Serge Avédikian : «Les Arméniens ont beaucoup d'humour sur eux-mêmes»

ECRANS | Brève rencontre avec le réalisateur de "Celui qu’on attendait" (film qui a failli s'appeler "Le Messie de Grenoble"!), le prolifique Serge Avédikian…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Photo : @Arthur Arzoyan - Moby Dick Films


Cette histoire de "cousin arménien" providentiel repose-t-elle sur une histoire réelle ?

Serge Avédikian : Tous les peuples qui ont été dispersés et spoliés, qui ont une diaspora, possèdent ce mythe de l'oncle qui va revenir avec du bienfait. Quand j'étais môme en URSS, la première fois que les frontières se sont ouvertes sous Krouchtchev afin que les Arméniens de France viennent comme touristes, une tante de ma mère est arrivée avec cinq valises de vêtements. C'était la pénurie : nous n'avions pas 360 fromages, mais deux !

Quand on est dans le manque, tout ce qui vient de l'étranger brille. Dans ce cas précis, c'est inventé. Cela dit, lorsque l'Arménie est devenue indépendante, l'ancien propriétaire de la MGM Kirk Kerkorian est arrivé avec un million de dollars pour créer des emplois. C'était un mécène, à défaut d'être un messie…

Justement, votre film s'est un temps appelé Le Messie de Grenoble. Pourquoi l'avoir modifié ?

Le Messie de Grenoble est apparu très tard. Le scénario s'est appelé Comme une chanson américaine, puis Complètement à l'Est… Mais un scénario devient un film ; et film est un objet vivant parce que les acteurs et le montage passent par là, donc le titre évolue.

Quant à Grenoble, c'est un hommage à la ville de naissance de Jean-François Derec, le coscénariste – quand on écrit, on glisse des private jokes qui deviennent comme des gimmicks. Grenoble, ça marche, parce que c'est guttural, ça percute : “Grrrrenobeul”, comme disent les Arméniens. Lyon, ça ne marcherait pas (rires) !

Vous évoquez dans le film le sens de l'humour des Arméniens. Vos coproducteurs sur place doivent l'avoir quand vous montrez la police corrompue, l'État fragilisé, les mafias de village…

La preuve ! Vous savez, en même temps que l'on tournait, il y avait des vraies manifestations occupant le centre-ville d'Erevan pour protester contre le coût trop élevé de l'électricité – donc notre fiction était en phase avec la réalité sans le vouloir. Les Arméniens ont beaucoup de recul, beaucoup d'humour sur eux-mêmes. Comme tous les peuples qui en ont vu, ils sont très affectés par leur état vis-à-vis du monde, et savent bien qu'une démocratie, ça ne se construit pas du jour au lendemain…


Celui qu'on attendait

De Serge Avédikian (Fr, Arménie, 1h30) avec Patrick Chesnais, Arsinée Khanjian... Jean-Paul Bolzec était parti jouer son spectacle pour une société française installée en Azerbaïdjan. Sur le chemin du retour vers l’aéroport, le taxi tombe en panne. Bolzec est abandonné sur une route désertique, au milieu de nulle part.
Cinéma Comœdia 13 avenue Berthelot Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Ma mère est folle" : mère qui roule n’amasse pas mousse

ECRANS | de Diane Kurys (Fr, 1h35) avec Fanny Ardant, Vianney, Patrick Chesnais…

Vincent Raymond | Mardi 4 décembre 2018

Dilettante professionnelle, Nina, la soixantaine bohème, n’a jamais pu se conformer à quelque loi que ce soit. Productrice fauchée, elle a imaginé se refaire en convoyant de la beuh d’Amsterdam à Paris. Ça tombe bien : elle pourra au passage faire coucou à son fils, qui s’y est exilé, loin d’elle. En campant cette mythomane invétérée dépourvue d’instinct maternel (en tout cas, vis-à-vis de son propre fils), Fanny Ardant a dû prendre un malin plaisir. Il est sûr qu’elle rehausse de son étrangeté coutumière cette histoire somme toute classique à l’esthétique de téléfilm signée Diane Kurys. Car s’il n’y avait ce personnage viscéralement pernicieux, on s’ennuierait ferme devant le catalogue d’effets attendus. Un chanteur débutant à l’écran ? Check Vianney ! Un clin d’œil à un bouquin du fiston par ailleurs coscénariste ? OK le plan sur une traduction de Sacha Sperling ! Arielle Dombasle en inconséquente et richissime bourgeoise ? Euh, comme d’habitude. Par charité, on évitera d’aborder l’intégration d’un petit réfugié traîné comme une mascotte, ni de parler de P

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"Juillet Août" : été adolescent

ECRANS | de Diastème (Fr., 1h40) avec Patrick Chesnais, Luna Lou, Pascale Arbillot…

