"Makala" : Au charbon !

ECRANS | de Emmanuel Gras (Fr., 1h36) avec Kabwita Kasongo, Lydie Kasongo…

Vincent Raymond | Mercredi 6 décembre 2017

Photo : ©Batysphère productions


Kabwita bâtit sa maison. Afin d'acheter les tôles destinées à recouvrir le toit, il entreprend de fabriquer du charbon qu'il ira vendre sur le marché de Kowelzi. Alors s'engage un très long processus : coupe du bois, calcination, acheminement “à dos d'homme” et cycle de lourds sacs…

Dûment récompensé par le Prix de la Critique sur la Croisette, ce film oscille — sans avoir vocation à trancher, d'ailleurs — entre documentaire et fiction ; flirte parfois avec le suspense pour s'achever par une envolée mystique. Captivant par sa pure élégance formelle, avec ses plans enveloppants (voire caressants), Makala est un film quasi marxiste, dans la mesure où il matérialise toutes les étapes de la production d'un — très exigu — capital, conquis par un forçat de la terre. Emmanuel Gras saisit du labeur l'abrutissante mécanique hypnotique, l'ingratitude de la rétribution, comme il montre l'aisance des intermédiaires ou le racket ordinaire opéré par les forces de l'ordre.

D'aucuns pourraient se gausser devant la croisade dérisoire de Kabwita, arguant qu'il ne se passe pas grand chose. Bien au contraire : on assiste ici à un récit épique ; celui d'un Sisyphe contemporain déplaçant des montagnes. La musique de Gaspar Claus ne manque pas de manifester toute sa gravité respectueuxe pour ce héros si discret.


Makala

De Emmanuel Gras (Fr, 1h36) avec Kabwita Kasongo, Lydie Kasongo...

De Emmanuel Gras (Fr, 1h36) avec Kabwita Kasongo, Lydie Kasongo...

voir la fiche du film


Au Congo, un jeune villageois espère offrir un avenir meilleur à sa famille. Il a comme ressources ses bras, la brousse environnante et une volonté tenace. Parti sur des routes dangereuses et épuisantes pour vendre le fruit de son travail, il découvrira la valeur de son effort et le prix de ses rêves.


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

"Sauvage" : Léo Love Caniveau

Drame | de Camille Vidal-Naquet (Fr., 1h39) avec Félix Maritaud, Eric Bernard, Philippe Ohrel…

Vincent Raymond | Mercredi 5 septembre 2018

Pour se fournir sa came quotidienne, Léo se vend ici ou là à des hommes, traînant son corps délabré de SDF sur les pavés parisiens. Des occasions de s’en sortir se présentent à lui parfois, mais il préfère vivre dans l’instant présent, l’adrénaline du fix et la sueur des corps incertains… Venir après Van Sant, après Téchiné, après Chéreau, après Genet, enfin après tout le monde en somme, dans la contre-allée de la représentation des éphèbes clochardisés vendant leur corps contre au mieux une bouffée de drogue, c’est déjà risqué. Mais ensuite tomber dans le maniérisme esthétique du pseudo pris sur le vif (avec coups de zooms en veux-tu, en voilà, rattrapage de point), dérouler les clichés comme on enfile des perles (boîtes gays nids à vieux fortunés, musicien vicieux rôdant tel le vautour…) pour nous conduire à cette fin prévisible comme si elle avait été claironnée… Était-ce bien nécessaire ? L’ultime plan, en tant qu’évocation indirecte de Verlaine, a plus d’intérêt, de force et de sens que bien des simagrées précédentes. On peut également sauver une ou deux répliques, assez bien troussées — elles.

Continuer à lire

Di-Meh le feu au Lac

Rap suisse | Genève, ville aussi calme que la surface de son lac Léman ? Que nenni ! La ville frontalière est aussi un vivier artistique depuis de nombreuses années. (...)

Nicolas Bros | Mercredi 11 avril 2018

Di-Meh le feu au Lac

Genève, ville aussi calme que la surface de son lac Léman ? Que nenni ! La ville frontalière est aussi un vivier artistique depuis de nombreuses années. Prenez l'exemple de la scène rap suisse qui se fait de plus en plus dynamique, à l'instar de sa cousine bruxelloise. La preuve avec des artistes tels que Makala, Slimka mais aussi Di-Meh, tous trois impliqués dans le collectif SUPERWAKCLIQUE, véritable creuset de talents. Le troisième laron du trio est encore un tout jeune rappeur mais il n'arrête pas de monter et n'a pas hésité à mettre le feu au lac. Entre son micro, sa plume et son skate, il s'est exporté grâce au Net et a conquis de nombreux tympans avec son style new-school ultra-efficace. Pour son premier passage stéphanois, l'Helvète se présentera tout d'abord au FIL en première partie de l'incontournable Lomepal puis en after au F2. Di-Meh + Lomepal, vendredi 13 avril au Fil Di-Meh + Izen + Kwilu, vendredi 13 avril dès 23h45

