Into the (musical) wild

MUSIQUES | C’est parti pour trois semaines dédiées à «l’art musical» sous toutes ses formes grâce à l’exigeant festival Les Détours de Babel, centré cette année sur les rapports entre musique et nature. Rappel du projet et sélection de concerts et autres événements. Aurélien Martinez, Charline Corubolo, Stéphane Duchêne et Damien Grimbert

Aurélien Martinez | Mardi 25 mars 2014

Photo : M.Pourny


Quatrième édition pour les Détours de Babel, festival né – on le rappelle – de la fusion entre les 38e Rugissants (très centrés sur les musiques contemporaines) et le Grenoble jazz festival (qui portait bien son nom). Après la religion en 2013, la politique en 2012 et les questions d'identité en 2011, c'est le thème de la nature qui a été retenu cette année, avec un sous-titre assez large pour ne pas être réducteur : les musiciens de la Terre.

Bien appuyé sur ses trois jambes (« les musiques nouvelles – tout ce qui est lié à la musique contemporaine, à la musique électronique… –, le jazz et les musiques improvisées, et enfin les musiques traditionnelles, dites musiques du monde » comme nous l'expliquait son directeur Benoît Thiebergien en 2012), même si ces trois jambes ont de plus en plus tendance à se fondre les unes dans les autres, la manifestation est toujours construite autour du concept que nous lui avions accolé l'an passé : l'élitisme pour tous.

Car de prime abord, la prog a de quoi impressionner, avec ses projets perchés (ici de la musique audio-naturaliste, là des chants venus de territoires insulaires, là encore un concert de smartphones…), et ses noms de musiciens pas forcément grand public. Mais pour peu que l'on mette de côté ses réticences, l'aventure peut s'avérer passionnante, déroutante, enrichissante – voire les trois à la fois !

Alors si, comme lors de chaque édition, nous n'avons quasiment pu découvrir aucune proposition en amont (ce ne sont pas des concerts que l'on voit facilement), nous sommes tout de même allés sélectionner quelques temps forts. Pourquoi ceux-ci ? Voici nos réponses !

Parce que c'est Hubert Reeves

Hubert Reeves (photo), c'est un peu la rockstar de la science. Un homme lettré qui a su démocratiser son domaine de compétence (l'astrophysique), devenant ainsi une référence niveau vulgarisation scientifique. C'est aussi un militant chevronné (il préside depuis 2001 l'association Humanité et Biodiversité ; il a publié en 2003 l'ouvrage Le Mal de Terre) et un homme jamais loin de l'art (il a été récitant dans de nombreux projets musicaux et a à son actif divers films scientifiques). Une sorte de Léonard de Vinci moderne en somme !

Qu'on le retrouve cette année au sein de la programmation des Détours de Babel est une évidence au vu du thème, et surtout une excellente nouvelle. Il viendra ainsi défendre le spectacle Cosmophonies pensé avec l'ensemble Calliopée, formation « de musique de chambre à géométrie variable » dirigée par Karine Lethiec. Soit « un dialogue mettant en parallèle la création de l'univers et la création musicale ». Basé sur des œuvres de Debussy, Messiaen, Murail ou encore Pécou, et « conçu comme un hymne à la Nature », Cosmophonies se veut « un véritable kaléidoscope poétique et musical qui s'appuie sur les thématiques des ouvrages écrits par Hubert Reeves pendant plus de trente ans ». AM

Cosmophonies, jeudi 27 mars à 14h30 et 20h à l'Hexagone (Meylan)

Parce que c'est pile dans la thématique de cette année

Que sont devenus les petits bruits naturels ? Selon le bioacousticien Bernie Krause, ils auraient disparu depuis 1960 du fait de l'activité humaine. L'homme, dans sa grandeur, a réduit au silence tous ces sons si atypiques de la nature. Les craquements d'un arbre sont recouverts par les moteurs des voitures, et même en forêt, les brames sont plus discrets depuis que l'humanité s'est industrialisée. Mais fort heureusement, la technologie n'a pas que du mauvais et des adeptes du mouvement "Field Recording" ont parcouru la planète afin de glaner ces émissions sonores que nous n'entendons plus.

