Festival drôle, drôle de contexte

CONNAITRE | Le Festival des Arts Burlesques revient du 19 au 25 février. Bien loin d’être mort de rire, son directeur Michel Maziotta s’inquiète souvent de ses finances et le dit à travers un message qu’il essaye de faire passer chaque année aux financeurs publics. Cependant, malgré ces inquiétudes, il semble que le festival ne perde rien de sa capacité à révéler des talents et qu’il remplisse parfaitement sa mission de médiation.

Marc Chassaubene | Lundi 30 janvier 2012

Pas facile de faire le tri, entre une MJC qui programme un festival complet d'humour, des stars du rire programmées dans des petites salles et qui pourraient largement remplir un Zénith, des ateliers pour les enfants, un défilé burlesques, et des finances qui manquent, mais pour quoi faire ? Michel Maziotta se propose aujourd'hui d'éclaircir le message et la finalité de son projet. Premier point, et pas des moindre : «On n'est pas une MJC, on n'est pas seulement une maison d'activité». Le directeur du festival défend par cette déclaration un changement de statut de l'ancienne MJC Beaulieu, devenue «Nouveau Théâtre Beaulieu» il y a quelques mois. Pour lui rien n'est plus clair que la démarche d'une structure devenue centre culturel à part entière. «Nous révélons les artistes de demain», voilà le leitmotiv de ce Nouveau Théâtre. Pour y parvenir, Michel Maziotta défend la nécessité d'utiliser le soutien de marraines et parrains comme Anne Roumanoff qui suit le festival depuis des années, et qui profite de ses spectacles pour jouer les mentors et présenter ses «chéris». Des têtes d'affiche donc, qui servent une cause juste, celle qui consiste à mettre en avant des humoristes émergents, et surtout des artistes burlesques qui n'auraient pas leur place dans une programmation humoristique habituelle. «Notre priorité c'est évidemment les révélations burlesques, nous avons plus de mille demandes par an, il faut bien prendre conscience que nous restons fidèle à notre objectif.» Deuxième axe important pour Michel Maziotta : le défilé burlesque, en lien avec la ville et le carnaval. L'objectif est d'imprégner la ville d'un esprit burlesque aujourd'hui disparu. Pour l'expliquer, Michel Maziotta aime citer Claude Lelouch : «Aujourd'hui on ne pleure plus, on pleurniche. On ne rit plus, on ricane». Cette tiédeur est pour le directeur un fléau que seul les artistes burlesques savent combattre. 

Pas tous égaux ?

Si le festival est cependant en danger selon lui, c'est à cause des disparités de financement, qui peuvent varier de manière surprenante selon les festivals en ce qui concerne les soutiens de la région, ou de Saint-Étienne métropole. Pour Michel Maziotta, il semblerait que le rôle du festival et son impact sur la région de Saint-Étienne sont minimisés aux yeux des financeurs. Pour lui, même si le Nouveau Théâtre Beaulieu parvient à tenir son festival debout depuis neuf éditions, un problème de motivation risque de plomber l'équipe organisatrice à long terme. «Nous ne sommes pas financés du tout pour notre mission culturelle, uniquement pour notre mission de médiation. Nous choisissons de programmer des artistes qui ont décidé de respecter leur public, et de ne pas éxiger des cachets de 20.000 euros. Cette démarche n'est pas reconnue et c'est difficilement compréhensible. Nous avons choisi de refuser de gaspiller l'argent public en programmant des artistes qui ne souhaitent se produire qu'au Zénith, comme Florence Foresti, simplement parce que ça ne correspond pas à l'esprit du festival.» Michel Maziotta annonce un autofinancement de 35% tout en précisant qu'il pourrait facilement augmenter le nombre d'entrées, mais au détriment de la qualité du spectacle et du rapport du public avec l'artiste. La question soulevée peut surprendre mais a le mérite d'être franche : «Est-ce qu'on est dix fois plus mauvais que le Rhino Jazz(s) ? Certains financement ne correspondent à aucune réalité». La réponse se trouve selon lui dans un problème de perception et d'image du festival.

Vive les bénévoles et les artistes

L'inquiétude réside donc dans l'érosion possible du tissu de bénévoles qui enveloppe le festival. C'est peut-être un problème de reconnaissance qui transparaît à travers ces inquiétudes financières. Le directeur a largement insisté cette année sur l'importance de l'implication bénévole qui porte le festival, et qui pourtant est souvent confrontée à des barrières de législation. On n'essayera de ne pas en oublier pour autant les artistes, puisque de belles découvertes seront à faire au cours de cette semaine de rire, avec notamment Pascal Rousseau, qui mêle théâtre et cirque moderne. À ne pas manquer également Milo et Olivia dans leurs acrobaties, Krissie Illing, Biyouna et Thomas & Lorenzo.

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Du rire au quotidien

Humour | Nora Hamzawi est de passage à Saint-Etienne le 1er mars au Centre des Congrès. Une occasion unique de plonger dans la vie pas-si-ordinaire d'une trentenaire parisienne. Pour le fun !

