Musilac : le feu au lac

MUSIQUES | Aussi foisonnante que pointue, éclectique que bien choisie, populaire (Les Insus, Elton John) que fureteuse (Barns Courtney), hurlante (Mass Hysteria) que sussurante (Lou Doillon), la programmation de Musilac est un joyeux casse-tête autant qu'un labyrinthe où il fait bon se perdre. Et où nous avons posé ça et là quelques balises.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 juillet 2016

Photo : Courtney Barnett © DR


Grand Blanc

L'Australie, La Réunion, Aix-les-Bains : on ne peut plus se baigner tranquille. La nature est devenue tellement folle, que l'on ne peut plus barboter deux secondes dans l'insouciance estivale sans se faire croquer par un requin, ici un Grand Blanc. Certes, Grand Blanc le groupe ne mord pas vraiment mais pour ce qui est de venir souffler de l'intranquillité sur la nuque de vos aspirations festives, il n'y a pas mieux, c'est même un peu le concept du dernier album, qui est d'ailleurs le premier, de ces lorrains à la discold-wave dévastatrice et aux tubes dévorants. Ils ne sont peut-être pas des têtes d'affiche du festival au sens premier du terme. Mais ils en ont la gueule. Et grande ouverte avec ça.

Sur la scène Le Korner le samedi 9 juillet à 15h25

Foals

À quoi voit-on qu'une sauce est en train de prendre pour de bon ? C'est simple : quand certains commencent, affublés d'une grimace de doute, à l'accuser d'avoir tourné. C'est bien le phénomène qui commence à se produire avec Foals, prodigieux groupe de disque et de live, dont l'ambition démesurée — pour schématiser on pourrait dire qu'ils ont remisé leur math-rock pour s'attaquer à une sorte de pop quantique en mutation permanente — commence à faire dire que la formation menée par Yannis Philippakis n'aspire qu'au rock de stade (mi-Muse, mi-Pink Floyd, tardif). Procès sévère — si l'on n'a même plus le droit d'enflammer les foules... Ironie du contexte aixois, Foals se produira sur la scène Montagne quand précisément à l'écoute de leur dernier album, pourtant intitulée What went down, on a la très nette sensation de parcourir une montagne sans jamais savoir si l'on est en train de la gravir ou de la descendre.

Sur la scène Montagne le dimanche 10 juillet à 21h10

Courtney Barnett

Pas la peine d'y aller par quatre chemins : Courtney Barnett est ni plus ni moins que la petite fiancée de l'indie-rock, ravivant aussi bien le fantôme de la PJ primale du début des 90's que l'ère slacker précédant de peu le grunge (Pavement, ce genre), à l'image du titre de son premier véritable album, qui est aussi le dernier, Sometimes I sit and think and sometimes I just sit — ce qui vaut programme politique. Avec une nonchalance caractérisée, un charme qui ne dit pas son nom, et un vrai sens caché de la mélodie, Courtney Barnett emballe des tueries de morceaux dans des guenilles soniques, comme on cache par pudeur sa beauté dans un trop grand tee-shirt. Ce qui a bien souvent l'effet inverse de celui recherché. Courtney ? Love.

Sur la scène Montagne le dimanche 10 juillet à 17h05

Elton John

Bien sûr, il y ce côté Liberace rondouillard. Bien sûr, il y a les toupets gênants, bien sûr, il y a Candle in the Wind et toutes ces sortes de choses comme disent les Anglais. Mais si c'est pour se rappeler le jour où il cassera sa pipe qu'Elton John restera comme l'un des géants de la pop, autant le faire aujourd'hui. Cessons d'oublier qu'il a été l'un des musiciens les plus inspirés de son temps — pas forcément du nôtre — et que réécouter ses grands albums des 70's peut coller une remarquable claque et rappeler que le glam rock, c'était aussi lui (et que Candle in the Wind figure sur son chef d'oeuvre Goodbye Yellow Brick Road, comme quoi). L'un des musiciens les plus doués pour mettre la larme à l'œil à un menhir. Ne boudons pas notre Elton.