Laissés à l'état brut, les bruits captés sous la banquise ou encore dans la chaleur de l'Amazonie offriront, en première partie du concert qu'a conçu le compositeur lyonnais de musique électroacoustique Bernard Fort, un voyage sonore dans l'inconnu, interprété par de grands haut-parleurs. Peu à peu, un univers visuel se dessinera par l'oreille pour finalement laisser place aux créations musicales des "compositeurs naturalistes". Les œuvres originales électroacoustiques, en seconde partie, feront de la nature une matière contemporaine et illustreront pleinement le thème du festival. CCo

Le Grand Orchestre de la Nature, jeudi 3 avril à 20h à l'Odyssée (Eybens)

Parce que c'est vraiment dans la nature

Si les bruits de la nature sont amplifiés dans une salle de concert, ils sont en revanche à l'état brut dans les jardins... Enfin presque ! Le Safari dans le noir de Bernard Fort, comme son nom l'indique, propose de partir à la recherche des animaux, muni d'une lampe de poche, à la nuit tombée. Distillés aux quatre coins du Jardin des plantes du Muséum, des diffuseurs laissent échapper des sons d'insectes, d'oiseaux et autres mammifères. Le dispositif devient une partition pour une symphonie nocturne, tandis que les créations de Pierre Estève prennent le relais en journée.

Autre ambiance avec l'installation artistique Flowers 2.0 / Vox Natura, toujours au Jardin des plantes : une centaine de fleurs en plastique sonores (via une composition à partir de bruit de bouteilles) suggère un univers où les sonorités industrielles sont magnifiées par le recyclage.

Enfin, avec les Jardins invisibles du Musée dauphinois, c'est le promeneur qui se meut en créateur. Grâce à une dizaine de partitions dissimulées dans l'espace végétale, sa balade avec un iPhone devient interactive, le déplacement conditionnant la musique qu'il appartient alors à chacun de moduler selon ses mouvements. CCo

Safari dans le noir, vendredi 28 et samedi 29 mars à 20h30, au Jardin des plantes
Flowers 2.0 / Vox Natura, du samedi 29 mars au samedi 12 avril en journée, au Jardin des plantes
Jardins invisibles, du samedi 5 avril au samedi 12 avril en journée, au Musée dauphinois

Parce que ce n'est pas intimidant

C'est chaque année l'un des moments les plus agréables du festival. Les incontournables brunchs permettent ainsi de mêler passionnés et néophytes dans un même cadre idyllique le temps d'une journée où la musique peut aussi bien se vivre que se picorer – le tarif d'entrée est libre.

On a donc rendez-vous au Muséum et au Musée dauphinois pour les deux dimanches du festival. Avec, au programme au Muséum, des « arbrassons » du sculpteur d'arbres et de sons José Le Piez ou encore un ciné-concert autour des films de Jean Painlevé (biologiste français de renom mort en 1989).

Au Musée dauphinois, on croisera le blues indiens (mais pas que) de Pura Fé (voir plus bas), du jazz et des musiques électroniques, voire même des chants sardes et mongols. Soit un concentré de l'essence même du festival et des croisements qu'il permet. AM

Brunch #1, dimanche 30 mars de 10h à 17h au Muséum
Brunch #2, dimanche 6 avril de 10h à 17h au Musée dauphinois

Parce que c'est une vision du monde

Qui d'autre pour incarner la problématique babélienne des « musiciens de la Terre » qu'Antiquarks, rejeton d'une cosmogonie "inter-mondiale" que ne renierait sans doute pas le grand intervenant de cette édition, Hubert Reeves, et porteuse d'une cosmologie et d'une mythologie à la fois traditionnelles et alternatives, non pas postmodernes, mais "après-modernes", comme une manière de repenser la modernité, à la fois ancrée et nomade. Une « éthique de la terre », une éthique de la musique du corps, voilà ce qui anime le projet d'Antiquarks, quels que soient les moyens d'expression du groupe.

D'où l'élan forcément altermondialiste, analysé et décrit par le sociologue Philippe Corcuff, d'un Bal Interterrestre qui, au-delà de l'expérience musicale, se fait toujours un peu expérience du monde. À la rencontre de Gaïa, Antiquarks invite cette fois la blueswoman d'origine iroquoise-tuscarora Pura Fé, l'une des plus grandes ambassadrices de l'ancrage amérindien dans la modernité américaine. SD

Bal Interterrestre – Antiquarks invite Pura Fé, samedi 5 avril à 20h, à l'Heure bleue (Saint-Martin-d'Hères)

Parce qu'il ne faut pas négliger l'intérêt des musiques dansantes

Pour son traditionnel bal de clôture, l'équipe du festival a cette année donné carte blanche aux musiciens de Dyade A&D / L'ArTisterie pour une soirée Natural born groovers qui réunira percussions, clavier, saxophone baryton, contrebasse, un comédien, un vidéaste… et visiblement la participation du public, invité à danser et jouer au cours de cette « création spontanée et participative »… Une proposition dont on ne remet pas un instant en doute les mérites artistiques, mais qui, avouons-le, nous laisse, comme chaque année, un peu sur notre faim.

