Assemblage

Niko Rodamel | Mardi 5 novembre 2019

Photo : Anne Giffon-Selle © Galerie Tibor de Nagy pour Jess EstateThe art of assemblage © William Seitz


Depuis le 18 septembre et jusqu'au 5 janvier, la quinzième biennale d'art contemporain de Lyon bat son plein sur les 29 000 m² des Usines Fagor, mais aussi dans près de cent cinquante lieux de la région Auvergne-Rhône-Alpes qui entrent en résonance avec la Métropole lyonnaise. Au 14 de la rue Sainte-Catherine à Saint-Etienne, l'Espace 181 - librairie La Ciguë propose avec Art is love is god de découvrir les « assemblagistes ». Précurseurs méconnus de la beat generation. ce réseau informel de poètes et d'artistes est né à la fin des années quarante sur la côte ouest des USA. A San Francisco puis à Los Angeles, Wally Hedrick, Jess, Bruce Conner, George Herms, Wallace Berman, Edward Kienholz, Jay DeFeo ou encore Charles Brittin formaient ainsi un courant éclectique et protéiforme, livrant une exploration critique de la société américaine à travers des installations mêlant peinture, collage et sculpture à base de matériaux récupérés, mais aussi à travers la poésie, le cinéma. Il faudra attendre 1961 pour que le courant prenne une forme plus officielle, avec l'exposition The art of assemblage au MoMA de New-York.

Art is love is god, jusqu'au 30 novembre, Espace 181 - librairie La Ciguë à Saint-Étienne

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"Vivarium" : Restez chez vous…

Enter the VOD | Un jeune couple pris au piège dans une maison-témoin diabolique doit élever jusqu’à l’âge adulte un bébé tyrannique comme tombé du ciel. Une fable de circonstances, entre Le Prisonnier, La Malédiction et le mythe de Sisyphe.

Vincent Raymond | Lundi 22 juin 2020

En quête d’une maison, Gemma et Tom suivent un étrange agent immobilier dans un non moins bizarre lotissement, Yonder, fait de résidences identiques et désert. Prisonniers de ce cadre cauchemardesque, ils seront délivrés (leur promet-on) s’ils élèvent un bébé reçu dans un carton… Voici un le parfait film à regarder sur un divan… et à déconseiller aux tourtereaux en âge de convoler ou de concevoir des projets de descendance ! Riche de ses lectures métaphoriques et psychanalytiques évidentes, ce conte fantastique — qu’on aurait bien vu signé par Ben Weathley —, raconte dans un décor empruntant autant à Magritte qu’à Hopper comment l’enfant prend sa place dans un foyer, excluant l’un des parents (bonjour l’Œdipe !), puis finit par remplacer les deux dans la société en les “tuant“, reproduisant ainsi un cycle immuable… La fable est cruelle, l’illustration aussi brillante que plastiquement réussie dans ce qu’elle donne à voir du monde “suburbien“ idéalisée empli de petites maisons identiques — les “Sam Suffit“ ayant fait florès avec les Trente Glorieuses. Un monde de la standardisation aux couleurs pastel écœurantes à fo

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"Judy" : A Star is Torn

ECRANS | De Rupert Goold (G.-B., 1h58) avec Renée Zellweger, Jessie Buckley, Finn Wittrock…

Vincent Raymond | Mercredi 26 février 2020

1968. Elle a été, mais n’est plus grand chose à Hollywood, qui refuse désormais de l’assurer et l’engager. Alors, pour gagner de quoi vivre avec ses enfants, Judy Garland accepte une série de récitals à Londres. Le triomphe est au rendez-vous, mais ses vieux démons également… Reviendra le jour où des comédien·nes ne seront plus automatiquement primé·es pour avoir campé un personnage ayant existé et/ou surmontant des déboires physiques ou psychiques. En attendant, les biopics narrant parfois avec une empathie douteuse mais une certaine gourmandise voyeuriste la déchéance d’anciennes gloires creusant le fond après l’avoir touché, continueront à faire recette. Si Hollywood n’a pas son pareil pour produire des films dénonçant les agissements passés de ses propres studios, c’est qu’il y gagne : cette sorte de mise en pratique du circuit court et de la valorisation de ses déchets moraux lui permet de troquer sa mauvaise conscience en absolution oscarisée. En témoignant d’un minimum de contrition. Judy est le l’énième variation sur ce thème. Où l’on voit la décatie Judy Garland, vieillarde de 47 ans (comme Edith Piaf), brave maman gay-friendly finir

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Bloody hell

Blues/soul | Après un concert remarqué au Château du Rozier le mois dernier à Feurs, Jessie Lee et ses quatre alchimistes seront de nouveau en terres ligériennes pour mettre (...)

