Taxi Driver, compteur à héros

Christophe Chabert | Mardi 24 septembre 2013

Cela fait presque quarante ans que Taxi Driver est sorti sur les écrans. C'est à peine pensable tant le film semble habiter un espace-temps furieusement contemporain, qui saisit à chaque nouvelle vision ; le propre des chefs-d'œuvre. Le Travis Bickle incarné par Robert De Niro reste le personnage le plus fort de toute la filmographie, pourtant riche, de Martin Scorsese : vétéran du Vietnam insomniaque devenu chauffeur de taxi dans les rues de New York, il en absorbe toute la misère pour la recracher, déformée et monstrueuse, en une longue rumination intérieure, avant de se commuer en ange exterminateur.

Bickle est-il un héros positif ou négatif ? Tout dépend, répond Scorsese ; son désir d'exister, de servir à quelque chose, le poussent à adopter la première cause qui passe, assassinat d'un candidat à la Maison Blanche ou massacre sanglant dans un lupanar tenu par un pimp blanc. Inadapté, un peu idiot sinon carrément facho, il provoque partout où il passe le malentendu. Même la fin du film, d'une souveraine ambiguïté, le sanctifie pour des raisons pour le moins réversibles moralement.

La caméra nerveuse de Scorsese, le jeu fiévreux de De Niro – avec son morceau de bravoure mythique : «You're talking to me ?» –, la partition tout de roulements de tambours et de cuivres jazzy signée Bernard Hermann – sa dernière contribution cinématographique : cet ensemble parfait confère à Taxi Driver son statut de monument dans l'Histoire du cinéma.

Christophe Chabert

Taxi Driver
De Martin Scorsese (1976, ÉU, 1h55) avec Robert De Niro Jodie Foster, Harvey Keitel…
Au Club


Taxi driver

de Martin Scorsese, avec Robert de Niro, Cybill Shepherd, Leonard Harris, Jodie Foster Vétéran de la Guerre du Vietnam, Travis Bickle est chauffeur de taxi dans la ville de New York. Ses rencontres nocturnes et la violence quotidienne dont il est témoin lui font peu à peu perdre la tête. Il se charge bientôt de délivrer une prostituée mineure de ses souteneurs.
Le Club 9 bis, rue Phalanstère Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Mon grand-père et moi" : Pépé le pique-toit

Cinéma | ★☆☆☆☆ De Tim Hill (É.-U., 1h38) avec Robert De Niro, Oakes Fegley, Uma Thurman… En salles dès le 7 octobre

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2020

Son grand-père squattant sa chambre, Peter, 10 ans, lui déclare la guerre. Comme l’ancêtre se prend au jeu, les ripostes s’enchaînent ainsi que les dommages collatéraux… Ne vous laissez pas berner par l’affiche ni le titre français : ce pur nanar fiscal où figure De Niro (mais aussi Christopher Walken, Uma Thurman ou Jane Seymour) n’a aucun lien avec la série de Jay Roach et Ben Stiller. Calibrée pour une sieste de boomer ventripotent, cette comédie du genre "rediffusion" eût mérité Seth Rogen ou Judd Apatow au générique pour être a minima subversive. À défaut, comptez un seul éclat de rire : lorsque De Niro montre sa bite par accident à son gendre pour la seconde fois. C’est peu.

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"Joker" : rire jauni

ECRANS | La douloureuse naissance de l’antagoniste de Batman en mode "rite initiatique sadique" et son parcours "contre-résilient" par le réalisateur Todd Phillips. Bouc émissaire virant bourreau, Joaquin Phoenix est plus qu’inquiétant dans cette (trop) copie-carbone du cinéma des 70’s. Un interloquant Lion d’Or à la Mostra de Venise.

Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

Atteint d’un trouble mental lui provoquant d’irrépressibles fous rires, Arthur Fleck vit seul avec sa mère grabataire. Effectuant des prestations de clown pour survivre, il ambitionne de se lancer dans le stand-up. Mais rien ne se passe comme prévu, et une spirale infernale l’aspire… Un déclassé humilié par tous dans une grande métropole en crise devenant un héros populaire après avoir commis un acte délictuel ; un humoriste raté se vengeant de ses échecs sur son idole… Une quarantaine d’années environ après Taxi Driver (1976) et La Valse des Pantins (1982), Martin Scorsese vient donc de recevoir (par procuration) le Lion d’Or de la Mostra pour un film portant nombre de ses "stigmates" (ne manque guère qu’un petit fond de religiosité chez le personnage principal), mais aussi payant un lourd tribut à Sidney Lumet (Network, Un après-midi de Chien) comme à Brian DePalma, dont le Blow Out (1981) brille au fronton d’un cinéma de Gotham. Todd Phillips a en effet signé avec Joker un excellent film des années 1970 – l’ambition est d’ailleurs clairement affichée dès la première image, lorsqu

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"Silence" : du doute, pour une foi

ECRANS | En relatant le chemin de croix de jésuites du XVIIe siècle éprouvant leur foi en évangélisant un Japon rétif à la conversion, Scorsese le contemplatif explore ici sa face mystique — ce nécessaire ubac permettant à son œuvre d’atteindre des sommets.

Vincent Raymond | Mardi 7 février 2017

Loin d’être monochromatique, la filmographie de Scorsese reflète depuis toujours une admiration conjointe pour deux mondes ritualisés : le temporel des truands et le spirituel des religieux. S’il n’y a guère de malfrats dans Silence, on y découvre toutefois quelques châtiments pratiqués par les autorités nippones sur les chrétiens refusant d’apostasier, et que des mafieux trouveraient à leur goût ! La violence des confrontations entre ces deux univers autour de la notion de foi ne pouvait que fasciner le réalisateur de Taxi Driver et de Casino. Pour autant, Silence ne s’inscrit pas dans la veine stylistique des Infiltrés ou des Affranchis : la question intérieure et méditative prime sur la frénésie exaltée. Lent, posé, d’inspiration asiatique dans sa facture, il se rapproche du semi ésotérique Kundun (1997). Chacun sa croix Débutant par la recherche d’un missionnaire porté disparu, Silence se poursuit par une succession d’introspections pour le père Rodrigues parti sur ses traces. Feindre une abjuration

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Martin Scorsese : « Je vis toujours avec Silence »

ECRANS | Lors de son bref passage en France, Martin Scorsese a brisé le silence pour évoquer celui qui donne le titre à son nouveau film. Morceaux choisis et propos rapportés…

Vincent Raymond | Vendredi 3 février 2017

Martin Scorsese : « Je vis toujours avec Silence »

Votre titre est accompagné au générique de début par un réel silence. Doit-il s’entendre comme un constat ou une injonction ? C’est une façon d’attirer l’attention du spectateur, mais aussi une forme de méditation intime, car ce film exige une concentration du public. Nous venons tous du silence et nous allons tous y retourner ; alors autant s’y habituer et s’y sentir bien. Qu’est-ce qui vous a autant attiré dans le livre de Shūsaku Endō ? J’ai été attiré — obsédé, devrais-je dire — par l’histoire qu’il raconte. Pour moi, il parle d’une manière extraordinaire de la façon d’accepter la spiritualité qui est en nous. Sa résonance est toute particulière de nos jours, alors que le monde rencontre de grands changements technologiques et que des faits horribles se déroulent. J’espère que cette histoire, et donc le film, pourra ouvrir un dialogue en montrant que la spiritualité existe, puisqu’elle est une part intégrante de notre humanité profonde. Vous avez porté ce projet plusieurs décennies. Que ressentez-vous à présent qu’il est achevé ? Cela a duré longtemps, en effet. J’ignorais c

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"Money Monster" : Jodie Foster s'essaie au thriller