Venant d'un festival aussi novateur, pointu et avant-gardiste que les Détours de Babel, on ne peut en effet s'empêcher de penser que la programmation des bals de clôture (qui représentent, rappelons-le, l'occasion de s'ouvrir à la fois à un public plus large et à la vaste gamme stylistique que représentent les musiques dansantes) manque quelque peu d'ambition au regard des nouvelles propositions musicales émanant des quatre coins du globe. À la fois dansantes, volontiers expérimentales, et nées d'un contexte socio-culturel aussi précis que passionnant, ces dernières ne semblent malheureusement pas encore avoir trouvé auprès des Détours de Babel un écho réellement conséquent. On est bien les premiers à le regretter… DG

Natural born groovers, samedi 12 avril à partir de 22h, à la salle Messiaen


Cosmophonies

Astrophysicien Hubert Reeves, par l'Ensemble Calliopée
Hexagone 24 rue des Aiguinards Meylan
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Flowers 2.0 / Vox Natura

Installation dans l'espace public de Pierre Estève
Jardin des plantes Rue Dolomieu Grenoble
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Le Grand orchestre de la nature

Des sons de la nature à la composition musicale, Bernard Fort
89 avenue Jean Jaurès Eybens
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Benoit Thiebergien : « Il faut que la solidarité avec les artistes soit aussi portée par les partenaires publics »

Festival | C’est l’un des gros festivals du printemps grenoblois, côté musiques du monde, jazz et musiques nouvelles, qui aurait dû lancer sa dixième édition ce jeudi 26 mars. Ce qu’il n’a bien sûr pas pu faire, tout le pays étant confiné – et tous les événements culturels à l’arrêt. On a alors passé un coup de fil à Benoit Thiebergien, qui pilote ces Détours de Babel depuis leur création (puisque c’est d’eux dont il s’agit), pour savoir comment lui et son équipe vivent l’annulation. Et, surtout, envisagent l’avenir.

Aurélien Martinez | Lundi 30 mars 2020

Benoit Thiebergien : « Il faut que la solidarité avec les artistes soit aussi portée par les partenaires publics »

Ça ne doit pas être très agréable d’annuler un festival à quelques jours de son lancement… Benoit Thiebergien : On peut même dire que ça n’est pas agréable du tout. On était tous prêts, certaines résidences avaient même déjà commencé… Mais quand, vendredi 13 mars, on a appris que les rassemblements de plus de 100 personnes étaient interdits, on a tout de suite compris que l’on n’avait pas d’autre choix que d’annuler. Tout le monde dans l’équipe était abasourdi. Et les artistes aussi, bien sûr. La dixième édition aurait dû se tenir du 26 mars au 19 avril. Sera-t-elle reportée dans l’année ? Non, on ne peut pas la reporter, en décalant par exemple les trois semaines du festival en septembre, pour la simple et bonne raison que l’on travaille avec des salles partenaires – 48 lieux différents sur 20 communes tout de même, avec des grandes salles comme la MC2, la Belle Électrique ou la Rampe, des plus petites, des bibliothèques… Chaque projet est donc un cas particulier. Si on était un festival dans un lieu unique, on pourrait tout décaler, mais là c’est tout simplement impossible. Surtout qu’avant l’annu

Continuer à lire

Les Détours de Babel 2019 en 14 concerts

Festival | C’est parti pour la neuvième édition des Détours de Babel, festival estampillé « musiques du monde, jazz, musiques nouvelles ». Soit l’occasion, pendant plus de trois semaines (du 15 mars au 7 avril), de découvrir des artistes de tous horizons et des musiques non formatées. Histoire de se repérer dans le vaste et passionnant programme, on vous livre une sélection de nos attentes à écouter à Grenoble, dans l'agglo et même, parfois, au-delà.

