenir du 26 mars au 19 avril. Sera-t-elle reportée dans l’année ? Non, on ne peut pas la reporter, en décalant par exemple les trois semaines du festival en septembre, pour la simple et bonne raison que l’on travaille avec des salles partenaires – 48 lieux différents sur 20 communes tout de même, avec des grandes salles comme la MC2, la Belle Électrique ou la Rampe, des plus petites, des bibliothèques… Chaque projet est donc un cas particulier. Si on était un festival dans un lieu unique, on pourrait tout décaler, mais là c’est tout simplement impossible. Surtout qu’avant l’annu

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Un trésor nommé "Campana"

Cirque | Il est des spectacles qui émerveillent et bouleversent. Ils sont rares. "Campana", dernière création en date du Cirque Trottola programmée à la MC2, est de ceux-là. Du sous-sol aux cimes de leur chapiteau, Titoune et Bonaventure Gacon témoignent de la complexité à faire humanité. Et d'un indicible espoir.

Nadja Pobel | Mercredi 27 novembre 2019

Un trésor nommé

Il y a dans cette pièce-là les mots de Jean-Loup Dabadie et Serge Reggiani. Il pourrait y avoir tous ceux de Beckett. Cette création est aux antipodes de l'entertainment à la québécoise, sans être dénuée de spectacle – nous sommes bel et bien au cirque avec ses codes (une piste, un chapiteau, une arène de spectateurs) et ses artistes (un clown, une trapéziste, deux musiciens). Il n'y a de drague sous couvert d'une débauche d'effets inutiles. « Alors, on y va ? » Au commencement, dans Campana, un homme un peu bourru et une brindille sortent des dessous de scène au son d'une cloche (campana en italien) puis sont avalés et recrachés dans un bruit d'orage assourdissant. Au centre, ce n'est pas une simple scène : c'est un cœur qui bat, qui bout, celui de la Terre, de ses entrailles aussi accueillantes que malveillantes. D'emblée, de ce travail, surgit quelque chose de sanguin et remuant. Titoune et Bonaventure Gacon réinventent un rapport physique au cirque. Ils font de cette toile une cathédrale païenne, de celles qui s'ouvrent aux douleurs du monde pour souffler sur les plaies et tenter de les cicatriser. Le clown prend pa

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Cirque : les quatre spectacles que nous attendons avec impatience

Panorama de rentrée culturelle 2019/2020 | Direction la MC2, l'Hexagone et le Grand Angle.

La rédaction | Mardi 17 septembre 2019

Cirque : les quatre spectacles que nous attendons avec impatience

Campana Le Cirque Trottola est une compagnie fascinante, qui revient à la MC2 (enfin, devant, car sous chapiteau) après sa réussite Matamore, jouée plus de 300 fois ici et là. Un peu sombres, parfois inquiétants mais constamment jubilatoires, Bonaventure Gacon et Titoune rejoignent de nouveau la piste et tentent d'établir un lien entre eux, à tâtons. Car le cirque, ce ne sont pas que des performances (même s'il y en a ici, entre trapèze et portés acrobatiques) mais une atmosphère, un regard sur le monde… Grandiose et émouvant à la fois. À la MC2 du vendredi 29 novembre au mercredi 11 décembre Möbius Pur déploiement poétique et virtuose des possibilités de l’acrobatie aérienne, incroyable émanation d’une énergie collective : il y a quatre ans, la pièce Il n’est pas encore minuit de la compagnie circassienne XY nous avait bluffés. Nous serons très heureux de retrouver les dix-neuf acrobates avec une nouvelle création ; et ce d’autant plus qu’elle a été accompagnée pa

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Les Détours de Babel 2019 en 14 concerts

Festival | C’est parti pour la neuvième édition des Détours de Babel, festival estampillé « musiques du monde, jazz, musiques nouvelles ». Soit l’occasion, pendant plus de trois semaines (du 15 mars au 7 avril), de découvrir des artistes de tous horizons et des musiques non formatées. Histoire de se repérer dans le vaste et passionnant programme, on vous livre une sélection de nos attentes à écouter à Grenoble, dans l'agglo et même, parfois, au-delà.

