Chantal Morel, l'exigeante

Théâtre | À l’occasion de la reprise de son "Pauvre fou !" au Théâtre Prémol, on a rencontré la metteuse en scène Chantal Morel, figure emblématique de la scène théâtrale grenobloise, pour l’interroger sur quelques dates fortes de son parcours.

Aurélien Martinez | Lundi 16 septembre 2013

Photo : François Jaulin


1997 : ouverture du Petit 38, quartier Saint-Laurent

En quittant le Centre dramatique national fin 1989, à cause d'un étouffement, d'un manque de compréhension, on a repris la compagnie jusqu'en 1994. On tournait beaucoup, et il y avait alors une vraie fatigue de tout le monde. Je pense qu'on était arrivés au bout de ce système : venir dans un lieu, jouer, se casser.

Une des personnes qui travaillait avec nous avant qu'on aille au CDNA avait pris cet endroit rue Saint-Laurent pour en faire un resto, mais ça n'a jamais marché. On est donc venus là, pour réfléchir. On s'est mis autour de la table, on a lu des textes, on a échangé. Un jour, je me suis mise à côté d'un comédien qui lisait un texte, et ça a été un véritable choc de le voir de si près… C'est hallucinant [l'architecture du lieu fait que l'on est à quelques mètres (voire centimètres) des comédiens – NDLR].

2005 : Fermeture du Rio, couvent Sainte-Cécile

C'était un relai exceptionnel. Le théâtre n'avait que comme souci d'avoir une dame devant un agenda pour nous donner les périodes disponibles. Du coup, on était renvoyés à comment l'on se débrouille chacun, une fois que l'on a l'outil – c'est-à-dire le lieu, un peu de technique, les costumes, les décors... Le reste – comment faire venir le public, l'intérêt du contenu… – était à la charge et la responsabilité de chaque compagnie. Après, le souci, c'est plus comment la fermeture a été faite.

Qu'un théâtre ferme, ce sont des choses qui arrivent… Mais là, symboliquement, vendre le théâtre dans lequel Georges Lavaudant a commencé, ça a été un geste très fort. Et puis le Rio était au centre-ville, avec la librairie, la boulangerie, l'église… : tout ce que l'on peut penser pour le quotidien. Le théâtre pouvait donc être quotidien, et non pas une chose exceptionnelle qui sépare. Cette situation géographique me semblait très importante à sauver, à défendre… Renvoyer le fait que la fermeture n'était pas grave parce qu'il allait se passer des choses au Théâtre de poche, où il est difficile de passer devant par hasard [il est au bout du cours Berriat – ndlr], était pour moi très dangereux…

2012 : Création du spectacle Pauvre fou !

J'ai été profondément et violemment choquée par Sarkozy. Avec ce qu'il s'était passé à la Villeneuve [le discours de Nicolas Sarkozy en 2010 – NDLR], l'inquiétude citoyenne est devenue oppressante. Et une inquiétude artistique aussi : ce qu'il a fait à la Villeneuve était une pure création, de la pure construction artificielle et fictive – ce qui, normalement, devrait être notre mission.

L'idée était de travailler à la Villeneuve comme on travaille ailleurs. On était partis sur En attendant Godot, mais très vite on a bifurqué sur Don Quichotte. Et on a associé les habitants, certains étant sur scène.

2013 : Annonce de la disparition du Centre national dramatique des Alpes, fusionné avec la MC2

Cette disparition est d'une logique glaçante mais incontournable. Au fil du temps, les missions des CDN se sont réparties en plein de choses différentes. Aujourd'hui, tout le monde a le souci de l'implantation, d'ouvrir les publics… Forcément, quand on est cinq sur la même mission, on patine…

Je pense que c'est le contenu des missions qu'il faut rediscuter, et les CDN pourraient avoir en charge non pas 360 soirées de divertissement par an, mais les textes les plus difficiles que l'on peut néanmoins rendre tout à fait accessibles.


Pauvre fou !

Adapté de Don Quichotte par Chantal Morel et son équipe, en collaboration avec dix habitants du quartier
Théâtre Prémol 7 rue Henri Duhamel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Le Chagrin d’Hölderlin" : fenêtre sur romantisme

Théâtre | Voilà, c’est la dernière création pour la metteuse en scène phare de Grenoble Chantal Morel dans les murs du Petit 38, tout petit lieu du quartier (...)