Continuer à lire

Du cœur à l’ouvrage et de la rage au cœur

Panorama cinéma décembre | D’aucun·e·s pense que la trêve des confiseurs enveloppe l’univers entier d’une chape ouatée de bienveillance sucrée. Comme les sapins, ils et elles vont avoir les boules de découvrir à côté des pèrenoëlleries de saison quelques visions du monde des plus piquantes…

Vincent Raymond | Lundi 27 novembre 2017

Du cœur à l’ouvrage et de la rage au cœur

« Il est toujours choquant et blessant de s’arroger le monopole du spectateur. Vous n’avez, Monsieur Lucas, le monopole du spectateur ; vous ne l’avez pas » pourrait-on dire en parodiant Giscard à propos du nouvel épisode de la saga qu’il n’est nul besoin de nommer (13 décembre) puisque chacun en entend parler depuis deux mois déjà, et que nous n’avons pas été autorisés à découvrir. Aussi, laissons-le de côté et focalisons nous plutôt sur d’autres sorties. Tout particulièrement sur ces films emplis de tensions, voire de luttes. À l’Horloge de l’Apocalypse, l’heure n’est de toutes façons pas à la franche rigolade… Au travail ! Qu’il porte bien son titre, Un homme intègre (6 décembre) ! Signée par Mohammad Rasoulof, ayant jadis écopé d’une peine de prison après un film critique à l’égard du régime de son pays, cette œuvre primée à Cannes vaut au cinéaste iranien de se retrouver à nouveau inquiété par les autorités de Téhéran. Il y montre le combat digne de Reza, un éleveur de poissons défendant son bon droit face à une compagnie privée aux mét

Continuer à lire

Hubert Charuel : « Une manière de dire au revoir à la ferme familiale »

LE RÉALISATEUR DE PETIT PAYSAN | Petit Paysan deviendra-t-il grand cinéaste ? C’est bien parti pour Hubert Charuel, qui signe un premier long métrage troublant. Entretien cartes sur étable.

Vincent Raymond | Jeudi 31 août 2017

Hubert Charuel : « Une manière de dire au revoir à la ferme familiale »

De quelle(s) épidémie(s) vous êtes-vous inspiré ? HC La maladie du film est fictive : elle présente plusieurs symptômes de maladies réelles, mais qui se soignent. J’ai grandi pendant la période de vaches folles et de fièvre aphteuse. On était dans cet esprit de paranoïa : l’angoisse de mes parents, de ma familles, des amis aux alentours était totale, personne ne comprenait ce qui se passait. Les vétérinaires ne savaient pas ce qu’était Creutzfeld-Jacob, n’avaient pas les résultats… Ça a vraiment choqué beaucoup de monde. Les abattages, c’est horrible : les gens arrivaient, on tuait tous les animaux, on creusait une fosse au milieu de la ferme, on brûlait les animaux sur place. Un traumatisme pour les éleveurs et les vétérinaires. Certains ne s’en sont pas remis de faire des abattages totaux à la chaîne. D’autres ne s’en pas remis financièrement. Quand on dit à l’éleveur qu’il va toucher des indemnités, c’est plus complexe que ça. Elles viennent parfois un an, deux ans après ou jamais. En attendant, il y a un crédit à rembourser, des emprunts pou

Continuer à lire

"Petit Paysan" : De mal en pis

ECRANS | Un petit éleveur bovin tente de dissimuler l’épidémie qui a gagné son cheptel. Ce faisant, il s’enferre dans des combines et glisse peu à peu dans une autarcie paranoïaque et délirante. Une vacherie de bon premier film à voir d’une traite.

Vincent Raymond | Mardi 22 août 2017

Difficile d’être plus en phase avec l’actualité qu’Hubert Charuel. Au moment où l’on s’interroge sur la pérennité des aides à l’agriculture biologique, et où l’on peine à mesurer les premières conséquences du n-ième scandale agro-industriel, son film nous met le nez dans la bouse d’une réalité alternative : celle des petits paysans. Ceux qui n’ont pas encore succombé, rongés par l’ingratitude de leur métier et les marges arrières de la grande distribution, ni été aspirés par leurs voisins, gros propriétaires fonciers ou de fermes automatisées — on en voit ici. Sans foin ni loi Pierre est un petit paysan à la tête d’un domaine raisonnable — c’est-à-dire qu’il la gère tout seul, mais en lui consacrant tout son temps. Lorsqu'il détecte dans son troupeau des animaux malades d’une mystérieuse fièvre hémorragique, il redoute le pire : l’abattage de la totalité de ses bêtes. La dissimulation lui offre une illusion de répit, mais les conséquences ne font qu’aggraver le problème. Hubert Charuel signe un portrait “empathique” de ce prolétaire rural, a

Continuer à lire

Angélique Ionatos remplacée par Katerina Fotinaki

L'Estival de la Bâtie | En raison de problèmes de santé, la chanteuse grecque Angélique Ionatos, qui devait se produire à L'Estival de la Bâtie le samedi 8 juillet à 20h45, sera remplacée (...)

