Le bon genre cannois

ECRANS | Festival / Après cinq jours de compétition de fort bonne facture, une tendance se dégage : le festival de Cannes a laissé de côté les films pour festivals et a fait une place de choix au cinéma du plaisir intelligent. Avec Un prophète de Jacques Audiard en incontestable chef de file. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 18 mai 2009

Photo : "Un prophète" (DR)


L'idée a surgi à la sortie du Taking Woodstock de Ang Lee, excellent film du samedi soir, feel good movie promis à un bel accueil en salles. Ce n'était pourtant que le cinquième long-métrage de la compétition, mais l'intuition que celle-ci avait cette année pour enjeu le retour des films qui d'ordinaire restent à sa porte, paraissait évidente. La veille pourtant, Bright star de Jane Campion, racontant la liaison entre le poète romantique Keats et une jeune fille de bonne famille revue façon pub La Laitière, nous avait échaudé. Mais l'académisme planplan de Campion s'inscrit dans un registre de cinéma culturel ayant ses adeptes et qui, lui aussi, avait déserté la sélection officielle ces dernières années au profit d'un cinéma d'auteur parfois suffisant et autiste. On trouvera sûrement des contre-exemples d'ici à fin du festival (Kinatay de Brillante Mendoza, mélange hallucinant et grotesque d'auteurisme glandeur et de série Z moralisatrice et gore, n'en est pas très loin), mais le programme à venir (Lars Von Trier, Tarantino, Gianolli, Resnais, Noé…) promet encore de belles émotions de spectateur.

Réservoir à gros poissons

Revenons sur le Ang Lee. Ce n'est pas un grand film, loin de là. Mais cette évocation du mythique festival rock par le petit bout de la lorgnette (une famille juive dont le fils a eu l'idée d'héberger le festival, ne se doutant pas que celui-ci allait changer sa vie et obtenir un retentissement mondial) est une comédie extrêmement bien torchée. Lee n'est pas un styliste, et il chasse ici sur les terres de Wes Anderson ; mais il le fait avec une telle vivacité, un tel sens du détail drôle et touchant — il faut voir l'horrible Liev Schreiber en travelo assurant la sécurité du site pour comprendre que le film est souvent irrésistible ! Belle surprise aussi du côté d'Andrea Arnold : on avait beaucoup aimé Red Road, primé ici en 2007 ; Fish Tank confirme que la cinéaste en a définitivement sous le capot. Certes, elle est trop amoureuse de ses plans (fort jolis, il est vrai) pour en sacrifier quelques-uns sur l'autel de la narration, ce qui rend le film un poil trop long. Mais elle possède ce qui fait le propre des grands metteurs en scène : elle sait contrôler les émotions du spectateur pour l'emmener sur des chemins de traverse, de la peur à l'émotion, du rire aux larmes (on en a versé une sur la fin). Et quels acteurs, bon sang, quels acteurs ! Quant à Park Chan-Wook, il est définitivement cinglé. Thirst n'est pas que l'histoire d'un prêtre qui se transforme en vampire : c'est un mélange de Dracula, du Journal d'un curé de campagne, du Facteur sonne toujours deux fois et de La Guerre des Rose dans une forme pop et visuellement époustouflante (épuisante, disent ses détracteurs). C'est trop, bien sûr, et le deuxième tiers est clairement le moins réussi, mais on préfère trop de générosité à trop d'égoïsme. Et la présence de cette comédie noire et baroque en compétition alors que l'autre film coréen marquant du festival, Mother de Bong Joon-Ho (bien, mais plus formaté) se retrouvait à Un certain regard, est là encore un signe fort de la part de Thierry Frémaux.