Niko Rodamel | Mercredi 4 décembre 2019

Bloody hell

Après un concert remarqué au Château du Rozier le mois dernier à Feurs, Jessie Lee et ses quatre alchimistes seront de nouveau en terres ligériennes pour mettre le feu au temple pélussinois du blues. Après une première formule, en duo, née en 2011 de la rencontre entre la chanteuse et le guitariste Alexis Didier, il faudra attendre quelques années pour que le groupe prenne enfin sa forme définitive. Laurent Cokelaere (basse), Julien Audigier (batterie) et Laurian Daire (claviers) rejoignent alors le binôme originel pour fonder un solide combo et développer sa propre identité. Exit les reprises, les compositions originales constitueront dorénavant l’essentiel d’un répertoire qui va résonner aux six coins de l’hexagone. En 2018 sort un premier EP, éponyme. Jessie Lee & The Alchemists y grave pour l’éternité son puissant cocktail (tendance molotov) de blues, de soul et de rock : onze titres plutôt couillus et une superbe couverture sur laquelle la chevelure rougeoyante de la belle Jessie envahit tout l’espace. Jessie Lee & The Alchemists, vendredi 13 décembre à 20h30, Hall Blues Club à Pélussin

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"Little Joe" : Graine de malheur

Thriller | Et si le bonheur de l’Humanité se cultivait en laboratoire ? Jessica Hausner planche sur la question dans une fable qui, à l’instar de la langue d’Ésope, tient du pire et du meilleur. En témoigne son interloquant Prix d’interprétation féminine à Cannes pour Emily Beecham.

Vincent Raymond | Mercredi 13 novembre 2019

Amy travaille dans un laboratoire de phytogénétique sur le projet Little Joe, une plante rendant ses possesseurs heureux. Mais à la suite d’une série de dysfonctionnements, le “prototype“ contamine son fils et certains chercheurs, qui commencent à agir étrangement… Sur le papier, Little Joe aguiche plus qu’il ne promet tant ce conte moral paraît en phase avec des préoccupation sociétales, éthiques, biologiques et écologiques. Jessica Haussner coche toutes les cases en abordant autant les dangers encourus par la manipulation du vivant que le désir illusoire de fabriquer un bonheur universel… mais totalement artificiel — sur ce chapitre, la science n’est pas la seule concernée par cette philippique filmique : les religions affirment à leurs adeptes que leurs doctrines aspirent aux mêmes résultats. Cette promesse de mieux vivre ne peut qu’aboutir à une catastrophe, au nom de l’adage « le mieux est l’ennemi du bien » : le pollen de Little Joe transforme ceux qui le respirent en monstres dépourvus d’empathie. À cette fable effrayante, la cinéaste ajoute une dimension plastique stupéfiante : palette trav

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"Martin Eden" : London, Italie

ECRANS | De Pietro Marcello (It.-Fr., 2h08) avec Luca Marinelli, Jessica Cressy, Carlo Cecchi…

Vincent Raymond | Mercredi 16 octobre 2019

L’Italie, dans une vague première moitié du XXe siècle. Pour avoir défendu un bourgeois dans une bagarre, le jeune marin Martin Eden est introduit dans sa famille. Fasciné par la fille de la maison, il cherche à se cultiver pour s’élever. Mais peut-on impunément quitter sa classe d’origine ? Pietro Marcello effectue ici une transposition libre et engagée du roman de Jack London, où les interférences avec l’histoire politique transalpine trouvent un écho dans la forme même du film. L’époque composite dans laquelle les faits se déroulent évoque autant le début du XXe voyant la coagulation du mouvement prolétaire autour de la doctrine marxiste, l’entre-deux-guerre (voyant l’avénement du fascisme), les années soixante dans les bas quartiers napolitains que (de manière fugace) le temps contemporain, où des réfugiés échouent sur les plages italiennes. Un flou volontaire faisant de Martin Eden un personnage somme et atemporel ; une figure symbolique, éternelle voix du peuple arrachée à sa condition par l’éducation et la culture, dont l’élite ne

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Simon Kinberg : « l’émotion primait sur l’action »

X-Men : Dark Phoenix | De passage à Paris (où se déroule l’épilogue du film), l’équipe de X-Men : Dark Phoenix est revenue sur la conception de nouvel opus. Propos rapportés de la conférence de presse.

