Cannes Jours 4 et 5 : Les yeux (et tout le reste) mouillés

ECRANS | Lawless de John Hillcoat. Jagten de Thomas Vinterberg. Like someone in love d’Abbas Kiarostami. Amour de Michael Haneke.

Christophe Chabert | Lundi 21 mai 2012

Ce festival de Cannes restera sans doute dans les mémoires pour au moins une raison : la météo particulièrement capricieuse. La journée de dimanche aura été pour le moins agitée : traversée épique de la Croisette sous des bourrasques qui retournaient les parapluies et faisaient s'effondrer les barrières, queue interminable dans des files d'attente de gens frigorifiés et trempés jusqu'à l'os (et sans rouille), arrivée dans le Palais surpeuplé transformé en camps de réfugiés connectés (les réseaux sont saturés cette année, chacun étant venu minimum avec un ordi, un smartphone et une tablette !) et patinoires à l'entrée des salles lorsque tout le monde referme son pépin, créant une mare glissante pour les festivaliers. Le plan vigipirate draconien en a volé en éclats : plus personne ne fouillait rien du tout, tellement la situation devenait critique.

Mieux vaut en rire, d'autant plus que la compétition continue clopin clopant. Ce fut d'abord le redoutable Lawless de John Hillcoat. Pour ceux qui se demandaient après le raté La Route ce que le réalisateur, autrefois brillant, avait dans le ventre, le film apporte une réponse cinglante : il semble avoir décidé de rejoindre l'écurie des yes men pseudo-indépendants. Ce western scénarisé par un Nick Cave qui ferait mieux de se consacrer à sa carrière musicale (elle-même déclinante) fait peine à voir, et ce dès les premières minutes. Hillcoat reconstitue l'époque de la prohibition avec un soin méticuleux : les bicoques, les fringues, les pétoires et même les bocaux dans lesquels on buvait la gnole clandestine, tout ça sent l'authentique (donc l'académisme décoratif) et on s'étonne de croiser au milieu de ce musée des êtres humains. Hillcoat en fait il est vrai peu de cas : on se contrefout de l'enjeu dramatique principal, à peu près autant que des sous-intrigues amoureuses, et les comédiens sont en roue libre.

À part Gary Oldman, dont le personnage disparaît mystérieusement du récit après deux scènes réussies (les seules du film), c'est open bar pour la performance la plus délirante. Grand vainqueur : Guy Pearce en méchant gominé avec la raie sur le côté, aux costards impeccables et aux manières très queer. Deuxième : Tom Hardy. Il faut dire que son personnage, dont l'invincibilité devrait être mythologique mais se transforme, au gré du j'm'en foutisme général en running gag pitoyable, est bien gratiné. Pas très loquace au début, il finit par émettre des grognements une fois sa gorge tranchée puis recousue à la zob. Rires. Enfin, pour fermer le podium, mais ce n'est pas une surprise : Shia La Beouf, inexpressif comme d'hab', mais là c'est plus grave car c'est bien lui qui est supposé endosser toutes les acmés du récit. Depuis Josh Hartnett dans Le Dahlia noir, on n'avait pas vu erreur de casting aussi criante. Bref, Lawless, ce n'est même pas un bon divertissement mainstream ; c'est à peu près rien.

«Qu'est-ce que ça fout en compétition ?», fut la question la plus entendue à la sortie de la projo. Mais elle se posait aussi à propos de Jagten de Thomas Vinterberg, pourtant d'une toute autre facture et ambition. On peut même le trouver plutôt pas mal, ce nouveau film du réalisateur de Festen… Il est vrai qu'il y a là-dedans un authentique savoir-faire, une écriture, une élégance dans la manière de filmer et des comédiens excellents, dont Mads Mikkelsen (mais pas seulement). Vinterberg nous présente une petite communauté rurale danoise, où les hommes sont tous des chasseurs et les femmes de dociles épouses au foyer s'occupant plus ou moins bien de leurs gamins. Au milieu, Lucas fait tache : il est divorcé, n'a pas la garde de son fils, est discret, cultivé, attentionné. Il travaille au jardin d'enfants et c'est sa gentillesse qui va le perdre. Un jour, une petite fille l'accuse à tort de lui avoir «montré son zizi».