Prophète en son pays

S'il fallait trouver un étalon provisoire dans cette compétition, c'est de toute évidence Un prophète qui gagnerait le titre. On n'avait pas besoin d'une telle claque pour savoir que Jacques Audiard était un grand cinéaste ; mais avec ce cinquième film, il va falloir s'y faire : il est actuellement en France notre meilleur metteur en scène, juste devant Desplechin. Un prophète, c'est l'histoire de Malik, qui arrive en prison après une énième rixe avec la police, et n'y doit sa survie qu'à l'intervention d'un ponte de la mafia corse (Niels Arestrup, renversant !). Homme sans qualité sachant d'abord à peine aligner trois mots correctement, Malik va se transformer, au cours de ses deux heures trente haletantes, en parrain mais surtout, et c'est ce qui intéresse Audiard, en héros métaphysique. De son premier meurtre, il trimballera le fantôme d'abord menaçant puis curieusement bienveillant, figure shakespearienne et onirique inattendue dans un film au réalisme secouant. Et de cet apprentissage derrière les barreaux, Malik va tirer une leçon qui vaut pour tous : c'est, jusqu'à nouvel ordre, l'intelligence qui domine le monde, pas le bling bling, la politique ou les flingues. Retrouvant sans le vouloir les racines de la République contre la mécanique perverse du communautarisme, Malik finit par élaborer son propre code moral, pliant tous les réflexes de classe et d'ethnie à son désir d'avancer. Mise en scène énergique et somptueuse, acteurs (pour la plupart inconnus) en état de grâce, spectaculaire jaillissement de violence : il y a dans Un prophète tout pour faire un classique instantané du cinéma criminel. De là à en faire une Palme, il faudra franchir un jury souverain — mais, d'un coup, cela paraît presque anecdotique.

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Théâtre - Moi aussi je veux un prophète

SCENES | N’en déplaise à la diplomatie hexagonale, les institutions culturelles fêtent goulûment l’année du Mexique en France. Dans le Nouveau théâtre du 8e qu’elle (...)

Nadja Pobel | Lundi 14 février 2011

Théâtre - Moi aussi je veux un prophète

N’en déplaise à la diplomatie hexagonale, les institutions culturelles fêtent goulûment l’année du Mexique en France. Dans le Nouveau théâtre du 8e qu’elle co-dirige, Sylvie Mongin-Algan monte un texte de la dramaturge contemporaine mexicaine Ximena Escalante. Trois autres créations suivront au printemps. Pour l’heure, les jeudi 17 et vendredi 18 février, il est possible d’apprécier cette «première escale». Un prophète, objet de tous les désirs et toutes les peurs bouscule la vie bien réglée du royaume comme le jeune homme dans le théorème pasolinien. Carlos Torres signe notamment une scénographie et des peintures remarquables. NP

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Prophète en son pays

ECRANS | Cinéma / Pour la première année depuis l’existence de ce classement annuel, un film fait l’unanimité entre la rédaction et les lecteurs du Petit Bulletin, et il est français : "Un prophète" de Jacques Audiard. Bilan surprenant d’une année passionnante. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 17 décembre 2009

Prophète en son pays

On l’a pris une première fois en pleine tronche à Cannes ; une deuxième lors de la venue de son réalisateur Jacques Audiard à Lyon ; et encore une troisième lors de sa sortie en salles. Pas de doute possible : "Un prophète" aura été l’événement cinématographique de l’année, et le retrouver au sommet de notre classement, mais aussi du vôtre, est à peine surprenant. Et pourtant… Qui aurait dit qu’un jour, ce serait un film français qui, pour la première fois depuis l’existence de ce classement, nous mettrait tous d’accord ? Car on en a passé des années à se morfondre sur la production hexagonale, ses comédies merdiques, ses films de genre piteux, son cinéma d’auteur sclérosé, son opportunisme lamentable (c’est la mode du biopic ? En voilà, du biopic… Y a un polar qui a marché ? Allez, tout le monde va faire des polars…) et sa détestable manière de courir après le lièvre américain à coups d’imitations serviles. Mais voilà : 2009 restera comme un cru exceptionnel pour le cinéma français. Les bonnes nouvelles sont arrivées sur tous les fronts : de la comédie, avec l’incroyable suite d’"OSS 117", une série qui vient faire de la résistance dans un cinéma populaire étouffé par les desid