La rédaction | Mardi 12 mars 2019

Les Détours de Babel 2019 en 14 concerts

Traversées – Constantinople et Ablaye Cissoko Il y aura une belle teinte mandingue cette année aux Détours de Babel, pas mal de kora, et quelques Cissoko. À commencer, par ordre chronologique, par Ablaye, qui vient ici flirter avec la musique des cours persanes aux côtés notamment de Kiya Tabassian, chantre irano-canadien de la musique traditionnelle et savante venue de Perse, et grand spécialiste du sétâr, lointain cousin persan de la kora. Ablaye se produira également en solo vendredi 15 mars aux Salons de musique de la Maison de l’international. Samedi 16 mars à 19h à la salle des fêtes de Commelle et dimanche 17 mars dans le cadre du Brunch #1 du quartier Très-Cloîtres Trois lettres de Sarajevo – Goran Bregović Dans ce Sarajevo d'avant la guerre où a grandi Goran Bregović, les cultures et les religions cohabitaient avec bonheur. C'est cette Jérusalem des Balkans, ce paradis perdu du vivre-ensemble que les national

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Rodolphe Burger : very "Good"

Concert | Le génial compositeur, guitariste et chanteur français sera à la MC2 mardi 11 décembre pour un concert qui promet. Et la veille au cinéma le Méliès pour présenter un documentaire le concernant.

Stéphane Duchêne | Mardi 4 décembre 2018

Rodolphe Burger : very

Une approche velvetienne du blues, une certaine langueur électronique et un amour immodéré de la poésie : voilà probablement les trois piliers tenant l'œuvre du Français Rodolphe Burger depuis les premiers temps de son groupe Kat Onoma jusqu'à ses dernières productions. Et c'est ce que l'on retrouvait comme en hyper-concentration sur l'album Good, sorti début 2017, qui se présentait comme une énième manifestation de xénoglossie où la langue des poètes (celle des compères de toujours Olivier Cadiot et Pierre Alféri mais aussi de Goethe, T.S. Eliot, Deguy, Büchner et Beckett) venait une fois de plus envahir le flow chamanique de l'ermite de Sainte-Marie-aux-Mines (Haut-Rhin). Un an après une précédente présentation live (à la Source), celui-ci revient dans l'agglo (cette fois à la MC2) servir un double événement autour de cet inépuisable et insondable projet. D'abord sous la forme d'une expé

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"Voiron Jazz Festival" : jazz à voir à Voiron

Festival | Zoom sur la huitième et prometteuse édition du festival, qui accueillera cette année pas mal de grands noms du jazz.

Stéphane Duchêne | Mardi 20 mars 2018

Comme tout bon festival de jazz, Voiron Jazz s'étale au maximum ; pas seulement dans le temps (du 22 mars au 7 avril) mais aussi dans la ou les formes : apéro-concert, ciné-concert, exposition, tremplin big band, stage... Mais bon, comme dans tout bon festival aussi, ce qui prime c'est le line-up. Et si l'on s'en tient aux têtes d'affiches, Voiron Jazz n'aura pas à rougir cette année. En vedette, Lucky Peterson (photo) partira sur les traces de son mentor Jimmy Smith dans un Tribute to Jimmy Smith où le guitariste et chanteur de Buffalo, également claviériste, se faufile derrière cet orgue Hammond B-3 qui était la marque de fabrique de l'ancien pensionnaire du Blue Note. Le festival s'animera aussi de quelques duos. Comme un qui réunit celui que les amateurs de musique klezmer, et particulièrement de clarinette, connaissent par cœur, Yom, et le titulaire des grandes orgues de l'église Sainte-Eustache à Paris (inutile de dire que ça en je

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Détours de Babel 2018 : nos coups de cœur

Festival | C’est parti pour la huitième édition des Détours de Babel, festival centré, comme l’indique son sous-titre, sur les musiques du monde, le jazz et les musiques nouvelles. Une manifestation comme chaque année d’une grande richesse, même si pas mal de propositions peuvent intimider de prime abord. On a donc parcouru consciencieusement l’ensemble du programme, bien ouvert nos oreilles et sélectionné quelques concerts à faire pendant ces trois semaines. Suivez-nous.