Vincent Raymond | Mercredi 5 juin 2019

Simon Kinberg : « l’émotion primait sur l’action »

Pourquoi vous êtes-vous focalisée ici sur le personnage de Jean Grey ? Simon Kinberg : D’abord, je suis tombé amoureux du personnage de Phoenix : je le trouvais absolument fascinant, comme tout le monde parmi les X-Men. J’aimais aussi l’idée d'un personnage qui perdait à la fois sa tête et ses pouvoirs, mais également voir de quelle manière cela affectait tous les X-Men ; comme des ennemis deviennent des amis, comment des amis, au contraire, devenaient des ennemis. Et puis il y avait ce dilemme : lorsque l’on a des amis proches qui perdent temporairement pied, quand cesse-t-on de vouloir les sauver ? Il était important ici de montrer que les conséquences du combat intérieur de Jean Grey font souffrir les autres autant qu'elle-même. Il fallait donc que le film ait une qualité intime humaine presque primitive ; et que l’on sente ce combat jusque dans le style, les acteurs ainsi qu'un forme plus naturaliste. Quand on a une telle distribution, il faut lui donner de vraies scènes afin que les acteurs puissent exercer leurs super-pouvoirs — qui est d'être formidables.

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C'est mou, c'est dur

ARTS | Formé à Saint-Étienne puis Genève, Nicolas Momein expose ses travaux depuis bientôt dix ans, de Nantes à Milan en passant notamment par Luxembourg, Bruxelles, (...)

Niko Rodamel | Mardi 2 avril 2019

C'est mou, c'est dur

Formé à Saint-Étienne puis Genève, Nicolas Momein expose ses travaux depuis bientôt dix ans, de Nantes à Milan en passant notamment par Luxembourg, Bruxelles, Genève, Paris, Lyon ou Marseille... L'an passé le plasticien traversait l'Atlantique pour représenter la galerie Ceysson & Bénétière à la foire internationale d'art contemporain de Los Angeles aux côtés de Chris Hood, Lionel Sabatté et Jesse Willenbring. Pour sa nouvelle exposition l'artiste présente des œuvres inédites pour lesquelles, comme souvent dans son travail, les propriétés de la matière demeurent centrales. Faisant référence au concept de "mouité" cher à l'inclassable philosophe Jean-Baptiste Botul (1896-1947) dans son ouvrage La métaphysique du mou, Nicolas Momein détourne de leur usage des matériaux peu conventionnels, transitoirement souples et fluides, qui se solidifient sous le contrôle et selon le dessein de l’artiste. L'accrochage Finger trap de Nicolas Momein est à découvrir du 18 avril au 1er juin à la galerie Ceysson-Bénétière avant d'être prolongé et complété à Paris l'année prochaine. Nicolas Momein, Finger trap, du 18 avril au 1er juin à la galerie Cey

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"England Is Mine" : Prémices de Smith

Biopic new wave | de Mark Gill (G.-B., 1h34) avec Jack Lowden, Jessica Brown Findlay, Jodie Comer…

Vincent Raymond | Mardi 6 février 2018

Binoclard passant le plus clair de son temps dans sa chambre à écrire tout le mal qu’il pense de la scène rock locale ou à mimer ses artistes vénérés, Steven Patrick Morrissey attend l’heure propice. Celle où il lâchera son boulot d’employé de bureau pour montrer ce qu’il a dans les tripes… Des tripes de végétarien, cela va sans dire pour qui connaît le prosélytisme du leader des Smiths en la matière. Mais, et c’est le moindre des mérites de ce film, il n’a rien de ces biopics ordinaires rivés sur la légende dorée de la célébrité dont ils retracent le parcours, et qui insistent sur ses particularismes ou ses épiphanies avec une discrétion de marteau-piqueur. Ici, c’est à peine si un plan sur une assiette de légumes atteste du régime non carniste du futur chanteur. Autrement dit, si son “identité végane” est prise en compte, elle n’est pas considérée comme déterminante dans sa construction artistique. Corollaire : les exégètes de Morrissey n’apprendront rien qu’ils ne sachent déjà sur leur idole ; quant à ceux qui ne le connaissent pas, ils suivront l’itinéraire d’une jeunesse britannique presque lambda, ent

