Un beau dimanche

ECRANS | De Nicole Garcia (Fr, 1h35) avec Pierre Rochefort, Louise Bourgoin, Déborah François…

Christophe Chabert | Mardi 4 février 2014

On connaît désormais si bien le cinéma de Nicole Garcia, et on l'apprécie si peu, que chaque film vient consolider une œuvre dont la cohérence est aussi indéniable que l'absence d'intérêt. Sans surprise, Un beau dimanche regorge de plans où les personnages se figent, le regard pénétré, absorbés par leur tourment, et de dialogues signifiants et sentencieux, psychologisme souligné au feutre noir.

Le film repose en partie sur les épaules de Pierre Rochefort, qui doit composer un personnage corseté par cette introversion forcée et une forme de passivité face au monde guère pratique pour discerner ses qualités de comédien. Dans un paradoxe qui rendrait presque l'ensemble mystérieux, on nous raconte comment un homme décide de refuser l'héritage familial, alors que Garcia cherche à offrir son premier grand rôle à l'écran à son propre fils… Cette curiosité ne tient pas longtemps, emportée par un dernier acte où la lutte des classes se résume à un empilement de clichés gênants — la haute bourgeoisie réduite à de grandes demeures, des parties de tennis et des pulls noués autour des épaules.

Au milieu de ce film congelé, Louise Bourgoin apporte une rafraîchissante et salutaire vitalité ; toujours dans l'action, formidable de vérité, elle livre ici sa première grande performance de comédienne, révélant enfin ce que ses rôles précédents ne laissaient qu'entrevoir.

Christophe Chabert


Un beau dimanche

De Nicole Garcia (Fr, 1h35) avec Louise Bourgoin, Pierre Rochefort...

De Nicole Garcia (Fr, 1h35) avec Louise Bourgoin, Pierre Rochefort...

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Baptiste est instituteur dans le sud de la France. Lors du week-end de la Pentecôte, il hérite malgré lui d'un élève oublié par un père négligent. Sandra, mère intermittente et désireuse de se racheter accueille son fils et Baptiste dans un bungalow près de la plage.


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"L'Autre continent" : Maria, pour mémoire

ECRANS | De Romain Cogitore (Fr.-Taï, 1h30) avec Déborah François, Paul Hamy, Daniel Martin…

Vincent Raymond | Mardi 4 juin 2019

Polyamoureuse, Maria s’est exilée à Taïwan pour devenir guide-interprète (en flamand). Sur place, elle flashe sur Olivier, un polyglotte compulsif… mais sentimentalement timoré. Après quelques mois de bonheur fou, Olivier se sent mal et un cancer du sang le plonge dans un coma profond… Les énièmes remous aigres de “l’affaire Vincent Lambert” précèdent d’une bien triste manière la sortie de ce très audacieux mélo expérimental. Car il serait des plus malséants de prendre appui sur ce film (lui même inspiré d’un authentique cas clinique) pour donner du grain à moudre aux partisans de l’acharnement thérapeutique : comparaison n’est jamais raison, et les dossiers médicaux n’ont rien à voir. En outre, si l’on est honnête, Cogitore ne s'intéresse pas au “miracle médical” d’une guérison, mais plutôt à l’apprentissage d’un deuil amoureux. Et surtout, il se saisit de la matière cinématographique comme d’une chance pour transcender son récit — c’est une constante, visiblement, dans la prolifique famille Cogitore. L’Autre continent revêt donc successivement les atou

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"Celle que vous croyez" : Le cœur a ses réseaux (sociaux)…

ECRANS | Sous une identité d’emprunt, une quinquagénaire délaissée noue une liaison grâce à Internet avec un vingtenaire, retardant sans cesse le moment de la rencontre. Une trouble romance à distance magnifiquement interprétée par Juliette Binoche et François Civil.

