Ondine

ECRANS | De Neil Jordan (Irl-ÉU, 1h51) avec Colin Farrell, Alicja Bachleda…

Dorotée Aznar | Vendredi 9 juillet 2010

Après les remous de son controversé "A vif", personne n'en voudra à Neil Jordan de se payer un retour aux sources de son Irlande natale, avec ce film humble et rafraîchissant pour qui goûte plus que de raison les “boy meets girl“ sur fond de passion bourrue, de kiff de la pêche et de climat tout pourri. Syracuse (Colin Farrell, toute crinière et accent dublinois dehors) voit son quotidien chamboulé par une mystérieuse jeune fille trouvée dans ses filets de pêche. Quelques faits troublants plus tard, la question se pose plus que jamais : sirène ou pas sirène ? La modestie du projet, l'amour avec lequel Jordan filme son actrice débutante, la peinture lucide de contrées irlandaises encore mâtinées de folklore, autant de raisons d'être magnanime avec "Ondine". Mais une fois la projection terminée et quelques jours passés, avouons qu'il n'en subsiste pas grand-chose… FC

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L’eau à la bouche : "Ondine" de Christian Petzold

ECRANS | Conférencière spécialisée dans l’urbanisme de Berlin, Ondine est brutalement quittée par son amant. Christoph, un scaphandrier, tombe alors sous son charme et (...)

Vincent Raymond | Mercredi 23 septembre 2020

L’eau à la bouche :

Conférencière spécialisée dans l’urbanisme de Berlin, Ondine est brutalement quittée par son amant. Christoph, un scaphandrier, tombe alors sous son charme et entame avec elle une romance. Mais la belle, encore rongée par sa blessure, doit en finir avec son ex-… Histoire sentimentale néo-romantique, songe fantastique rêvé par le scaphandrier, cette variation sur le mythe de la nixe — ou sirène — troquant par amour son royaume contre la terre ferme, évoque (en version aquatique) la situation des anges wendersiens des Ailes du désir, condamnés à porter la mémoire de la ville qu’il survolent, dépositaires de l’histoire des hommes mais incapables d’en partager les affects ni les plaisirs mortels. Ondine est aussi de ces êtres de passage si fréquents dans le cinéma de Petzold permettant à leur partenaire d’accomplir une traversée, mais dont la destinée revêt une dimension sacrificielle les rendant d’autant plus tragiques et… désirables, horrible paradoxe ! Pas étonnant que la fiévreuse Paula Beer ait, pour ce rôle de gardienne de Berlin, conquis l’Ours d’argent de la meilleure interprète à la Be

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« Le cinéma, c’est soit le Rhin, soit la Wupper. Ce film, c’est la Wupper. »

ECRANS | Paula, qu’est ce qui était le plus difficile : ingérer tous les textes de l’historienne ou interpréter des scènes sous l’eau ? Paula Beer : À leur (...)

Vincent Raymond | Mercredi 23 septembre 2020

 « Le cinéma, c’est soit le Rhin, soit la Wupper. Ce film, c’est la Wupper. »

Paula, qu’est ce qui était le plus difficile : ingérer tous les textes de l’historienne ou interpréter des scènes sous l’eau ? Paula Beer : À leur manière, les deux étaient difficiles, et demandaient bien sûr une préparation particulière, parce que sous l’eau on ne peut pas parler : il faut se sentir sûre de soi. Et pour les conférences, bien sûr tout le texte demande plus de préparation, mais il faut savoir qu’Ondine ne va pas seulement tenir une conférence : elle raconte son histoire en racontant celle de la ville. On doit comprendre que cette vieille figure de conte, ce personnage, avait accès à l’eau avant que la ville ne soit construite ; Ondine sait donc pratiquement tout sur la ville. Pour cette raison, tourner sous l’eau et tenir de grandes conférences sont deux difficultés que l’on prévoit avant le tournage bien sûr. Mais il y a des scènes dont on pense parfois qu’elles seront faciles et qui s’avèrent plus compliquées. Le monologue est complexe au cinéma ; or ici, il y en a beaucoup… PB : Dans la plupart des films il y a plutôt des dialogues que de longs textes. C’était particulier et e

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Greta

ECRANS | Serveuse à New York, Frances trouve un soir dans le métro un élégant sac à main. Il appartient à Greta, une excentrique vieille Française qui conquiert vite la (...)

Vincent Raymond | Mardi 11 juin 2019

Greta

Serveuse à New York, Frances trouve un soir dans le métro un élégant sac à main. Il appartient à Greta, une excentrique vieille Française qui conquiert vite la jeune fille. Frances découvre alors combien Greta peut se montrer intrusive et inquiétante. Mais n’est-ce pas déjà trop tard ? Depuis combien de temps n'avait-il pas été plaisant de voir Isabelle Huppert à l'écran ; c'est-à-dire appelée pour autre chose qu'un rôle lui donnant le prétexte d'être soit une victime à la passivité suspecte pour ne pas dire consentante, soit une épave bourgeoise — les deux n'étant pas incompatibles ? Neil Jordan a eu le nez creux en pensant à elle : d'ordinaire agaçantes, les minauderies de son jeu se révèlent ici franchement inquiétantes et servent à asseoir la dualité de son personnage de prédatrice : sous des dehors lisses et respectables, sans âge, Greta tient du vampire, auquel il ne faut jamais ouvrir sa porte si l'on veut s'en prémunir, mais qui ne vous lâchera pas si vous l'invitez chez vous. Jordan s'y connaît sur le sujet. Le terme a beau paraître galv

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L'Affaire Roman J.