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"Downsizing" : Rien ne sert de raccourcir…

LE FILM DE LA SEMAINE | Et si l’humanité diminuait pour jouir davantage des biens terrestres ? Dans ce reductio ad absurdum, Alexander Payne rétrécit un Matt Damon candide à souhait pour démonter la société de consommation et les faux prophètes. Une miniature perçante.

Vincent Raymond | Mercredi 10 janvier 2018

Disparu en novembre dernier dans une consternante indifférence, le réalisateur français Alain Jessua aurait à coup sûr raffolé de l’idée. Cousinant avec ses fables d’anticipation dystopiques que sont Traitement de choc (1972) ou Paradis pour tous (1982), Dowsizing est en effet un de ces contes moraux où une “miraculeuse” avancée scientifique, perçue comme une panacée devant soulager l’humanité de tous ses maux, finit par se révéler pire remède que la maladie elle-même. La découverte est ici un procédé (irréversible) permettant de réduire les organismes humains afin d’économiser les ressources de notre planète surpeuplée, augmentant mathématiquement le patrimoine des sujets miniaturisés. Alléchés par cette perspective, Paul et son épouse s’inscrivent au programme. Mais au dernier moment, la belle se déballonne : Paul en est réduit à vivre rapetissé et seul. Au paradis ? Pas vraiment… À naïf, à demi-naïf Il y a deux actes biens distincts dans Downsizing

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Café Society : Hollywoody boulevard

ECRANS | Le 47e opus de Woody Allen-réalisateur semble avoir été taillé sur mesure pour effectuer l’ouverture de la 69e édition du festival de Cannes : glamour, artifices et nostalgie des vieilles bobines s’y bousculent. On passe un charmant moment, sans être transporté…

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

Café Society : Hollywoody boulevard

Un film situé, au moins partiellement, dans les arcanes du Hollywood de l’âge d’or ne pouvait que finir (ou, à tout le moins, commencer sa carrière) sur la Croisette. Café Society tend une sorte de miroir temporel pareil à une vanité à la foule des producteurs, cinéastes, comédiens, agents qui se pressent aux marches du Palais et dans les réceptions pour participer à la gigantesque sauterie cannoise. Car du cinéma, il ne montre absolument rien si ce n’est un extrait de La Dame en rouge (1935) de Robert Florey. En cela, il se situe aux antipodes de Avé César des frères Coen qui avait effectué l’ouverture de la Berlinale. Ici, les stars demeurent cachées dans leurs résidences exubérantes, ou des noms évoqués par paquets de dix, d’éphémères symboles de puissance dans l’Usine à rêve, totalement privées de substance et d’incarnation. Woody et ses doubles C’est plus la nostalgie jazzeuse, l’élégance du cadre et les vestes cintrées qui intéressent Woody Allen dans ce décor-prétexte. Les plateaux, il leur a déjà réglé leur compte dans Hollywood Ending (2002), comédie décriée et pourtant débordant

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Batman v Superman : L’Aube de la Justice

ECRANS | Critique du film Batman v Superman : L’Aube de la Justice de Zack Snyder (É-U, 2h32) avec Ben Affleck, Henry Cavill, Jesse Eisenberg…

Vincent Raymond | Mercredi 23 mars 2016

Batman v Superman : L’Aube de la Justice

Marvel ne sera plus désormais la seule “maison” à pratiquer le crossover au cinéma : très attendu par les geeks, les amateurs de gaillards en collants, mais aussi redouté par les contempteurs de Ben Affleck (choisi pour incarner le justicier de Gotham City), Batman vs Superman marque l’entrée de DC Comics dans la ronde sans fin des films additionnant les super-héros comme d’autres collectionnent des Oscars — ou des Razzie Awards. Zack Snyder conserve la maîtrise des opérations, après Man of Steel (2013), qui avait révélé Henry Carvill dans la tunique du Kryptonien. Il sera à nouveau aux manettes en 2017 pour le prochain opus intégrant Wonder Woman, Justice League, partie 1. À suivre. VR