ECRANS | de Jodie Foster (E.-U., 1h35) avec George Clooney, Julia Roberts, Jack O’Connell…

Vincent Raymond | Vendredi 13 mai 2016

Auteure jusqu’alors de trois longs-métrages tournant autour d’une sphère domestique plutôt hétérodoxe – on frise la litote si l’on se remémore Week-end en famille (1996) ou Le Complexe du Castor (2011) –, la réalisatrice Jodie Foster marque avec Money Monster une vraie rupture en s’essayant à un registre qu’elle a souvent eu l’occasion de pratiquer en tant que comédienne : le thriller. Sans être bouleversant d’originalité, son film répond aux exigences du genre en combinant efficacité rythmique et interprétation zéro défaut. Cela dit, la roué Jodie a joué sur du velours en composant un couple ayant, depuis Soderbergh, une complicité avérée : Julia Roberts et George Clooney, au-delà de leur image glamour respective, semblent faits pour se donner la réplique sur un mode taquin. Leur cohésion ressemble à cette oreillette dont l’un ici est équipé, et à travers laquelle l’autre lui parle ; un lien invisible contribuant à consolider l’empathie éprouvée par le public pour leurs personnages. Permet-il par ricochet de mieux apprécier sa critique conjointe des relations incestueuses entre la finance et les médias, deux empire

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Le Nouveau Stagiaire

ECRANS | De Nancy Meyers (ÉU, 2h01) avec Robert De Niro, Anne Hathaway, Rene Russo…

Vincent Raymond | Mardi 6 octobre 2015

Le Nouveau Stagiaire

Septuagénaire désœuvré, Ben postule comme stagiaire dans la startup dirigée par la bouillonnante mais débordée Jules. Très vite, sa gentillesse et sa compétence vont le rendre indispensable à tous… Cela fait quand même bizarre de voir un De Niro bien peigné jouer au papy gâteau, sans jamais perdre ses nerfs. Mais chez Nancy Meyers, on fait dans la camomille, dans le film en chaussettes à mater sous la couette, et avec du comédien millésimé. On vante l’élégance et les manières d’antan (sans trop médire sur la jeunesse, hein, parce que les séniors, c’est super tolérant) et tout finit par s’arranger, pour que Anne Hathaway puisse à nouveau sourire de toutes ses 72 dents. Allez, une verveine et au dodo.

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"Le Loup de Wall Street" : voyage au bout de l'enfer (du capitalisme)

ECRANS | La vie de Jordan Belfort, courtier en bourse obsédé par les putes, la coke et surtout l’argent, permet à Martin Scorsese de plonger le spectateur trois heures durant en apnée dans l’enfer du capitalisme, pour une fresque verhovenienne hallucinée et résolument burlesque, qui permet à Di Caprio de se transcender.

Christophe Chabert | Vendredi 27 décembre 2013

« Greed is good. » C’était la maxime de Gordon Gecko / Michael Douglas dans le Wall Street d’Oliver Stone. Un film de dénonce balourd qui a eu pour incidence contre-productive de transformer Gecko en héros d’une meute d’abrutis cocaïnés et irresponsables, trop heureux de se trouver un modèle ou un miroir selon le degré d’avancement de leur ambition. Jordan Belfort, auquel Martin Scorsese consacre cette bio filmée de trois heures et à qui Leonardo Di Caprio prête ses traits, est de cette génération-là, celle qui a eu Gecko pour modèle et son slogan comme obsession. Le film, passé son prologue provocateur (grosse bagnole et coke à même l’anus d’une prostituée) attrape d’ailleurs son héros dans un instant paradoxal : le lundi noir de 1989 où, alors qu’il s’apprête à concrétiser son rêve et devenir courtier à Wall Street, la bourse plonge et avec elle une partie de l’économie mondiale. Faux départ, retour à zéro : l’itinéraire de Jordan Belfort s’édifie sur un moment de purge financière supposée assainir le système et qui ne fait que préparer l’avènement d’une corruption plus grande encore, par de jeunes loups ayant tiré

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Raging bull, la passion du christ-boxeur

ECRANS | Après dix ans à se chercher des anti-héros dans les marges de la société, le cinéma américain entamait les années 80 en poussant un cran plus (trop ?) loin les (...)