La rédaction | Mardi 13 mars 2018

Détours de Babel 2018 : nos coups de cœur

Ouverture avec star On ne peut pas dire que les Détours de Babel sont réputés pour la foule de têtes d’affiche grand public qu’ils convoquent chaque année – même si, pour les amateurs des genres musicaux défendus par l’équipe organisatrice, celles et ceux dont on va causer dans cet article sont, à leur façon, des têtes d’affiche. Alors quand un nom un tant soit peu grand public ouvre les hostilités, il faut le souligner. La chanteuse et musicienne malienne Rokia Traoré sera ainsi sur la scène de la Belle électrique lors de la première soirée du festival pour un concert mêlant sa culture malienne et des chansons françaises du répertoire comme celles de Brel et Ferré. De quoi commencer sur de bonnes bases, en parfaite adéquation avec le thème de cette édition : retour aux sources. Rokia Traoré À la Belle électrique vendredi 16 mars à 20h John en Cage Parmi les riches festivités du brunch Jazz no Jazz sis dans le quartier Très-Cloîtres, Rencontre d'un univers im

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"Good" : un bon (Rodolphe) Burger

MUSIQUES | Voix de stentor, tempo au bord de l'arrêt cardiaque : le guitariste et chanteur français continue, avec son énième album en date, à distiller son blues velvetien. Ou devrait-on dire burgerien, comme on s'en rendra compte jeudi 16 novembre sur la scène de la Source.

Stéphane Duchêne | Mardi 14 novembre 2017

Exégète inépuisable du Velvet, collaborateur frénétique, maniaque de la reprise (y compris de ses propres titres ou de ceux du groupe qui l'a fait connaître, feu Kat Onoma) féru de création live sous toutes sortes de formes : le guitariste et chanteur alsacien Rodolphe Burger est à ce point barré en permanence sur plusieurs fronts qu'on en oublierait presque qu'il mène aussi une carrière discographique solo faites d'albums originaux. Si l'on s'en tient à ce seul critère, cela fait neuf ans que Burger, loin pourtant d'avoir chômé, n'avait pas livré ce genre d'albums, depuis No Sport, en 2008. Jusqu'à ce Good donc. Sauf que, même en solo, Burger n'est jamais tout seul, convoquant toujours ses poètes préférés. Samuel Beckett, pour le morceau-titre, côtoie ainsi Pierre Alféri et Olivier Cadiot (deux complices de longue date de Burger) ou T.S. Eliot et son poème The Waste Land. De fait, la formule de l'alchimiste alsacien, si connu pour transformer le rythme de la poésie en boucles musicales hypnotiques, ne change guère : sa guitare blues et velvetienne, sa voix profonde de crooner fantomatique caressent les mots

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Festival Les Belles Journées : oh les beaux jours berjalliens

Musique | Zoom enthousiaste sur la nouvelle édition du festival de Bourgoin-Jallieu organisée vendredi 8 et samedi 9 septembre. Un événement qui « souhaite défendre la fine fleur du rock indépendant français et de la chanson, dans une ambiance conviviale et festive ».

Stéphane Duchêne | Mardi 5 septembre 2017

Festival Les Belles Journées : oh les beaux jours berjalliens

C'est un peu comme une pré-rentrée. En attendant que les Abattoirs de Bourgoin-Jallieu ne rouvrent leurs portes pour une saison qui promet quelques beaux moments, le festival de rock français Les Belles Journées, sis lui aussi à Bourgoin, s'occupe des derniers beaux jours (même s'il est devenu plus qu'évident qu'il y a de moins en moins de saison) en marquant la reprise. Et de quelle manière ! Car les deux soirs du "petit" festival du Parc des Lilattes s'annoncent appétissants. Le premier aura une forte odeur de blues avec Butch McKoy, blues (donc) sépulcral à cheval sur la dépouille de Johnny Cash et les esprits de Nick Cave et de David Eugene Edwards (16 Horsepower, Wovenhand), et les Mountain Men de Mathieu Guillou. Quant aux caméléons de Nouvelle Vague (on rappelle le principe : des reprises bossa nova de tubes new wave mais aussi, depuis peu, quelques compositions), ils ne devraient toutefois pas avoir de mal à se faire une tête de tête d'affiche. Le lendemain, le prodige folk lyonnais Raoul Vignal et le bluesman velveto-alsacien Rodolphe Burger feraient

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« Un festival de découverte et de confirmation »

MUSIQUES | Depuis 2011 a lieu chaque début de printemps à Grenoble (et en Isère) un festival exigeant centré sur des musiques que l’on n’a pas l’occasion d’écouter tous les jours. Son nom ? Les Détours de Babel. Avant de zoomer sur l’alléchante programmation de cette sixième édition, on a causé programmation, langages musicaux ou encore élitisme supposé avec le boss Benoît Thiebergien. Par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 22 mars 2016

