Chris Marker miaule encore

ECRANS | On en aura la preuve lundi à la Cinémathèque avec la reprise d'un film culte du cinéaste français.

Vincent Raymond | Mardi 3 novembre 2015

Personne ne connaît Christian Bouche-Villeneuve, mais tout le monde a croisé un jour ou l'autre l'un de ses (nombreux) avatars. Le dernier d'entre eux était le félin Guillaume-en-Égypte, alias numérique bien commode pour se substituer à la présence charnelle d'un monsieur alors âgé pour l'état civil (91 ans pile à sa mort en 2012) mais cependant toujours jeune d'esprit.

Un autre pseudonyme, très graphique, a accompagné sa prolifique carrière de cinéaste – et celui-là, le 7e art n'est pas près de l'oublier : Chris Marker. Complice du jeune Alain Resnais, Marker expérimente avec lui la forme de l'essai, avant de signer avec constance des œuvres toujours aussi engagées dans la forme que dans le fond : Cuba Si, La Jetée, Le Joli Mai, Sans Soleil…

Chats perchés (2004), choisi par la Cinémathèque pour amorcer une rencontre avec le philosophe Alexandre Costanzo à l'occasion du cycle Traversées urbaines, nous replonge dans le Paris de 2002. Éternel curieux (et défenseur du street-art), Marker se saisit de sa caméra pour enquêter sur les intrigants chats jaunes au sourire de Cheshire fleurissant sur les murs de la capitale. Parallèlement, il tient au fil de ses pérégrinations une forme de journal « souple » de 2002, capturant le fond de l'air du temps, des bribes du quotidien qu'il « chat-pitre » de cartons, commentaires lapidaires mais efficaces.

De cette année électorale cataclysmique, il offre un portrait d'autant plus fidèle et complet qu'il est décalé, en contrepoint et poétique. Une synthèse à méditer certes, mais aussi à savourer…

Chats perchés, lundi 9 novembre à 19h30 à la Cinémathèque de Grenoble


Chats perchés

De Chris Marker (2004, Fr, 59 min) documentaire "Dans sa dernière réalisation, Chats perchés, balade poético-politique sur les traces de Monsieur Chat, l'un des personnages les plus repérables de la vague post-graffiti qui marque les murs de nos villes, Marker exerce son talent, celui de "regardeur infini", comme disait Hugo."
Cinéma Juliet-Berto Passage de l'Ancien Palais de Justice Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Pendant mai

ECRANS | De Chris Marker et Pierre Lhomme (1962, fr, 2h18) documentaire

Christophe Chabert | Jeudi 6 juin 2013

Pendant mai

C’était un mois de mai froid et pluvieux, ce qui a visiblement affecté le moral des Français plus que les soubresauts politiques. Non, ce n’est pas de mai 2013 dont on parle, mais de mai 1962 ; les accords d’Evian viennent d’être signés, mais l’OAS continue de poser des bombes dans Paris. C’est la trame de fond du Joli mai, documentaire de 1963 tourné par Chris Marker et le chef opérateur Pierre Lhomme, celle que raconte en voix-off Yves Montand en ouverture de la deuxième partie. Il faut prendre ce mot "trame" au sens strict : les Parisiens interviewés par Marker et Lhomme n’évoquent jamais directement ce contexte, et ce n’est pas le but des entretiens. L’idée, c’est plutôt de faire le point sur l’aspiration au bonheur de ces gens choisis dans toutes les strates sociales et dans tous les quartiers de la capitale. Des cités en construction entourées de terrains vagues à la rue Mouffetard et son esprit popu en voie d’extinction, des intellectuels dont Marker moque la posture en les entrecoupant de plans de chats – on peut le créditer d’avoir inventé sans le vouloir le concept de lolcats ! – jusqu’

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