Les Clochards Célestes annulent leur saison

Théâtre | Ils sont les premiers à Lyon, certainement pas les derniers. À l'instar de ce qu'a fait le Centre Dramatique National de Toulouse en janvier, le théâtre des Clochards Célestes annonce tirer un trait sur le reste de sa saison face à l’incertitude perpétuelle d’une date de réouverture des lieux culturels.

Nadja Pobel | Mercredi 3 février 2021

Photo : Louise Vignaud © Anne Bouillot


Aux Clochards Célestes, 14 spectacles sont reportés à l'an prochain — dont le Subutex, adapté de Virginie Despentes, qui devait clore le calendrier à l'orée de l'été. Tant d'autres depuis septembre avaient déjà dû rester au placard...

« Alors qu'on nous demande de rester en suspens, prêts à ouvrir quand on nous donnera enfin le feu vert, à une date indicible, je fais le choix de reporter intégralement la saison du Théâtre des Clochards Célestes à l'année prochaine. Puisque cette saison est exceptionnelle, assumons-la comme telle. Attendre le mois de mai pour savoir s'il sera possible ou non de jouer en juin, c'est demander aux compagnies programmées de se maintenir dans le qui-vive ; leur proposer d'ores et déjà un report, c'est leur offrir la possibilité de penser l'avenir. Et c'est nous l'offrir aussi » affirme la directrice Louise Vignaud dans un communiqué paru ce mercredi 3 février.

Et c'est probablement là, la plus grande marque de considération due aux spectateurs et spectatrices comme aux artistes, quand l'État continue de naviguer à vue et diffère sans cesse ses annonces à la petite semaine. La crise est exceptionnelle, alors la direction du théâtre labellisé Scènes découvertes et plateforme majeure de la jeune création en région, prend ses responsabilités. Louise Vignaud le peut d'autant plus que sa salle est petite (49 places) et les engagements moins faramineux que dans une grande institution (remboursement des places voire des abonnements, défraiements, coûts de cession…) — mais ce réalisme l'honore.

Ce n'est pas une démission pour autant : « si nos théâtres sont amenés à ouvrir leurs portes avant l'été, nous inventerons. Nous les ouvrirons, ces portes, avec des propositions pensées pour l'occasion, avec conviction, avec bonheur. Mais entre-temps, nous aurons pu continuer à travailler sereinement, à nous projeter, et à protéger les jeunes artistes que nous accompagnons, ces jeunes artistes très talentueux, mais trop précaires pour qu'on se permette de les fragiliser encore plus » poursuit-elle avant d'inviter à les suivre sur Facebook, Instagram ou même en jetant « un coup d'œil par la vitre en passant devant le théâtre » pour savoir ce qui s'y trame. « Nous vous raconterons les répétitions et vous donnerons des nouvelles de nos artistes au travail. Nous restons éveillés, tels des sentinelles aux aguets. La tempête continue, mais n'aura pas le dernier mot ! » conclue-t-elle.

Puisqu'elle rappelait en préambule qu' « une programmation, c'est un cheminement. Un voyage que l'on propose au spectateur tout au long d'une année, voyage au cours duquel il pourra rire, pleurer, réfléchir, partir loin ou scruter son quotidien. Pour ma part, je conçois toujours une programmation en rêvant à un spectateur vorace qui viendrait tout voir : il ne faudrait ni l'ennuyer, ni le lasser, mais le surprendre et l'éveiller. Une programmation tronquée perd son sens. »

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Au lendemain de sa première aux Célestins, on croit Louise Vignaud soulagée. Erreur. « Non, ce n'est que le début » dit-elle sans se départir de ce sourire qu'elle a continuellement vissé aux lèvres. « Il y a encore tellement de choses à faire ! » Son Tailleur pour dames était pourtant parfaitement au point dès de sa première représentation, en ce jeudi 18 janvier. La réponse de la jeune femme de 28 ans dit l’exigence qu'elle a chevillé au corps, traduit un parcours sans faute dans ce milieu du théâtre qui la berce depuis son enfance. Flash-back. Elle est née à Paris de parents architectes. C'est sa grand-mère, prof' de lettres à la retraite, qui l'emmène avec ses cousins le mercredi et le dimanche, voir les Molière, Racine ou les Fables de La Fontaine à la Comédie française. Mais le choc, c'est sa mère qui lui fait ressentir en lui faisant découvrir la Phèdre de Chéreau, aux Ateliers-Berthier. C'était en 2003. Très tôt donc, le théâtre infuse dans son existence ; lors des rassemblements de famille, les enfants pour s'occuper sont incités à monter une pièce. Elle a

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