Christophe Chabert | Lundi 21 octobre 2013

Raging bull, la passion du christ-boxeur

Après dix ans à se chercher des anti-héros dans les marges de la société, le cinéma américain entamait les années 80 en poussant un cran plus (trop ?) loin les choses, inventant une poignée de flamboyants héros négatifs. Orgueilleux, aveugles, bêtes, cyniques ou tout cela en même temps, ils hantent des œuvres aussi essentielles que La Porte du paradis de Cimino ou Scarface de De Palma. De tous, Jake La Motta est sans doute le plus retors : ce boxeur, qui fut un des rares blancs à aller décrocher un titre de champion du monde au nez et à la barbe de ses adversaires blacks, était dans le privé un monstre paranoïaque, jaloux et profondément égocentrique, ce qui le conduira à une suite de choix désastreux qui ruineront sa carrière, sa famille ; avant de l’envoyer faire un petit tour en taule. Sous la caméra de Martin Scorsese – et dans la peau extensible d’un De Niro plus vrai que nature –, la vie de La Motta devient une passion christique, manière habile de contourner les écueils de la bio filmée – pas aussi en vogue à l’époque qu’aujourd’hui

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Elysium

ECRANS | Une fable futuriste sombre, furieuse et politique, nourrie à la culture cyberpunk et filmée par le cinéaste de District 9 : une réussite qui tranche par son ambition thématique et son absence de compromis avec les superproductions américaines actuelles. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Samedi 17 août 2013

Elysium

On dit que tout succès repose sur un malentendu ; dans le cas de Neill Blomkamp et de son District 9, cela paraît aujourd’hui indéniable, le concept du film ayant sans doute pris le pas sur la réalité de ce qui était montré à l’écran. Son futur pas si lointain, sale et gangrené par la lutte des classes passait par une métaphore de SF où les aliens étaient les nouveaux immigrés, exclus et brimés. Le futur d’Elysium, second et fulgurant long-métrage de Blomkamp, est plus éloigné, mais cette fois-ci, le cinéaste n’a plus besoin de passer par une parabole, aussi astucieuse soit-elle, pour en montrer le cauchemar : les pauvres errent dans les décombres d’une Terre ravagée par la pollution et la surpopulation, tandis que les riches ont construit une station spatiale baptisée Elysium, verdoyante et à l’abri de la maladie ou de la violence. Saisissantes, les premières images opposent les taudis terrestres poussiéreux aux jardins orbitaux radieux. À l’inverse du raté Oblivion

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Happiness therapy

ECRANS | Pat Solotano est bizarre. Il faut dire qu’il a sauvagement tabassé l’amant de sa femme quand il les a découverts nus sous la douche. On lui donne (...)

Christophe Chabert | Vendredi 25 janvier 2013

Happiness therapy

Pat Solotano est bizarre. Il faut dire qu’il a sauvagement tabassé l’amant de sa femme quand il les a découverts nus sous la douche. On lui donne cependant une chance de sortir de l’asile où il a atterri pour échapper à la prison, et le voilà revenu chez ses parents. Eux aussi sont un peu bizarres : la mère est surprotectrice, le père est bourré de tocs. Il rencontre une jeune veuve bizarre, nymphomane et obsédée par l’idée de réussir un concours de danse. Pour ceux qui ne le sauraient pas, David O’Russell est aussi un type bizarre : à l’époque de son manifeste cinématographique hermétique (J’adore Huckabees), il donnait ses interviews pieds nus et dans une sorte de transe méditative. Happiness therapy cherche à faire de cette bizarrerie généralisée matière à un renouveau de la comédie romantique. Ce n’est pas ce qui se produit à l’écran. D’abord parce que O’Russell adopte à son tour un style hystérique pour mettre en scène l’hystérie généralisée. Sa caméra tourne sans arrêt sur son axe ou trace de longs travellings sans motif dans tous les sens ; ça pourrait faire un style, ça flanque surtout le tournis, et cela éloigne de ce qui est tout de même le cœur batta