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Un prophète

ECRANS | Choc (et Grand Prix) du dernier festival de Cannes, le cinquième film de Jacques Audiard ose une fresque somptueuse et allégorique où un petit voyou analphabète se transforme en parrain du crime. Après ce Prophète, le cinéma français ne sera plus jamais comme avant… Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 9 juillet 2009

Un prophète

Un cercle de lumière vient faiblement éclairer une partie de l’écran, comme une ouverture à la lampe de poche en lieu et place de l’antique ouverture à l’iris. Il vient éclairer quoi ? Les gestes désordonnés d’un jeune garçon dans un fourgon… Il planque maladroitement dans sa chaussure un billet de cinquante francs. Quelque part dans un XXe siècle finissant, Malik el Djebena s’est fait serrer une fois de trop par la police, pour ce qu’on devine être une agression sauvage lors d’une rixe — on verra plus tard d’impressionnantes cicatrices sur son dos. Ce n’est donc sûrement pas un tendre, mais certainement pas un caïd non plus. Phrasé hésitant, corps voûté, yeux en panique : Malik, papillon nocturne aux ailes brûlées prématurément, s’apprête à passer six longues années en prison. Une condamnation lourde pour ce petit voyou récidiviste, aller simple vers l’enfer des vrais mafieux et des criminels endurcis. Lui qui parle à peine français, qui ne sait ni lire ni écrire, s’avère donc une proie facile pour les affranchis qui l’entourent. Leçons de vie en prison Un prophète, le nouveau et fabuleux film de Jacques Audiard, est donc un

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Cannes blanc

ECRANS | Le jury du festival 2009 a décerné sa Palme d’or au Ruban blanc de Michael Haneke, un des films les plus forts d’une sélection de très haut niveau. Le reste du palmarès, à quelques bizarreries et absents près, est du même tonneau. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 25 mai 2009

Cannes blanc

Montré en milieu de festival, au moment où la sélection partait dans une veine auteuriste moins surprenante que lors des premiers jours, Le Ruban blanc de Michael Haneke a fait forte impression et s’est immédiatement positionné comme Palme d’or potentielle (sinon évidente). Le film, radiographie d’un microcosme protestant dans l’Allemagne de 1913-1914, expose une suite de faits dramatiques a priori déliés et parfois anodins, dont l’issue reste un horizon hors de sa temporalité. Cet horizon visé par Haneke est, comme le dit le narrateur du film, «les événements qui se sont passés dans notre pays». Mais cette référence au nazisme n’est pas nécessaire pour appréhender le discours du Ruban blanc : la dissection patiente de la lâcheté face à un monde qui ne connaît que la répression, des actes des autres mais aussi de ses propres émotions, est aussi un miroir de toutes les sociétés cherchant le repli et le refus du monde. Il faut signaler la forme, impressionnante sinon intimidante, du Ruban blanc : un scope noir et blanc implacable, pour des plans au cordeau comme Haneke n’en avait jamais tourné jusqu’alors. Waltz sans hésitation

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Blog : Suleiman chaud et l’arche de Noé

