Winter's bone

ECRANS | De Debra Granik (ÉU, 1h40) avec Jennifer Lawrence, John Hawkes…

Christophe Chabert | Mercredi 23 février 2011

Invitée surprise des prochains oscars, cette production indépendante joue l'exotisme à l'envers : il montre un bout d'Amérique inédit sur les écrans, celle des bicoques délabrées d'un Missouri brumeux et boueux, et les familles pauvres qui les habitent. Le meilleur du film de Debra Granik est d'ailleurs dans ses séquences purement ethnologiques et documentaires. Elle y greffe par-dessus une fiction qui a tendance à affadir l'ensemble par un misérabilisme appuyé. Le puits de poisse qui s'abat sur cette adolescente refusant, pour protéger sa famille, de courber l'échine face à la violence, le machisme et la corruption, aurait mérité une touche d'humour, d'onirisme ou d'innocence ; une distance, celle que David Gordon Green avait trouvée dans son beau (et trop peu vu) "L'Autre Rive".
CC

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Ego tripes : "Mother !" de Darren Aronofsky

Thriller | Thriller fantastique aux échos polanskiens, cette réflexion sur les affres effroyables de la création est aussi une puissante création réflexive. Et le récit du voyage aux enfers promis à celles et ceux qui gravitent trop près autour d’un·e artiste. Métaphorique et hypnotique.

Vincent Raymond | Mardi 12 septembre 2017

Ego tripes :

Un poète en panne d’écriture vit à l’écart du monde dans la vaste demeure que sa jeune et aimante épouse achève de rafistoler. L’arrivée d’un couple d’inconnus perturbe leur intimité. Mais si la maîtresse de maison est troublée par ces sans-gênes, le poète se montre des plus exaltés… À croire qu’une internationale de cinéastes s’est donné pour mot d’interroger les tourments de l’inspiration littéraire : après Jim Jarmusch (Paterson), Pablo Larraín (Neruda), Mariano Cohn & Gastón Duprat (Citoyen d’honneur), voici que Darren Aronofsky propose sa vision du processus d’écriture. Vision divergée, puisqu’épousant les yeux de la muse plutôt que celle de l’auteur. Mais pas moins douloureuse : afin d’accomplir l’œuvre lui permettant d’être sans cesse adulé par ses lecteurs, le poète va vampiriser son entourage jusqu’aux derniers sangs, avec l’ingratitude égoïste d’un saprophyte. Gore allégorique Si dans Black Swan, l’acte créat

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X-Men : Apocalypse : le patron, c'est Bryan Singer

ECRANS | En mettant ses mutants aux prises avec le premier d’entre eux, Apocalypse, Bryan Singer boucle une seconde trilogie des X-Men épique. Et montre que, de tous les réalisateurs de productions Marvel déferlant sur les écrans ces temps, c’est bien lui le patron.

Vincent Raymond | Mardi 17 mai 2016

X-Men : Apocalypse : le patron, c'est Bryan Singer

Lorsqu’une franchise achemine sur les écrans son huitième opus en seize années d’existence, le plus docile et bienveillant des spectateurs est fondé à émettre quelque inquiétude quant à la pertinence du film. Heureusement, il existe des exceptions ; des sagas parvenant à coup de rebondissements intrinsèques à dépasser le stade de la “suite” et de la resucée, sachant se réinventer ou créer une singularité — James Bond en est un parangon. Dans le vaste univers Marvel (en expansion continue), la tradition (du tiroir-caisse) impose à une série de se développer par ramifications autour de ses personnages-phares, puis de faire tabula rasa en lançant un reboot… tout en s’affadissant. Sauf pour X-Men, îlot d’exception dans un océan tanguant vers les rivages du morne ordinaire. Oh, cela ne signifie pas que l’ensemble de l’octalogie mérite d’être portée aux nues (un ventre mou modelé par Brett Rattner et Gavin Hood la plombe), mais elle présente, outre sa remarquable longévité, une capacité à absorber ses propres spin-off (Wolverine) et reboots (Days of Future Past) pour les fondre dans une masse paradoxalement homogène.

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X-Men : Days of future past

ECRANS | Pour son retour à la mythologie X-Men, Bryan Singer signe un blockbuster stimulant visuellement, intellectuellement et politiquement, où il se plaît à courber l’espace et le temps, dans sa narration comme dans la chair de ses plans. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

X-Men : Days of future past

Un futur dévasté, peuplé de camps et de charniers, où humains et mutants sont ensemble victimes de robots (les Sentinelles) capables d’imiter les éléments et les métaux ; et l’Amérique des années 60, encore traumatisée par la mort de Kennedy et en pleine crise du Vietnam, où Nixon développe sa politique réactionnaire et où les mutants commencent à se structurer en mouvement révolutionnaire. Le défi de ce X-Men : Days of future past, basé sur l'un des plus fameux arcs narratifs du comic book d'origine (signé Chris Claremont et John Byrne en 1981), consiste à replier le futur sur le passé en une seule temporalité fictionnelle, enjambant le présent qui avait été celui de la première trilogie et dont Bryan Singer avait su tirer de stupéfiants blockbusters engagés et personnels, bourrés de sous-textes et développant ses personnages comme autant d’icônes de la culture populaire. Ce nouveau volet, qui marque son retour aux manettes mais aussi en grande forme après les déconvenues Superman et Jack le chasseur de géants, en ajoute une poignée dès son ouverture, impressionnante. Au milieu d’un décor en ruines, une mutante aide ses camarades à co

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Hunger Games : l’embrasement

ECRANS | Le premier volet de Hunger Games n’était pas fameux, mais il était curieux. Par ses choix de mise en scène presque arty, mais aussi par la fascination (...)