Sur la scène Lac le samedi 9 juillet à 22h

Barns Courtney

Allez faire votre trou dans un festival quand en guise de nom de famille, Courtney, vous portez le prénom d'une des têtes d'affiche du festival et qu'en plus ce qui vous fait office de prénom — si tant est que c'en soit vraiment un, puisqu'en réalité, lui c'est Barnaby — ressemble furieusement au patronyme de l'artiste précitée. Mais non, Barns Courtney n'est pas à Courtney Barnett ce que Sébastien Patoche est à Patrick Sébastien. Barns fait partie de ces jeunes mâles américains biberonnés à l'Americana, capable de faire mugir une guitare ou de faire feuler leurs cordes vocales en mode crooner de saloon, d'évoquer Nashville, comme la capitale du grunge, les Avett Brothers comme San Fermin. Malgré tous ces prénoms qui n'en sont pas, le Barns est à deux doigts de se faire un nom, un vrai.

Sur la scène Korner le dimanche 10 juillet à 15h25

VKNG

On connaît généralement Thomas de Pourquery pour son gros sax et sa grosse barbe, ses nombreuses, éclectiques, même si discrètes collaborations (François & the Atlas Mountains, Jeanne Added, Metronomy, Oxmo Puccino, Mick Jones), moins pour ses quelques apparitions au cinéma (chez Antonin Peretjako, encore tout récemment) et plus pour son Play Sun Ra de 2014 (où il reprenait... Sun Ra). On connaît aussi, un peu, Maxime Delpierre pour ses talents de guitariste et réalisateur-arrangeur, et ses collaborations avec Médéric Collignon et Louis Sclavis. Partenaires de longue date, autour du jazz notamment, les deux ont fondé VKNG il y a trois ans. On est loin du groupe de métal qu'un tel nom pourrait laisser imaginer. Plutôt dans une sorte de funk quasi-bowien, se réclamant tout aussi bien des Flamings Lips que de LCD Soundsystem. C'est dire dans quelle macédoine on nage. C'est dire aussi à quel point c'est accrocheur et potentiellement irrésistible.

Sur la scène Firestone le dimanche 10 juillet à 16h15

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Musilac tombe à l’eau

Festival | La nouvelle est tombée vendredi 2 avril, à midi pile : l’édition 2021 du festival, censée se dérouler du 8 au 11 juillet, est complètement annulée. Un terrible coup d’arrêt pour un événement qui va connaître une seconde année blanche consécutive.

Martin de Kerimel | Mercredi 9 juin 2021

Musilac tombe à l’eau

Quel choc ! C’est officiel : il n’y aura donc pas de Musilac pour animer les soirées du début de l’été prochain. La longue incertitude qui planait sur l’événement a pris fin vendredi 2 avril, à l’heure du déjeuner. On savait évidemment que la jauge limitée à 5 000 personnes, assises et distanciées, compliquait sévèrement l’organisation du festival, de même que la probable impossibilité d’y proposer une offre de buvette et de restauration – la source habituelle d’une bonne partie des recettes utiles. Un sondage laissait entendre que le public restait solidaire avec l’équipe, mais réfractaire à une formule de ce type. C’est-à-dire prêt à accepter des contraintes, mais presque unanimement hostile à l’idée d’un festival assis. Une étude était cependant encore en cours pour valider (ou non) la tenue d’un événement sous une autre configuration. Désormais, c’est sûr : rien ne sera possible. « La situation intenable pour nous » Les organisateurs se sont expliqués par le biais d’un communiqué : « Comme il y a un an, trop de choses sont contre nous : la situation sanitaire, tout d’abord, qui reste l’essentiel et dont nous comprenons bien à quel point elle est dif

Continuer à lire

Musilac tombe à l’eau

Festival | La nouvelle est tombée vendredi 2 avril, à midi pile : l’édition 2021 du festival, censée se dérouler du 8 au 11 juillet, est complètement annulée. Un terrible coup d’arrêt pour un événement qui va connaître une seconde année blanche consécutive.