Vincent Raymond | Mardi 5 juillet 2016

Chaque été, au milieu du lot de films de vacances, il en est toujours un qui prend la tangente en allant au-delà du périmètre étriqué des premiers émois d’adolescent(e)s. L’an dernier, c’était Microbe et Gasoil de Gondry ; Juillet Août assure peut-être la relève. La saison chaude semble favorable à Diastème (en 2008, son premier long Le Bruit des gens autour était déjà une évocation drôle et pleine de vie de l’intérieur du Festival d’Avignon) ; elle l’inspire pour ce portrait de deux sœurs (dont une au tournant de la puberté), ainsi que de leurs parents, lesquels ont refait leur vie chacun de leur côté. Juillet avec la mère sur la Côte d’Azur, août avec le père en Bretagne… L’existence des frangines est décousue, mais elle se suit dans ses péripéties estivales, et se raccommode dans cette succession de villégiatures. Comme si la famille éclatée se reformait par-delà la distance et le protocole calendaire afin de résoudre toutes les crises – qui ne sont pas propres au jeune âge. Chacun ment ou dissimule un petit secret à ses proches,

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"Celui qu’on attendait" : Tintin en Arménie

ECRANS | de Serge Avédikian (Fr./Arm., 1h35) avec Patrick Chesnais, Arsinée Khanjian, Robert Harutyunyan…

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Parler de l’Arménie d’aujourd’hui sans négliger celle d’hier, en évitant le piège du folklore touristique et sans brandir l’antagonisme avec la Turquie (pour une fois, c’est l’Azerbaïdjan qui est cité)… Serge Avédikian a réussi son coup avec cette comédie davantage centrée sur la question des différences de cultures menant aux convergences humaines que sur le gag communautaire. Le cinéaste a l’habitude d’abolir les frontières, y compris stylistiques. Et volontiers recours à l’essai ou à l’animation (Chienne d’histoire lui a d’ailleurs valu Palme d’Or du court métrage en 2010) pour donner à ses réalisations une aura de parabole, de conte universel. Celui qu’on attendait contient d’ailleurs une séquence qui prolonge cette idée du surgissement d’un élément extérieur venant soudainement bousculer un système homogène, pour mieux l’enrichir de ses différences : lorsque l’image emprunte brusquement certains codes graphiques de la bande dessinée – le défilement des cases, les aplats de couleurs uniformes ou les emanata (ces petits traits et étoiles vibrants symbolisant le bruit, le mouvement). Cette rupture visuelle accentue le caractère "tintinesqu

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Les Beaux jours

ECRANS | De Marion Vernoux (Fr, 1h34) avec Fanny Ardant, Laurent Lafitte, Patrick Chesnais…

Christophe Chabert | Mercredi 12 juin 2013

Les Beaux jours

Au croisement de plusieurs opportunités qui sont aussi, sans doute, des opportunismes – la mode du film pour seniors, la possibilité d’offrir un vrai grand premier rôle à une actrice adulée par les lecteurs de Télérama –, Les Beaux jours arrive assez miraculeusement à transformer tout cela en un film imparfait mais cohérent. Mieux : Marion Vernoux, qui met fin à un trop long break pour le grand écran, y développe avec une perspective nouvelle le thème qui travaillait son œuvre jusqu’ici, à savoir la vacance nécessaire pour vivre une histoire d’amour. C’est parce qu’elle se retrouve prématurément à la retraite que Caroline peut passer son temps libre à tromper son mari avec un homme deux fois moins vieux qu’elle. Là encore, le film pourrait s’égarer dans une dissertation sociétale sur les femmes cougars ; mais Vernoux ne généralise jamais, attachée à la dimension romanesque de son cinéma et à la singulière présence d’une Fanny Ardant magnifique de justesse. Surtout, en creux se dessine l’idée forte que le travail, le couple et plus globalement les normes sociales sont autant de garde-fous qui musellent le désir et l’envie de liberté. Loin d’être

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Bienvenue parmi nous

ECRANS | De Jean Becker (Fr, 1h30) avec Patrick Chesnais, Jeanne Lambert, Miou-Miou...

Aurélien Martinez | Vendredi 8 juin 2012

Bienvenue parmi nous

Jean Becker a pris un coup de vieux. Les plus mesquins diront qu'il l'a toujours été, comme Resnais. Pas faux. Sauf que l'auteur de L'été meurtrier s'assume, et sans sauver ce Bienvenue parmi nous, il fait preuve au moins d'une certaine honnêteté. En voulant filmer la révolte existentielle d'un peintre reprenant goût à la vie et son art au contact d'une adolescente fugueuse, Becker joue au vieil esthète. Il veut ressusciter le portrait de la jeune fille, grand appel à l'innocence, la beauté et au naturel, tout en vantant les valeurs de générosité et d'entraide. Un gros pari quand on connaît l'œuvre du bonhomme. Pourtant, malgré sa complaisance gâteuse et son paternalisme lourdingue, on a presque envie de le suivre. Pas vraiment pour Patrick Chesnais, transformé le temps d'une scène culte en Charles Bronson du dimanche. Plutôt par désir de voir son actrice (Jeanne Lambert), gauche, un brin vulgaire mais fascinante, continuer à parler, bouger, exister. L'essentiel quoi. Jérôme Dittmar

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