La rédaction | Mardi 12 mars 2019

Les Détours de Babel 2019 en 14 concerts

Traversées – Constantinople et Ablaye Cissoko Il y aura une belle teinte mandingue cette année aux Détours de Babel, pas mal de kora, et quelques Cissoko. À commencer, par ordre chronologique, par Ablaye, qui vient ici flirter avec la musique des cours persanes aux côtés notamment de Kiya Tabassian, chantre irano-canadien de la musique traditionnelle et savante venue de Perse, et grand spécialiste du sétâr, lointain cousin persan de la kora. Ablaye se produira également en solo vendredi 15 mars aux Salons de musique de la Maison de l’international. Samedi 16 mars à 19h à la salle des fêtes de Commelle et dimanche 17 mars dans le cadre du Brunch #1 du quartier Très-Cloîtres Trois lettres de Sarajevo – Goran Bregović Dans ce Sarajevo d'avant la guerre où a grandi Goran Bregović, les cultures et les religions cohabitaient avec bonheur. C'est cette Jérusalem des Balkans, ce paradis perdu du vivre-ensemble que les national

Continuer à lire

« Un festival de découverte et de confirmation »

MUSIQUES | Depuis 2011 a lieu chaque début de printemps à Grenoble (et en Isère) un festival exigeant centré sur des musiques que l’on n’a pas l’occasion d’écouter tous les jours. Son nom ? Les Détours de Babel. Avant de zoomer sur l’alléchante programmation de cette sixième édition, on a causé programmation, langages musicaux ou encore élitisme supposé avec le boss Benoît Thiebergien. Par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Mardi 22 mars 2016

« Un festival de découverte et de confirmation »

En 2013, pour la troisième édition du festival, nous avions paraphrasé Antoine Vitez et titré notre article « Élitisme pour tous ». Vous reconnaissez-vous dans cette expression ? Benoît Thiebergien : Oui et non, je me méfie des "ismes". Vitez parlait de « théâtre élitaire pour tous ». Parlerait-on d’un festival « populiste » pour dire populaire ? La formule est à double sens. Soit elle fait référence aux élites qui savent ce qu’il convient de proposer au peuple pour l’éduquer : une vision obsolète de l’action culturelle aujourd’hui dans laquelle nous ne nous retrouvons pas. Soit elle considère qu’une démarche artistique exigeante que l’on pense réservée à quelques-uns est un a priori qui disparait quand elle va à la rencontre de tous les publics, qui sont souvent bien plus curieux qu’on ne le croit. C’est dans ce sens que je vous rejoins dans cette paraphrase. À Babel, on veut maintenir cette exigence artistique au centre de nos préoccupations avec des choix qui ne sont pas forcément "mainstream".

Continuer à lire

Détours de Babel : nos quatre coups de cœur

MUSIQUES | Zoom sur quatre propositions piochées dans la programmation de la sixième édition des Détours de Babel, « festival des musiques du monde contemporain ».

Aurélien Martinez | Mardi 22 mars 2016

Détours de Babel : nos quatre coups de cœur

29.03 > Hexagone (Meylan) Strange Strings Le joueur de kora Ballaké Sissoko, que l’on avait mis en "une" du journal l’an passé lors de la précédente édition du festival, va confronter son univers avec celui de trois autres grands solistes dont le violoncelliste Vincent Segal avec qui il collabore souvent – leur album Chamber Music est une pure merveille. Les deux autres invités ? Le contrebassiste Renaud García-Fons et le joueur de kemençe (vielle traditionnelle turque) Derya Türkan. Certes, le concert est complet, mais une liste d’attente a été ouverte. 31.03 > MC2 Yātrā C’est, après Israel Galván, l’autre grand nom espagnol du flamenco qui a fougueusement investi les scènes européennes avec son art ancestral revisité. Dans ce spectacle (que nous n’avons pas vu), Andrés Marín ira ainsi du flamenco à l’Inde du Nord en passant par le hip-hop de Kader Attou. Un grand écart oui, mais souvent parfaitement maîtrisé dans son

Continuer à lire

Les dix concerts à ne pas louper en mars et avril

MUSIQUES | Ces deux mois seront riches en événements du côté de la Belle électrique, de la Bobine, de la Source, de la MC2... La preuve en dix points à base de Feu! Chatterton, de Rover, de Nada Surf ou encore de Détours de Babel. Stéphane Duchêne et Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 19 février 2016