« Un festival de découverte et de confirmation »

En 2013, pour la troisième édition du festival, nous avions paraphrasé Antoine Vitez et titré notre article « Élitisme pour tous ». Vous reconnaissez-vous dans cette expression ? Benoît Thiebergien : Oui et non, je me méfie des "ismes". Vitez parlait de « théâtre élitaire pour tous ». Parlerait-on d’un festival « populiste » pour dire populaire ? La formule est à double sens. Soit elle fait référence aux élites qui savent ce qu’il convient de proposer au peuple pour l’éduquer : une vision obsolète de l’action culturelle aujourd’hui dans laquelle nous ne nous retrouvons pas. Soit elle considère qu’une démarche artistique exigeante que l’on pense réservée à quelques-uns est un a priori qui disparait quand elle va à la rencontre de tous les publics, qui sont souvent bien plus curieux qu’on ne le croit. C’est dans ce sens que je vous rejoins dans cette paraphrase. À Babel, on veut maintenir cette exigence artistique au centre de nos préoccupations avec des choix qui ne sont pas forcément "mainstream".

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Détours de Babel : nos quatre coups de cœur

MUSIQUES | Zoom sur quatre propositions piochées dans la programmation de la sixième édition des Détours de Babel, « festival des musiques du monde contemporain ».

Aurélien Martinez | Mardi 22 mars 2016

Détours de Babel : nos quatre coups de cœur

29.03 > Hexagone (Meylan) Strange Strings Le joueur de kora Ballaké Sissoko, que l’on avait mis en "une" du journal l’an passé lors de la précédente édition du festival, va confronter son univers avec celui de trois autres grands solistes dont le violoncelliste Vincent Segal avec qui il collabore souvent – leur album Chamber Music est une pure merveille. Les deux autres invités ? Le contrebassiste Renaud García-Fons et le joueur de kemençe (vielle traditionnelle turque) Derya Türkan. Certes, le concert est complet, mais une liste d’attente a été ouverte. 31.03 > MC2 Yātrā C’est, après Israel Galván, l’autre grand nom espagnol du flamenco qui a fougueusement investi les scènes européennes avec son art ancestral revisité. Dans ce spectacle (que nous n’avons pas vu), Andrés Marín ira ainsi du flamenco à l’Inde du Nord en passant par le hip-hop de Kader Attou. Un grand écart oui, mais souvent parfaitement maîtrisé dans son

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Les dix concerts à ne pas louper en mars et avril

MUSIQUES | Ces deux mois seront riches en événements du côté de la Belle électrique, de la Bobine, de la Source, de la MC2... La preuve en dix points à base de Feu! Chatterton, de Rover, de Nada Surf ou encore de Détours de Babel. Stéphane Duchêne et Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 19 février 2016

Les dix concerts à ne pas louper en mars et avril

Feu! Chatterton Voilà un groupe qui aime les transports, qui a déchiré le voile du succès critique avec une chanson sur le Costa Concordia et annoncé son premier album avec un single titré Boeing. Mais quand on parle de transport, il faudrait entendre ce mot selon toutes ses acceptions, à commencer par celle du transport sentimental, du transport amoureux et du voyage des mots. Car si l'on a multiplié les comparaisons musicales ou stylistiques s'agissant de Feu! Chatterton, il faut reconnaître une chose qui n'appartient qu'à eux. Rarement, on a vu si jeune groupe écrire des textes de la sorte : Boeing est une chanson à danser autant qu'à lire comme une suite machiniste à L'Albatros de Baudelaire (« Boeing, Boeing ! Et tes mouvements lents sont de majesté / Est-ce la faute de tes passagers indigestes / Si tu penches ? »). Quant aux paroles de Côte Concorde, elles sont à placer aux côtés des grands textes de la chanson française (« Du ciel tombe des cordes, faut-il y grimper ou s'y pendre ? »). Feu! Chatterton, loin d'être de paille, brûle de mots et sur scène les enflamme. C'est à voir.