Aurélien Martinez | Mardi 31 janvier 2017

Voilà, c’est la dernière création pour la metteuse en scène phare de Grenoble Chantal Morel dans les murs du Petit 38, tout petit lieu du quartier Saint-Laurent qu’elle a fait vivre pendant plus de 20 ans. Aujourd’hui, elle a décidé d’en laisser les clés au jeune collectif Midi/Minuit, pour voguer vers de nouvelles aventures théâtrales ici ou là (elle n’a pas voulu nous en dire plus). Mais avant de s’échapper, elle livre donc une ultime pièce, sur un auteur qu’elle affectionne depuis longtemps : Friedrich Hölderlin. Un poète et philosophe allemand qui vécut entre le XVIIIe et le XIXe siècle, en plein romantisme. Une figure importante de la littérature allemande (mais certes moins connue que Goethe) qu’elle choisit d’approcher sous l’aspect biographique, en retraçant sa vie (plutôt que de donner à entendre sa prose). Un choix qui aurait pu donner un spectacle austère ou didactique, surtout si on ne connaît pas Hölderlin : c’est à tout l’inverse que nous sommes conviés. Dans une très belle scéno

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Le Petit 38 voit plus grand avec le collectif Midi/Minuit

ACTUS | Ça s’active du côté du Petit 38 : le lieu tenu par la metteuse en scène Chantal Morel va ainsi être ouvert continuellement pendant les six prochains mois, avec des spectacles presque tous les soirs. La faute à Midi / Minuit, jeune collectif qui en veut. On fait les présentations. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Lundi 11 janvier 2016

Le Petit 38 voit plus grand avec le collectif Midi/Minuit

Le Petit 38, c’est un lieu à part à Grenoble, situé rue Saint-Laurent. Un local qui aurait dû être un restaurant, mais que la metteuse en scène Chantal Morel et son équipe ont finalement transformé en 1997 en place culturelle. Un petit espace avec une antichambre d’accueil à l’entrée et une salle d’une trentaine de places au fond. Depuis presque vingt ans, le Petit 38 accueille divers spectacles programmés par Chantal Morel, dont parfois les siens. Aujourd’hui, elle souhaite « le partager ». Le collectif Midi / Minuit a du coup vu le jour, porté par deux jeunes comédiens et metteurs en scène issus du Conservatoire de Grenoble : Élisa Bernard et Florent Barret-Boisbertrand. Pour lancer une nouvelle dynamique, comme nous l’a expliqué Florent Barret-Boisbertrand. « C’est venu de discussions avec Chantal. À la base, j’avais voulu la rencontrer pour voir s’il y avait la possibilité de faire un spectacle au Petit 38, un lieu que j’aime énormément. Elle m’a alors expliqué que, pour diverses raisons, c’était plutôt compliqué en ce moment au Petit 38, qu

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Laurent Pelly : « Perdre le spectateur dans une image »

SCENES | La légende raconte qu’un jour, dans la bibliothèque du Cargo (le nom de la MC2 au siècle dernier, avant les travaux), le metteur en scène Laurent Pelly tomba (...)

Aurélien Martinez | Mardi 28 avril 2015

Laurent Pelly : « Perdre le spectateur dans une image »

La légende raconte qu’un jour, dans la bibliothèque du Cargo (le nom de la MC2 au siècle dernier, avant les travaux), le metteur en scène Laurent Pelly tomba par hasard sur la pièce L’Oiseau vert de Carlo Gozzi. Coup de foudre immédiat pour cet auteur italien du XVIIIe siècle aujourd’hui oublié, l’histoire ayant plutôt retenu son rival Carlo Goldoni. Pelly trouva pourtant dans ce texte une matière propice à déployer son univers théâtral grandiose – il est question de princes qui s’ignorent, de tentative de mariage entre un père et sa fille et, forcément, d’un animal étrange. Laurent Pelly : « L’œuvre de Gozzi ne ressemble à aucune autre. Son théâtre est joyeux, burlesque, violent, extrêmement poétique… » Pourtant, à l’époque, alors qu’il était au Centre national des Alpes, il n’a jamais touché à la pièce. C’est chose faite aujourd’hui, puisqu’il l’a mise en scène il y a quelques mois au Théâtre national de Toulouse qu’il dirige depuis 2008 avec la dramaturge et metteuse en scène Agathe Mélinand. E

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Morel et Choplin, un peu plus près de Tchernobyl

SCENES | La Nuit tombée d’Antoine Choplin (auteur qui est aussi le directeur du festival l’Arpenteur) est un roman fort qui se confronte à la catastrophe de (...)