Les dix concerts à ne pas louper en mars et avril

Feu! Chatterton Voilà un groupe qui aime les transports, qui a déchiré le voile du succès critique avec une chanson sur le Costa Concordia et annoncé son premier album avec un single titré Boeing. Mais quand on parle de transport, il faudrait entendre ce mot selon toutes ses acceptions, à commencer par celle du transport sentimental, du transport amoureux et du voyage des mots. Car si l'on a multiplié les comparaisons musicales ou stylistiques s'agissant de Feu! Chatterton, il faut reconnaître une chose qui n'appartient qu'à eux. Rarement, on a vu si jeune groupe écrire des textes de la sorte : Boeing est une chanson à danser autant qu'à lire comme une suite machiniste à L'Albatros de Baudelaire (« Boeing, Boeing ! Et tes mouvements lents sont de majesté / Est-ce la faute de tes passagers indigestes / Si tu penches ? »). Quant aux paroles de Côte Concorde, elles sont à placer aux côtés des grands textes de la chanson française (« Du ciel tombe des cordes, faut-il y grimper ou s'y pendre ? »). Feu! Chatterton, loin d'être de paille, brûle de mots et sur scène les enflamme. C'est à voir.

Continuer à lire

« La musique savante n’est pas réservée à une élite »

ACTUS | Les Détours de Babel, ce n’est pas seulement un festival musical. C’est aussi un grand nombre de rencontres culturelles, débats, conférences et ateliers pédagogiques. Depuis deux ans, Vincent Tournoud est chargé d’actions culturelles, relations avec les publics et partenariats pour le festival. L’objectif est notamment d'ouvrir les portes au grand public. Rencontre. Propos recueillis par Guillaume Renouard

Guillaume Renouard | Lundi 31 mars 2014

« La musique savante n’est pas réservée à une élite »

Ateliers de découverte, conférences, débats, sorties scolaires… Quel est le but de ce programme ? Vincent Tournoud : Pendant le festival, nous proposons un certain nombre de rendez-vous culturels, qui permettent soit d’aller plus loin sur une thématique abordée par un concert, soit de rendre plus accessibles les prestations du festival. Pour ce qui concerne le premier objectif, nous organisons par exemple un colloque sur l’énergie sonore. Et pour le second, nous faisons notre possible pour attiser la curiosité du public. La curiosité ? Oui, étant donné que le festival est tourné vers la musique de création, la plupart des concerts n’ont jamais été joués ailleurs. Les spectateurs n’ont donc aucune idée de ce qu’ils vont voir, ce qui peut en freiner plus d’un. Nous tâchons de faire en sorte que ce caractère inédit suscite la curiosité et non l’appréhension. Comment familiariser le grand public avec ce type de musique ? Nous organison

Continuer à lire

Alterquarks

MUSIQUES | Antiparticule, un anti-quark, peut-être anti-rouge, anti-vert ou anti-bleu. Ne nous demandez pas pourquoi, on n’en sait rien. Mais où serait donc l’« (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 21 novembre 2013

Alterquarks

Antiparticule, un anti-quark, peut-être anti-rouge, anti-vert ou anti-bleu. Ne nous demandez pas pourquoi, on n’en sait rien. Mais où serait donc l’« anti » à l’œuvre chez Antiquarks ? Si l’on en croit le sociologue Philippe Corcuff, adepte des rapprochements entre pop culture et sociologie – dans La Société de Verre. Pour une éthique de la Fragilité, on croise Sylvester Stallone et Wittgenstein – Antiquarks pratiquerait une pop non seulement interterrestre mais aussi altermondialiste. « Une façon d'explorer, écrivait Corcuff en 2011 sur le site Mediapart dans une lecture bourdieusienne de l’album Cosmographes, « d'autres mondes possibles » que « le monde marchandise » à partir de nos attaches aux mondes existants ». À travers la tradition comme la modernité (vielle à roue et électro, pour schématiser), sans distinction. Nous aurions là une musique propre à faire craquer le point de vue intellectualiste dans un rapprochement entre raison et corps, registre savant et ambiance populaire – recherche et accessibilité –, une remise à (même) niveau autant qu’une mise en tension à visée exploratrice. D’où cette world music dé

Continuer à lire

Élitisme pour tous

MUSIQUES | Pour la troisième édition du festival, l’équipe des Détours de Babel a choisi de se pencher sur la question de la religion et de son traitement par les différentes musiques d’ici et d’ailleurs. Un axe passionnant tant l’histoire musicale est intimement liée à l’histoire religieuse, comme on en aura la preuve pendant ces trois semaines. Aurélien Martinez, Laetitia Giry et Christine Sanchez

