Liberté chérie

SCENES | Pour sa dernière création, "En roue libre", Claudia Stavisky a réuni un casting assez exceptionnel dont émerge Julie-Anne Roth, qui tient de bout en bout son rôle de femme insoumise, assumant ses désirs même en pleine maternité. Rencontre avec une comédienne viscéralement – mais pas exclusivement - liée au théâtre. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 20 janvier 2015

Photo : © Jean-Louis Fernandez


C'est en 1993 qu'elle apparait au cinéma. Julie-Anne Roth est castée par Cédric Klapisch dans le film générationnel qu'est Le Péril jeune, après un petit rôle dans La Reine Margot, où elle est l'amie féministe de la bande. Elle n'a que 19 ans et vient à peine de découvrir le théâtre. Alors en fac de lettre, elle veut devenir chef opérateur et préparer la FEMIS, «mais pour filmer les gens, il me fallait comprendre ce que c'est que de jouer». Elle suit donc les cours du soir de Pierre Debauche qui l'encourage à fréquenter son école à plein temps. Après trois années en compagnie à Agen, elle veut «apprendre encore et rencontrer des personnes de mon âge, créer des amitiés car c'est important dans ce métier qu'il est difficile de faire seul». Ce sera donc le Conservatoire national à Paris dont elle sort diplômée en 1999, déjà remarquée par les professionnels et nommée aux Molière en 1997 pour son rôle dans Sylvia (mise en scène par A. R. Gurney).

Stuart Seide l'emmène (ou la ramène) à Shakespeare. De l'auteur britannique, elle dit «vouloir jouer tous les rôles féminins» ! «Quand j'ai lu Shakespeare, j'ai eu l'impression qu'on me parlait au creux de l'oreille. Je me suis dit être venue sur terre pour jouer ça ! Ce que j'aime et qui fait sa grâce, c'est que, comme un scénariste hollywoodien, il n'est pas monolithique, il assume toujours qu'un personnage de comédie grasse se glisse dans des enjeux politiques de pouvoir. Il y a des changements de répertoire en quelques secondes tout le temps». Du Songe d'une nuit d'été à Roméo et Juliette (qu'elle joue en 1994 sous la direction de Pierre Debauche et dont elle est avec délice dramaturge vingt ans plus tard pour Nicolas Briançon), elle laboure le champ du Britannique et rencontre, par le biais d'une audition pour Shake (d'après La Nuit des rois) Dan Jemmett, metteur en scène iconoclaste et entier qui s'est même essayé à faire de Cantona un acteur de théâtre dans Ubu Roi. Avec Julie-Anne Roth, déjà séduite par son loufoque et passionnant Presque Hamlet, il collabore trois fois et notamment dans l'étourdissante farce de jeunesse qu'est La Comédie des erreurs qui réunit déjà… David Ayala et Valérie Crouzet, comme pour En roue libre ! La réunion de ce fracassant casting est parait-il un hasard ! Un beau hasard, donc.

Comme il lui plaira

Si durant vingt ans, Julie-Anne Roth a aimé être au service des autres (au théâtre bien sûr, mais aussi dans de nombreux téléfilms et au cinéma chez Sophie Fillières ou récemment dans David et madame Hansen d'Alexandre Astier), elle développe désormais aussi des projets plus personnels come l'écriture de la pièce On ne me pissera pas éternellement sur la gueule qu'elle a co-signée avec Frédéric Cherbœuf et qui lui a valu deux prix d'écriture. «C'est une comédie familiale, un guide de survie pour ceux qui vivent avec des êtres fragiles» ; mieux, «une dramédie» comme on dit désormais, inspirée par son frère schizophrène aujourd'hui décédé. Puisqu'elle a décidé de porter cette histoire devant les caméras (sans l'interpréter), elle s'est entraînée en signant un premier court-métrage, En avant, calme et droit, bientôt diffusé sur Canal Plus. Elargissant sans cesse ses terrains de jeu, elle a également rejoint le spectacle musical Run, run, run, sur Lou Reed à la demande de la chanteuse Emilie Loizeau, qui sera bientôt repris au 104 à Paris avant d'aller, en 2016, à la Cité de la musique.