Vincent Raymond | Mercredi 27 février 2019

Son jeune amant l’ayant quittée sans élégance, Claire tente de se rapprocher de lui en se liant sur Facebook avec Alex, son colocataire. Entre Alex et Clara, l’alias de 24 ans que la quinquagénaire s’est créée, va naître une relation érotique d’autant plus trouble qu’elle reste virtuelle et aveugle… Adapté d’un roman de Camille Laurens, Celle que vous croyez n’est justement pas ce que l’on pourrait croire — à savoir un thriller érotique, ni une fable sur la digitalisation des relations humaines. Portant sur la solitude et la peur de l’abandon, ce film se révèle également un exercice de style autour du récit, dans ses différents niveaux d’imbrication (avec peut-être un rebondissement final en trop) et l’incertitude de son authenticité : en effet, l’histoire est recomposée à partir du discours partiel de Claire à sa psy — aux omissions et travestissements de la vérité près — et se trouve amendée par un roman offrant une version alternative de la réalité. Tout est paroles, faux-semblants, mensonges et fantasmes dans ce qui résonne comme la version contemporaine d’un échange épistolair

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François Civil : « Une voix, ça nourrit l’imaginaire »

Celle que vous croyez | Déjà impressionnant dans "Le Chant du loup", François Civil poursuit sa démonstration en jouant la victime d’une séduction aveugle ourdie par Juliette Binoche dans Celle que vous croyez de Safy Nebbou. Entretien décontracté.

Vincent Raymond | Mercredi 27 février 2019

François Civil : « Une voix, ça nourrit l’imaginaire »

Vous étiez “Oreille d’or“ dans Le Chant du loup. Ici, votre personnage joue plutôt de sa voix et de ses yeux, puisqu’il est photographe… FC : (rires) Je ne m’en étais pas rendu compte ! Le début de ma carrière est un parcours des sens : dans Mon Inconnue qui sort bientôt, ce sera le toucher, puisque je serai écrivain. Peut-être être que je serai nez dans le prochain ? Vous l’étiez déjà un peu dans Ce qui nous lie de Klapisch Ah voilà : c’était le nez et le goût. Bon, ben ma carrière est bientôt finie (rires) Cela ne vous a pas freiné de n’avoir ici qu’une petite présence à l’écran ? Tout au contraire ! En lisant, je me disais « ce n’est qu’une voix pour l’instant », et je trouvais ça super excitant d’aborder le personnage comme cela. Un acteur, c’est un corps et une voix. Généralement, on incarne le personnage en premier ; là, c’était d’abord des pixe

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"L'un dans l'autre" : J’aurai ta peau !

ECRANS | de Bruno Chiche (Fr., 1h25) avec Louise Bourgoin, Stéphane De Groodt, Pierre-François Martin-Laval…

Vincent Raymond | Mercredi 20 septembre 2017

Amants, Pierre et Pénélope sont mariés chacun de leur côté. Enfin, pas Pénélope, qui va épouser Éric, l’ami et collègue de Pierre. Ce dernier le prend mal mais obtient un ultime rendez-vous, à l’issue duquel, tada ! chacun se retrouve dans le corps de l’autre. Définitivement. De Blake Edwards à Audrey Dana (…), la liste des réalisat·eurs·rices désireux de tâter du body swap ne cesse s’allonger. En général, c’est pour le plaisir de se frotter à un ressort comique bien particulier : faire en sorte que la dame découvre (puis joue avec) ses bijoux de famille masculins — et réciproquement. Une fois qu’on a réglé la chose, comment occuper les 1h15 restantes ? Facile : il suffit de coller du bourgeois néo-defunèsien, des portes qui claquent, des décors de studio, de l’homosexualité honteuse comme dans les années 60 (de quel siècle ?) et un p’tit drame intime de société “concernant” en forme de désir d’adoption. On éprouve une peine sincère pour Stéphane De Groodt, qui a accumulé les films ces derniers mois, mais pas franchement les réussites. Savoir écrire et savoir lire (un scénario) sont deux talents b

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Les Chevaliers blancs

ECRANS | S’inspirant de l’affaire de l’Arche de Zoé, Joachim Lafosse confie à un Vincent Lindon vibrant un rôle d’humanitaire exalté prêt à tout pour exfiltrer des orphelins africains. L’année 2016 pourrait bien être aussi faste que la précédente pour le comédien récompensé à Cannes avec “La Loi du marché”.