ECRANS | Samedi 23 Mai

Christophe Chabert | Dimanche 24 mai 2009

Blog : Suleiman chaud et l’arche de Noé

La compétition touche à sa fin et c’est l’heure des pronostics, avant celui des bilans. Niveau palmarès donc, trois films semblent aujourd’hui en mesure de décrocher la Palme : Un prophète de Jacques Audiard, Le Ruban blanc de Michael Haneke et, en cas de surprise raccord avec les deux palmes précédentes, Fish tank d’Andrea Arnold. On pourrait même en ajouter un quatrième, mais on va y revenir dans quelques lignes. Pour la mise en scène, il n’y a que l’embarras du choix, mais récompenser Alain Resnais serait une assez jolie idée. Si Les Herbes folles, film anguille qui glisse délicieusement entre les neurones, n’est pas exactement parfait, les inventions juvéniles de Resnais à la caméra et au montage méritent d’être soulignées. Pour ce qui est du prix d’interprétation masculine, Tahar Rahiq et Niels Arestrup dans le Audiard semblent très bien placés, mais on persiste et on signe concernant la prestation mémorable de Christoph Waltz en officier SS dans Inglourious basterds. Et si Giovanna Mezzogiorno dans Vincere de Bellocchio obtenait le prix d’interprétation féminine, on ne crierait pas au scandale (mais il y a de la concurr

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Blog : Tout sur Bernard

ECRANS | Vendredi 22 mai

Christophe Chabert | Vendredi 22 mai 2009

Blog : Tout sur Bernard

Je ne vais pas raconter ma vie, mais pendant ce festival, je ne crèche pas sur la Croisette, mais à sept bornes de là. Tous les matins, c’est donc dans un bus lambda que je rejoins le Palais des festivals pour attaquer le marathon. Rituel devenu sympa, qui permet de lier connaissance avec d’autres festivaliers, dont ce couple de réalisateurs venus défendre leur court-métrage au ‘short film corner’, et que je salue et remercie pour leur délicieuse conversation cinéphile. Mais ce matin, stupeur et tremblement de joie, qui débarque dans ledit bus ? Bernard Menez ! L’interprète des films mythiques de Jacques Rozier et Pascal Thomas, avec qui, il y a huit ans, j’avais réalisé une interview mémorable, hors de toute actualité, où l’on avait discuté de cinéma, mais aussi de cyclisme (sa passion). La présence de ce passager hors norme à fait son effet, et quand on l’a vu, le soir même, monter les marches en smoking pour voir «À l’origine» de Xavier Gianolli, on se disait que ce festival est quand même un drôle de machin, où tout ou presque peut arriver ! Dans le même registre, entre deux films, les rumeurs couraient dans tous les sens sur la Croisette. Après la présentation du Tarantino

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Blog : Déjà vu

ECRANS | Mercredi 20 mai :

Christophe Chabert | Jeudi 21 mai 2009

Blog : Déjà vu

Il y a, dans un festival de cinéma, des temps forts et des temps morts, des moments où tout le monde reprend son souffle et d’autres où tous les retiennent. Ce qui est curieux, c’est qu’à l’échelle de Cannes, où le moindre buzz s’amplifie en quelques heures, en bien (Les Chats persans le premier jour) ou en mal (le pauvre Lars Von Trier, qui l’a un peu cherché il est vrai). Mais la plupart du temps, le temps mort s’apparente à une sensation persistante de déjà vu. Ainsi, le Almodovar a fait figure de non événement. Beaucoup l’avaient déjà vu, justement, à Paris avant de venir, d’autres se disaient qu’ils attendraient le lendemain pour le voir en salles, où Étreintes brisées sort sur une très large combinaison de copies. Bizarrement, une fois le film vu, l’impression est exactement la même : d’une maîtrise bluffante tant dans la narration que dans la mise en scène, il ne provoque pourtant aucune réelle surprise. On pourrait mettre cela sur le compte de l’effet de signature Almodovar. Son cinéma est devenu extrêmement identifiable en effet, mais de là à dire qu’il est prévisible, c’est y aller un peu fort. Ce qui gène en revanche dans Étreintes brisées,

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Blog : Ô Irène !

ECRANS | Mardi 19 mai :

Christophe Chabert | Mardi 19 mai 2009

Blog : Ô Irène !