Vinterberg a au préalable soigneusement posé les fondements du drame à venir : la révélation fait boule de neige, et Lucas devient la cible d'un ostracisme général de la communauté. Malgré ses dénégations, l'enquête de la police et même la volte-face de la gamine, personne n'écoute plus personne, tout le monde s'enfonce dans ses préjugés. À partir de là, le film déploie un vaste dossier sur «Doit-on sacraliser la parole des enfants ?», avec en guise de problématique secondaire : «La pédophilie : problème réel ou parano latente ?». Le drame d'Outreau a, pour nous Français, déjà largement répondu à ces questions, mais il semble qu'il faille encore les aborder, si possible en enfonçant les portes ouvertes et en se livrant à quelques manipulations cinématographiquement efficaces, moralement douteuses. Ainsi, devait-on forcément en passer par une telle bêtise crasse de tous les personnages (alcooliques, rustres, négligents, sourds et aveugles à la légitime présomption d'innocence) ? En divisant si clairement le monde du film en deux camps (Lucas et son fils d'un côté, le reste de l'autre), Vinterberg ne donne aucune prise à l'incertitude ou à la réflexion : seul compte pour lui la démonstration, et ce n'est pas l'ambivalence de la scène finale qui y change quoi que ce soit. On est autant face à une habile pirouette de scénariste qu'à une véritable remise en perspective des événements.

Après le film qui ne sert à rien et le film qui veut absolument servir à quelque chose, il manquait un prototype de film cannois pour parfaire ce tableau peu reluisant : celui du film d'auteur qui n'a plus rien à dire mais qui continue tranquillement à profiter d'un producteur généreux pour lui faire les poches. Abbas Kiarostami, dont on soupçonne depuis belle lurette qu'il est un sacré escroc, a pris cette place avec le très «What the fuck ?» Like someone in love. Après avoir fait le tour de la Toscane dans Copie conforme (insupportable de prétention théorique et totalement vide de cinéma), il se téléporte au Japon pour filmer une sorte de marivaudage sans début, ni milieu, ni fin, en quasi temps réel et la plupart du temps en voiture. La première séquence donne le ton : Akiko s'engueule avec son boyfriend au téléphone, discute avec sa meilleure amie, puis accepte de mauvaise grâce d'aller jouer l'escort girl pour son vieux souteneur chez un professeur vivant à une heure de Tokyo. Ça parle, ça parle, ça parle, on ne comprend pas tout, mais c'est joli. Ensuite, elle prend le taxi, et écoute les sept messages sur sa boîte vocale, dont cinq proviennent de sa grand-mère venue lui rendre visite et poireautant à la Gare depuis le début de la journée.

Kiarostami éclaircit avec une certaine adresse le passé et le présent de son héroïne, sans trop en dire, mais sans non plus laisser le spectateur dans le brouillard. Ensuite, il ne se passe plus grand-chose, le film faisant entrer le vieux prof puis le boyfriend énervé dans la danse, le temps de quelques gros blocs de dialogue pas forcément désagréables à regarder et à entendre. Et puis c'est tout. Le film nous claque sèchement la porte au nez au moment où il semblait vouloir réunir tous les fils dans une dernière montée romanesque. C'est comme si Bilge Ceylan avait arrêté son Il était une fois en Anatolie après la découverte du cadavre. Il manque d'évidence un acte à Like someone in love, mais on ne sait trop si c'est par paresse, par provocation ou simplement parce que le film, déjà très long, aurait fini par laisser éclater au grand jour sa profonde vacuité. Soyons honnêtes : on préfère que Kiarostami ne cherche pas à nous vendre du pirandellisme de comptoir comme dans Copie conforme ; mais quand même, son dernier film n'est qu'un petit exercice de style qui tourne à vide, et qui démontre que le cinéaste est entré de toute évidence dans le crépuscule de sa carrière.