Martin de Kerimel | Vendredi 2 avril 2021

Musilac tombe à l’eau

Quel choc ! C’est officiel : il n’y aura donc pas de Musilac pour animer les soirées du début de l’été prochain. La longue incertitude qui planait sur l’événement a pris fin vendredi 2 avril, à l’heure du déjeuner. On savait évidemment que la jauge limitée à 5 000 personnes, assises et distanciées, compliquait sévèrement l’organisation du festival, de même que la probable impossibilité d’y proposer une offre de buvette et de restauration – la source habituelle d’une bonne partie des recettes utiles. Un sondage laissait entendre que le public restait solidaire avec l’équipe, mais réfractaire à une formule de ce type. C’est-à-dire prêt à accepter des contraintes, mais presque unanimement hostile à l’idée d’un festival assis. Une étude était cependant encore en cours pour valider (ou non) la tenue d’un événement sous une autre configuration. Désormais, c’est sûr : rien ne sera possible. « La situation intenable pour nous » Les organisateurs se sont expliqués par le biais d’un communiqué : « Comme il y a un an, trop de choses sont contre nous : la situation sanitaire, tout d’abord, qui reste l’essentiel et dont nous comprenons bien à quel point elle est dif

Continuer à lire

Les 1ers noms de Musilac 2020

Festival régional | Angèle, - M -, Iggy Pop et Lenny Kravitz sont les quatre premiers noms qui ont été lâchés hier pour dessiner les contours du 19e festival Musilac (...)

Nicolas Bros | Mardi 3 décembre 2019

Les 1ers noms de Musilac 2020

Angèle, - M -, Iggy Pop et Lenny Kravitz sont les quatre premiers noms qui ont été lâchés hier pour dessiner les contours du 19e festival Musilac d'Aix-les-Bains qui se déroulera du 11 au 14 juillet 2020.

Continuer à lire

Auto-Tune pour Elton John : "Rocketman"

ECRANS | Après "Bohemian Rhapsody", le réalisateur britannique Dexter Fletcher s’attaque à la carrière d’Elton John en se servant d’une cure de désintoxication comme base narrative. Et met face à face l’enfance de prodige introverti du musicien et son succès fulgurant comme icône de la pop culture. Démesuré et excessif.

Élise Lemelle | Mercredi 29 mai 2019

Auto-Tune pour Elton John :

Réaliser un film sur une rock star aussi fantasque qu’Elton John? Voilà le défi auquel s’est collé Dexter Fletcher en ne cherchant pas à raconter avec exactitude les événements passés mais en revendiquant « une course-poursuite imaginaire résolument loufoque et transgressive». Et en privilégiant les moments-clés de la vie de l’artiste – sa rencontre avec son parolier Bernie Taupin, ses amours tumultueuses avec John Reid, son mariage blanc… Résultat ? Un film dans lequel la musique prend, bien évidemment, toute la place. Rocketman est ainsi nourri en séquences oniriques où la star et ses fans entrent en osmose grâce à une mise en scène dont les procédés (ralentis, envolés…) exacerbent l’émotion. Une émotion bien relayée par l’acteurTaron Egertonqui réinterprète toutes les chansons et s'enflamme dans des costumes outranciers. En découle un drama pailleté flamboyant, à la fois biopic et comédie musicale. Et un film prévisible. À la

Continuer à lire

Dans le grand bain

Musilac (Savoie) | Vieilles gloires, valeurs sûres, piliers de festoches, jeunes pousses, smoothies de genres, et autres étrangetés à découvrir, le festival lacustre baigne l'été musical d'un éclectisme qui attire les foules comme les amateurs éclairés, jusqu'à les confondre.

Stéphane Duchêne | Mardi 3 juillet 2018

Dans le grand bain

Jeudi : old wave D'une certaine manière, s'il fallait un hymne en ouverture de cette édition 2018 de Musilac, il pourrait consister en trois bouts de refrains se répondant depuis le fin fond des âges 80, quand les uns martèleraient : « I Just can get enough », les autres répondraient « Don't you forget about me

Continuer à lire

Des stars comme s'il en pleuvait

Musilac (Savoie) | Phoenix, Ibrahim Maalouf, Jamiroquai, Julien Doré, Two Door Cinema Club, Sting, Texas, Justice, Calypso Rose, Archive, Vianney, Juliette Armanet… Comme chaque année, Musilac aligne les grands noms quatre jours durant. Ce qui ne doit pas faire oublier les autres, plus discrets, moins bankables… Tour d’horizon jour par jour de ce que l’on découvrira à Aix-les-Bains entre le 13 et le 16 juillet.