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Seul sur mars

ECRANS | “Dans l’espace, personne ne vous entendra crier“ menaçait l’affiche d’"Alien". Trente-six ans plus tard, Ridley Scott se pique de prouver la véracité du célèbre slogan, en renouant avec l’anticipation spatiale. Et met en orbite son meilleur film depuis plusieurs années sidérales. Vincent Raymond

Vincent Raymond | Jeudi 29 octobre 2015

Seul sur mars

Ridley Scott est du style à remettre l’ouvrage sur le métier. Obsessionnel et perfectionniste, sans doute insatisfait de ne pas avoir repris à Cameron le leadership sur la SF spatiale avec Prometheus (2012) — qui ressuscitait les mannes (toujours très vivaces) d’Alien en lui offrant une manière de préquelle — le cinéaste semble cette fois avoir voulu en remontrer à Cuarón et Nolan, les nouveaux barons du genre. Deux auteurs qui, comble de l’impudence, lui avaient emprunté (l’un dans Gravity, l’autre dans Interstellar) son approche réaliste des séjours cosmiques, très éloignée du traitement ludique propre au space opéra. Et qui fait de l’espace un contexte original dans lequel s’instaurent des événements générateurs de tension, d’un suspense — et non une fin en soi. Cette rivalité implicite (on pourrait parler d’émulation) entre cinéastes, rappelant la course à la Lune entre les grandes puissances de la Guerre froide — chacune rivalisant de conquêtes et d’annonces narquoises pour affirmer sa suprématie — ne s’effectue pas dans la surenchère, décidément trop tape-à-l’œil. Mais au contraire dans la sob

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Sélection d'auteurs à la Fête du livre

CONNAITRE | À table ! L’ancien étudiant des Beaux-arts de Saint-Étienne, l’illustrateur-auteur de BD Guillaume Long nous régale de nouveau avec ce troisième tome (...)

Nicolas Bros | Mardi 29 septembre 2015

Sélection d'auteurs à la Fête du livre

À table !

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A most violent year

ECRANS | J. C. Chandor explore à nouveau les flux du capitalisme américain en montrant l’ascension d’un self made man dans le New York violent et corrompu de 1981. Un thriller glacial, élégant et cérébral qui confirme son auteur comme la révélation américaine des années 2010. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

A most violent year

La chute d’une banque et de ses employés lors de la crise financière de 2008 ; un marin solitaire en perdition sur l’océan ; un entrepreneur cherchant à faire fructifier son business malgré une violence omniprésente et la pression des juges et de ses concurrents. Quoi de commun entre Margin call, All is lost et A most violent year, les trois premiers films (en trois ans !) de J. C. Chandor ? Une affaire de flux et de cap, de tempêtes et d’éthique, de systèmes déréglés et d’humanité en péril. Le protagoniste de A most violent year, Abel Morales, aime les lignes droites. On le découvre longeant les quais de New York pour son footing quotidien, dans un travelling latéral qui vaut résumé de son caractère ; il ne cessera de le répéter : toute sa vie, il a suivi «le droit chemin». Cet entrepreneur ambitieux, qui a fait de la distribution du pétrole son fonds de commerce, est sur le point de gravir un échelon en rachetant des entrepôts au bord de l’Hudson à une famille de juifs traditionalistes. Self made man et fier de l’être,

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Mr Turner

ECRANS | Étrange essai de Mike Leigh autour du peintre Turner, qui s’efforce de casser son image romantique en le transformant en un homme bourru et peu aimable, tout en s’enfonçant dans une mise en scène beaucoup trop solennelle. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 2 décembre 2014