Aurélien Martinez | Mardi 2 avril 2013

Élitisme pour tous

Cela fait trois ans que Les Détours de Babel, festival né de la rencontre entre les anciens 38e Rugissants et Grenoble Jazz Festival, investit chaque début de printemps l’agglomération dans son ensemble – aussi bien les salles classiques que l’espace urbain. Et trois ans qu’il se traîne la même image de manifestation élitiste réservée à quelques extatiques amateurs de branlette intellectuelle. Alors que, n’en déplaisent aux médisants, c’est un peu plus compliqué que ça – voire carrément plus ! Les Détours de Babel, ce sont trois volets artistiques : les musiques contemporaines, le jazz, et les musiques traditionnelles (ou dites du monde). Une trinité ambitieuse au sein de laquelle on retrouve des propositions exigeantes, l’équipe organisatrice prenant soin de programmer des artistes qui ne se contentent pas de faire de la musique, mais qui la vivent, la réfléchissent, la réinventent... Alors, certes, il y aura peu de noms connus du grand public pendant ces dix-huit jours de festival, et une poignée d’événements semblent véritablement hermétiques sur le papier... Mais si l’on pr

Continuer à lire

« Transformer l’essai »

MUSIQUES | Pour la deuxième édition des Détours de Babel, émanation des anciens Grenoble Jazz Festival et 38e Rugissants, les musiques en résistance seront mises à l’honneur. Pour en savoir plus, rencontre avec Benoît Thiebergien et Jacques Panisset, respectivement directeur et conseiller artistique du festival. Propos recueillis par Aurélien Martinez

Aurélien Martinez | Vendredi 16 mars 2012

« Transformer l’essai »

Les Détours de Babel, deuxième édition. L’édition de la confirmation ?Benoît Thiebergien : L’année dernière, il fallait lancer la nouvelle manifestation, faire en sorte que son nom et son esprit puissent pénétrer le public de l’agglomération et le milieu professionnel. Et là, évidemment, cette deuxième édition est celle de la confirmation : il faut transformer l’essai, asseoir le festival, conquérir de nouveaux publics… Les Détours de Babel sont présentés comme un « festival des musiques du monde contemporain »… C’est-à-dire ?BT : Le festival explore principalement trois esthétiques musicales : les musiques nouvelles – tout ce qui est lié à la musique contemporaine, à la musique électronique… –, le jazz et les musiques improvisées, et enfin les musiques traditionnelles, dites musiques du monde. On explore donc ces trois champs, en montant des projets avec des artistes qui viennent de ces esthétiques-là, mais qui sont dans des dynamiques d’ouverture et de croisement avec d’autres champs musicaux.Jacques Panisset : Et ce qui fédère l’ensemble, c’est que tous ces

Continuer à lire

Sélection (édition 2011)

MUSIQUES | Les événements à ne pas manquer pendant Les Détours de Babel. FC

François Cau | Lundi 4 avril 2011

Sélection (édition 2011)

Choc des culturesGrands frissons artistiques prévus dès ce samedi dans l’enceinte de la Maison de la Culture. Pour ce qui est de la claque sonore, la scène accueillera le groupe Phat Jam, la réunion inespérée entre le grand saxophoniste de jazz Archie Shepp (photo) et le rappeur / beat boxer Napoléon Maddox. Ce dernier, au sein de sa formation IsWhat ?!, a plus que fait ses preuves en louvoyant notamment sur des sentiers artistiques dont les sonorités percussives vous font du rentre-dedans jusqu’à ce que vous vous abandonniez totalement, désarmé, sous le charme – écoutez son You figure it out et défaillez donc. Citant à tour de bras l’héritage musicalement revendicatif de Charles Mingus ou de John Coltrane, il était assez logique qu’il saisisse l’opportunité de travailler avec Archie Shepp sur un projet commun : Phat Jam, c’est son nom, ne trahit ni l’un ni l’autre, mais assemble leurs caractéristiques respectives avec bonheur. Et quand on sait qu’en plus, le groupe sera rejoint sur scène par la compagnie de danse sud-africaine Via Katlehong, l’une des plus inventives et explosives représentantes de la danse pantsula, quelque chose nous dit que la soirée s

