L'éternel retour d'Ostermeier

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2014

Photo : Mario del Curto


Qu'on se le dise, la présentation du travail de Thomas Ostermeier est toujours un événement, quand bien même ce n'est plus aussi rare qu'auparavant. Habitué à faire deux à trois créations par an à la Schaubühne, le théâtre berlinois qu'il dirige depuis quatorze ans, ou dans des festivals internationaux, l'Allemand a franchi le pas de la mise en scène en français. Un exercice que bien des salles lui réclamaient depuis déjà longtemps et auquel il semble s'être plié avec un enthousiasme modéré.

S'il s'est attaché à son auteur fétiche, Ibsen, dont il monte là une sixième pièce, il a choisi un texte qui, certes, a fait scandale à son époque et a été interdit, mais est plus psychologisant et moins politique que ne le sont les glaçants Hedda Gabler, Une maison de poupée ou l'époustouflant Un ennemi du peuple. Et surtout, comme à son habitude, il "contemporanise" le texte, sans aller ici jusqu'au bout de son idée, ne donnant pas au plateau d'indications temporelles claires. Difficile de dater la période dans laquelle il transpose le récit – traduit par Olivier Cadiot – ou de s'imaginer le décor intérieur de la maison de ces revenants (un fils malade réapparaît dans la vie de sa mère) quand dans les précédents spectacles tout était explicite et pertinent.

Cependant, Thomas Ostermeier a un savoir-faire tel (et une équipe compétente et fidèle autour de lui) que la pièce tient tout à fait la distance. Le metteur en scène utilise des procédés qu'il a déjà beaucoup expérimentés et qu'il maîtrise (projections de vidéos, plateau circulaire en rotation quasi permanente signé par son éternel scénographe Jan Pappelbaum) mais qui montrent aussi leurs limites. Ces atours ne valent que si le propos le justifie. Ici, ce n'est pas toujours le cas. Reste enfin deux comédiennes excellentes, l'une en devenir (Mélodie Richard) et l'autre, l'une des plus importantes du théâtre français de ces quarante dernières années : Valérie Dréville. Teint blafard, presque absente, elle occupe pourtant tout l'espace et donne paradoxalement, avec un rôle d'une infinie tristesse, toute son énergie à une pièce qui en manque parfois.

Nadja Pobel


Les revenants

D’Henrik Ibsen, traduction et adaptation d’Olivier Cadiot et de Thomas Ostermeier, ms Thomas Ostermeier. C’est l’histoire d’un retour. Contre toute attente, Osvald, artiste encore jeune à qui le succès a souri, fils prodigue qui s’était pourtant émancipé du giron familial, revient s’installer chez sa mère, veuve isolée dans la campagne. Ce retour va en déclencher une série d’autres : retour des souvenirs enfouis qui en viennent à miner le présent ; retour des valeurs anciennes – la famille et la religion – auxquelles les personnages vont devoir se confronter.
MC2 4 rue Paul Claudel Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Mélodie Richard : l’actrice

Théâtre / portrait | Depuis trois ans, Mélodie Richard enchaîne les expériences prestigieuses, tant au théâtre qu’au cinéma. À l’affiche cette semaine des "Revenants", la dernière pièce du metteur en scène Thomas Ostermeier, elle apparaît une nouvelle fois comme l’une des comédiennes les plus passionnantes de sa génération, promise à une belle carrière. Ça valait bien un portrait.

Aurélien Martinez | Mardi 4 février 2014

Mélodie Richard : l’actrice

Fin du printemps 2011. Un spectacle, créé au Théâtre de Vidy à Lausanne (et présenté en 2012 à la MC2), commence à faire parler de lui. Il s’agit de Salle d’attente du metteur en scène polonais Krystian Lupa, sur un texte fort du Suédois Lars Norén centré sur plusieurs figures en errance sociale. Une pièce montée avec des jeunes diplômés de grandes écoles de théâtre francophones qui permet au public de découvrir celle qui se retrouve en une, cette semaine, du Petit Bulletin : la comédienne Mélodie Richard. Sa présence, à la fois magnétique et vaporeuse, nimbe la création d’un mystère captivant, notamment grâce à un costume rouge vif (photo) qui la démarque du groupe. Surtout, quand certains de ses camarades de jeu forcent le trait pour rendre crédible leurs personnages de marginaux, elle incarne littéralement cette poétesse lunaire, sans en rajouter. Un rôle décisif qui lui permet ensuite de croiser d’autres metteurs en scène de renom comme Thomas Osteirmeier ou Christophe Honoré. Mais remontons d’abord le fil

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