"La Prunelle de mes yeux" : maladroit de regard

ECRANS | de Axelle Ropert (Fr., 1h30) avec Mélanie Bernier, Bastien Bouillon, Antonin Fresson…

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Photo : Diaphana Distribution


Tout commençait pourtant bien, par le choix d'exhumer pour la B.O. une excellente chanson des mésestimés The Gist, Love At First Sight. Et puis sur l'affiche, la pétillante Mélanie Bernier avec son sourire éclatant… Après Un peu, beaucoup, aveuglement, elle enchaîne une nouvelle romance dans laquelle elle ne voit pas son galant — mais cette fois car elle est atteinte de cécité. Le coquin, c'est son nouveau voisin, un joueur de rebétiko raté, qui va feindre d'être lui aussi aveugle. D'abord chien et chat, le duo finira par s'accorder.

Très référencée comédie sentimentale à l'américaine, cette petite chose possédait de bonnes intentions, mais hélas pas le rythme adéquat pour une fantaisie trépidante : ses baisses de tonus et son écriture laborieuse le plombent rapidement. Demeurent quelques inattendues trouées d'humour, dont une à mettre au crédit du scénariste-réalisateur Serge Bozon – son épouvantable La France (2006) hante pourtant encore nos mémoires. Ici interprète d'un voisin rockeur, il est hilarant en rebelle de carton à la nonchalance du supérette et aux répliques fanées. On sent quasiment son odeur fauve vieux célibataire. Les yeux fermés.


La prunelle de mes yeux

De Axelle Ropert (Fr, 1h30) avec Mélanie Bernier, Bastien Bouillon... Une fille, un garçon. Elle aime la musique, lui aussi (mais pas la même). Ils se détestent, ils se croisent sans cesse. Et surtout : elle est aveugle, il voit parfaitement. Un jour, par provocation, il se fait passer pour aveugle auprès d'elle. Ce qui n'était qu'une mauvaise blague dure, l'amour arrive, la situation se complique, et la supercherie va devenir explosive.
Cinéma Comœdia 13 avenue Berthelot Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Jumbo" : l’amour à la machine

ECRANS | De Zoé Wittock (Fr.-Bel-Lux., 1h33) avec Noémie Merlant, Emmanuelle Bercot, Bastien Bouillon…

Vincent Raymond | Mardi 23 juin 2020

Jeune fille solitaire encombrée d’une mère exubérante et désinhibée, Jeanne travaille dans un parc d’attractions où son charme farouche ne laisse pas indifférent son jeune responsable. Jeanne va tomber amoureuse, mais d’un manège, Jumbo. Et la passion lui semble réciproque… Par petites touches discrètes, le cinéma fantastique se régénère en revenant à sa source : avec des histoires partant de la normalité crasse du quotidien, déviant ensuite vers l’anormalité. Cette variation sémantique infime change tout, car elle rend l’ordinaire extra. Après l’enthousiasmant La Dernière Vie de Simon, Jumbo confirme qu’il faut suivre suivre la jeune garde francophone. Voyez ce premier long métrage de Zoé Wittock, où l’héroïne, à la façon d’un personnage introverti de Stephen King, va trouver un épanouissement lumineux dans une dimension intérieure et contraire à la doxa. Bon choix d’ailleurs que la toujours aventureuse Noémie Merlant pour donner corps à cette nouvelle romance interdite — Portrait de la jeune fille en feu, Curiosa

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"La Famille Addams" : masure douce masure

Cinema | De Conrad Vernon & Greg Tiernan (É.-U., 1h27) animation

Vincent Raymond | Mardi 3 décembre 2019

Alors que le jeune Pugsley Addams prépare sa Mazurka, la sinistre quiétude du manoir familial est perturbée par un chantier dans le voisinage : la construction d’un lotissement empestant la joie de vivre, sous la houlette d'une animatrice télé qui envisage de "redécorer" la demeure Addams… Quelque part, il y a une forme de logique à ce que la bande dessinée de Charles Addams, jadis adaptée en série télé, puis en longs métrages en prises de vues réelles, puis en série animée pour la télévision, revienne sur le grand écran en film d’animation. D’abord, parce que la tendance du moment – éprouvée et approuvée par Disney – est de rentabiliser une licence sous toutes ses formes ; ensuite parce que dans le cas particulier de la Famille Addams, il aurait été presque inconvenant de laisser ces personnages reposer en paix sans pratiquer sur eux quelque opération frankensteinesque. C’est l’avantage des monstres et autres figures du monde macabre : il ne peuvent guère souffrir d’une atteinte à leur intégrité ! Vernon et Tiernan jouent donc sur du velours en convoquant ces vieilles connaissances et leur épouvante d’opérette dont les pré-ados (du

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"Debout sur la montagne" : là-haut, y a pas débat

ECRANS | De Sébastien Betbeder (Fr., 1h45) avec William Lebghil, Izïa Higelin, Bastien Bouillon…

