Une Biennale en quête de réinvention

Christophe Chabert | Mardi 18 février 2014

Photo : "L'Image manquante" de Rithy Panh


La cinquième édition de la Biennale Cinéduc s'est choisi pour thème « Réinventer, au cinéma » ; vaste sujet qui implique utopies et expérimentations, désir de nouvelles frontières et de nouveaux récits. Chaque section de son programme va donc décliner cette idée, tantôt géographiquement, tantôt génériquement. Niveau géo, l'Amérique et le Portugal seront mis à l'honneur avec, pour les États-Unis, un programme de films qui portent un regard sur « une autre Amériqu e». Richard Linklater (via ce qui reste l'œuvre la plus étonnante de son insaisissable filmographie, A scanner darkly), Quentin Tarantino (avec Pulp fiction et le génial Boulevard de la mort, qu'on aura l'honneur de présenter et de commenter ce dimanche à 18h), et George Romero (pour Diary of the dead, qui explore à la fois les failles de l'Amérique et la manière dont les nouvelles images domestiques peuvent l'interroger) ont été élus par la Biennale représentants de ce regard neuf.

Côté Lusitanie, c'est l'incontournable Tabou de Miguel Gomes, rare exemple d'œuvre contemporaine à la fois totalement conceptuelle et absolument accessible, qui résumera cette « réinvention du cinéma portugais » – au programme aussi, Capitaines d'avril de Maria de Medeiros et l'inédit 3X3D, signé Greenaway, Godard et Edgar Pera.

Enfin, une ultime section cherchera à montrer comment le documentaire repousse les frontières du genre, avec ce qui sera sans doute l'événement de la Biennale, la projection de L'Image manquante (photo) de Rithy Panh, où le cinéaste aborde le sujet qui hante toute son œuvre (le génocide Khmer au Cambodge) via une forme nouvelle pour lui, celle de l'animation en pâte à modeler. Le film, tourné pour arte mais couvert de prix dans les festivals et en lice pour l'oscar du meilleur documentaire, mérite largement d'être vu en salles – et, pour Cinéduc, en présence de son narrateur, Randal Douc.

Christophe Chabert

Biennale Cinéduc
Jusqu'au 23 février, dans divers lieux. Programme complet en pages 06 et 11


L'Image manquante

De Rithy Panh (Cam-Fr, 1h32) documentaire animé Rithy Panh utilise des figurines d'argile et des images d'archives pour recréer les atrocités des Khmers rouges commis entre 1975 et 1979 au Cambodge.
Cinéma Juliet-Berto Passage de l'Ancien Palais de Justice Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Boulevard de la mort

De Quentin Tarantino (ÉU, 2007, 1h50) avec C'est à la tombée du jour que Jungle Julia, la DJ la plus sexy d'Austin, peut enfin se détendre avec ses meilleures copines, Shanna et Arlene. Ce TRIO INFERNAL, qui vit la nuit, attire les regards dans tous les bars et dancings du Texas. Mais l'attention dont ces trois jeunes femmes sont l'objet n'est pas forcément innocente. C'est ainsi que Mike, cascadeur au visage balafré et inquiétant, est sur leurs traces, tapi dans sa voiture indestructible. Tandis que Julia et ses copines sirotent leurs bières, Mike fait vrombir le moteur de son bolide menaçant...
Cinéma Juliet-Berto Passage de l'Ancien Palais de Justice Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Pulp Fiction

De Quentin Tarantino (EU, 2h29) avec John Travolta, Samuel L. Jackson, Uma Thurman...
L'odyssée sanglante et burlesque de petits malfrats dans la jungle de Hollywood à travers trois histoires qui s'entremêlent. Espace Aragon 19 boulevard Jules Ferry Villard-Bonnot
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Téhéran Tabou" : levons le voile sur l’Iran

ECRANS | Chronique rotoscopique de la vie de trois femmes et d’un musicien tentant de survivre dans une société iranienne aussi anxiogène qu’hypocrite, cette photographie sur fond sombre est émaillée, de par la forme choisie, d’instants de grâce visuelle. Implacable et saisissant.

Vincent Raymond | Lundi 2 octobre 2017

Vertus publiques et vices privés dans l’Iran d’aujourd’hui, où l’on suit quatre personnages d’un même quartier : un musicien voulant "réparer" la virginité d’une jeune femme avec qui il a couché en boîte, l’épouse d’un drogué contrainte à la prostitution et une femme au foyer aisée… À moins d’être aussi hypocrite que le soi-disant gardien de la morale apparaissant dans le film (un religieux usant de son pouvoir pour obtenir des faveurs sexuelles d’une femme en attente d’un divorce, d’un logement et d’une école pour son fils), personne ne s’étonnera de voir à quel point certains Iraniens peuvent se montrer accommodants vis-à-vis de la religion, tant qu’elle sert leurs privilèges ; peu importe si c'est au détriment des Iraniennes. Si l’État promeut la rectitude, l’élévation spirituelle, dans les faits, il encourage le dévoiement des règles, la corruption et récompense les bas instincts. Accents aigus Brutal, le reflet que Ali Soozandeh tend à la société iranienne n’a rien d’aimable ; il pourra même paraître déformé, du fait de son recours à la technique de la rotosc