Aurélien Martinez | Mardi 2 décembre 2014

Morel et Choplin, un peu plus près de Tchernobyl

La Nuit tombée d’Antoine Choplin (auteur qui est aussi le directeur du festival l’Arpenteur) est un roman fort qui se confronte à la catastrophe de Tchernobyl à travers une figure singulière : celle d’un père qui veut absolument retourner sur les lieux du drame pour récupérer la porte sur laquelle sa fille aujourd’hui décédée a laissé des traces. Un voyage sur un temps très court, avec la nuit en toile de fond, au plus près des habitants de cette zone interdite. « Je n’ai pas fait un travail de journaliste ; mon but était surtout de comprendre ces personnes et de partager des instants avec elles, autour d’un verre de vodka ou en chantant » nous avait expliqué Antoine Choplin lors de la sortie du livre en 2012. La metteuse en scène Chantal Morel, figure grenobloise d’un théâtre exigeant centré sur le verbe, a décidé de monter ce texte avec deux comédiens. Après l’avoir

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Petit drame entre amis au Centre dramatique national des Alpes

ACTUS | Ça bouge dans le milieu théâtral : l’historique Centre dramatique national des Alpes, aujourd’hui dirigé par Jacques Osinski, va disparaitre en 2014, absorbé par la MC2 qui l’accueille dans ses murs. Une fusion décidée par la mairie de Grenoble et, surtout, le ministère de la culture, que Michel Orier, ancien directeur de la MC2, a rejoint l’été dernier. Une décision et un casting qui, forcément, interrogent. Retour sur une mort annoncée, avec les principaux acteurs concernés.

Aurélien Martinez | Lundi 4 mars 2013

Petit drame entre amis au Centre dramatique national des Alpes

Cette semaine, le metteur en scène Jacques Osinski, directeur du Centre dramatique national des Alpes depuis 2008, dévoilera, sur le plateau de la MC2, son nouveau spectacle Orage, d’après le texte d’August Strinberg. Mais l’actualité de l’homme est ailleurs : le 15 février dernier, il a appris qu’il ne serait pas reconduit à la tête du CDNA (il postulait pour un troisième mandat de trois ans), ce dernier allant tout simplement disparaître, avalé par la MC2 qui l’héberge dans ses murs (avec le Centre chorégraphique national de Grenoble dirigé par Jean-Claude Gallotta et les Musiciens du Louvre de Marc Minkowski). Une décision visiblement ancienne puisqu’actée en août dernier, par la ministre de la culture et le maire de Grenoble. Et une décision qui questionne beaucoup, à Paris comme à Grenoble. Issus des politiques de décentralisation menées depuis cinqua

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"Pauvre fou !" : dessine-moi un spectacle

SCENES | La metteuse en scène grenobloise Chantal Morel se confronte à la figure impressionnante de Don Quichotte. Mais plus qu’un agréable spectacle de facture classique, son "Pauvre fou !" est une aventure artistique et politique imaginée avec les habitants du quartier de la Villeneuve. Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 21 août 2012

Don Quichotte est un monument de la littérature espagnole, écrit au début du XVIIe siècle par Miguel de Cervantes. Chantal Morel, figure incontournable du théâtre grenoblois (et national), s’empare de ce matériau riche en interprétations pour en livrer une version subtile et parcellaire (2 heures de spectacle). Au début de la représentation, Don Quichotte apparaît d’emblée comme le chevalier que l’on connaît, même si bien sûr, des failles se dessinent, l’écuyer Sancho Panza essayant par exemple de raisonner son maître qui s’évertue à prendre des moulins pour des géants. Les comédiens Louis Beyler et Roland Depauw sont très justes lorsqu’ils incarnent le duo, insufflant avec tact une dose de comique. Et la mise en scène au cordeau de Chantal Morel, portée par une scénographique ingénieuse (une grand espace pour les scènes de groupe, et une passerelle au-dessus pour les scènes à deux), les met habilement en avant. Fabrique d’utopies Mais Pauvre fou !, malgré ses allures de pièce de théâtre très classique, n’en est pas vraiment une, et c’est justement ici que se trouve le cœur du projet. « Puis, si Don Quichotte prend des moutons

