"Alita : Battle Angel" : Pinocchio 2.0

Sci-fi | De Robert Rodriguez (É.-U., 2h02) avec Rosa Salazar, Christoph Waltz, Jennifer Connelly…

Vincent Raymond | Jeudi 14 février 2019

Photo : ©Twentieth Century Fox


Le XXVIe siècle, après une féroce guerre. Dans la décharge de la ville basse d'Iron City, un docteur/mécanicien trouve une cyborg démantibulée ultra-sophistiquée qu'il répare et nomme Alita comme sa fille défunte. Il découvre qu'elle présente d'étonnantes dispositions au combat…

La récente poussée des membres de la trinité mexicaine Iñarritu/Cuarón/del Toro ne doit pas oblitérer leurs camarades, actifs depuis au moins autant longtemps qu'eux dans le milieu. Tel le polyvalent Robert Rodriguez, Texan d'origine mexicaine, qui signe ici après Sin City (2005) une nouvelle adaptation de BD en l'occurrence un manga futuriste de Yukito Kishiro. On reconnaît dans cette version augmentée de Pinocchio (où la marionnette serait une cyborg et son Gepetto un savant doublé d'un traqueur de criminels) l'empreinte du producteur James Cameron : perfection formelle absolue des images, rigueur du récit, spectaculaire immersif (les courses en motorball ne déchirent pas : elles dévissent), distribution soignée…

Peut-être tient-on un pendant à Blade Runner, en moins hermétique sur le plan métaphysique même si la question de la proportion d'humanité à l'intérieur des cyborg est omniprésente. En tout cas, Alita se révèle tout aussi plausible dans l'extrapolation technologique et sociale de notre époque. Et le fait qu'un cinéaste d'origine mexicaine se soit intéressé à une implacable frontière (un "mur" horizontal, en quelque sorte) qui sépare une nation de privilégiés d'une masse grouillante maintenue dans l'espoir impossible de les rejoindre n'est sans doute pas anodin…


Alita : Battle Angel

De Robert Rodriguez (ÉU-Arg-Can, 2h01) avec Rosa Salazar, Christoph Waltz...

De Robert Rodriguez (ÉU-Arg-Can, 2h01) avec Rosa Salazar, Christoph Waltz...

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Lorsqu'Alita se réveille sans aucun souvenir de qui elle est, dans un futur qu’elle ne reconnaît pas, elle est accueillie par Ido, un médecin qui comprend que derrière ce corps de cyborg abandonné, se cache une jeune femme au passé extraordinaire.


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Robert Rodriguez & Rosa Salazar : « Alita montre un monde dystopique et potentiel »

Alita : Battle Angel | Appelé par l’équipe d’Avatar pour réaliser Alita, Robert Rodriguez signe un divertissement d’anticipation visuellement éblouissant transcendé par la comédienne Rosa Salazar. Tous deux évoquent la conception d’un film au fond politique assumé…

Vincent Raymond | Jeudi 14 février 2019

Robert Rodriguez & Rosa Salazar : « Alita montre un monde dystopique et potentiel »

Jon Landau, coproducteur du film avec James Cameron, dit qu’Alita a constitué le plus grand défi de votre carrière. Partagez-vous son opinion ? Robert Rodriguez : Il s’agit certainement du plus grand défi de ma carrière. Et c’est génial ! Quand on commence à avoir une carrière assez longue comme la mienne, on a envie de faire des choses nouvelles. Ça fait longtemps que je suis ami avec James Cameron — dont je suis aussi fan. Je m’étais toujours demandé, à la façon d’un éternel étudiant, comme il pouvait continuer à fabriquer des films comme un artisan. On n’imagine pas que Jim a fait ses débuts avec des films à petit budgets — après tout, il a travaillé pour Roger Corman, il a fait Terminator pour presque rien comme j’ai fait El Mariachi. Comment a-t-il pu faire ce saut vers le “gros cinéma“ avec de gros budgets et des échelles bien plus importantes ? J’ai toujours choisi des films à budget modeste, et comme Jim je veux éviter les studios, parce que j’adore la liberté que donne le cinéma indépendant. J’ai un petit budget, mais je

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Février : Ailleurs, toutes !

Panorama ciné | Un fidèle lecteur (que l’on salue) s’étonnait le mois passé de la surreprésentation du cinéma français dans notre panorama. Hasard ou coïncidence, février bascule dans l’excès inverse…

Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

Février : Ailleurs, toutes !

Feignons hypocritement la surprise comme si l’on s’ébaubissait de la floraison annuelle du marronnier à fleurs rouges : les vingt-huit jours de février débordent de films de qualité majoritairement anglo-saxons… pile le mois où Hollywood décerne ses bons points. Si vous savez additionner deux et deux, vous comprenez que les studios font d’une pierre deux coups en calant sur cette période dorée les sorties extra-étasuniennes : campagne pour les Oscar, BAFTA etc. et promo européenne sont ainsi mutualisées ; en retour les films capitalisent en notoriété sur les citations et/ou distinctions reçues. Résultat : un embouteillage de séquoias occultant, parfois, de jolies forêts. Débroussaillons un peu tout cela, car il n’y a pas que les excellents La Favorite et Vice dans le mois ! Au sud de Rio Grande La récente poussée des membres de la trinité mexicaine Iñarritu/Cuarón/del Toro ne doit pas oblitérer leurs compatriotes, actifs depuis au moins autant longtemps qu’eux dans le milieu. Tel le polyvalent Robert Rodriguez, qui sign

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"Downsizing" : Rien ne sert de raccourcir…

LE FILM DE LA SEMAINE | Et si l’humanité diminuait pour jouir davantage des biens terrestres ? Dans ce reductio ad absurdum, Alexander Payne rétrécit un Matt Damon candide à souhait pour démonter la société de consommation et les faux prophètes. Une miniature perçante.