Le festival continue peinard. On avait vu Looking for Eric avant de partir, on ne l’avait pas beaucoup aimé (pas du tout, même), mais après le Von Trier, les festivaliers avaient manifestement envie de se détendre. Du coup, cette comédie concept très mineure dans l’œuvre de Loach, a reçu un fort bon accueil sur la Croisette. Dans les sections parallèles, on a bien aimé à ‘Un certain regard’ Le Père de mes enfants de Mia Hansen-Love, alors qu’on détestait son premier film, Tout est pardonné. Et à la ‘Quinzaine’, on a découvert le beau film de Denis Villeneuve Polytechnique, sorte d’Éléphant québécois, ainsi que Les Beaux Gosses, comédie ado de l’excellent Riad Sattouf, bientôt en salles et franchement bidonnant. Et puis le deuxième choc de ce festival : Irène d’Alain Cavalier. Continuant son cinéma en solitaire engagé depuis La Rencontre, le cinéaste septuagénaire l’emmène ici à des hauteurs encore jamais atteintes dans son travail (le mot œuvre lui ferait horreur). Irène, c’est une femme aimée au début des années 70, morte dans un accident de voiture et jamais oubliée par le cinéaste. Il veut faire un film s

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Blog : ça charcle !

ECRANS | Lundi 18 mai :

Christophe Chabert | Mardi 19 mai 2009

Blog : ça charcle !

Pour la plus grande horreur de certains festivaliers, qui ne s’en laissent pas compter en quittant les salles à la première goutte de sang, le festival de Cannes 2009 ne lésine pas sur la violence. Au menu : corps démembré (Kinatay), gorges tranchées (Un prophète, Thirst), gunfights sanglants (Vengeance) et enfin clitoris tranché à coups de ciseaux, masturbation puis éjaculation sanglante, et jambe lestée par une lourde meule après un bon coup de foreuse (Antichrist de Lars Von Trier). Cependant, n’en déplaise aux pères la pudeur qui commencent à perdre patience et à se fâcher tout rouge, toutes ces formes de violence ne sont pas du même ordre. Pas grand-chose de commun entre la violence graphique et déréalisée que l’on trouve chez Park Chan Wook ou Jonnie To et celle, sèche et réaliste, d’Audiard ou Mendoza. Quant à Lars Von Trier, la violence débarque dans son film au milieu d’un lourd projet mystico-psychanalatique avec la souplesse d’un éléphant. Antichrist est certes gonflé (jusqu’à l’aveuglement, voir la dédicace assez hallucinante à Tarkovski à la fin), mais totalement foiré aussi. La première séquence, où un clip au r

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Blog : les choses presque sérieuses commencent

ECRANS | Dimanche 17 mai

Christophe Chabert | Dimanche 17 mai 2009

Blog : les choses presque sérieuses commencent

Dimanche 17 MaiVendredi soir : micro-émeute au très calme 'Un certain regard' avec la présence surréaliste de Lenny Kravitz et de Mariah Carey pour présenter Precious, film clip et bof qui m'a fait piquer du nez lors de sa dernière demi-heure (la faute au retard cumulé par l'hystérie autour des pop stars mais aussi à la prestation de Scorsese en maître es Michael Powell à la séance d'avant. Il se dit partout que le festival en manque, de stars. C'était vrai aujourd'hui puisque le Ang Lee (Taking Woodstock) et le Audiard ont pour héros deux acteurs inconnus. Ils sont formidables, comme les films d'ailleurs, tendance 'feel good' pour Lee, 'feel bad' pour Audiard. La double odyssée d'un mythique festival de rock et d'un parrain moderne qui depuis sa prison, réactive un très pervers ascenseur social par-dessus les réflexes communautaires, sont deux bonheurs de spectateurs. C'est d'ailleurs ça, le dénominateur commun de ce début de compétition. : des films ou circulent le plaisir de faire du cinéma et le plaisir de l'offrir aux spectateurs. Osons le dire : on se fait plaisir dans les salles cannoises, avec ou sans stars... Un prophète

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Blog : classique et classiques