Stéphane Duchêne | Mardi 4 juillet 2017

Des stars comme s'il en pleuvait

Amplitude sonique le jeudi Ça commence fort Musilac le 13 juillet, et tous azimuts avec ça. De Juliette Armanet, la nouvelle petite fiancée des branchés, à l'alien sud-af' Die Antwoord (que ces mêmes branchés aiment pour de toutes autres raisons) ; de la pop variété joueuse de Lulu Gainsbourg (comme Armanet, on aime ou on déteste) aux hardos australiens d'Airbourne, en passant par le rap engagé de Kery James : il va y avoir dès le premier jour de l'amplitude thermique et sonique sur les bords du Lac du Bourget. Or on est loin du compte si l'on n’ajoute pas aussi l'électronicien teuton tout en délicatesse Fritz Kalkbrenner – délicatesse partagée par le duo Paradis, même si leur électronique empreinte des chemins plus pop. Reste que le gros des troupes est lui, ce soir-là, résolument pop rock : pop dansante chez Two Door Cinema Club, schlass comme jamais chez Warhaus, rentre-dans-lard chez Last Train, renfrognée chez Lescop. Et puis en haut de la pyramide : la grande renaissa

Continuer à lire

Grand Blanc : « Opérer un grand écart »

MUSIQUES | Parmi les multiples artistes de la "relève" de la scène musicale française programmés au festival Paroles & Musiques cette année, Grand Blanc vient avec son très attendu premier album Mémoires Vives. Sur cet opus, leur cold wave post-industrielle se colore d'esthétique plus pop. Cœur d'acier avec les doigts et entretien avec Benoît David, chanteur charismatique. Propos recueillis par Stéphane Duchêne

Stéphane Duchêne | Mardi 3 mai 2016

Grand Blanc : « Opérer un grand écart »

Après vos EP, très orientés indus / cold wave, l'album Mémoires vives semble marquer une ouverture esthétique, comme si vous passiez, à l'image des pochettes de vos disques, du noir et blanc à la couleur. Avez-vous profité du long format et de l'expérience accumulée pour vous affranchir de votre image et de votre marque sonore initiale ? Benoît David : La seule consigne que l'on s'est donné en faisant cet album, c'est de ne pas se brider. On est quatre à composer, on a bossé de manière très foisonnante, sans trop se poser de questions. Chacun a mis ce qu'il voulait et ça donne un disque d'autant plus ouvert. Sur un LP, on avait une place plus large pour s'exprimer. Sur les EP, on a beaucoup cherché une proposition musicale qui nous satisfassent tous les quatre, c'était peine perdue. Notre groupe était foutu de telle manière qu'il ne fallait pas chercher à harmoniser les choses. Il nous a semblé intéressant de ne pas travailler cet album à partir d'un corpus fermé. Le jeu est de savoir jusqu'où

Continuer à lire

Le feu au lac

MUSIQUES | Festival atypique par sa capacité à conjuguer sur une même programmation exigences artistiques et exigences financières, Musilac impressionne édition après (...)

Nicolas Bros | Mardi 30 juin 2015

Le feu au lac

Festival atypique par sa capacité à conjuguer sur une même programmation exigences artistiques et exigences financières, Musilac impressionne édition après édition. Cette année, aux côtés du spécialiste du combo "marcel, bras en l'air, touche start-stop de platine mp3" (alias Guetta), on retrouvera de belles pointures. En premier lieu Hot Chip et son électro-pop qui ferait danser jusqu'au pachyderme parkinsonien. Les cinq Londoniens possèdent cette force mystique de ne produire que des missiles sonores, armes de retournements massifs de dancefloor. Mais gardez-vous bien de réduire les titres de la "puce chaude" à un simple catalyseur podal. Car, en grattant un peu, on trouve matière à penser. Autre moment d'exception avec le guitariste ter-"riff"-ique et chevelu Slash qui viendra entouré de ses amis Myles Kennedy & The Conspirators pour ce qui s'annonce comme un retour pas piqué des hannetons. Enfin, notons également la présence du dandy cool Baxter Dury, la pop triturée d'Alt-J ou encore l'électro chevaleresque de The Shoes. Du beau linge, rien que du beau linge. NB Musil

Continuer à lire