Tu dors Nicole

ECRANS | L’été québécois d’une post-ado indécise raconté en noir et blanc, avec humour et poésie, par Stéphane Lafleur.

Christophe Chabert | Mardi 31 mars 2015

C'est l'été dans la banlieue de Montréal ; Nicole, à peine vingt ans, se réveille dans les draps de son amant du soir, cherche — en vain — sa culotte, enfile son mini-short et enfourche son vélo pour se rendre à son job, où elle trie des vêtements aux côtés d'handicapés en stage d'insertion. Puis elle prend possession de la maison familiale désertée par ses parents, traîne avec sa meilleure copine Véronique et voit débarquer son frère, nanti de son groupe de rock dont un nouveau batteur auquel Nicole n'est pas insensible.

Insomniaque, timide, indécise, Nicole est un beau personnage de cinéma, et la révélation d'une comédienne craquante, Julianne Côté. Son caractère modèle les humeurs que Stéphane Lafleur se plaît à distiller dans son (troisième) long-métrage : un parfum de fraîcheur et de mélancolie, d'humour et de bizarrerie, notamment à travers ce gamin qui parle avec une voix (et des propos) d'adulte, idée aussi incongrue qu'irrésistible.

Le noir et blanc, le goût du cadre fixe et de la comédie à combustion lente rappellent à la fois le Jarmusch des débuts et le Baumbach de Frances Ha. Mais, Québec oblige, Tu dors Nicole possède son propre accent, affranchi de ses modèles : un certain art de la suspension dans lequel se faufilent désir, ironie, lucidité et rêveries, ce que l'image finale de ce film très attachant synthétise avec poésie.

Christophe Chabert


Tu dors Nicole

De Stéphane Lafleur (Fr-Cda, 1h33) avec Julianne Côté, Marc-André Grondin...

De Stéphane Lafleur (Fr-Cda, 1h33) avec Julianne Côté, Marc-André Grondin...

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Profitant de la maison familiale en l’absence de ses parents, Nicole écoule paisiblement l'été de ses 22 ans en compagnie de sa meilleure amie Véronique. Alors que leurs vacances s’annoncent sans surprise, le frère aîné de Nicole débarque avec son groupe de musique...


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Les amours perdues

ECRANS | Parmi les innombrables sorties de ce mois d’avril, notre préférence va aux films bizarres, modestes ou imparfaits signés Ryan Gosling, Wim Wenders et Stéphane Lafleur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 2 avril 2015

Les amours perdues

À Cannes, où les arnaques étaient légions, le pompon semblait avoir été atteint par Ryan Gosling et son premier film Lost River. Présenté à Un certain regard, il faisait figure de délire mégalo d’un comédien pressé de rendre hommage à ses maîtres plutôt que de livrer une œuvre cohérente et aboutie. Comme Gosling n’est pas le dernier des idiots, il a eu la modestie d’écouter les retours qui lui ont été faits et de revoir sa copie. Avec 17 minutes en moins, Lost River débarque en salles le 8 avril sous un tout autre jour, nettement plus recommandable. Certes, on y sent encore les influences du garçon — Argento, Malick, Lynch et, bien sûr, Winding Refn ; certes, il reste encore ici et là des longueurs ; mais la narration s’est recentrée autour du combat mené par Bones, un adolescent cherchant du cuivre dans les ruines de Detroit, pour sauver sa mère (Christina «Mad men» Hendricks) des griffes d’un propriétaire de club pervers. C’est surtout l’inspiration visuelle du film qui séduit : bien aidé par son chef opérateur Benoît Debie, Gosling se laisse aller à une forme de poème cinématographique à mi-chemin entre le rêve et le cauchemar, le c

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L’Homme qui rit

ECRANS | De Jean-Pierre Améris (Fr, 1h33) avec Gérard Depardieu, Marc-André Grondin, Christa Theret…

Christophe Chabert | Vendredi 21 décembre 2012

L’Homme qui rit

Il y a quelque chose d’involontairement comique à voir sortir, deux semaines après Le Hobbit, cet Homme qui rit signé Jean-Pierre Améris. Là où Jackson étire chaque ligne de Tolkien jusqu’à la nausée, Améris compresse façon César le roman de Victor Hugo ; là où Le Hobbit surjoue l’épique, L’Homme qui rit ramène tout le grandiose hugolien à une platitude de téléfilm tourné dans les pays de l’Est. De la tempête initiale au grand discours de Gwynplaine devant le Parlement, la mise en scène est d’une pauvreté désarmante, incapable de donner du souffle aux images sinon en les inondant d’une musique pompière ou en creusant les fonds verts de décors numériques laids à pleurer. C’est simple, on se croirait dans un plagiat de Tim Burton filmé par Josée Dayan ! Si Depardieu reste digne au milieu du naufrage, Marc-André Grondin ne sait visiblement pas dans quel film il est embarqué, et Christa Theret, qu’on aime beaucoup pourtant, joue les aveugles comme au temps du muet, les yeux écarquillés et les bras tendus en avant. Grotesque

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