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Le cas Osinski

SCENES | C’est pour nous un grand mystère : que se dit le metteur en scène Jacques Osinski lorsqu’il décide de monter une œuvre du répertoire ? À quelles conclusions (...)

Aurélien Martinez | Jeudi 6 octobre 2011

Le cas Osinski

C’est pour nous un grand mystère : que se dit le metteur en scène Jacques Osinski lorsqu’il décide de monter une œuvre du répertoire ? À quelles conclusions arrive-t-il pour proposer de telles mises en scène ? Évidemment, loin de nous l’idée de condamner tout spectacle basé sur un texte dit du répertoire. Mais ce genre d’aventure nécessite de s’interroger au préalable sur la manière de transmettre ces monuments littéraires que l’histoire du théâtre a sacralisés. Or, Jacques Osinski semble s’atteler à la tache de façon quasi industrielle, suivant scrupuleusement le cahier des charges que son Centre dramatique national lui impose. Ce qui donne des pièces sans véritable parti pris – la preuve une fois de plus en ce début de saison. Son Ivanov, qui renvoie l’impression d’avoir été accouché dans la douleur, se traîne sur les 2h15 de représentation. Certes, aucune véritable faute n’a été commise (Jacques Osinski connaît les codes du théâtre, même si sa vision peut-être discutable), mais le rendu, poussif, a de quoi laisser perplexe. Pourtant, même si la grande majorité des pièces classiques montées par le metteur en scène depuis son

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Retour en grâce

SCENES | Le mois dernier, Jacques Osinski montait à la MC2 deux pièces du jeune dramaturge allemand Marius von Mayenburg (l’auteur associé de Thomas Ostermeier à la (...)

François Cau | Jeudi 19 mai 2011

Retour en grâce

Le mois dernier, Jacques Osinski montait à la MC2 deux pièces du jeune dramaturge allemand Marius von Mayenburg (l’auteur associé de Thomas Ostermeier à la Schaubühne de Berlin) : Le Chien, la nuit et le couteau d’abord, avec Denis Lavant, et Le Moche ensuite. La seconde sera reprise cette semaine à l’Amphithéâtre de Pont-de-Claix, et tant mieux. Car Oskinski a parfaitement su mettre en jeu cette fable contemporaine sur un homme jugé laid par ses congénères, qui finira par se faire opérer, ce qui changera sa vie du tout au tout. De ce vaudeville contemporain extrêmement corrosif et drôle, le directeur du CDNA ressort l’essentiel, grâce à une lecture premier degré de l’œuvre, qui file à toute allure, et à un Jérôme Kircher très juste dans une retenue emplie de naïveté. Avec cette mise en scène sobre (pas de maquillage pour Kircher, qui ne sera moche puis beau qu’à travers notre regard), Jacques Osinski ne souligne jamais l’absurdité ou l’incongruité des situations, les laissant simplement s’installer et devenir comiques à travers la lecture que nous en faisons. Ça fonctionne pleinement. AM LE MOCHEJeudi 26 et vendredi 27 mai à 19h,

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Le bateau ivre

SCENES | THÉÂTRE/ Mi-avril, Jacques Osinki, directeur du CDNA, présentera deux pièces de l’auteur allemand Marius von Mayenburg, pour lesquelles il s’est entouré de deux comédiens passionnants et magnétiques : Jérôme Kircher et Denis Lavant. Rencontre avec le second, pour essayer de cerner au mieux cet artiste atypique fort en gueule. Propos recueillis par Aurélien Martinez

