"Le Chagrin d'Hölderlin" : fenêtre sur romantisme

Théâtre | Pour sa dernière création dans les murs du Petit 38, la metteuse en scène Chantal Morel déclare sa flamme à une figure du romantisme allemand.

Aurélien Martinez | Mardi 31 janvier 2017

Photo : Sylvain Lubac


Voilà, c'est la dernière création pour la metteuse en scène phare de Grenoble Chantal Morel dans les murs du Petit 38, tout petit lieu du quartier Saint-Laurent qu'elle a fait vivre pendant plus de 20 ans. Aujourd'hui, elle a décidé d'en laisser les clés au jeune collectif Midi/Minuit, pour voguer vers de nouvelles aventures théâtrales ici ou là (elle n'a pas voulu nous en dire plus).

Mais avant de s'échapper, elle livre donc une ultime pièce, sur un auteur qu'elle affectionne depuis longtemps : Friedrich Hölderlin. Un poète et philosophe allemand qui vécut entre le XVIIIe et le XIXe siècle, en plein romantisme. Une figure importante de la littérature allemande (mais certes moins connue que Goethe) qu'elle choisit d'approcher sous l'aspect biographique, en retraçant sa vie (plutôt que de donner à entendre sa prose).

Un choix qui aurait pu donner un spectacle austère ou didactique, surtout si on ne connaît pas Hölderlin : c'est à tout l'inverse que nous sommes conviés. Dans une très belle scénographie en bois avec laquelle elles s'amusent, deux comédiennes campent tour à tour le poète et ses proches, pour nous retranscrire la fièvre de celui que sa mère aurait bien vu pasteur mais qui, lui, préféra la liberté créatrice.

Le Chagrin d'Hölderlin est alors plus qu'un simple biopic théâtral : c'est une véritable déclaration d'amour à l'homme de lettres, en tout juste 1h30.

Le Chagrin d'Hölderlin
Au Petit 38 jusqu'au dimanche 12 février


Le chagrin d'Hölderlin

Ms Chantal Morel, par l’Équipe de Création Théâtrale, avec Élisa Bernard et Éloïse Guérineau
Midi / Minuit (ex-Petit 38) 38 rue Saint-Laurent Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Théâtre | À l’occasion de la reprise de son "Pauvre fou !" au Théâtre Prémol, on a rencontré la metteuse en scène Chantal Morel, figure emblématique de la scène théâtrale grenobloise, pour l’interroger sur quelques dates fortes de son parcours.

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Chantal Morel, l'exigeante

1997 : ouverture du Petit 38, quartier Saint-Laurent En quittant le Centre dramatique national fin 1989, à cause d’un étouffement, d’un manque de compréhension, on a repris la compagnie jusqu’en 1994. On tournait beaucoup, et il y avait alors une vraie fatigue de tout le monde. Je pense qu’on était arrivés au bout de ce système : venir dans un lieu, jouer, se casser. Une des personnes qui travaillait avec nous avant qu’on aille au CDNA avait pris cet endroit rue Saint-Laurent pour en faire un resto, mais ça n’a jamais marché. On est donc venus là, pour réfléchir. On s’est mis autour de la table, on a lu des textes, on a échangé. Un jour, je me suis mise à côté d’un comédien qui lisait un texte, et ça a été un véritable choc de le voir de si près… C’est hallucinant [l’architecture du lieu fait que l’on est à quelques mètres (voire centimètres) des comédiens – NDLR]. 2005 : Fermeture du Rio, couvent Sainte-Cécile C’était un relai exceptionnel. Le théâtre n’avait que comme souci d’avoir une dame devant un agenda pour nous donner les périodes disponibles. Du coup, on était renvoyés à comment l’on se débrouille chacun

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"Pauvre fou !" : dessine-moi un spectacle

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Aurélien Martinez | Mardi 21 août 2012

Don Quichotte est un monument de la littérature espagnole, écrit au début du XVIIe siècle par Miguel de Cervantes. Chantal Morel, figure incontournable du théâtre grenoblois (et national), s’empare de ce matériau riche en interprétations pour en livrer une version subtile et parcellaire (2 heures de spectacle). Au début de la représentation, Don Quichotte apparaît d’emblée comme le chevalier que l’on connaît, même si bien sûr, des failles se dessinent, l’écuyer Sancho Panza essayant par exemple de raisonner son maître qui s’évertue à prendre des moulins pour des géants. Les comédiens Louis Beyler et Roland Depauw sont très justes lorsqu’ils incarnent le duo, insufflant avec tact une dose de comique. Et la mise en scène au cordeau de Chantal Morel, portée par une scénographique ingénieuse (une grand espace pour les scènes de groupe, et une passerelle au-dessus pour les scènes à deux), les met habilement en avant. Fabrique d’utopies Mais Pauvre fou !, malgré ses allures de pièce de théâtre très classique, n’en est pas vraiment une, et c’est justement ici que se trouve le cœur du projet. « Puis, si Don Quichotte prend des moutons

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"Home" de Chantal Morel : paroles, paroles…

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On l’a fait ! Plus de six heures de théâtre (entractes compris) pour cette adaptation fleuve du roman de Dostoïevski par Chantal Morel ; et au final, une belle réussite. Car cette grande fresque historique contant l’histoire de jeunes révolutionnaires souhaitant renverser l’ordre établi se prête assez bien à l’univers théâtral. La scénographie très sobre renforce la tourmente des personnages, englués dans leurs idéaux. Un seul bémol : on reste sceptique sur le fait d’avoir fait de Nicolaï Vsévolodovitch Stavroguine un personnage en retrait, limite atone, alors que dans le roman, il s’agit d’un aristocrate fougueux fascinant toutes les personnes qu'il rencontre. A voir jusqu’à dimanche à la MC2.

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Possession

SCENES | La MC2 accueille cette semaine l’adaptation fleuve (compter 7 heures avec les entractes !) des Possédés de Fédor Dostoïevski par Chantal Morel. La metteure en scène revient avec nous sur la création. Propos recueillis par François Cau

François Cau | Lundi 5 janvier 2009

Possession

Petit Bulletin : Qu’est-ce qui a vous amené à vous lancer dans ce projet ?Chantal Morel : Les Possédés est un livre que j’ai lu il y a longtemps, et que j’ai relu, relu et relu. Au bout d’un moment, j’ai fini par admettre qu’il y avait là quelque chose qui m’obsédait. Il y a déjà cette dimension de Dostoïevski, cette façon qu’il a de regarder nos vies, comment on essaie de se dépatouiller avec le très haut et le très bas, je trouve qu’il y a peu d’autres auteurs capables de produire de la matière pour réfléchir à ça. Il y a eu une longue maturation, puis un concours de circonstance, la rencontre avec des producteurs qui m’ont dit “Arrête de dire que tu vas le faire, fais-le“. Entre l’obsession intime et les conditions extérieures, il faut parfois sauter le pas ! Le roman a été écrit en réaction à un assassinat, comme une diabolisation des mouvements radicaux, mais finalement, il y a une certaine forme d’objectivité qui finit par se dégager.J’aime énormément ça chez Dostoïevski : chaque fois qu’il a essayé de dire qu’il allait écrire pour telle ou telle raison, il a été balayé par les mouvements de la vie, par

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