Continuer à lire

Rentrée cinéma 2017 : les quatorze films qui feront notre automne

ECRANS | Bien sûr, on en oublie. Mais il y fort à parier que ces quatorze films constituent des pierres de touche de la fin 2017. Alors sortez votre agenda et cochez les jours de sortie avec nous.

Vincent Raymond | Lundi 28 août 2017

Rentrée cinéma 2017 : les quatorze films qui feront notre automne

Le Redoutable de Michel Hazanavicius 13 septembre Portrait chinois du cinéaste culte Jean-Luc Godard, au moment où il se défait de ce qui lui reste de fantaisie et commence par se prendre sérieusement au sérieux, Le Redoutable est adapté du récit autobiographique Un an après d’Anne Wiazemsky, qui fut en couple avec Godard. En savant théoricien-praticien de l’art du détournement, Michel Hazanavicius (l'homme derrière The Artist et les OSS 117) en a extrait une substance cinématographique purement godardienne, faite de références intellectuelles, de calembours à tiroirs et de ruptures narratives et stylistiques qui dépeint sans déférence ni cruauté le JLG égaré de 1967 (à son époque Mao-moi), à la fois fragile et tyrannique, jouée sans afféterie (mais avec chevrotement et cheveu sur la langue obligatoires) par Louis Garrel.

Continuer à lire

Tabou

ECRANS | Véritable casse-tête critique que ce film bicéphale de Miguel Gomes : une première partie ennuyeuse qui aligne les poncifs du cinéma d’auteur, une deuxième somptueuse en hommage aux grands mélodrames muets. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 29 novembre 2012

Tabou

Face à Tabou, on assiste à une drôle de mue : celle d’un cinéaste qui découvre la vertu de raconter une histoire et met son dispositif formel au service du récit. C’est la deuxième heure du film, qui compte parmi ce que l’on a vu de plus puissant sur un écran cette année. Pour en arriver là, Miguel Gomes a d’abord endossé sa panoplie de cinéaste moderne dans une première partie où l’on lutte contre l’ennui. Il y avait bien eu ce petit prologue assez envoûtant en forme de conte exotique influencé par les pionniers du muet, Flaherty et Murnau. Ensuite, grand écart : l’image est toujours en noir et blanc, mais nous voilà dans le Lisbonne d’aujourd’hui sur les pas de Pilar, fidèle amie de sa vieille voisine, Aurora, dont on devine qu’elle est au crépuscule de son existence. Gomes empile alors les clichés de l’académisme auteurisant : lenteur et incommunicabilité, froideur de l’urbanité et solitude de ses habitants. Avec la même absence de dramatisation, le film nous apprend la mort d’Aurora, puis fait surgir Ventura, un homme âgé qui va raconter un épisode de sa vie à Pilar. Et soudain, Tabou bascule dans l’émerveillement. Muet d’émotion De Lynch

Continuer à lire

A Scanner Darkly

ECRANS | Expérimentateur lunatique, Richard Linklater nous donne à voir la plus fidèle adaptation d’un ouvrage de Philip K. Dick livrée jusqu’ici sur grand écran. Au risque de plonger son spectateur dans les méandres d’une torpeur psychotrope. François Cau

Christophe Chabert | Mercredi 20 septembre 2006

A Scanner Darkly

Bizarre bonhomme que Richard Linklater. Aussi bien capable de verser dans le film romantique ultra-intimiste (les plaisants Before Sunrise et Before Sunset avec Julie Delpy et Ethan Hawke), dans le produit hollywoodien calibré (le pachydermique Rock Academy), que dans les films d’auteur expérimentaux et intello-hardcore (Slackers, Waking Life), le réalisateur tente, avec cette transcription du génial Substance Mort de Philip K. Dick, de livrer une synthèse de tous ses univers. Dans sa forme, A Scanner Darkly prolonge les superbes tentatives esthétiques de son pensum pesant Waking Life : des prises de vues réelles, retouchées à la palette graphique pour leur donner les atours d’un film d’animation au réalisme déroutant. Avec une équipe technique plus conséquente, Linklater parfait le trait et transcende avec brio ses précédentes tentatives. Tout comme Waking Life, ce film est d’une beauté visuelle renversante, mais, malheureusement, s’avère assez imbitable dans son traitement scénaristique. Les lourdes prétentions métaphysico-existentialistes du cinéaste (q

Continuer à lire