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« Mes textes ne sont pas des objets sacrés »

Article publié le Jeudi 22 décembre 2011 par Aurélien Martinez Petit Bulletin n°826 consulté 387 fois

Olivier Cadiot a été artiste associé du Festival d'Avignon 2010, où deux de ses romans – Un Nid pour quoi faire et Un Mage en été – furent mis en scène par Ludovic Lagarde. Les deux spectacles seront en mars à Grenoble (le premier à la MC2, le second à l’Amphithéâtre) : l’occasion de partir à la rencontre de cet écrivain français atypique. Propos recueillis par Dorotée Aznar

 • Un Nid pour quoi faire • Un Mage en ete • Olivier Cadiot • Ludovic Lagarde • Laurent Poitrenaux

Vous travaillez depuis longtemps avec le metteur en scène Ludovic Lagarde. Pouvez-vous évoquer votre rencontre ?
Olivier Cadiot : On peut dire que c'est Ludovic qui m’a amené au théâtre. Avant, je faisais de la poésie, des performances, mais le théâtre était pour moi un continent inconnu. J'ai découvert une petite pièce de Beckett qu’il avait mise en scène et j'ai beaucoup aimé cette manière de faire du théâtre.

Comment se passe le travail d'adaptation de vos romans ?
C'est Ludovic Lagarde qui prend en charge l'adaptation, il se saisit de l'objet-livre et le tourne vers la scène. Je laisse à Ludovic la vision d'ensemble et j'interviens pour les détails. Moi, je n'écris pas directement pour le théâtre. C'est d'ailleurs cela que je trouve fabuleux dans l'adaptation ; cette manière de faire ressentir les mêmes choses que l'écrivain, mais avec d'autres moyens.

L'absence de "fidélité" à vos écrits ne vous dérange pas ?
C'est bien au-delà de la notion de fidélité. Pour moi, ces adaptations sont un cadeau extraordinaire qui m'aide à voir des choses, et même parfois des choses que j'avais oubliées dans mes propres romans. Mes textes ne sont pas des objets sacrés.

Parlez-nous de ce Robinson dont il est question dans vos romans.
Dans tous mes livres, on retrouve un même personnage. Il y a eu un naufrage et Robinson arrive sur la plage. J'aime ce personnage car il est très pratique et je ne vais pas réussir à le tuer facilement ! Robinson, c'est l'homme avec un petit “h“ et chacun de nous a ses propres "robinsonnades".

Du Colonel Des Zouaves à Un mage en été, treize années se sont écoulées et vous revenez au monologue…
C'est un peu comme si on revenait à l'origine de notre travail. Personnellement, cela faisait longtemps que j'avais envie de revenir au monologue. Pour moi, Le Colonel Des Zouaves, c'est de la littérature en relief, en vie, de la performance, de la danse, presque une installation d'art... Ça dépasse les catégories, c'est finalement très réconciliant. Comme le Festival d'Avignon m'a passé une grosse commande l'an dernier [en 2010 Olivier Cadiot était artiste associé du Festival d'Avignon, NdlR] avec Un nid pour quoi faire, j'ai proposé en parallèle une expérience, celle d'Un mage en été.

En revenant au monologue, craigniez-vous la redite ?
Oui. Le Colonel Des Zouaves a été très marquant pour nous. C'était difficile d'imaginer faire un spectacle avec les mêmes contraintes : un homme seul scène qui joue dans l'espace de son corps avec rien ou presque, sans craindre la répétition. Pourtant, c'était également évidemment que Laurent (le comédien Laurent Poitrenaux qui a joué dans la plupart des spectacles mis en scène par Ludovic Lagarde, NdlR) rejouerait Robinson, car c'est plus qu'un acteur ; il nous hypnotise les yeux ouverts. Finalement, je pense que les deux pièces sont très différentes : Le Colonel Des Zouaves, c'est une fable sur l'excès de travail, la maladie de l'entreprise, c'est une pièce très tendue. Avec Un mage en été, on peut dire qu'on est dans la détente, le comédien aussi s'est adouci, c'est plus tendre, plus mélancolique et je suis très satisfait de ce que le comédien et le metteur en scène ont fait !

Crédits photo : H. Bamberger

À lire aussi :

 

Un nid pour quoi faire

D’Olivier Cadiot, ms Ludovic Lagarde La scène est à la montagne, dans un chalet-château pour jeux olympiques d’hiver, dans lequel l’étiquette est sans cesse bafouée par l’irruption de mœurs d’aujourd’hui. Le grand chambellan fait de la luge et se prend pour un commercial ; le docteur du roi ne jure que par la médecine douce ; le grand écuyer ne monte que son bobsleigh et les princesses du sang, en robes roses, se voient en « executive women », tandis que la cour est menée tambour battant par une maîtresse sévère qui tient les cordons de la bourse en rêvant de séries américaines
MC2 : 4 rue Paul Claudel Grenoble
Jusqu'au 3 mars 2012, mer, jeu et sam à 19h30, ven à 20h30


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