Aurélien Martinez | Mardi 11 février 2020

Du rire au quotidien

L’humour sur les petites et grandes péripéties de la vie courante, ça n’est pas forcément très original (combien, dans les spectacles des comiques stars, de sketchs interchangeables sur, au pif, la fidélité ou le dernier gadget technologique à la mode ?), pourtant ça marche. Et ça peut même avoir une certaine saveur quand c’est bien fait, notamment lorsqu’est présent un recul complice qui montre que oui, la personne en face de nous sait qu’elle va sur un terrain maintes fois labouré, mais avec un décalage qui donne du sel à son propos… Le nouveau spectacle de Nora Hamzawi est ainsi dans le plus pur style de ce qui fait la force et le succès de celle qui est également chroniqueuse télé ou encore actrice ciné : un regard acéré, parfois tendre, parfois plus acerbe, sur sa vie de trentenaire parisienne. Car si elle nous fait rire des autres (de nous, donc), Nora Hamzawi rit surtout d’elle-même, ce qui évite le spectacle simplement moqueur sur toutes les catégories possibles d’êtres humains – les bobos, les adeptes des réseaux sociaux, les jeunes parents… Une force décuplée par une exécution au cordeau (quel sens du rythme, qui place la comédienne

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Portrait | Ancien directeur de la MJC Beaulieu, actuel programmateur du festival des Arts Burlesques et meneur de multitudes de projets, Farid Bouabdellah est un engagé sans rage, un cultureux sans costume, un homme sans entrave. Itinéraire de cet enfant de la République qui jamais, ne s’arrête de réfléchir.

Cerise Rochet | Mercredi 5 février 2020

Farid Bouabdellah, sans complexe

Il nous aura fallu 2h30 découpées en deux rendez-vous avec Farid Bouabdellah, pour balayer son parcours. Trouver un créneau dans son agenda bien rempli, puis l’écouter chercher les mots exacts, leur donner le bon sens, digresser, revenir, repartir… Éloquent, l’homme est du genre à se laisser aller à la discussion avec voracité, quittant bien volontiers le terrain de sa propre histoire pour grimper à hauteur d’idées, de mise en perspective et de théories. Né à Firminy en 1972, Farid a trempé dans la culture dès son plus jeune âge, faisant le grand écart entre ce qu’il regardait à la télé et le Concert des potes, l’institutionnalisé et le bouillonnement populaire. Curieux, attentif, il observe le monde, le pense et tente de le comprendre, forme sa conscience grâce à ce qu’il voit et à ce qu’il entend. « J’ai eu la chance d’avoir des grands frères avec lesquels je regardais La Dernière séance, L’Heure de Vérité, ce genre de programmes. Ils m’ont permis de m’éveiller, ils m’ont rendu curieux. Et puis, il y a eu ces premiers concerts de SOS Racisme, avec lesquels la culture pouvait être un vecteur de solidarité et d’égalité. À partir de ce mom

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Nicolas Bros | Mardi 12 septembre 2017

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En 2018, le festival des Arts Burlesques, rassemblement autour de l'humour, soufflera sa quinzième bougie avec pour toile de fond le souvenir de l'incendie qui a détruit son lieu emblématique, le Nouveau Théâtre de Beaulieu. Toujours est-il que le festival aura bien lieu, notamment au Centre des Congrès ou à la salle Jeanne d'Arc, en attendant du nouveau du côté de la réfection du NTB. Plusieurs noms ont été dévoilés parmi lesquels se trouvent : Camille Lellouche, Artus, Haroun, Nora Hamzawi, Amelle Chahbi, Antonia, Pierre-Emmanuel Barré, Monsieur Fraize, la Canadienne Suggar Sammy, le Belge Guilermo Guiz, François-Xavier Demaison, Caroline Vigneaux, Mathieu Madenian, Biyouna, Dany Mauro, Oldelaf et Alain Berthier, les Acrostiches... Mais aussi des locaux tels que Mathieu Schalk, Faris Chameckh ou Sanaka. Le festival se déroulera du 15 au 24 février 2018.

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Alain Koenig | Vendredi 15 janvier 2016

La prise de la pastille

Si les opéras traduits en français de l'Opéra-Comique vous font toujours hoqueter de rage, si un concerto de Bach joué sur piano moderne vous donne un bouton de fièvre, si l'irrévérence à l'égard des « espagnolades » de Bizet vous rend intolérant au gluten, alors fuyez ! De cette Garonne frondeuse, inondant de son humour vernaculaire les cités du Sud Ouest, ces toulousains ont su exporter cette «pointe d'ail» iconoclaste qui convient finalement si bien à l'Art Lyrique. Un peu de recul donc, messieurs (et mesdames!) les puristes, abonnés du parterre de l'Opéra Bastille, car c'est à l'Opéra-Pastille qu'ils vous convient. Et cette pastille-là n'est pas fabriquée dans les eaux mollement gazéifiées des curistes de Vichy ! Non, ici tout déraille, tout dérape. Rien ne se perd non plus, tout se recycle. Le « O Fortuna » de Carmina Burana échoue chez Michael Jackson dans le parc de Neverland, les aventures d'Aïda et Radamès, débarquent d'Egypte sur Ryanair dans une interprétation surréaliste -et on ne parle pas des costumes-, se définissant comme «acide lyrique». Vous serez donc vertement tancés si l'on vous y prend à ronchonner, bougonner, lever les yeux au ciel. Le diagnostic

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