Vincent Raymond | Mardi 19 janvier 2016

Les Chevaliers blancs

Qu’il situe ses histoires dans le cadre intime d’une famille en train de se disloquer (Nue Propriété, À perdre la raison) ou, comme ici, au sein d’un groupe gagné par le doute et miné par les tensions, Joachim Lafosse suit film après film des schémas psychologiques comparables : il décrit des relations excessives, où un dominateur abusif exerce une subjugation dévastatrice sur son entourage. Cette figure charismatique n’est pas toujours animée dès le début d’intentions malveillantes : ainsi, le personnage que joue Lindon dans Les Chevaliers blancs est mû par une mission humanitaire qu’il considère comme supérieure à toute autre considération, toute contingence, y compris la sécurité des membres de son équipe. La poursuite orgueilleuse de son idéal va le faire glisser dans une spirale perverse. Hors de tout manichéisme, Lafosse ne réduit pas ce mentor déviant aux seuls effets de sa malignité : sans chercher à

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Je suis un soldat

ECRANS | De Laurent Larivière (Fr-Be, 1h37) avec Louise Bourgoin, Jean-Hugues Anglade, Anne Benoît…

Vincent Raymond | Mardi 17 novembre 2015

Je suis un soldat

Depuis son interprétation de mère supérieure âpre dans La Religieuse de Guillaume Nicloux, Louise Bourgoin se serait-elle transfigurée ? Sans doute est-elle aujourd’hui plus mûre pour des rôles et un jeu plus consistants, tel celui qu’elle campe dans Je suis un soldat. Victime de la crise, cette trentenaire redevient petite fille en étant hébergée par sa mère et devant travailler dans le chenil de son trafiquant d’oncle — Anglade, surprenant d’ambiguïté malfaisante et de dangerosité. Mais on assiste à son émancipation progressive ; comme si son individualité, en veilleuse, reprenait le flambeau. Cette reconstruction, Laurent Larivière la filme avec une grande justesse, dans un cadre socialement ravagé : la région de Roubaix. Ajoutons que Laurent Capelutto refait, après Je suis à vous tout de suite, une apparition nu comme un ver (rares sont les acteurs à avoir ce courage et cette constance), et que le final est beau comme du Marcel Duchamp.

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Gare du Nord

ECRANS | Claire Simon tente une radiographie à la fois sociologique et romanesque de la gare du nord avec ce film choral qui mélange documentaire et fiction. Hélas, ni le dialogue trop écrit, ni les récits inventés ne sont à la hauteur de la parole réelle et des vies rencontrées… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 4 septembre 2013

Gare du Nord

Pensant probablement le naturalisme en bout de course pour raconter le monde contemporain, deux réalisatrices tentent en cette rentrée de faire se croiser réalité documentaire et fiction intime. Si Justine Triet avec sa Bataille de Solférino s’en tire grâce à l’élan vital débraillé qui irrigue sa fiction, le dispositif de Gare du Nord échoue à hisser le romanesque à la hauteur de la réalité. Il y a d’abord un prétexte très artificiel véhiculé par le personnage de Reda Kateb, étudiant en sociologie faisant une thèse sur la gare du Nord comme «place du village global», justification scénaristique facile pour le montrer abordant commerçants et usagers. Ensuite, la structure chorale du film, avec ses trois histoires entremêlées — une femme malade tombe amoureuse d’un homme plus jeune qu’elle, un père cherche sa fille fugueuse, une agent immobilière ne supporte pas d’être séparée de son mari et de ses enfants — paraît là aussi dictée par une intention trop appuyée, celle de faire se croiser dans un microcosme à la fois unique et globalisé des destins singuliers. Que Claire Simon ait recours à un procédé devenu éculé pour souligner une idée déjà mart

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Tirez la langue, mademoiselle

ECRANS | D’Axelle Ropert (Fr, 1h42) avec Louise Bourgoin, Laurent Stocker, Cédric Kahn…

Christophe Chabert | Mercredi 4 septembre 2013

Tirez la langue, mademoiselle

Critique de cinéma et scénariste des films de Serge Bozon (dont l’exécrable Tip Top, en salles dans deux semaines), Axelle Ropert signe ici son deuxième long métrage après La Famille Wolberg et confirme son projet de cinéaste : refaire les films qu’elle aime en leur enlevant tout ce qui pourrait faire spectacle, comme si les originaux avaient ingurgité un tube de lexomil. Après La Famille Tenenbaum, c’est Faux semblants de Cronenberg qui est ici lointainement remaké, puisqu’on y retrouve deux frères médecins dont la relation à la fois fusionnelle et complémentaire va être fragilisée lorsqu’ils tombent amoureux de la même femme. Plutôt que de jouer la carte de la tragédie, Ropert s’en tient donc à un recto-tono émotionnel, sans cris, larmes, rires ou effusions d’aucune sorte. Le film semble avancer sur une ligne droite d’où il ne doit absolument jamais dévier, entraînant tout (dialogues, séquences, jeu des acteurs) vers une platitude absolue. Ce qui, pour la réalisatrice, est sans doute une preuve de radicalité, apparaît en fin de compte, à l’inverse, comme le plus ordinaire du cinéma téléfilmé français ! Christophe Chab