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Hugo Cabret

ECRANS | Sous couvert d’un conte familial aux accents dickensiens, Martin Scorsese signe une œuvre ambitieuse et intemporelle, où il s’empare de la 3D pour redonner vie au cinéma des origines et à un de ses maîtres, Georges Méliès.

Christophe Chabert | Jeudi 8 décembre 2011

Hugo Cabret

Dans la première partie d’Hugo Cabret, le jeune orphelin Hugo délaisse un temps les horloges de la Gare Montparnasse pour emmener sa nouvelle amie Isabelle au cinéma. Elle n’y est jamais allée, son père — qu’elle appelle Papa Georges — vouant une haine inexplicable envers ses images en mouvement. Dans cette salle obscure où les deux gamins sont rentrés clandestinement, on diffuse Monte là-dessus, avec Harold Lloyd suspendu dans le vide se retenant aux aiguilles d’une immense pendule. Ce parallèle entre les activités d’Hugo et la fiction qu’il regarde n’est pas ce qui intéresse la mise en scène de Martin Scorsese. En effet, le cinéaste ne cherche pas la rime mais le contraste. Car si l’image du film dans le film reste obstinément dans sa 2D originelle, celle des deux enfants face à lui est en 3D, et les rayons lumineux du projecteur découpent à la perfection leurs silhouettes avant de se jeter hors de l’écran vers le spectateur, à son tour émerveillé. En quelques plans, Scorsese trace un pont fulgurant entre l’image cinématographique des débuts du XXe siècle, muette, en noir et blanc, plate mais véhiculant l’émotion naïve des films pionniers,

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Le charme hargneux de la bourgeoisie

ECRANS | Huis clos à quatre personnages tiré de la pièce «Le Dieu du carnage» de Yasmina Reza, le nouveau film de Roman Polanski est une mécanique diabolique et très mordante, sur la violence masquée derrière les apparences sociales, avec un quatuor de comédiens au sommet de leur art. Critique et décorticage des racines du Carnage. Christophe Chabert

François Cau | Vendredi 2 décembre 2011

Le charme hargneux de la bourgeoisie

C’est un incident banal, une dispute entre gosses qui tourne mal : l’un d’entre eux en frappe un autre avec un bâton, lui brisant plusieurs dents et une partie de la mâchoire. Cette scène muette sert de générique à Carnage, et Polanski la filme de loin, en plein air, tandis que la musique guillerette d’Alexandre Desplat semble se moquer de la violence du geste. On devrait s’en tenir là. Et c’est peu ou prou ce qui se passe dans la scène suivante : les parents de la «victime», Penelope et Michael Longstreet (Jodie Foster et John C. Reilly) relisent devant eux la lettre d’excuses des époux Cowan (Kate Winslet et Christoph Waltz), père et mère du «coupable». Les deux couples peuvent alors se séparer à l’amiable, mais quelque chose cloche, comme une insatisfaction réciproque, la sensation d’un malentendu pas encore totalement dissipé. Alors qu’Alan et Nancy Cowan se dirigent vers l’ascenseur, Penelope, visiblement nerveuse, leur demande si c’est eux qui sont désolés ou leur enfant. Ça n’a l’air de rien, mais ce détail va déclencher une heure quinze de huis clos en temps réel où les quatre protagonistes se livreront à toutes les formes de mesquinerie, réglant leurs comptes avec une v

