Le Caire Confidentiel : Morte sur le Nil

ECRANS | de Tarik Saleh (Sue.-All.-Dan., 1h50) avec Fares Fares, Mari Malek, Yasser Ali Maher… (5 juillet)

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

Photo : © Memento Distribution


2011. Flic corrompu (à l'instar de ses collègues), l'inspecteur Nourredine enquête sur le meurtre d'une chanteuse dans un hôtel de luxe du Caire. Découvrant l'influence probable de l'entourage du président Moubarak, il prend ses distances avec sa hiérarchie, alors que la révolte gronde…

Difficile pour un public occidental de s'attacher au héros : l'enquêteur est présenté comme dénué du moindre scrupules, volontiers violent et surtout d'une vénalité avide. En cela, il est une pure incarnation d'un État vicié au plus profond de sa moelle, ayant intégré — institutionnalisé — le principe du bakchich, pratiquant une justice de complaisance avec autorité pour le commun et servilité pour les puissants. Choisissant d'aller le sens de l'Histoire plutôt celui de ses intérêts, Nourredine se retrouve ainsi en porte-à-faux entre ses collègues et la rue : il se rachète une conscience mais gagne une dangereuse solitude.

Eau-forte d'une ville, d'un pays, au seuil du renversement, Le Caire Confidentiel montre l'état d'un État ténébreux et à l'agonie, où chaque pourri trouve son superlatif. Mais il porte aussi en lui un fragile germe d'espoir dans ses ultimes secondes : lorsque la rue fait entendre sa voix dissonante.


Le Caire confidentiel

De Tarik Saleh (Sue-All-Dan, 1h50) avec Fares Fares, Mari Malek...

De Tarik Saleh (Sue-All-Dan, 1h50) avec Fares Fares, Mari Malek...

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Le Caire, janvier 2011, quelques jours avant le début de la révolution. Une jeune chanteuse est assassinée dans une chambre d’un des grands hôtels de la ville. Noureddine, inspecteur revêche chargé de l’enquête, réalise au fil de ses investigations que les coupables pourraient bien être liés à la garde rapprochée du président Moubarak.


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Les derniers jours d'une ville : Le Caire, traits confidentiels

ECRANS | de Tamer El Said (Fr., 1h19) Khalid Abdalla, Hanan Youssef, Bassem Fayad…

Vincent Raymond | Mercredi 28 juin 2017

Les derniers jours d'une ville : Le Caire, traits confidentiels

Khalid est cairote, cinéaste, séparé de sa copine et en recherche d’un appartement. Chacune de ces caractéristiques correspond à une petite apocalypse en cette année fatidique 2009, dans une ville qui commence à mugir, puis rugir contre le pouvoir en place. Drôle d’objet que cette chronique dont on ne saurait dire s’il s’agit d’un documentaire arrangé ou d’une pure fiction, parce qu’il donne à percevoir avec acuité et naturel plusieurs visages du quotidien du Caire. Elle a l’incommensurable atout d’être signée par un amoureux fou de sa ville autant que Woody Allen peut l’être de New York ou Moretti de Rome. Pour autant, Khalid n’est pas un autarcique : à son journal intime, il greffe des pages empruntées à ses confrères moyen-orientaux ou arabes vivant dans leur pays des frémissements comparables ou de pires soubresauts. Ce mélange entre insignifiant, semi-impudique, personnel et collectif, scandé par des tranches d’Histoire dramatique confère une incroyable tonalité réaliste. Et fait que le film “prend” — aux tripes, et comme du ciment peut prendre. À compléter la semaine procha

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