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« La musique savante n’est pas réservée à une élite »

ACTUS | Les Détours de Babel, ce n’est pas seulement un festival musical. C’est aussi un grand nombre de rencontres culturelles, débats, conférences et ateliers pédagogiques. Depuis deux ans, Vincent Tournoud est chargé d’actions culturelles, relations avec les publics et partenariats pour le festival. L’objectif est notamment d'ouvrir les portes au grand public. Rencontre. Propos recueillis par Guillaume Renouard

Guillaume Renouard | Lundi 31 mars 2014

« La musique savante n’est pas réservée à une élite »

Ateliers de découverte, conférences, débats, sorties scolaires… Quel est le but de ce programme ? Vincent Tournoud : Pendant le festival, nous proposons un certain nombre de rendez-vous culturels, qui permettent soit d’aller plus loin sur une thématique abordée par un concert, soit de rendre plus accessibles les prestations du festival. Pour ce qui concerne le premier objectif, nous organisons par exemple un colloque sur l’énergie sonore. Et pour le second, nous faisons notre possible pour attiser la curiosité du public. La curiosité ? Oui, étant donné que le festival est tourné vers la musique de création, la plupart des concerts n’ont jamais été joués ailleurs. Les spectateurs n’ont donc aucune idée de ce qu’ils vont voir, ce qui peut en freiner plus d’un. Nous tâchons de faire en sorte que ce caractère inédit suscite la curiosité et non l’appréhension. Comment familiariser le grand public avec ce type de musique ? Nous organison

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Into the (musical) wild

MUSIQUES | C’est parti pour trois semaines dédiées à «l’art musical» sous toutes ses formes grâce à l’exigeant festival Les Détours de Babel, centré cette année sur les rapports entre musique et nature. Rappel du projet et sélection de concerts et autres événements. Aurélien Martinez, Charline Corubolo, Stéphane Duchêne et Damien Grimbert

Aurélien Martinez | Mardi 25 mars 2014

Into the (musical) wild

Quatrième édition pour les Détours de Babel, festival né – on le rappelle – de la fusion entre les 38e Rugissants (très centrés sur les musiques contemporaines) et le Grenoble jazz festival (qui portait bien son nom). Après la religion en 2013, la politique en 2012 et les questions d’identité en 2011, c’est le thème de la nature qui a été retenu cette année, avec un sous-titre assez large pour ne pas être réducteur : les musiciens de la Terre. Bien appuyé sur ses trois jambes (« les musiques nouvelles – tout ce qui est lié à la musique contemporaine, à la musique électronique… –, le jazz et les musiques improvisées, et enfin les musiques traditionnelles, dites musiques du monde » comme nous l’expliquait son directeur Benoît Thiebergien en 2012), même si ces trois jambes ont de plus en plus tendance à se fondre les unes dans les autres, la manifestation est toujours construite autour du concept que nous lui avions accolé l’an passé :

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Cabaret frappé – jour 3 : branchées les guitares

MUSIQUES | Un duo déconcertant, un trio séduisant, un juste retour au blues originel américain et un Burger fidèle à lui-même : on a eu droit à quatre groupes survoltés en ce troisième jour de Cabaret frappé. Le tout avec des guitares savamment exploitées. Eloi Weiss

Aurélien Martinez | Jeudi 25 juillet 2013

Cabaret frappé – jour 3 : branchées les guitares

« Secouer la lune » : c'est ainsi que se fait nommer le duo Heymoonshaker programmé ce mercredi 24 juillet, en plein milieu de la troisième soirée du Cabaret frappé. Deux mauvais garçons –  Andrew Balcon, guitariste et chanteur, et Dave Crowe, beatboxer surprenant – qui ont habité la scène avec une constance impressionnante. Bières en main, cigarettes au bec, le pantalon à peine remonté : leur entrée fut singulière. Provocants, mais plein d'enthousiasme donc, les deux Anglais au style blues décharné et rock électrique étaient deux et bien plus à la fois. En guise d’instruments : une seule guitare, tenue par un Andrew Balcon à la voix rauque très poussée. Et c’est tout. Enfin, presque... Car il y a Dave Crowe : le beatboxer hors pair, seulement armé d’un micro, se transforme à chaque concert en une incroyable batterie humaine. Il incarne les lignes de basse, son corps traçant dans l'air un semblant de partition. Il est un groupe de musiciens à lui tout seul, comme le sont les meilleurs beatboxers. Sur scène, Heymoo

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Au Cabaret !