François Cau | Vendredi 1 avril 2011

Le bateau ivre

Si on ne l’avait pas déjà fait pour un article consacré à Dominique Pinon, on aurait pu titrer ce portrait de Denis Lavant "L’emploi de la gueule". Car l’homme de théâtre et de cinéma est de ces artistes entiers qui imposent immédiatement, que la production soit réussie ou non, un physique, un jeu, une énergie. Une présence qui se remarque d’emblée, même si l’homme est dans tout autre chose que la recherche d’une certaine contemplation narcissique de sa personne par un public médusé (à l’image, par exemple, d’un Fabrice Luchini constamment sur le fil). Il suit plutôt sa propre logique : celle d’un «rapport forain au quotidien» empli de sincérité. «C’est comme ça que j’ai commencé à appréhender le théâtre, le jeu, quand j’étais lycéen. C’est même au-delà du théâtre. Pour moi, c’est un comportement poétique. Pas forcément excentrique ou en représentation constante, mais plus en rapport avec la vie, l’équilibre : être dans un rapport absolument ludique au quotidien. Faire marcher à fond l’imaginaire pour se soulager des contraintes comme… je ne sais pas… le métro par exemple ! Il est marrant d’imaginer que ce soit d’énormes skates. Et puis plutôt que de subir les chocs

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"Home" de Chantal Morel : paroles, paroles…

Théâtre | Chantal Morel : pilier du théâtre made in Grenoble, artiste exigeante et passionnante. Normal donc que la MC2 lui confie les clés de son petit théâtre trois (...)

Aurélien Martinez | Vendredi 12 novembre 2010

Chantal Morel : pilier du théâtre made in Grenoble, artiste exigeante et passionnante. Normal donc que la MC2 lui confie les clés de son petit théâtre trois semaines durant. Après des efficaces Possédés de Dostoïevski (en janvier 2009 à la même MC2), elle nous revient avec Home : un texte de l’Anglais David Storey qu’elle avait déjà monté deux fois auparavant, en 1981 et 1986. Elle le reprend aujourd’hui pour élaborer une pièce basée autour du jeu des acteurs, impeccable : du véritable théâtre en somme. Mais là où l’on reste sur notre faim, c’est lorsqu’il s’agit d’aborder la raison même de cette proposition. Certes, on reconnaît ici et là la patte de Marguerite Duras (qui signa l’adaptation), certaines répliques étant cinglantes et démontrant là encore que les comédiens ont véritablement compris ce qu’il en retournait. Peut-être même trop… Le texte, évoquant la folie sans jamais la nommer, se concentre ainsi autour de cinq personnages en attente permanente, qui essaient tant bien que mal de se raccrocher à

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Coquille vide

SCENES | THÉÂTRE / Jacques Osinski, directeur du CDNA, revient en cette rentrée avec un texte classique de chez classique, continuant ainsi son chemin entre théâtre (...)

François Cau | Lundi 18 octobre 2010

Coquille vide

THÉÂTRE / Jacques Osinski, directeur du CDNA, revient en cette rentrée avec un texte classique de chez classique, continuant ainsi son chemin entre théâtre contemporain et grands auteurs du répertoire. Après Shakespeare ou Büchner, il s’attaque cette fois-ci à Marivaux et à son Triomphe de l’amour. Une intrigue où il est question, comme souvent chez le dramaturge français, d’amour et de travestissement pour arriver à ses fins. Ici, une princesse (Léonide), jugée illégitime, va tenter de séduire le véritable prince du royaume, mais doit d’abord affronter un philosophe et sa sœur qui, ensemble, ont élevé le jeune homme à l’abri du monde extérieur. Si cette comédie peut être vue comme assez sombre avec ce personnage machiavélique et sans scrupules envers ceux qu’elle manipule, Osinski décide d’en faire un grand vaudeville « en laissant la noirceur de côté pour célébrer la légèreté et la vie ». Dans un décor kitsch à souhait évoquant le Japon, avec végétation luxuriante factice remplaçant les portes qui claquent dans ce genre de mises en scène, tout le monde s’en donne donc à cœur joie dans le gaguesque 1h30 durant. Mais le rythme même de la pièce, faite en son centre de longs dialo

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Des nouvelles du Japon

SCENES | Un texte contemporain barré sur les Hikikomori qui oblige à un véritable parti pris artistique ; un décor minuscule (un grenier) qui impose une vision des (...)

