Acteur du crépuscule

ECRANS | Film du mois dans la Ciné-collection du GRAC, "Le Feu follet" de Louis Malle (à qui l’Institut Lumière rendra aussi hommage ce trimestre) est un magnifique portrait de son acteur, Maurice Ronet, aussi énigmatique que mésestimé. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 25 mars 2011

Quand René Clément réunit dans Plein soleil Maurice Ronet et Alain Delon, a-t-il conscience de leur faire jouer à l'écran un scénario qui, métaphoriquement, sera celui de leurs carrières respectives ? Dans le film, la star Delon assassine et prend la place de l'acteur Ronet, tout comme ce film sorti à l'époque de la Nouvelle Vague amorce la mutation d'un cinéma populaire français résistant aux assauts de la politique des auteurs. Maurice Ronet, avec sa beauté ombrageuse et son port de grand bourgeois, sera éclipsé par le charme éclatant et le naturel éblouissant du soleil Delon. Ils se recroiseront pourtant deux fois par la suite, dans La Piscine de Jacques Deray qui rejoue la rivalité de Plein soleil en l'inversant, et dans Mort d'un pourri de Georges Lautner, où Ronet n'est que l'ami député vite assassiné d'un Delon qui s'improvise justicier face à l'état corrompu. Face à l'insolente santé de Delon, Ronet paraît alors avoir mille ans et éprouvé mille épreuves, déjà un peu de l'autre côté. Quelques années plus tard, sa confrontation avec Patrick Dewaere dans Beau-père fait le même effet ; Ronet y est bouleversant, visiblement déjà rongé par la maladie. Dewaere le précèdera pourtant de quelques mois dans la tombe, dans un tour ironique du destin.

Il ne fait que passer

Au cœur de la filmographie, très éclectique et inégale, de Maurice Ronet, un rôle semble résumer ce programme tragique : Le Feu follet (1963) de Louis Malle. Adaptant fidèlement un livre fort du sulfureux Pierre Drieu La Rochelle, Malle signe sans doute son meilleur film, le plus sincère et le plus immédiat. Alain Leroy sort d'une cure de désintoxication et décide de se suicider. Mais avant de commettre ce geste fatal, il va retrouver ses anciens amis pour leur dire sa vérité, ses vérités. Malle accompagne un Ronet évidemment désespéré, mais aussi incroyablement vivant, ironique, mordant, amoureux, cynique. Le cinéaste, qui l'avait révélé au grand public dans Ascenseur pour l'échafaud, lui offre ainsi un magnifique cadeau empoisonné : un rôle exceptionnel qui laisse apparaître toute l'étendue de son talent, mais qui le condamnera ensuite à des personnages sombres, torturés ou manipulateurs. Des personnages qui s'excluent du monde ou qui le prennent de haut, comme si l'acteur n'avait jamais pu sortir de la peau de ce feu follet, rejouant sans cesse le cérémonial de celui qui sait qu'il va mourir. C'est la beauté a posteriori du film de Malle — qui en possède beaucoup d'autres bien présentes à l'écran.

Le Feu follet
Dans les salles du GRAC, du vendredi 1er avril au lundi 9 mai

entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Un rare Louis Malle au Bellecombe

ECRANS | Tourné dans la foulée de Lacombe Lucien, Black Moon (1975) est l’ultime long-métrage que Louis Malle va signer en France avant de s’exiler aux États-Unis (...)

Vincent Raymond | Jeudi 8 octobre 2020

Un rare Louis Malle au Bellecombe

Tourné dans la foulée de Lacombe Lucien, Black Moon (1975) est l’ultime long-métrage que Louis Malle va signer en France avant de s’exiler aux États-Unis pour quelques années — au reste, on n’y cause plus français, ni plus beaucoup d’ailleurs dans cette variation sur Alice au pays des merveilles automnale qui rappelle par son ambiance onirique semi-cauchemardesque La Dernière fugue que signera Chabrol deux ans plus tard. Superbement photographiée par le génial Sven Nykvist, cette rêverie située à la campagne et pendant une campagne militaire (de guerre entre hommes et femmes) envoûte par son charme abstrait et ses échos psychanalytiques. Météorites le sort de l’éclipse où il se cachait pour le proposer en une conjonction spéciale au cinéma Bellecombe (Lyon 6e) le vendredi 9 octobre à 19h. À voir !

Continuer à lire

Delon, de l’ombre au Plein soleil

ECRANS | Séquence émotion au cours du dernier festival de Cannes : en séance de clôture de Cannes Classics, Alain Delon vient présenter la version restaurée de Plein Soleil (...)

Christophe Chabert | Jeudi 4 juillet 2013

Delon, de l’ombre au Plein soleil

Séquence émotion au cours du dernier festival de Cannes : en séance de clôture de Cannes Classics, Alain Delon vient présenter la version restaurée de Plein Soleil — à redécouvrir cette semaine au Comœdia. On s’attend à voir l’éternel délire mégalo de l’acteur prendre toute la place mais, surprise, le voici au bord des larmes, submergé par l’émotion, évoquant René Clément comme celui sans qui sa carrière n’aurait pas été celle qu’elle est. En effet, Clément est celui qui a fait de Delon une star, le faisant basculer de son statut de second rôle dans des films populaires à celui de comédien majeur dont le magnétisme noir aspire tout sur son passage. De plus, Plein soleil inscrit à même son intrigue ce passage de l’ombre à la lumière. Delon y est Tom Ripley, mais dans les premières séquences, Tom Ripley n’est pas grand chose. Juste un petit escroc que l’on paie 5000 dollars pour convaincre Philippe, un riche héritier, de cesser sa vie de playboy sous le soleil italien pour revenir dans ses pénates familiales. Ripley fait ce qu’il peut pour accomplir sa mission, mais il est renvoyé dans les

Continuer à lire

Soleil Clément

ECRANS | La synergie entre Positif et l’Institut Lumière, devenue co-éditrice de cette excellente revue, continue avec la nouvelle programmation de la rue du (...)

Dorotée Aznar | Dimanche 29 janvier 2012

Soleil Clément

La synergie entre Positif et l’Institut Lumière, devenue co-éditrice de cette excellente revue, continue avec la nouvelle programmation de la rue du premier film. Alors que Positif publie ce mois-ci un dossier consacré à René Clément, l’Institut propose une passionnante rétrospective de son œuvre, qui ne se limite pas à ses films les plus célèbres (La Bataille du rail, Le Père tranquille, Jeux interdits ; que du très bon !). Monsieur Ripois, Les Maudits, l’étonnant La Course du lièvre à travers champs, son dernier film, introuvable et intrigant, La Baby sitter et même ses courts-métrages seront aussi présentés. Mais pour inaugurer cet hommage, c’est bel et bien un classique indémodable qui sera montré au public : Plein soleil (1960), adapté de Patricia Highsmith, où Alain Delon campe pour la première fois à l’écran (avant Dennis Hopper, Matt Damon ou John Malkovich) l’escroc séduisant et pervers Tom Ripley. Dans ce modèle de film noir, l’acteur, au sommet de sa beauté et de son charisme, ose endosser un personnage complexe, qui tue et usurpe l’identité de l’homme qu’il devait ramener au ber

Continuer à lire