MUSIQUES | Tout se passe à Grenoble entre la poire et le fromage et entre kiosque (pour les concerts gratuits programmés à 19 h ou à minuit) et chapiteau. Avec néanmoins (...)

Stéphane Duchêne | Vendredi 12 juillet 2013

Au Cabaret !

Tout se passe à Grenoble entre la poire et le fromage et entre kiosque (pour les concerts gratuits programmés à 19 h ou à minuit) et chapiteau. Avec néanmoins une exception le 28 juillet avec un concert final de Dark Dark Dark qui méritera bien de monter jusqu'au Ciel pour l'occasion. Et puisqu'on parle d'occasion, Le Cabaret frappé est toujours l'occasion de (re)découvrir dès le premier soir de bien étranges créatures comme le Big Ukulele Syndicate qui reproduit l'esprit de l'Ukulele Orchestra of Great Britain, fameuse formation de reprise tous horizons au Ukulele donc (d'où le nom). Le même soir, le métissage musical se poursuivra avec le folk hybride de la canadienne d'origine haïtienne Melissa Laveaux et le soul man casqué Cody Chesnutt.   Le mardi, on se refait un coup de 14 juillet avec neuf jours de retard. Au programme : l'électro-rock de Pan en gu

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Tours et détours

MUSIQUES | Les Détours de Babel est un festival qui porte plutôt bien son nom : les partisans de l'étiquetage musical y perdent, comme au pied de la biblique tour, leur (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 11 janvier 2013

Tours et détours

Les Détours de Babel est un festival qui porte plutôt bien son nom : les partisans de l'étiquetage musical y perdent, comme au pied de la biblique tour, leur latin. Car il faut entendre « musiques du monde » non pas au sens de « musiques du tiers-monde » comme on a trop souvent tendance à le faire, mais bien au sens de « musiques de notre monde », ou « musiques nomades », comme on dit ici. Bref, de musique, quoi. L'on peut donc aller à la fois applaudir Pierre Henry (photo), électroacousticien octogénaire ascendant éternel, et ses « Fragments rituels », une « rêverie musicale » autour de sa fameuse Messe pour le Temps Présent ; le Cantique des cantiques, poème d'amour biblique traduit par Olivier Cadiot et immortalisé en musique par Rodolphe Burger ; ou encore le Kronos Quartet, célèbre quatuor à cordes aux 600 créations, capable de se fondre dans tous les genres connus (rock, jazz, classique, musique minimaliste, folklore de tous pays, tango, musiques de film, post-rock, punk) et inconnus. De Wagner à Steve Reich, en passant par Laurie Anderson, le Kronos sera une fois encore fidèle à sa plasticité esthétique, et constituera l'étendard rêvé et

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Glass-sang

MUSIQUES | Tourné en 1930 par Todd Browing d’après le roman de Bram Stoker, Dracula, film d’horreur vintage, est moins un chef d’œuvre que le Freaks qui suivra, du (...)

Régis Le Ruyet | Mercredi 16 mai 2012

Glass-sang

Tourné en 1930 par Todd Browing d’après le roman de Bram Stoker, Dracula, film d’horreur vintage, est moins un chef d’œuvre que le Freaks qui suivra, du même réalisateur. Néanmoins, la mal(e) attitude du Comte aura en son temps retourné quelques cerveaux, à commencer par celui de Bela Lugosi qui incarna si bien le rôle à l’écran qu’il finit à l’asile, des chauves-souris au plafond. En 1998, pour la réédition du mythe en vidéo, les Studios Universal commandèrent une bande son à Philip Glass, l’un des pères de la musique minimaliste américaine avec Terry Riley et Steve Reich. Un compositeur dont les accords obsédants et modulés soulignent déjà les images des films de Martin Scorsese, Stephen Daldry, Andrew Niccol ou encore Woody Allen. Pour évoquer l’ambiance victorienne, le musicien a fait le choix du Kronos Quartet, un ensemble à cordes, interprète fidèle de ses œuvres depuis plus de quarante ans et avec qui il a précédemment collaboré sur le film Mishima de Paul Schrader. Évitant les effets du genre, la partition puise dans la recherche d’une émotion musicale, où le caractère répétitif du minimalisme s’avère être un langage harmonique idéal pour faire

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« Transformer l’essai »