François Cau | Jeudi 4 février 2010

Des nouvelles du Japon

Un texte contemporain barré sur les Hikikomori qui oblige à un véritable parti pris artistique ; un décor minuscule (un grenier) qui impose une vision des choses inventive ; et hop !, nous voilà réconciliés avec Jacques Osinski ! Car si l’on n’adhérait pas dans l’ensemble à ses mises en scène de grands textes théâtraux (dont sa trilogie sur l’errance, présentée en début de saison à la MC2), ici, on découvre un Osinski irrévérencieux et doté d’un humour grinçant. Certes, la pièce du Japonais Yôji Sakate, publiée en 2002, l’y aide beaucoup (une succession de scènes se passant dans un grenier), mais la proposition du directeur du CDNA a le mérite d’aller chercher le texte par là où il doit se prendre, sans se cacher derrière par peur de le trahir, quitte à le faire résonner quelques fois sous un autre angle (en utilisant par exemple une musique très synthétique ou en demandant aux comédiens d’interpréter une scène avec un accent japonais – pourquoi pas…). On assiste alors à une série de tableaux très drôles et ironiques, qui en disent long sur une société japonaise (et par extension sur le monde occidental) dont certains de ses membres se coupent volontairement : pour se pr

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Le Grenier

SCENES | La nouvelle création de Jacques Osinski, daron du Centre Dramatique National des Alpes, est une adaptation d’un texte particulièrement barré de l’auteur (...)

François Cau | Lundi 1 février 2010

Le Grenier

La nouvelle création de Jacques Osinski, daron du Centre Dramatique National des Alpes, est une adaptation d’un texte particulièrement barré de l’auteur nippon Yôji Sakate, dont on avait pu apprécier la lecture par les membres du collectif Troisième Bureau lors de leur festival Regards Croisés. Auscultation du phénomène des Hikikomori, terme désignant des personnes vivant enfermées chez elle par refus du monde extérieur, Le Grenier est une œuvre folle, allant dans tous les sens, multipliant jusqu’au vertige les intrigues et personnages, et nantie d’un humour noir irrésistible. De la pièce de Jacques Osinski, on n’a pu voir qu’un bout de scène, ce qui est tout de même un peu juste pour se faire une idée. On attend donc de voir avec impatience comment il va exploiter sa féconde matière première comme son superbe décor… La pièce se joue jusqu’au samedi 13 février à la MC2, on vous en recausera.

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Soudain le vide

SCENES | Théâtre / La saison du directeur du Centre Dramatique National des Alpes Jacques Osinski suit un axe bien particulier. Sa Trilogie de l’errance, avec la (...)

François Cau | Dimanche 4 octobre 2009

Soudain le vide

Théâtre / La saison du directeur du Centre Dramatique National des Alpes Jacques Osinski suit un axe bien particulier. Sa Trilogie de l’errance, avec la reprise de son Woyzeck et les créations de Dehors devant la porte de Wolfgang Borchert et Un fils de notre temps d’Odon Von Orvath, ont pour figures centrales des désaxés de la société, des victimes pour le moins exacerbées des errances guerrières du siècle dernier. Sa création prévue en février, Le Grenier, se base sur un texte touffu abordant le phénomène des Hikikomori, ces reclus volontaires nippons fuyant le monde des hommes. Jacques Osinski a donc choisi de nous enfermer dans les névroses de témoins paroxystiques de nos errances, nous pousse à regarder en face les tourments d’hommes rejetés, s’ébattant dans la marge avec toute l’énergie du désespoir. Et pour ce faire, le metteur en scène choisit de se mettre aussi en marge, et opte pour une épure particulièrement brute. Reprenant pour Dehors devant la porte le décor de son Woyzeck, Osinski dématérialise l’Allemagne de l’après Seconde Guerre Mondiale pour en souligner la vacuité comme pour conférer à sa dramatique une portée universelle, quasi abstraite. Il nous jette en pâ

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Dissection théâtrale

SCENES | Jacques Osinski is back ! Après Le Conte d’hiver, présenté en octobre dernier (mais créé avant son arrivée à Grenoble), le tout nouveau directeur du CDNA (...)