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Le Complexe du castor

ECRANS | De et avec Jodie Foster (ÉU, 1h45) avec Mel Gibson…

François Cau | Vendredi 20 mai 2011

Le Complexe du castor

Sur le papier, Le Complexe du castor a tout de la fausse bonne idée, le genre d’argument zozo pondu par un scénariste allumé qui aurait eu la chance d’intéresser deux stars hollywoodiennes (Jodie Foster derrière la caméra, Mel Gibson devant). On y voit un chef d’entreprise au bout du rouleau rater son suicide, puis trouver comme solution pour renouer le contact avec le monde de s’exprimer par le biais d’une marionnette, un castor trouvé dans une poubelle qui dit tout haut ce que son double de chair n’ose même plus penser tout bas. Si le film est en effet platement mis en scène, s’il se perd dans des sous-intrigues totalement inutiles (la love story du fils avec une ado à problème : on s’en fout), Foster réussit à éviter l’écueil du feel good movie par une noirceur dépressive qu’elle refuse à chasser, même dans une dernière partie qui n’a rien de rassurant. L’autre point fort du film, c’est Mel Gibson. L’acteur s’en tire plutôt bien, notamment dans la pantomime physique qu’il doit inventer avec sa marionnette. Mais surtout, Le Complexe du castor est autant un film sur Mel Gibson qu’avec Mel Gibson. Les déboires privés et publics du comédien-réalisateur ce

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Stone

ECRANS | De John Curran (EU, 1h45) avec Robert De Niro, Edward Norton…

François Cau | Lundi 2 mai 2011

Stone

Un juge apathique tombe dans un engrenage mollement infernal en entretenant une liaison avec la compagne d’un détenu. Étrange thriller à contretemps dans ses meilleurs moments, Stone peine à lutter contre une mise en image neurasthénique et le manque cruel d’enjeux de son intrigue - un peu comme si John Curran s’était dit que la seule frontière entre le cinéma de genre et le cinéma d’auteur était le rythme. On se tourne alors du côté d’un casting qui aurait pu apparaître comme audacieux dix ans plus tôt, mais les têtes d’affiche ne relèvent pas vraiment le niveau. De Niro a l’air de s’emmerder sec, Edward Norton nous compose un mix sans passion entre ses rôles de Peur Primale et American History X, et Milla Jovovich tente une énième fois de donner tout ce qu’elle a, avec cette candeur cocaïnée qui la rend, parfois, si fascinante. Cette curiosité mise à part, on est prêt à parier qu’on n’en aura strictement aucun souvenir d’ici deux mois. FC

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Machete

ECRANS | De Robert Rodriguez et Ethan Maniquis (ÉU, 1h45) avec Danny Trejo, Robert De Niro…

François Cau | Mercredi 24 novembre 2010

Machete

Nostalgie du film de vidéo-club, suite. Après Expendables et Piranha, voilà Machete, équivalent mexicain des films de la blaxploitation dans les années 70. Parti d’une fausse bande-annonce (géniale) pour le double programme Grindhouse, Machete est devenu un vrai long-métrage, gonflant son casting de départ de stars (De Niro, qui va loin dans la bouffonnerie) et de super has-beens (Don Johnson, Lindsay Lohan et surtout Steven Seagal, toujours aussi farci aux pancakes — big up, Yannick Dahan !). Le début du film est excellent : l’intro où la femme et l’enfant de Machete (Danny Trejo, très drôle dans son sérieux absolu et ses répliques badass, dont le déjà légendaire «Machete don’t text») sont massacrés sous ses yeux est gore à souhait, puis le premier acte où, devenu un clandestin ordinaire, il est recruté pour abattre un politicien réac, tient ses promesses. Le film possède alors la solidité d’un bon Carpenter. Mais plus il avance, moins il dissimule sous un second degré bien pratique son je-m’en-foutisme évident. Les divers fils de l’intrigue sont grossièrement résolus (rien à voir avec la virtuosité de Planète terreur du même Rodriguez) et la grande scène finale est un sommet de b

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