ECRANS | Issu du militantisme afro-américain, vêtu comme l’as de pique et passant ses journées dans ses dossiers, l’avocat Roman J. Israel est un excellent (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

L'Affaire Roman J.

Issu du militantisme afro-américain, vêtu comme l’as de pique et passant ses journées dans ses dossiers, l’avocat Roman J. Israel est un excellent procédurier, mais un maladroit plaideur. À la mort de son patron, un cabinet de prestige le recrute pour ses talents. Il va alors “changer”… Ce film-marathon semble hésiter à cerner son sujet, comme à croquer son personnage principal dont le caractère girouette plus vite qu’un Dupont-Aignan en période électorale. Présentant de nombreuses caractéristiques de certains syndromes d’Asperger (mémoire hallucinante, sociabilité “particulière”, attachement à des rites…), la probité et le désintéressement d’un saint, Roman J. Israel oublie brusquement tous les préceptes ayant gouverné son existence pour commettre une action contraire à l’éthique. En plus d’être improbable, ce retournement psychologique s’accompagne d’une métamorphose physique aussi absurde que le costume hors d’âge / vintage dont ce pauvre avocat est affublé. L’idée initiale de confronter l’idéalisme d’un juriste de bureau versé dans les droits civiques aux requins de prétoire

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Mise à mort du cerf sacré

ECRANS | Steven forme avec Anne un couple huppé de médecins, parents de deux enfants éclatants de bonheur et de santé. Jusqu’à ce que Martin, un ado orphelin de père dont (...)

Vincent Raymond | Mardi 24 octobre 2017

Mise à mort du cerf sacré

Steven forme avec Anne un couple huppé de médecins, parents de deux enfants éclatants de bonheur et de santé. Jusqu’à ce que Martin, un ado orphelin de père dont Steven s’est bizarrement entiché, ne vienne jeter l’anathème sur leur vie en imposant un odieux chantage… Cannes 2017, ou l’édition des épigones : pendant que Östlund lorgnait du côté de Haneke avec The Square, Lánthimos jetait d’obliques regards en direction de Lars von Trier avec cette tragédie talionnesque et grandiloquente, où un pécheur — en l’occurrence un médecin coupable d’avoir tué un patient par négligence — se voit condamné à subir une punition à la mesure de sa faute. Mais quand Lars von Trier cherche à soumettre ses personnages à une épreuve, son confrère semble davantage enclin à éprouver son public en usant de basse provocation. Lánthimos aime en effet donner dans le sacrificiel symbolique, ne rechignant pas au passage à un peu d’obscénité putassière : Martin se livre donc ici à une imprécation liminaire, annonçant l’agonie des enfants, afin qu’on “savoure” le plus longtemps poss

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Dead man down

ECRANS | Où vas-tu Colin Farrell ? Sur le déclin après avoir touché la grâce dans Miami vice, l'acteur au regard d'enfant égaré s'est perdu. A nouveau en galère dans Dead (...)

Jerôme Dittmar | Vendredi 29 mars 2013

Dead man down

Où vas-tu Colin Farrell ? Sur le déclin après avoir touché la grâce dans Miami vice, l'acteur au regard d'enfant égaré s'est perdu. A nouveau en galère dans Dead man down, on se demande si ce n'est pas cuit pour lui à force d'enchainer nanars et remakes balourds. Polar foireux débutant comme un thriller crypté avant de vite bifurquer vers un double récit de vengeance bien mal mené, Dead man down ne tient en effet aucune de ses promesses. Et ce n'est pas Niels Arden Oplev, auteur du déjà pas fameux Millénium suédois, qui sauve les meubles. Le réalisateur a beau tenter de donner un peu d'âme et d'espace à ses personnages (un immigré hongrois et une femme victime d'un accident), là où devraient naître zones d'ombres et ambiguïtés se multiplient les rebondissements patauds. Prisonnier d'un scénario sans latitudes et réduisant ses enjeux à la nullité de sa petite mécanique, Dead man down débouche là où risque de finir la carrière de Farrell : dans l'indifférence totale. Jérôme Dittmar

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7 psychopathes

ECRANS | Dans 7 psychopathes, Colin Farrell incarne un scénariste alcoolique, coincé sur un script intitulé 7 psychopathes. Du coup, il ne faut pas avoir fait de (...)