Aurélien Martinez | Lundi 2 mars 2009

Dissection théâtrale

Jacques Osinski is back ! Après Le Conte d’hiver, présenté en octobre dernier (mais créé avant son arrivée à Grenoble), le tout nouveau directeur du CDNA s’attaque à Büchner, et pas à la pièce la plus simple de son auteur : Woyzeck. Écrit par le dramaturge allemand juste avant sa mort à 23 ans, Woyzeck est un monument de la littérature germanique, considéré comme difficile à monter, la pièce étant en partie inachevée. Les fragments pouvant se lire de plusieurs façons, chaque metteur en scène livre donc son approche personnelle de cette histoire d’amour, de jalousie et de folie qui conduira un homme au meurtre de sa compagne adultère. Comme avec Le Conte d’hiver, Osinski s’en tient au texte et ne tombe pas dans le flamboyant ou la relecture contemporaine. Il fait de ce drame romantique fiévreux un récit intemporel. Woyzeck est prisonnier de son univers mental, soit, le décor matérialisera cet aspect par un cube gris et neutre, pouvant laisser penser à une place ou un coin de rue. Woyzeck est paumé, soit, Vincent Berger, le comédien principal, laissera retranscrire cet aspect par un jeu extrêmement dépouillé, tranchant avec l’activisme d

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Marathon Dostoïevski

SCENES | On l’a fait ! Plus de six heures de théâtre (entractes compris) pour cette adaptation fleuve du roman de Dostoïevski par Chantal Morel ; et au final, une (...)

François Cau | Lundi 12 janvier 2009

Marathon Dostoïevski

On l’a fait ! Plus de six heures de théâtre (entractes compris) pour cette adaptation fleuve du roman de Dostoïevski par Chantal Morel ; et au final, une belle réussite. Car cette grande fresque historique contant l’histoire de jeunes révolutionnaires souhaitant renverser l’ordre établi se prête assez bien à l’univers théâtral. La scénographie très sobre renforce la tourmente des personnages, englués dans leurs idéaux. Un seul bémol : on reste sceptique sur le fait d’avoir fait de Nicolaï Vsévolodovitch Stavroguine un personnage en retrait, limite atone, alors que dans le roman, il s’agit d’un aristocrate fougueux fascinant toutes les personnes qu'il rencontre. A voir jusqu’à dimanche à la MC2.

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Possession

SCENES | La MC2 accueille cette semaine l’adaptation fleuve (compter 7 heures avec les entractes !) des Possédés de Fédor Dostoïevski par Chantal Morel. La metteure en scène revient avec nous sur la création. Propos recueillis par François Cau

François Cau | Lundi 5 janvier 2009

Possession

Petit Bulletin : Qu’est-ce qui a vous amené à vous lancer dans ce projet ?Chantal Morel : Les Possédés est un livre que j’ai lu il y a longtemps, et que j’ai relu, relu et relu. Au bout d’un moment, j’ai fini par admettre qu’il y avait là quelque chose qui m’obsédait. Il y a déjà cette dimension de Dostoïevski, cette façon qu’il a de regarder nos vies, comment on essaie de se dépatouiller avec le très haut et le très bas, je trouve qu’il y a peu d’autres auteurs capables de produire de la matière pour réfléchir à ça. Il y a eu une longue maturation, puis un concours de circonstance, la rencontre avec des producteurs qui m’ont dit “Arrête de dire que tu vas le faire, fais-le“. Entre l’obsession intime et les conditions extérieures, il faut parfois sauter le pas ! Le roman a été écrit en réaction à un assassinat, comme une diabolisation des mouvements radicaux, mais finalement, il y a une certaine forme d’objectivité qui finit par se dégager.J’aime énormément ça chez Dostoïevski : chaque fois qu’il a essayé de dire qu’il allait écrire pour telle ou telle raison, il a été balayé par les mouvements de la vie, par

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Osinski sur la ligne de départ

SCENES | Fin 2007 : Jacques Osinski est nommé directeur du Centre dramatique national des Alpes, en remplacement de Laurent Pelly, parti vers d’autres cieux (il (...)