Mesure pour mesure

Mélanger les plaisirs et les genres et surtout ne pas oublier que l'acteur n'est là que si le spectateur le suit. Outrée par les artistes qui s'enorgueillissent de vider les salles, celle qui a choisi Dan Jemmett il y a quelques temps s'est amourachée d'En roue libre de Penelope Skinner, 32 ans, que Claudia Stavisky offre au public français pour la première fois. «J'ai eu un coup de cœur pour ce texte. Et en plus, mon rôle, Becky, a été tenu à New York par mon actrice préférée au monde, Greta Gerwig, vue dans Frances Ha notamment» dit-elle avec gourmandise. Hasard de l'histoire, la première avait lieu au soir de l'attentat perpétré contre Charlie hebdo, l'occasion pour elle de rappeler que «la culture et l'éducation ne doivent jamais flancher. Il faut continuer à être en mouvement. Mais c'était douloureux et violent de jouer ce 7 janvier. Tout le monde se demandait ce qu'il fichait là. Et puis après dix minutes de spectacle, il y a eu les premiers rires puis le théâtre l'a emporté sur la peine».

 

 

En roue libre

Roland Schimmelpfennig, Cristina Comencini, David Harrower et maintenant Penelope Skinner, jamais montée en France encore : Claudia Stavisky a l'audace de s'intéresser aux auteurs d'aujourd'hui et de les faire connaitre. En roue libre (Village bike en VO, soit une expression très vulgaire pour qualifier une nymphomane) va à l'encontre des stéréotypes. Ici c'est une femme enceinte qui découche (dans les bras de David Ayala et du plombier, Patrick d'Assumçao, vu dans le somptueux Inconnu du lac) quand son mari (Eric Berger, ex-Tanguy chez Chatiliez) est pour elle aux petits soins mais oublie ses élans d'amant. Le texte est moins subversif que son titre ne le promet ; inverser les rôles féminins et masculins est certes réjouissant et assez novateur mais in fine, reprend les mêmes codes que si l'homme assouvissait ses désirs sexuels. Tout les éléments sur le plateau s'imbriquent parfaitement comme un rubik's cube résolu : le casting homogène, le travail sur l'image et la vidéo, le rythme rapide, le plateau tournant et le mur mouvant confèrent à cette création une vivacité certaine et font écho, de façon plus modeste, à la production du maître Ostermeier lorsqu'il s'était frotté à l'écriture très quotidienne de Lars Noren avec Dämonen.

En roue libre
Aux Ateliers, jusqu'au dimanche 1er février


En roue libre

De Penelope Skinner, ms Claudia Stavisky. Trois jours dans la vie de trois couples dans trois cottages anglais, et les appétits sexuels qui s'exacerbent avec la canicule
TNG - Les Ateliers-Presqu'île 5 rue Petit David Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Christophe Chabert | Mercredi 16 mars 2005

La fiancée syrienne

Dans les montagnes du Golan, à la frontière entre Israël et la Syrie, on s'apprête à célébrer des noces entre la dernière fille d'un activiste récemment libéré de prison et d'un acteur de sitcom. Mais la jeune femme vit dans le no man's land frontalier et son futur époux habite en Syrie. Pendant que la famille (désunie) se retrouve pour préparer le mariage, une Française onusienne règle les détails administratifs, un fonctionnaire israélien reçoit un nouveau tampon pour valider les passeports, préparant ainsi le foutoir à venir... C'est l'originalité de ce joli film choral, où l'on suit dans un premier temps les péripéties picaresques de ces apatrides croqués avec un trait particulièrement inspiré (le frère dragueur et frimeur, l'ainée éprise d'indépendance, le fils qui a "trahi" en épousant une Russe) avant de les retrouver tous à la frontière. Cette mécanique scénaristique rend tous les personnages égaux devant l'absurdité de la situation : des gens sans nationalité qui préparent un mariage à l'aveugle (ou presque) et perpétuent des traditions qui se fissurent sous les volontés individuelles. Proche d'un Danis Tanovic dans No man's land (pour la rencontre entre l'histoire, le rir

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