MUSIQUES | Pour la deuxième édition des Détours de Babel, émanation des anciens Grenoble Jazz Festival et 38e Rugissants, les musiques en résistance seront mises à l’honneur. Pour en savoir plus, rencontre avec Benoît Thiebergien et Jacques Panisset, respectivement directeur et conseiller artistique du festival. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 16 mars 2012

« Transformer l’essai »

Les Détours de Babel, deuxième édition. L’édition de la confirmation ?Benoît Thiebergien : L’année dernière, il fallait lancer la nouvelle manifestation, faire en sorte que son nom et son esprit puissent pénétrer le public de l’agglomération et le milieu professionnel. Et là, évidemment, cette deuxième édition est celle de la confirmation : il faut transformer l’essai, asseoir le festival, conquérir de nouveaux publics… Les Détours de Babel sont présentés comme un « festival des musiques du monde contemporain »… C’est-à-dire ?BT : Le festival explore principalement trois esthétiques musicales : les musiques nouvelles – tout ce qui est lié à la musique contemporaine, à la musique électronique… –, le jazz et les musiques improvisées, et enfin les musiques traditionnelles, dites musiques du monde. On explore donc ces trois champs, en montant des projets avec des artistes qui viennent de ces esthétiques-là, mais qui sont dans des dynamiques d’ouverture et de croisement avec d’autres champs musicaux.Jacques Panisset : Et ce qui fédère l’ensemble, c’est que tous ces

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Jouer sur du velours

MUSIQUES | On a usé nos disques de Kat Onoma. Dévoré les albums solo de Rodolphe Burger en solitaire. On a été foudroyé par la beauté de ses collaborations avec Alain (...)

François Cau | Lundi 16 janvier 2012

Jouer sur du velours

On a usé nos disques de Kat Onoma. Dévoré les albums solo de Rodolphe Burger en solitaire. On a été foudroyé par la beauté de ses collaborations avec Alain Bashung (sur Fantaisie Militaire et la version du Cantique des Cantiques interprétée lors du mariage de Bashung avec Chloé Mons). On a presque supporté Jeanne Balibar quand elle miaulait sur ses arrangements. On a ouvert grand nos yeux et nos oreilles lors de son étonnant « concert dessiné » avec Dupuy et Berbérian (en 2010 à la Source). On a encore plus apprécié le film Bled number one en le voyant interpréter le générique de fin seul à flanc de montagne, dans son inimitable registre de rock brisé aux superbes fêlures. Et donc forcément, quand l’immense Rodolphe Burger, institution rock française en dehors de tout carcan, s’empare du répertoire du mythique Velvet Underground le temps d’un concert (mardi 24 janvier à la MC2), on souscrit à la démarche sans aucune hésitation. Car les capacités d’incarnation, de réinterprétation et de surprise du bonhomme sont tellement au-delà de toutes normes qu’il se peut qu’on entende certains morceaux comme pour la première fois.

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Sélection (édition 2011)

MUSIQUES | Les événements à ne pas manquer pendant Les Détours de Babel. FC

François Cau | Lundi 4 avril 2011

Sélection (édition 2011)

Choc des culturesGrands frissons artistiques prévus dès ce samedi dans l’enceinte de la Maison de la Culture. Pour ce qui est de la claque sonore, la scène accueillera le groupe Phat Jam, la réunion inespérée entre le grand saxophoniste de jazz Archie Shepp (photo) et le rappeur / beat boxer Napoléon Maddox. Ce dernier, au sein de sa formation IsWhat ?!, a plus que fait ses preuves en louvoyant notamment sur des sentiers artistiques dont les sonorités percussives vous font du rentre-dedans jusqu’à ce que vous vous abandonniez totalement, désarmé, sous le charme – écoutez son You figure it out et défaillez donc. Citant à tour de bras l’héritage musicalement revendicatif de Charles Mingus ou de John Coltrane, il était assez logique qu’il saisisse l’opportunité de travailler avec Archie Shepp sur un projet commun : Phat Jam, c’est son nom, ne trahit ni l’un ni l’autre, mais assemble leurs caractéristiques respectives avec bonheur. Et quand on sait qu’en plus, le groupe sera rejoint sur scène par la compagnie de danse sud-africaine Via Katlehong, l’une des plus inventives et explosives représentantes de la danse pantsula, quelque chose nous dit que la soirée s

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Jouer avec la langue

CONNAITRE | Sauvagement bousculée par l’actualité, la première édition des Détours de Babel s’offre néanmoins à nous avec son lot de promesses artistiques mirobolantes. François Cau