Vincent Raymond | Mardi 29 octobre 2019

Quinze ans après leur enfance montagnarde, trois amis se retrouvent dans leur village d’origine à l’occasion des funérailles du grand frère de l’un d’entre eux. Leurs rêves de jeunesse disloqués, ils constatent que la vie d’adulte donne plus souvent des raisons de pleurer que de rire… Sébastien Betbeder a de la constance, il faut le lui reconnaître. N’aimant rien tant que les histoires de copains en quête d’une forme de retrouvailles dans un milieu plutôt hostile, le prolifique cinéaste décline son thème chéri dans tous les environnements et avec toutes les configurations possibles. Après l’île de Marie et les Naufragés, le grand Nord enneigé du Voyage au Groenland, la bourgade d’altitude constitue ici une suite logique pour le sympathique trio. Quant à la réunion entre potes, si elle est entravée par le poids d’un passé commun traumatique alourdi par les blessures intimes de chacun, son issue offre une délivrance générale façon absolution. Jonglant avec les peurs d

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"Love addict" : pour un flirt avec Kev Adams...

ECRANS | de Frank Bellocq (Fr, 1h33) avec Kev Adams, Mélanie Bernier, Marc Lavoine...

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Séducteur compulsif, Gabriel a perdu son dernier job à cause de son… inextinguible besoin de conquérir les femmes. Pour conserver son nouveau poste, il a recours aux services d’une psy reconvertie coach, Marie-Zoé. Leur animosité mutuelle ne cache-t-elle pas une vague attirance ? Et si le problème cardinal des films avec Kev Adams, c’était tout simplement Kev Adams ? Dans son genre, Love Addict n’est pas si mal : pour qui s’est infligé Gangsterdam ou Les Aventures d’Aladdin, c’en est presque miraculeux. Car il s’agit d’une variation ne disant pas son nom – se peut-il qu’elle s’ignore ? – et assagie du délirant What’s New Pussycat ? (1965) de Clive Donner. Jadis scénarisée par Woody Allen, cette comédie sur un impénitent collectionneur prend au passage une sale teinte ironique à présent que ce dernier est considéré comme un vieux satyre. Le réalisateur Frank Bellocq

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Indésirables

ECRANS | De Philippe Barassat (Fr, 1h36) avec Jérémie Elkaïm, Béatrice De Staël, Bastien Bouillon…

Christophe Chabert | Mardi 17 mars 2015

Indésirables

Dans la petite famille de l’amateurisme chic français, voici Philippe Barassat : copain comme cochon avec le tandem Donzelli / Elkaïm, il a recruté ce dernier pour le rôle principal d’Indésirables, son premier long après quelques courts provocateurs et remarqués. Elkaïm y est Aldo, infirmier d’origine étrangère qui subit une sorte de préférence nationale et se retrouve sans emploi et dans la dèche, cachant cette précarité à sa copine. Après une première expérience avec sa colocataire aveugle, Aldo décide de devenir un gigolo d’un genre particulier, donnant du plaisir à des handicapés physiques et moteurs. On aimerait se sentir interpellés, sinon dérangés, par un tel sujet, mais le film se tient dans un tel degré d’approximation qu’il est surtout irritant. Les comédiens jouent n’importe comment (Bastien Bouillon et l’insupportable Béatrice de Staël ne sont jamais crédibles en aveugle) et Barassat cadre à peine ses plans, leur apposant un vernis noir et blanc qui agit comme un cache-misère. Le tout baigne dans une ambiance bourgeois de gauche que le cinéaste arrive in extremis à bousculer lorsqu’il assume la part la plus noire de son récit. Le temps d’

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Tirez la langue, mademoiselle

ECRANS | D’Axelle Ropert (Fr, 1h42) avec Louise Bourgoin, Laurent Stocker, Cédric Kahn…

Christophe Chabert | Mardi 27 août 2013

Tirez la langue, mademoiselle

Critique de cinéma et scénariste des films de Serge Bozon (dont l’exécrable Tip Top, en salles dans deux semaines), Axelle Ropert signe ici son deuxième long après La Famille Wolberg et confirme son projet de cinéaste : refaire les films qu’elle aime en leur enlevant tout ce qui pourrait faire spectacle, comme si les originaux avaient ingurgité un tube de lexomil. Après La Famille Tenenbaum, c’est Faux semblants de Cronenberg qui est ici lointainement remaké, puisqu’on y retrouve deux frères médecins dont la relation à la fois fusionnelle et complémentaire va être fragilisée lorsqu’ils tombent amoureux de la même femme. Plutôt que de jouer la carte de la tragédie, Ropert s’en tient donc à un recto tono émotionnel, sans cris, larmes, rires ou effusions d’aucune sorte. Le film semble avancer sur une ligne droite d’où il ne doit absolument jamais dévier, entraînant tout (dialogues, séquences, jeu des acteurs) vers une platitude absolue. Ce qui, pour la réalisatrice, est sans doute une preuve de radicalité, apparaît en fin de compte, à l’inverse, comme le plus ordinaire du cinéma téléfilmé français ! Christophe Chabert

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