"Le Retour de Mary Poppins" : Mary à tout prix (et pareille à elle-même)

ECRANS | De Rob Marshall (ÉU, 2h10) avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda, Ben Whishaw…

Vincent Raymond | Lundi 17 décembre 2018

Photo : 2018 Disney Enterprises, Inc. All Rights Reserved. / Jay Maidment


Trente ans se sont écoulés depuis le départ de Mary Poppins. La voici de retour, quasi identique, pour s'occuper des enfants de Michael Banks, alors que leur père, jeune veuf, s'emploie à sauver leur maison d'une saisie. Heureusement, sa magie sera le sucre qui aidera la médecine à passer…

Disons-le tout net, cette suite est une délicieuse mine de paradoxes. Tout d'abord parce qu'elle s'applique davantage à répliquer l'opus initial qu'à le prolonger, histoire de montrer l'immutabilité de la nounou – laquelle, pourtant, a changé de physionomie en changeant d'interprète (Emily Blunt). Ainsi le ramoneur est-il ici remplacé par un allumeur de réverbères (même genre de monte-en-l'air, en plus propre sur lui) ; l'oncle Albert s'envolant au plafond troqué par une cousine Topsy vivant tête-bêche ; la séquence champêtre en animation par… une séquence champêtre en animation (avec une touche de cabaret en sus). Bénéficiant des évolutions techniques contemporaines, cette Mary Poppins est donc plus une 2.0 qu'une n°2.

Mais si la trame se conforme à l'original, cet épisode se distingue sur un point : son contenu plus engagé socialement et politiquement (du moins en apparence) que le précédent. D'abord, Jane reprend ici le flambeau de sa suffragette de mère en s'affichant en pantalon et militante travailliste. Ensuite, la majeure partie du film développe une critique sourde à l'encontre des pratiques rapaces des banques, se repaissant de la misère de clients affaiblis par la Dépression. On suppose l'allusion à la crise des subprimes, une dénonciation des ponctions frauduleuses des banksters, voire une charge décroissante contre le libéralisme. Las ! Dans les ultimes minutes, la délivrance des malheureux protagonistes interviendra grâce à un deus ex machina en redingote. Sa profession ? Banquier et chantre de du compte-épargne. Dommage, on aurait bien aimé finir sur une note anar.


Le retour de Mary Poppins

De Rob Marshall (ÉU, 2h04) avec Emily Blunt, Lin-Manuel Miranda... Michael Banks travaille à la banque où son père était employé, et il vit toujours au 17 allée des Cerisiers avec ses trois enfants, Annabel, Georgie et John, et leur gouvernante Ellen. Comme sa mère avant elle, Jane Banks se bat pour les droits des ouvriers et apporte son aide à la famille de Michael. Lorsque la famille subit une perte tragique, Mary Poppins réapparaît magiquement dans la vie de la famille. Avec l’aide de Jack, l’allumeur de réverbères toujours optimiste, Mary va tout faire pour que la joie et l’émerveillement reviennent dans leur existence… Elle leur fera aussi découvrir de tout nouveaux personnages pleins de fantaisie, dont sa cousine, l’excentrique Topsy.
Cinéma Meyzieu 27 rue Louis Saulnier Meyzieu
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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"Little Joe" : graine de malheur

Cinema | Et si le bonheur de l’humanité se cultivait en laboratoire ? Jessica Hausner planche sur la question dans une fable qui, à l’instar de la langue d’Ésope, tient du pire et du meilleur. En témoigne son interloquant Prix d’interprétation féminine à Cannes pour Emily Beecham.

Vincent Raymond | Mardi 12 novembre 2019

Amy travaille dans un laboratoire de phytogénétique sur le projet Little Joe, une plante rendant ses possesseurs heureux. Mais à la suite d’une série de dysfonctionnements, le "prototype" contamine son fils et certains chercheurs, qui commencent à agir étrangement… Sur le papier, Little Joe aguiche plus qu’il ne promet tant ce conte moral paraît en phase avec des préoccupation sociétales, éthiques, biologiques et écologiques. Jessica Hausner, la réalisatrice, coche toutes les cases en abordant autant les dangers encourus par la manipulation du vivant que le désir illusoire de fabriquer un bonheur universel… mais totalement artificiel – sur ce chapitre, la science n’est pas la seule concernée par cette philippique filmique : les religions affirment à leurs adeptes que leurs doctrines aspirent aux mêmes résultats. Cette promesse de mieux vivre ne peut qu’aboutir à une catastrophe, au nom de l’adage « le mieux est l’ennemi du bien » : le pollen de Little Joe transforme ceux qui le respirent en monstres dépourvus d’empathie. À cette fable effrayante, la cinéaste ajoute une dimension plastique stupéfian