Nicolas Bros | Mardi 4 juillet 2017

Angélique Ionatos remplacée par Katerina Fotinaki

En raison de problèmes de santé, la chanteuse grecque Angélique Ionatos, qui devait se produire à L'Estival de la Bâtie le samedi 8 juillet à 20h45, sera remplacée par sa compratriote Katerina Fotinaki. Cette dernière sera accompagnée par Gaspar Claus (violoncelle) et Evi Filippou (percussions et marimba). L'horaire, la date et le lieu (Château de la Bâtie d'Urfé) ne changent pas. Katerina Fotinaki Trio, samedi 8 juillet à 20h45, au Château de la Bâtie d'Urfé

Continuer à lire

Ava : Jeune fille en fleur avant l’ombre

ECRANS | Dernier été pour les yeux d’Ava, ado condamnée à la cécité s’affranchissant des interdits ; premiers regards sur le cinéma de Léa Mysius (coscénariste des Fantômes d’Ismaël) avec ce film troublant et troublé, ivre de la séduction solaire de la jeune Noée Abita.

Vincent Raymond | Mercredi 28 juin 2017

Ava : Jeune fille en fleur avant l’ombre

Ava a treize ans, une mère célibataire fantasque, une petite sœur au biberon et une maladie qui va la rendre aveugle à la fin des grandes vacances. Loin de s’apitoyer sur son sort, l’ado profite de ce qui lui reste de vue pour longer les marges avec un jeune gitan qui la fascine… Bonne pioche pour la Semaine de la Critique que ce premier long métrage de Léa Mysius, tout à la fois empli de la vitalité rebelle de la jeunesse et confronté à l’inéluctable d’une disparition précoce. Un poème sensoriel débarrassé d’un ancrage forcené au réalisme, Ava qui s’octroie des parenthèses de folie douce lorsqu’il s’agit d’évoquer le ressenti de la liberté, le frisson de l’incertain. Une révolte métaphorique dans une fuite à la poursuite de la beauté, où la suggestion discrète l’emporte sur la pataude monstration. Garde à vue On sait combien un film peut se trouver transfiguré par son acteur·trice grâce à l’accord intime entre l’interprète et son personnage. Ce que livre ici la débutante Noée Abita tient de la vibration : à l’âge

Continuer à lire

Mars : Non mais ça ne va pas mieux ?

Cinéma | La bagatelle de 88 films s’apprête à fleurir sur les écrans en ce mois de mars — un flot insensé propre à rendre malades les plus chevronnés des spectateurs. Curieusement, la thématique de la pathologie y est très présente. C’est grave, docteur ?

Vincent Raymond | Mercredi 1 mars 2017

Mars : Non mais ça ne va pas mieux ?

À la différence de la semaine des quatre jeudis, les mois à cinq mercredis existent bien. Et pèsent puissamment sur le calendrier cinématographique, soumettant les spectateurs indécis à une torture chronique. Lorsqu’en plus ils traitent de désordres physio- ou psychologiques, cela vous donne l’impression de faire un stage aux urgences. Le summum est atteint avec le très attendu Grave de Julia Ducournau (8 mars) film gore présenté lors la dernière Semaine de la Critique cannoise décrivant le calvaire d’une jeune végétarienne, élève en école vétérinaire de surcroît, se découvrant un goût pour la chair humaine. Cette approche singulière dans le paysage hexagonal — qui lui a d’autorité attiré une audience mondiale, séduite par l’odeur de l’hémoglobine scandaleuse —, se double d’un sens organique du plan, du son et du montage. Manque toutefois encore un peu de substance dans son écriture, souffrant de la maladie du cartésianisme et de court-métragisme résiduel. Julia Ducournau devrait s’en remettre très vite. Tout ça, c’est dans la

Continuer à lire

Pedro Soler & Gaspar Claus pour le prochain PB Live

MUSIQUES | Dialogue empreint de finesse entre un père et son garçon, noué autour du flamenco, la rencontre musicale entre le guitariste Pedro Soler et son fils le (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 18 mai 2016

Pedro Soler & Gaspar Claus pour le prochain PB Live

Dialogue empreint de finesse entre un père et son garçon, noué autour du flamenco, la rencontre musicale entre le guitariste Pedro Soler et son fils le violoncelliste Gaspar Claus tisse avec subtilité et virtuosité des liens entre l’Andalousie et les musiques improvisées : un voyage onirique, pur moment de joie nomade que l'on pourra savourer en PB Live la saison prochaine. Ce sera le mercredi 9 novembre, dans un cadre soigné : le Temple Lanterne, dans le 1er arrondissement de Lyon. Les deux protégés du label Infiné (Bachar Mal-Khalifé, Rone, Clara Moto...) trouveront là un écrin à leur juste mesure pour dévoiler les merveilles de leur dernier album récemment paru, Al Viento, poursuivant ces échanges de cordes familiaux entamés dès 2011 avec Barlande, à l'initiative du fils, alors enregistré à New York.

Continuer à lire