François Cau | Lundi 29 septembre 2008

Osinski sur la ligne de départ

Fin 2007 : Jacques Osinski est nommé directeur du Centre dramatique national des Alpes, en remplacement de Laurent Pelly, parti vers d’autres cieux (il est aujourd’hui à la tête du Théâtre national de Toulouse avec Agathe Mélinand). Octobre 2008 : après avoir présenté en janvier l’opéra Le Carnaval et la Folie pour officialiser sa nomination, le même Jacques Osinski investit la MC2 avec Le Conte d’hiver de Shakespeare. Bien que le projet, déjà présenté dans plusieurs théâtres, ait été décidé avant sa nomination, il devient de facto son premier comme directeur du CDNA. Un CDNA qu’il veut ouvert sur la cité – ce n’est pas « une forteresse » aime-t-il rappeler -, en soutenant des jeunes compagnies, en valorisant le lieu, en rencontrant le public… Bref, « que les choses ne s’arrêtent pas à la présentation du spectacle ». Il souhaite aussi imprimer sa patte de metteur en scène : travailler sur le répertoire des grands classiques (avec sa compagnie La Vitrine, il a notamment créé Dom Juan de Molière, Le Songe de Strindberg…), et alterner avec des œuvres plus contemporaines. Inaugurer ses nouvelles fonctions avec une pièce de Shakespeare pren

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So long, mister P

SCENES | Si l’année 2007 est a priori sa dernière année comme Directeur du Centre Dramatique National des Alpes (son mandat arrive bientôt à terme), Laurent Pelly n’entend pas se laisser aller à un quelconque vague à l’âme, et nous réserve encore des surprises dont il a le secret pour cette fin de saison. FC

| Mercredi 10 janvier 2007

So long, mister P

La sphère théâtrale française est en ébullition. Hasard des calendriers, un nombre conséquent de structures (théâtres nationaux et centres dramatiques) voient les mandats de leur directeur arriver à terme durant l’année civile 2007. Le hic, c’est que le sort des postes en question est dans les mains de notre Ministre de la Culture, Renaud Donnedieu De Vabres, dont l’activité (pas catastrophique mais presque) s’est caractérisée par une propension notable à la commisération occasionnelle, et au pourrissement quasi systématique des dossiers urgents. Il y a un mois, on pensait encore, avec cette candeur juvénile qui fait une partie de notre charme, que cet état de fait allait s’appliquer à ce point précis. En d’autres termes, que les mandats allaient être prolongés sans grandes surprises jusqu’aux prochaines élections présidentielles, voire jusqu’aux municipales. Jusqu’à ce que RDDV surprenne son monde en nommant Olivier Py (jusqu’ici en charge du Centre Dramatique d’Orléans) à la succession de Georges Lavaudant au Théâtre de L’Europe – Odéon à Paris. Un choix loin d’être illégitime mais étonnant pour tout le monde (y compris Lavaudant, qui se voyait bien reconduit), qui laisse augu

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« Ce qui m’intéresse, c’est l’émergence »

SCENES | Metteur en scène au théâtre et plus récemment à l’opéra, Jacques Osinski, 39 ans, prendra sa nouvelle fonction de directeur du CDNA en janvier prochain. Entretien sur son projet. Propos recueillis par Séverine Delrieu

Christophe Chabert | Mercredi 31 octobre 2007

« Ce qui m’intéresse, c’est l’émergence »

Quel projet souhaitez-vous développer au CDNA ? Jacques Osinski : En fait c’est un projet d’un metteur en scène associé à un collectif artistique qui est composé à la fois d’un scénographe, d’un costumier, d’un dramaturge, d’une éclairagiste, et d’un groupe de comédiens, un noyau dur de 5 comédiens. Ils sont constitutifs du travail d’une compagnie, et de son identité artistique. C’est-à-dire que je travaille précisément avec une famille d’acteurs et une famille artistique depuis une dizaine d’années… Dans le cadre de votre compagnie La Vitrine ? Oui voilà. Je souhaitais que ce soit un metteur en scène qui dirige le CDN, mais pas seulement, je voulais y associer cette famille artistique. Ce collectif va être très présent sur le terrain également. C’est-à-dire ? On va à la fois présenter des spectacles, et être sur le terrain. Pour donner une idée, au niveau des spectacles, on aura à la fois des grands textes du répertoire - cela rejoint ce que j’ai fait ces dernières années - comme par exemple Le Conte d’hiver de Shakespeare, qu’on va présenter en octobre 2008 à G

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