Vincent Raymond | Mercredi 10 janvier 2018

Disparu en novembre dernier dans une consternante indifférence, le réalisateur français Alain Jessua aurait à coup sûr raffolé de l’idée. Cousinant avec ses fables d’anticipation dystopiques que sont Traitement de choc (1972) ou Paradis pour tous (1982), Dowsizing est en effet un de ces contes moraux où une “miraculeuse” avancée scientifique, perçue comme une panacée devant soulager l’humanité de tous ses maux, finit par se révéler pire remède que la maladie elle-même. La découverte est ici un procédé (irréversible) permettant de réduire les organismes humains afin d’économiser les ressources de notre planète surpeuplée, augmentant mathématiquement le patrimoine des sujets miniaturisés. Alléchés par cette perspective, Paul et son épouse s’inscrivent au programme. Mais au dernier moment, la belle se déballonne : Paul en est réduit à vivre rapetissé et seul. Au paradis ? Pas vraiment… À naïf, à demi-naïf Il y a deux actes biens distincts dans Downsizing

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Big Eyes

ECRANS | De Tim Burton (ÉU, 1h47) avec Amy Adams, Christoph Waltz, Danny Huston…

Christophe Chabert | Mercredi 18 mars 2015

Big Eyes

Il n’y a pas de scandale à dire que la carrière de Tim Burton a, depuis dix ans, pris du plomb dans l’aile. Entre serment d’allégeance à l’empire Disney — Alice au pays des merveilles — et déclinaison paresseuse de son propre style — Sweeney Todd, Dark Shadows — l’ex-trublion semblait rangé des voitures, VRP d’une signature graphique vidée de sa substance subversive. La surprise de Big Eyes, c’est qu’il marque une rupture nette avec ses films récents. Il y a certes, dans cette histoire certifiée Amérique des sixties, des pelouses verdoyantes devant des pavillons soigneusement alignés, des coupes de cheveux parfaitement laquées et des peintures bizarres d’enfants à gros yeux — celles que dessine Margaret Keane mais que son escroc de mari va s’approprier, et avec elles gloire, argent et carnet mondain ; ce n’est toutefois qu’une surface de convention, dictée par l’authenticité du fait-divers raconté plutôt que par une volonté auteurisante. Car Big eyes relève d’un storytelling très sage, presque plat, comme si Burton jouait profil bas pour se faire oublier derrière son intrigue et ses personnages. I

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Noé

ECRANS | Sauf le respect qu’on doit à Darren Aronofsky, ses débuts dans le blockbuster à gros budget relèvent du naufrage intégral, et cette relecture du mythe biblique est aussi lourdingue que formatée, kitsch et ennuyeuse… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 14 avril 2014

Noé

Qui était Noé selon Darren Aronofsky ? Un fanatique écolo, illuminé par l’annonce d’un désastre et la damnation d’une humanité corrompue, entouré par des anges envoyés par Dieu et incarnés en géants de pierre aux yeux phosphorescents. Ce résumé lapidaire de la première heure — interminable — de Noé résume dans le fond le formatage auquel est soumis ce blockbuster : un peu d’air du temps, un peu de messianisme divin — quand va-t-on nous foutre la paix avec ces stupides histoires de religion et quand passera-t-on au XXIe siècle dans cet occident que l’on dit éclairé et que l’on trouve de plus en plus obscurantiste ? — et un peu d’héroïc fantasy. Comme liant, un sérieux papal dans des dialogues qui calquent grossièrement ceux de n’importe quel serial historique actuel — Game of thrones, pour ne pas le citer. Face à ce gros foutoir en forme de kouglof indigeste et laborieux, on attend, comme dans l’expression consacrée, le déluge, car tout Aronofsky qu’il soit, c’est bien ce qu’on demande à un cinéaste qui engloutit plus de cent millions de dollars dans un film sur l’arche de Noé : filmer ce putain de déluge, même si celui-ci n’est que l’addition d’effets n

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Django unchained

ECRANS | La chevauchée sanglante d’un esclave noir décidé à retrouver sa fiancée en se vengeant de blancs racistes n’est pas qu’une occasion pour Quentin Tarantino de rendre hommage aux westerns ; c’est aussi un réquisitoire contre l’Histoire américaine, d’autant plus cinglant qu’il conserve le style fun de ce définitivement immense cinéaste. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 4 janvier 2013

Django unchained

Première réaction à la sortie de ce Django unchained : Tarantino est fidèle à lui-même, et c’est pour ça qu’on aime son cinéma. De fait, ils sont peu à offrir 2h45 de spectacle qui semble passer en quelques minutes, sans pour autant renier le fondement de leur style : des scénarios privilégiant le dialogue et la durée des épisodes à une construction en trois actes où l’action et la parole sont dosées équitablement. Tarantino y ajoute cette élégance de mise en scène qui frappe dès le générique, où une chaîne d’esclaves traverse de nuit une étendue aride et rocailleuse. Pourtant, il convient de tempérer ce jugement hâtif : oui, Tarantino est immense et oui, Django unchained est un très grand film, mais il n’est que l’aboutissement d’une mue amorcée entre les deux volumes de Kill Bill. Cette césure marquait un tournant décisif, celui où le cinéaste cessait de déployer sa maestria en cinéphile compulsif visitant avec une gourmandise enfantine le cinéma bis, et où il prenait au sérieux ses sujets sans pour autant se prendre au sérieux lui-même. Dans Django unchained, l’esclave incarné par Jamie Foxx va se transformer en cavalier badass et

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