Continuer à lire

Jouer avec la langue

CONNAITRE | Sauvagement bousculée par l’actualité, la première édition des Détours de Babel s’offre néanmoins à nous avec son lot de promesses artistiques mirobolantes. François Cau

François Cau | Mercredi 30 mars 2011

Jouer avec la langue

Festivals clés de l’agglomération grenobloise, les 38e Rugissants et le Grenoble Jazz Festival ont célébré pendant de nombreuses années de bons et loyaux services la création musicale contemporaine, les émulations entre différentes cultures, les passerelles temporelles et autres échos sonores. Forcément, dans leurs recherches respectives, leurs routes se sont croisées plus d’une fois, jusqu’au point où les responsables de chaque structure, liés de plus par une complicité ne datant pas d’hier, se sont demandés si une mutualisation de leurs forces ne pouvait pas donner naissance à une nouvelle entité événementielle, un festival qui conserverait les spécificités de chacun mais qui tendrait vers l’expérimentation libre de nouvelles formes. Bref, l’application de la formule mathématique popularisée par Jean-Claude Van Damme, 1 + 1 = 1, mais dans le domaine de la musique et de la création contemporaines. Les deux structures se fédèrent donc, investissent leur Centre International des Musiques Nomades créé pour l’occasion, et planchent de concert sur la ligne éditoriale de leur projet commun. Village global Comme son nom le laisse délicatement suppose

Continuer à lire

Au cœur du duel

MUSIQUES | La mode est au ciné-concert. C’est une assertion que l’on formule avec assurance, sans sourciller. La preuve à nouveau avec le passage d’Antiquarks à (...)

François Cau | Lundi 4 octobre 2010

Au cœur du duel

La mode est au ciné-concert. C’est une assertion que l’on formule avec assurance, sans sourciller. La preuve à nouveau avec le passage d’Antiquarks à l’occasion de l’ouverture du festival Ecran Total. Le film, matière à nouvelle bande son, n’est rien moins que le tout premier de Steven Spielberg : Duel, road-movie, «course-poursuite haletante qui s’engage entre un représentant de commerce et un monstre d’acier à travers les étendues désertiques de l’Etat de Californie». Le décor est là, reste à l’habiller de musique. Ce que le groupe, au vu des extraits que l’on a pu visionner, fait avec un talent certain, un sens très sûr de la concordance entre l’image et le son et de l’effet dramatique qui peut – qui doit ? – en résulter. A noter que ce spectacle est le fruit d’une commande passée par la Presqu’île d’Annonay. Et qui dit commande dit, logiquement, quelques moyens à disposition. C’est ainsi qu’Antiquarks, composé de quatre musiciens (percussions, claviers, guitare électrique et basse), se voit accompagné d’un chef d’orchestre et d’un orchestre amateur. Dans les notes d’intention du projet, est soulignée la volonté de faire découvrir une « création originale » grâce à un « film cul

Continuer à lire

La musique dans la peau

MUSIQUES | événement / La Nuit du Rythme fête cette année sa deuxième édition. Le Piment Vert, L’Aremdat et le Club Musique de l’IEP (qu’ils me pardonnent la référence à Zouk (...)

| Mercredi 14 mars 2007

La musique dans la peau

événement / La Nuit du Rythme fête cette année sa deuxième édition. Le Piment Vert, L’Aremdat et le Club Musique de l’IEP (qu’ils me pardonnent la référence à Zouk Machine dans le titre de ce papier) joignent leurs efforts pour vous proposer deux soirées consacrées… au rythme, alias «l’épine dorsale de toute forme d’expression artistique». Etant on ne peut plus d’accord avec cette note d’intention, on soutient l’initiative, prolongement parfait du travail effectué toute l’année au sein de l’ADAEP via (notamment) ses scènes ouvertes slam mensuelles. Le premier temps se déroulera à EVE, avec tout d’abord une conférence (qu’on nous promet aussi pédagogique que pragmatique) sur le thème da la manifestation, animée par le percussionniste Carlo Rizzo ; un échange suivi de la projection du documentaire Rize de l’impayable mais très hype David LaChapelle. Une plongée, esthétisante mais fascinante, dans l’univers du Krumping, danse des rues physique, à la rapidité d’exécution bluffante, créée en réaction aux émeutes ayant suivi la relaxe des flics tabasseurs de Rodney King, histoire de calmer un peu les esprits. La soirée du 9 mars à l’ADAEP quant à elle ouvrira les hostilités en laissant l

Continuer à lire