Christophe Chabert | Mardi 22 janvier 2013

7 psychopathes

Dans 7 psychopathes, Colin Farrell incarne un scénariste alcoolique, coincé sur un script intitulé 7 psychopathes. Du coup, il ne faut pas avoir fait de hautes études pour oser l’identification entre le personnage et l’auteur du film, Martin McDonagh — même si on ne sait rien de ses penchants pour la bibine. En revanche, quand on voit Farrell et son pote taré (Sam Rockwell, au-delà du cabot) devant un Kitano au cinoche, alors que le précédent film de McDonagh, Bons baisers de Bruges, se référait avec malice au Sonatine du maître Takeshi, il n’y a plus de doute sur le degré de mise en abyme. Le problème, comme souvent dans ce genre de projets où l’écriture de la fiction et sa mise en scène à l’écran se fondent l’une dans l’autre, c’est de conserver une rigueur narrative là où le grand n’importe quoi est évidemment autorisé. Alors que McDonagh n’a même pas encore tiré le portrait des sept psychopathes du titre, le voilà déjà en train d’en fusionner deux en un, puis d’en faire le co-auteur de l’histoire des autres psychopathes… Vous n’y comprenez rien ? Normal, le film cherche la confusion et broie dans son délire tous ses atouts,

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Fright night

ECRANS | Dans le genre perdu d’avance, Fright night se pose quand même bien là. Un remake d’un (tout petit) classique de la série B des années 80 (Vampire, vous avez (...)

Dorotée Aznar | Lundi 12 septembre 2011

Fright night

Dans le genre perdu d’avance, Fright night se pose quand même bien là. Un remake d’un (tout petit) classique de la série B des années 80 (Vampire, vous avez dit vampire ?), gonflé en 3D, écrit par la scénariste du catastrophique Numéro quatre et mis en boite par un réalisateur anodin MAIS estampillé Sundance. Du coup, pour qui n’en attend strictement rien, le film se révèle être une (toute petite) surprise. Passée une installation pantouflarde, où l’on appréciera quand même le traitement adorablement caricatural de la figure du geek, Craig Gillepsie passe la vitesse supérieure pour livrer un divertissement honnête, qui se suit sans trop de douleur. Le spectateur se voit même gratifié de climax correctement filmés, avec en bonus un plan-séquence qui fait son petit effet. Dans leur rôle respectif, Colin Farrell et David Tennant en font des caisses, le premier en playboy redneck exagérément viril, trahissant des rictus à la Garth de Wayne’s World dès qu’il montre les crocs, le second en rock star ringarde de la magie en voie de rédemption, mais leur performance colle parfaitement à l’esprit du film. Soit une relecture contemporaine de l’original, qui ne se prend pas au sérieux, san

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Les Chemins de la liberté

ECRANS | Avec "Master and Commander", Peter Weir renouait avec la splendeur oubliée du cinéma d’aventure. Majestueux, épique, iodé, intelligent, précis, ce grand film de (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 21 janvier 2011

Les Chemins de la liberté

Avec "Master and Commander", Peter Weir renouait avec la splendeur oubliée du cinéma d’aventure. Majestueux, épique, iodé, intelligent, précis, ce grand film de flibustier au style vigoureux et réaliste noyait, un peu, les aléas de la carrière américaine du cinéaste. Sept ans plus tard, l’auteur de "Gallipoli" revient aux tourments de la guerre avec "Les Chemins de la liberté". Le film, inspiré d’un roman, a toutes les clés en main pour synthétiser sous une forme épurée le cinéma de Weir. Une période historique charnière : la Seconde Guerre mondiale. Un territoire vaste et riche d’enjeux politiques : l’Union Soviétique, depuis ses goulags staliniens jusqu’aux confins de ses pays satellites. Et des hommes dont la bravoure vaut comme une leçon de liberté : un groupe de prisonniers parcourent des milliers de kilomètres, de la Sibérie jusqu’à l’Inde, afin d’échapper aux communistes. Sauf que la promesse d’un grand survival en terrain hostile qui referait, à pied et avec pragmatisme, l’épreuve géographique du totalitarisme, a du mal à tenir sa feuille de route. Koh-Lanta Le cinéma de Weir s’est bâti sur la cohabitation entre un esp

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Eyes of war

ECRANS | Mark, photographe de guerre anglais, part avec son collègue et ami David au Kurdistan en 1988 pour y couvrir la guerre menée par Saddam Hussein. Il (...)

Christophe Chabert | Vendredi 11 juin 2010

Eyes of war

Mark, photographe de guerre anglais, part avec son collègue et ami David au Kurdistan en 1988 pour y couvrir la guerre menée par Saddam Hussein. Il revient seul, blessé et traumatisé ; mais qu’est-il donc arrivé à son pote ? Curieusement, là où le spectateur a déjà et la question et sa réponse, les personnages de "Eyes of war", y compris la copine enceinte de David, ne semblent pas plus perturbés que cela par cette absence. C’est la première aberration scénaristique de ce film sans queue ni tête, bourré de clichés, incroyablement lourdaud et d’une complaisance cradingue sous couvert de témoignage indigné. Tanovic, en roue libre depuis "No man’s land", est le seul à ramer pendant le naufrage : les acteurs semblent conscients du désastre, tentant d’y mettre de l’ironie avant d’être à leur tour submergés par le torrent psychodramatique que le cinéaste leur déverse dessus. À fuir absolument ! CC

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