François Cau | Mercredi 30 mars 2011

Jouer avec la langue

Festivals clés de l’agglomération grenobloise, les 38e Rugissants et le Grenoble Jazz Festival ont célébré pendant de nombreuses années de bons et loyaux services la création musicale contemporaine, les émulations entre différentes cultures, les passerelles temporelles et autres échos sonores. Forcément, dans leurs recherches respectives, leurs routes se sont croisées plus d’une fois, jusqu’au point où les responsables de chaque structure, liés de plus par une complicité ne datant pas d’hier, se sont demandés si une mutualisation de leurs forces ne pouvait pas donner naissance à une nouvelle entité événementielle, un festival qui conserverait les spécificités de chacun mais qui tendrait vers l’expérimentation libre de nouvelles formes. Bref, l’application de la formule mathématique popularisée par Jean-Claude Van Damme, 1 + 1 = 1, mais dans le domaine de la musique et de la création contemporaines. Les deux structures se fédèrent donc, investissent leur Centre International des Musiques Nomades créé pour l’occasion, et planchent de concert sur la ligne éditoriale de leur projet commun. Village global Comme son nom le laisse délicatement suppose

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La cité des papes

MUSIQUES | MUSIQUE/ Deux monstres sacrés de la musique contemporaine seront cette semaine dans l’agglo : l’éclectique Jean-Philippe Goude et Pierre Henry, le papa des DJ’s. Un programme original et excitant. AM

François Cau | Jeudi 17 février 2011

La cité des papes

L’un, Pierre Henry, est né en 1927. L’autre, Jean-Philippe Goude, vingt-cinq ans plus tard. Deux artistes de générations distinctes, aux approches différentes, qui néanmoins comptent tous deux dans le paysage de la musique contemporaine : à 82 ans, Pierre Henry était ainsi en concert lors de l’édition 2009 de Nuits sonores, le festival électro jeune et hype de Lyon. Normal, car l’homme est considéré comme l’un des pionniers des musiques électroniques en France, s’attelant dès le début de sa carrière à penser ce que pourraient être les sons du futur. « Il faut prendre immédiatement une direction qui mène à l'organique pur. La musique a été beaucoup moins loin que la poésie ou la peinture. Elle n'a pas encore osé se détruire elle-même pour vivre » écrivait-il déjà en 1950 dans son manifeste Pour penser à une nouvelle musique. Sa rencontre un an plus tôt avec Pierre Schaeffer, père de l’électroacoustique, fut déterminante : les deux hommes composèrent ensemble la Symphonie pour un homme seul, pièce phare symbolisant la naissance de la musique concrète. En 1958, Henry créa son propre studio, ce qui lui permit de mettre en place des procédés techniques de composition maintenant large

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Amours sombres

ECRANS | Rodolphe Burger, ancien leader (chanteur-guitariste) du feu groupe de rock expérimental Kat Onoma, débarque à Grenoble pour un ciné-concert dont on attend (...)

François Cau | Lundi 12 octobre 2009

Amours sombres

Rodolphe Burger, ancien leader (chanteur-guitariste) du feu groupe de rock expérimental Kat Onoma, débarque à Grenoble pour un ciné-concert dont on attend beaucoup (le projet a été initié en 2002 à la demande du Musée d’Orsay). Car le film choisi – L’Inconnu de Tod Browning, réalisateur du célébrissime Freaks, la monstrueuse parade – est un petit bijou du cinéma muet. Dans un cirque gitan, on rencontre une femme refusant que les hommes la touchent, un monsieur muscles gentiment pataud, un nain malicieux… Et surtout Alonzo, faux manchot éperdument amoureux et diaboliquement machiavélique interprété par Lon Chaney, acteur grandiose du cinéma muet qui livre ici une performance de haute volée (quel regard lorsqu’il comprend que son monde s’effondre). L’Inconnu, sous couvert d’une morale simple (ceux qui agissent mal seront punis), devient alors un film étrange, sombre et romantique à la fois. Soit le matériau idéal pour illustrer les recherches musicales de Rodolphe Burger – recherches qu’il effectue en collaborant aussi avec de nombreux artistes, d’Higelin à Bashung en passant par Erik Truffaz ou encore Françoise Hardy. Sa musique sensitive, impressionnan

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