Mr Turner

N’importe quelle bio filmée d’artiste — qu’il soit peintre, écrivain, chanteur ou cinéaste — repose sur la même idée : derrière le génie, il y a un homme complexe et torturé. Mike Leigh, en s’attaquant à la figure de Turner, peintre ayant magnifié le romantisme anglais, n’échappe pas à la règle, mais son approche est beaucoup plus radicale. Alors que Turner-le peintre est en quête de sublime dans son art, Turner-l’homme est un individu rugueux, qui s’exprime par des grognements, tire perpétuellement la gueule, se comporte de manière rustre avec les femmes et méprise profondément ses contemporains. La misanthropie du personnage fait écho à celle du cinéaste, toujours prompt à livrer de l’humanité des portraits sarcastiques et cruels, pointant sa lâcheté, son égoïsme et sa laideur. Confronté à une forme d’alter ego, Leigh lui témoigne une tendresse inattendue, sans aucun doute ce qu’il y a de mieux dans Mr Turner. Ainsi des rapports entre Turner et son père, qui s’avère être son lien le plus solide avec le monde, complicité fusionnelle qui conduit, à sa mort, à un instant particulièrement déchirant : Turner craque et cet ours mal léché fond en larmes comme un gami

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Interstellar

ECRANS | L’espace, dernière frontière des cinéastes ambitieux ? Pour Christopher Nolan, c’est surtout l’occasion de montrer les limites de son cinéma, en quête de sens et d’émotions par-delà les mathématiques arides de ses scénarios et l’épique de ses morceaux de bravoure. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 5 novembre 2014

Interstellar

Un an à peine après Gravity, au tour de Christopher Nolan de s’aventurer dans l’espace pour en donner une image scientifiquement correcte et réaliste avec Interstellar. Le futur du film est une vision à peine déformée de celui qui nous attend, marqué par la pénurie de céréales et les dérèglements climatiques, au point de pousser l’homme à chercher par-delà notre système solaire d’autres planètes habitables. Nolan centre son approche sur une famille purement américaine, dont le père décide de rejoindre une équipe d’astronautes pour s’engouffrer dans un «trou de ver» et rejoindre une autre dimension du temps et de l’espace. L’intime et le cosmos, les paradoxes liés à la relativité temporelle, les autres mondes dominés par des éléments uniques et déchaînés — l’eau, la glace ; c’est un territoire ambitieux qu’arpente Nolan, mais plutôt que d’en faire une plongée vers l’inédit, il le ramène vers sa propre maîtrise, désormais avérée, pointant toutes les limites de son cinéma. Dans l’espace, personne ne vous entend rêver Les trois gran

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Zero Dark Thirty

ECRANS | Sur la traque de Ben Laden par une jeune agent de la CIA, Kathryn Bigelow signe un blockbuster pour adultes, complexe dans son propos, puissant dans sa mise en scène de l’action, personnel dans le traitement de son personnage principal. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 22 janvier 2013

Zero Dark Thirty

Dans Démineurs, Kathryn Bigelow montrait avec un mélange de fascination et de distance critique le travail de quelques GIs en Irak drogués à l’adrénaline guerrière. La soif d’action et d’efficacité de la cinéaste concordait avec leur propre plaisir du danger, jusqu’à ce qu’un vide existentiel vienne les aspirer dans la dernière séquence. Zero Dark Thirty est comme une variation autour du même thème, à ceci près que le sujet est encore plus explosif : comment, durant dix longues années, Maya (Jessica Chastain), va pister Oussama Ben Laden, d’abord comme une jeune agent de la CIA intégrant une équipe chevronnée, puis seule face à l’inertie de sa hiérarchie. Écrit en épisodes scandés par les nombreuses défaites occidentales contre cet ennemi fantomatique, Zero Dark Thirty raconte dans un même geste l’enquête, ses erreurs, ses impasses et son succès final, et l’apprentissage de Maya, ce qui pour Bigelow revient à lui conférer l’aura d’une héroïne. Défaite intérieure Dès le premier mouvement, une longue et éprouvante séquence de torture, Maya se tient dans une zone grise : témoin passif de l’interrogatoire mais déjà déter

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Des hommes sans loi

ECRANS | De John Hillcoat (ÉU, 1h55) avec Shia LaBeouf, Tom Hardy, Jessica Chastaing…