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Emily Blunt : « Mary Poppins est une super-héroïne qui place les autres au centre de l’histoire »

ECRANS | Suite lointaine d’un des plus grands triomphes des Studios Disney qui avait glané 5 Oscar (dont celui de la meilleure actrice pour Julie Andrews), "Le Retour de Mary Poppins" est le Disney de Noël 2018. Rencontre avec le réalisateur et l’interprète de la nounou magique.

Vincent Raymond | Mercredi 19 décembre 2018

Emily Blunt : « Mary Poppins est une super-héroïne qui place les autres au centre de l’histoire »

Signer la suite d’un film considéré comme un classique depuis un demi-siècle a de quoi impressionner, non ? Rob Marshall : À chaque étape, cela a été impressionnant. Et un travail colossal. Mais si quelqu’un devait s’atteler à la tâche, je voulais que ce soit moi, car ce film signifie énormément pour beaucoup de personnes de ma génération. Il fallait que cette suite reflète dignement l’esprit du film de 1964, même si la barre était particulièrement haute. Avec mes co-scénaristes Dave Magee et John de Luca, nous avons dû créer un script pour lier les parties musicales entre elles. Car les livres de P. L. Travers fonctionnent par épisodes ; il n’y a pas vraiment de narration liant les chapitres les uns aux autres. Puisque Le Retour de Mary Poppins dépeint l’époque de la Grande Dépression à Londres, il fallait comprendre les difficultés de cette période et trouver un écho très contemporain. C’était un exercice d’équilibriste d’arriver à cett

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The Danish girl

ECRANS | De Tom Hooper (GB, 2h) Avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Ben Whishaw…

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

The Danish girl

Cela va finir par se voir : certains réalisateurs et comédiens n’aspirent qu’à garnir leur cheminée de trophées. Peu leur importe le film, du moment qu’il satisfait à quelques critères d’éligibilité : biopic avec sujet concernant, pathos et performance d’interprète bien apparente. Sa sinistre parenthèse Les Misérables refermée, Tom Hooper renoue donc avec le portrait académique en jetant son dévolu sur Einar Wegener, peintre danois(e) entré(e) dans l’Histoire pour avoir fait l’objet d’une opération de réattribution sexuelle. Mais Hooper, léger comme un bison scandinave, tangue entre clichés niais et ellipses hypocrites – ah, la ridicule propension à occulter les aspects biographiques trop abrupts ! Il ne suffit pas de costumer un acteur aux traits androgynes pour créer un personnage authentique, ni de lui demander d’exécuter des poses délicates et des grimaces pleines de dents comme Jessica Chastain pour figurer le trouble ou l’émoi. L’inspiration et l’originalité du Discours d’un roi semblent, décidément, taries…

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Edge of tomorrow

ECRANS | De Doug Liman (ÉU, 1h53) avec Tom Cruise, Emily Blunt…

Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Edge of tomorrow

Sur le papier, il y a comme du high concept foireux derrière Edge of tomorrow : en gros, il s’agit d’opérer le croisement improbable entre Le Soldat Ryan, Un jour sans fin et Starship troopers, inspiré d’un manga d’Hiroshi Sakurazaka. D’ailleurs, le temps que la greffe prenne (quinze minutes) on reste un peu incrédule, avalant couleuvres scénaristiques sur couleuvres scénaristiques, en particulier celle qui envoie au front un officier spécialisé dans la communication, sans expérience de terrain et ayant dépassé la limite d’âge – Tom Cruise a beau faire tout ce qu’il peut pour le faire oublier, c’est aujourd’hui un quinquagénaire encore en forme mais trop vieux pour jouer les héros. Quand enfin tout est en place (un système assez ludique de reboot temporel qui permet à Cruise de rejouer un débarquement futuriste sur les plages normandes pour bousiller des aliens et retrouver une « full métal bitch » campée par la passionnante Emily Blunt), l’alliance entre le scénario habile et très bien écrit de Jez Butterworth (magistral dramaturge anglais) et Christopher MacQuarrie (déjà derrière l’excellent

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