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La Religieuse

ECRANS | De Guillaume Nicloux (Fr, 1h54) avec Pauline Étienne, Louise Bourgoin, Isabelle Huppert…

Christophe Chabert | Mardi 19 mars 2013

La Religieuse

Pour avoir beaucoup défendu Guillaume Nicloux dans ces colonnes, on sait aussi à quel point les échecs répétés (et souvent injustes) de ses films dans les salles l’ont rendu amer et méfiant. Cette nouvelle adaptation de La Religieuse montre en effet un cinéaste qui, sans mauvais jeu de mots, ne sait plus à quel saint se vouer pour séduire le public, et lorgne ouvertement vers le triomphe de Des hommes et des dieux. Comment expliquer autrement sa quasi-démission dans la mise en scène, qui confond austérité et académisme, à la lisière du téléfilm, embourbée dans l’uniforme grisaille des murs et des habits sacerdotaux, les chuchotements du cloître et le recto tono de la voix off ? Le problème, c’est que si Beauvois affichait une empathie (contestable) pour ses moines, Nicloux doit faire avec l’anticléricalisme du roman de Diderot, qu’il tente de désamorcer jusqu’au contresens. Il faut attendre l’arrivée d’Isabelle Huppert, d’une surprenante drôlerie, pour qu’un peu de folie entre dans le film. Trop tard, car l’encéphalogramme plat de sa trop longue première parti

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Tu honoreras ta mère et ta mère

ECRANS | De Brigitte Roüan (Fr, 1h32) avec Nicole Garcia, Éric Caravaca, Gaspard Ulliel, Emmanuelle Riva…

Christophe Chabert | Mardi 5 février 2013

Tu honoreras ta mère et ta mère

À l’image de Nous York, Tu honoreras ta mère et ta mère ressemble à un film de vacances, dans tous les sens du terme. Vacances des protagonistes, venus en Grèce participer à un festival finalement annulé pour cause de crise économique, et du coup réduits à des chamailleries familiales où la mère (Nicole Garcia) devient le centre de toutes les névroses ; mais aussi vacances du scénario, dont on attend sans succès qu’il fasse apparaître un quelconque enjeu dramatique. Le film ne joue donc que sur l’accumulation, à commencer par celle des personnages, innombrables et dont on survole les caractères sans jamais les approfondir. Cette superficialité se retrouve aussi dans des allusions à l’actualité sans conséquence — de la Syrie à l’influence néfaste du FMI — ou les références brouillonnes à la tragédie grecque. Le film avance en roue libre, amenant des péripéties qu’il règle dans la minute suivante, des conflits qu’il oublie en cours de route. Du coup, quand le film s’achève, on a le sentiment qu’il n’a même pas commencé. Christophe Chabert

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Populaire

ECRANS | De Régis Roinsard (Fr, 1h51) avec Romain Duris, Déborah François…

Christophe Chabert | Mardi 27 novembre 2012

Populaire

Les Petits mouchoirs, Polisse, Radiostars et maintenant Populaire : il faut vraiment être aveugle pour ne pas voir le projet du producteur Alain Attal, projet qui dépasse la personnalité des réalisateurs qui signent ces films. Les Petits mouchoirs faisaient pleurer sur les malheurs des bourgeois parisiens friqués en vacances, Polisse vantait le courage et la sensibilité des flics contre le peuple et les élites, Radiostars exaltait l’amitié masculine et le succès en ridiculisant la province et les petites gens. Populaire, jusque dans son titre, est comme un point d’orgue à cette démarche lourdement idéologique. Il s’agit ici de montrer comme c’était bien, les années 50, cette époque bénie où les femmes obéissaient docilement à leur patron, parfois même tombaient dans leur bras, et où elles savaient montrer leur détermination pour travailler dur à devenir secrétaire. Régis Roinsard leur invente une belle récompense : une grande compétition mondiale de sténo-dactylo qu’il filme en faisant tourner sa caméra plus vite que celle de Lelouch. On croit rêver devant tant de nostalgie frelatée, que ce soit dans la reco

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