Christophe Chabert | Vendredi 7 septembre 2012

Des hommes sans loi

Un casting en or, un scénario signé Nick Cave, un cinéaste (John Hillcoat) jusqu’ici connu pour son intégrité, l’envie de transposer les codes du western à l’époque de la prohibition : sur le papier, Des hommes sans loi semblait être le film idéal, à la fois ambitieux et divertissant. Et pourtant, il n’est rien de tout ça. Phagocytée par la maniaquerie de sa reconstitution historique, la mise en scène ne prend jamais son envol, ne développe aucun style et échoue à rendre crédible ce qui se passe à l’écran. Le lien entre les trois frères est purement théorique, les relents mythologiques (l’invincibilité de Tom Hardy) sont si maladroitement amenés qu’ils finissent par virer au gag involontaire. Le sommet est atteint avec la prestation, à hurler de rire, de Guy Pearce en méchant dont l’acteur souligne à très gros traits l’homosexualité refoulée. Il faut dire qu’Hillcoat achève de lui savonner la planche lors d’une scène qui, au lieu de révéler au grand jour ce que tout le monde avait compris, noie stupidement le poisson pour éviter de se fâcher avec la censure. Timoré, impersonnel, d’une inexplicable lenteur, Des hommes sans loi n’est même pas un bon film de multi

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Matière et mouvements

ARTS | Le Musée d'Art Moderne révise ses classiques avec le parti pris d'accentuer la visibilité de la scène picturale contemporaine. Si la peinture transpire dans les installations de Jessica Stokhoelder, elle résiste dans le vocabulaire élémentaire de Lucas Caccioni. Le MAM matérialise le dépaysement avec les assemblages des toiles de Champion Métadier. Un programme international en matière, appuyé par le choix du 3eme prix des partenaires : Min Yung Yeon.

Marlène Thomas | Vendredi 1 juin 2012

Matière et mouvements

Min Yung Yeon, coup de cœur unanime de l'expo, brosse une régularité du motif, un assemblage de fragments lamellés, stratifiés, surfacés du motif, un éclaté de matière. La perfection formelle de son imaginaire nous entraîne vers les songes, les organismes cellulaires. La matière et l'élasticité des corps sont une symphonie de micro macro. L'imaginaire scintille et se fond dans des reliefs céphaliques. Elle répète cet aspect statique du flux d’images contemporaines, utilise le graphisme ; sa peinture découpe des tranches de matière vivante, son imaginaire pousse le scalpel jusque dans le dessin de la trame. Champion Métadier, pour sa part, nous entraine à sonder les diverses facettes de la matière. Un univers formel riche d'éclairages et de combinaisons de figures énigmatiques. Formes lisses, mystères tubulaires isolés sur fond monochrome neutre. Un agglomérat de formes puissantes à l'esthétique moderne. Champion Métadier expose le capital solaire de la matière et l'imaginaire s'emballe. Nous retrouverons les traces, essences, résistances ou fissures de la peinture de Luca Caccioni qui explore la mémoire, mesure le vivant, et utilise des matériaux inhabituels : l

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Take shelter

ECRANS | Un Américain ordinaire est saisi par une angoisse dévorante, persuadé qu’une tornade va s’abattre sur sa maison ; à la fois littéral et métaphorique, ce deuxième film remarquable confirme que Jeff Nichols est déjà un grand cinéaste. Christophe Chabert

Marc Chassaubene | Jeudi 22 décembre 2011

Take shelter

Au départ, ce n’est qu’un rêve : une tornade impressionnante se forme dans le ciel et bouche l’horizon ; mais ce n’est pas de la pluie qui se met à tomber, plutôt une espèce d’huile de moteur. Quand Curtis (Michael Shannon, qui renouvelle son emploi d’individu borderline en intériorisant au maximum ses émotions) se réveille, l’angoisse est toujours là. Durant la première partie de Take shelter, ce modeste ouvrier, père attentionné d’une petite fille sourde, marié à une femme exemplaire (la splendide Jessica Chastain, encore plus convaincante ici que dans The Tree of life), va faire d’autres cauchemars : son chien se jette sur lui et le mord, des silhouettes menaçantes brisent le pare-brise de sa voiture, les meubles de son salon se soulèvent et restent en suspension… Cette inquiétude se déverse peu à peu dans son quotidien, l’amenant vers une psychose dont l’issue devient l’abri anti-tornade qu’il a découvert dans son jardin. Tempête sous un crâne La force de Take shelter tient à cette capacité à faire cohabiter un spectacle figuratif reposant sur des effets spéciaux magnifiques mais jamais gratuits, et son exact contra

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