ECRANS | Samedi 16 mai

Christophe Chabert | Samedi 16 mai 2009

Blog : classique et classiques

Je m'étais promis de ne pas m'appesantir sur les ratages et déceptions de la compétition, mais un mot sur la douloureuse expérience Bright star : Jane Campion aligne, dans cette pénible évocation de la passion du poète Keats pour une jeune couturière bourgeoise un catalogue de cliches estampilles film littéraire du plus mauvais effet. En gros, tout le monde parle comme des livres et la mise en scène, à l'académisme criminel, souligne ce manque de chair. Mais ou est passée la réalisatrice sensualiste de La Leçon de piano ? Face a ce classicisme frelate, et plutôt que d'évoquer le complexe Thirst de Park Chan-Wook (plein de défauts mais quand même impressionnant) ou Air doll de Kore-Eda (plutôt décevant), allons faire un tour du côte des classiques et de l'excellente sélection Cannes classics. Avec une putain de claque : Wake in fright de Ted Kotcheff, le réalisateur du premier Rambo qui, en 1970, tournait dans son Australie natale, ce Prisonnier des beaufs buveurs de bière, ce Jacques Rozier chez les rednecks du bush... L'histoire ? Un instituteur veut passer noël avec sa copine à Sidney, mais se retrouve coincé dans un bled o

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Blog : Persans et percées

ECRANS | Vendredi 15 mai

Christophe Chabert | Mardi 22 janvier 2013

Blog : Persans et percées

Vendredi 15 mai : J'ai couru après le Coppola mais ne l'ai jamais rattrapé... Queues monstres pour le film alors que les séances de la compétition restaient clairsemées. Tant pis, tant mieux, il faut activer le plan B... et je me retrouve devant un formidable film iranien, Les Chats persans. Un film tourné clandestinement et qui retrace avec un argument de fiction la difficile réalité du rock underground à Téhéran. Plusieurs bonnes nouvelles sont au programme : malgré la complexité kafkaienne des démarches pour répéter, enregistrer et faire des concerts dans la ville, on voit défiler à l'écran des Strokes ou des Moldy peaches iraniens de fort bonne facture ; même avec une Dv pourrie, Bahman Ghobadi et son chef opérateur réalisent un objet esthétiquement superbe, énergique et ludique ; et, bien que le film dessine un horizon bouché pour ses personnages, Les Chats persans est une comédie noire parfois bidonnante. Bref, le cinéma iranien ne nous avait pas habitué à ça et c'est une sacrée nouvelle ! Autre bon film, celui de l'Anglaise Andrea Arnold, Fish tank. Portrait d'une ado butée qui se rêve danseuse de R'n'B, le film

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Blog : Yes, I Cannes !

ECRANS | Jeudi 14 mai

Christophe Chabert | Jeudi 14 mai 2009

Blog : Yes, I Cannes !

Jeudi 14 mai : Avant d'entrer dans le vif du sujet - j'ai laissé passer Up et le gala d'ouverture et j'attaque avec le Coppola à la Quinzaine des réalisateurs - autant prendre ses marques avec les festivités à venir en tirant quelques plans sur la comète et sur la compétition. Je n'aurais jamais pensé écrire ça de mon vivant mais cette année, c'est la France qui fait envie : Audiard, Noe, Gianolli, Resnais, voilà un quarte réjouissant, surtout quand on pense à ce qu'on a évité - Honoré et Rivette, pas au hasard... Juste derrière, l'Asie avec les nouveaux Johnnie To, Park Chan Wok, Kore-Eda et Bong Joon Ho fait sur le papier forte impression. En élargissant l'angle de vue, on constate que des cinéastes reconnus mais un peu à la peine ces derniers temps reviennent avec des projets ambitieux, notamment Lars Von Trier et Michael Haneke. On en oublie (Tarantino, oui, oui...) mais on oubliera pas d'en parler au fil de ce blog.

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