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

Hunger Games : l’embrasement

Le premier volet de Hunger Games n’était pas fameux, mais il était curieux. Par ses choix de mise en scène presque arty, mais aussi par la fascination totale de son réalisateur Gary Ross envers Jennifer Lawrence, qu’il filmait sous toutes les coutures, en action ou en train de ne rien faire, iconisant à l’extrême son héroïne dans un film qui, par ailleurs, n’allait au bout de rien. Entre les mains de Francis Lawrence, ce Battle royale pour les nuls vire à la catastrophe light, se transformant en une énième série télé pour grand écran où tout devient lisse : enjeux, personnages, violence — inexistante —, sexualité — il faut voir comment on filme une fille se dénudant pour comprendre le degré de puritanisme dans lequel s’enfonce ce cinéma mainstream pour ado… Surtout, passées les vingt premières minutes qui essaient vaguement de retrouver les questions politiques timidement soulevés par la première partie, Hunger Games : l’embrasement ne fait qu’en reprendre le déroulé hyper attendu, renouvelant ses seconds rôles — forcément, les autres se sont tous faits dessouder dans le précédent — sans arriver à les développer au-de

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The Sessions

ECRANS | De Ben Lewin (ÉU, 1h35) avec John Hawkes, Helen Hunt, William H. Macy…

Christophe Chabert | Mardi 26 février 2013

The Sessions

John Hawkes est un peu l’acteur que l’on remarque tout le temps mais qui, d’ordinaire, cherche à ne pas se faire remarquer. On a croisé son visage émacié et son bouc bien taillé dans des séries comme 24, Deadwood ou Lost, puis en homme de ménage dans Contagion et en gourou séduisant et inquiétant dans Martha Marcy May Marlene ; récemment, il était un des trois lobbyistes de Lincoln. The Sessions le voit passer en pleine lumière pour un rôle à Oscar — comprenez, à handicap — celui d’un homme contraint de vivre dans un poumon d’acier suite à une poliomyélite. Salué comme un poète important, il veut connaître les joies du sexe avant sa mort. Avec la bénédiction d’un prêtre très ouvert d’esprit, il passe une petite annonce et voit débarquer une thérapeute un peu spéciale qui va lui proposer des sessions de travaux p

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Happiness therapy

ECRANS | Des personnages borderline dans une comédie romantique dont la mise en scène s’autorise à son tour toutes les hystéries visuelles : David O’Russell fait dans le pléonasme et l’emphase pour camoufler sa progressive absorption par la norme hollywoodienne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 25 janvier 2013

Happiness therapy

Pat Solotano est bizarre. Il faut dire qu’il a sauvagement tabassé l’amant de sa femme quand il les a découverts nus sous la douche en rentrant de son boulot. Complètement cinglé selon les uns, temporairement perturbé selon les autres, en voie de rémission selon lui-même, on lui donne une chance de sortir de l’asile où il a atterri pour échapper à la prison, et le voilà revenu chez ses parents. Eux aussi sont un peu bizarres : la mère est surprotectrice, le père est bourré de tocs. Même ses amis sont bizarres, à leur façon : un couple très dépareillé qui ne trouve son équilibre qu’en ravalant ses frustrations, et une jeune veuve devenue nymphomane et obsédée par l’idée de réussir un concours de danse. Pour ceux qui ne le sauraient pas, David O’Russell est aussi un type bizarre : à l’époque de son manifeste cinématographique hermétique (J’♥ Huckabees), il donnait ses interviews pieds nus et dans une sorte de transe méditative. Happiness therapy veut faire de cette bizarrerie généralisée la matière à un renouveau de la comédie romantique. Les personnages y chercheraient une forme d’équilibre par le chaos psychologique ambiant, et les codes les plus attendus

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Martha Marcy May Marlene

ECRANS | Portrait d’une adolescente s’échappant d’une communauté dirigée par un gourou séduisant et dangereux, le premier film de Sean Durkin exprime par sa mise en scène, mentale et envoûtante, la confusion de son héroïne. Brillant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 23 février 2012

Martha Marcy May Marlene

Martha Marcy May Marlene pourrait être un drame à sujet sur les dérives sectaires de l’Amérique profonde ; mais Sean Durkin a une ambition bien plus grande qu’un simple réquisitoire contre la confusion des valeurs américaines et ses conséquences sur une jeunesse déboussolée. Son premier film est surtout, à la manière de La Solitude des nombres premiers l’an dernier, une tentative pour retranscrire le trouble mental de son héroïne Martha. C’est son vrai prénom, mais le gourou de la communauté dans laquelle elle a fui ce qui lui reste de famille l’a rebaptisée Marcy May. Quant à Marlene, c’est le nom que chacune de ses ouailles emprunte pour répondre au téléphone et pister de futures proies. L’horreur est bien là : le viol initial au prétexte d’une libération du corps, le bourrage de crâne qui conduit à se départir de son libre-arbitre et de son identité ; mais le cinéaste ne la livre jamais que par fragments intercalés en flashbacks dans un récit centré sur la reconstruction de Martha. En effet, celle-ci a réussi à s’évader et s’est réfugiée chez sa sœur L

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