On aurait pu penser la même chose de Michael Haneke après la consécration obtenue à Cannes par Le Ruban blanc. Il n'en est absolument rien. Amour, présenté ce dimanche matin, s'impose comme la seule vraie bombe de la compétition, le Audiard et le Anderson faisant d'un coup figure de suite logique dans la carrière de leurs auteurs plus que de grand saut dans l'inconnu. Ça n'a l'air de rien, mais un séisme s'est produit dans le cinéma d'Haneke : lui qui autrefois ne pouvait concevoir de se mettre en jeu dans ses films vient pour la première fois de fendre l'armure et d'oser montrer ses failles, ses doutes, ses peurs et sa vulnérabilité. Même sa mise en scène, qu'on a souvent et à juste titre taxée de «clinique» est ici à hauteur d'homme, ce que le sujet imposait mais qui était loin d'être une évidence. Les plans sont toujours aussi fulgurants, mais ils n'ont plus rien d'étouffants. Le regard du cinéaste n'est plus surplombant : il cherche désormais la vérité et l'empathie.

Anne et George sont un couple de septuagénaires bourgeois vivant dans un grand appartement parisien. Leur vie est harmonieuse, un peu morne, faite de courtes habitudes et de petites joies. C'est un bref incident qui dérègle la machine : un matin, Anne se fige, ne dit plus rien, reste le regard dans le vide, comme absente à elle-même. Elle revient à elle, mais après une opération ratée, elle se retrouve paralysée du côté droit. Georges doit donc s'occuper d'elle, même si assez vite, l'issue s'avère inéluctable : la déchéance physique, la perte d'autonomie, puis celle du langage… Ce n'est pas ce processus, observé sans complaisance ni tabou, qui intéresse Haneke, mais bien la réaction de Georges : comment prouver à la personne avec qui on a partagé toute une vie qu'on l'aimera jusqu'à son dernier souffle, sa dernière volonté ? Comment laisser de côté sa propre douleur pour éviter de l'infliger à celle qui souffre en face ? Comment gérer son rapport au monde quand la pierre sur laquelle on l'a construit est en train de s'effondrer ?

Georges, dans le film, est un personnage fascinant, et pas seulement parce que Jean-Louis Trintignant lui confère une force et une vérité proprement médusantes… Anne lui dit au début : «Tu es un monstre parfois… Mais tu es gentil.» Oui, c'est un monstre, qui ne peut s'empêcher de dire aux autres leur vérité, qui refuse de travestir sa colère, de déguiser la réalité. Lorsqu'il raconte un enterrement virant, à force d'approximations, en grossière pantalonnade, il se contente de décrire le naufrage d'une voix calme, distante, sans affectation. Ce monstre-là, c'est aussi le cinéaste lui-même dans l'exercice de son art, avec sa cruauté, son regard froid et coupant, sa lucidité impitoyable. Par pudeur ou pour conjurer l'ironie de l'existence, Georges choisit de refouler ses émotions, comme le Pasteur du Ruban Blanc.

Mais dans Amour, cette stratégie s'effondre en cours de route. Avec un vrai génie de la mise en scène, Haneke prépare cet éboulement en faisant entrer dans le film des lézardes dramatiques mystérieuses, impossibles à interpréter : une serrure fracturée, un cauchemar effrayant, un pigeon qui refuse de quitter l'appartement. Et quand plus rien ne tient, quand le désir de mort est plus fort que l'envie de vivre, quand on sait qu'il n'y a plus rien à faire, il faut sauver ce qui est sauvable : le souvenir de l'être aimé, et faire des murs qui l'abritèrent son mausolée. Incroyable mais vrai : Haneke vient non seulement de signer son chef-d'œuvre, mais aussi son premier film positif, celui où les ténèbres qui s'étendent sur le monde n'arrivent pas à éteindre la dernière lueur qui leur résiste encore.

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Papa poule, papa coule : "C'est ça l'amour"

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Vincent Raymond | Mardi 26 mars 2019

Papa poule, papa coule :

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Vincent Lindon : « on fait ce métier pour s’oublier »

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Vincent Lindon : « on fait ce métier pour s’oublier »

Comment avez-vous convaincu Benoît Jacquot, avec qui vous avez une longue complicité, de vous confier ce rôle de Casanova ? Vincent Lindon : Au départ, je venais le chercher pour déjeuner, il était dans son bureau et il parlait de son prochain film avec ses producteurs. Il m’a annoncé : « je vais faire Casanova ». Et j’ai aussitôt répondu : « Non, c’est moi qui vais faire Casanova. — Non, il a 26 ans, c’est l’histoire d’un jeune Casanova avec une dame plus âgée. — Ben, c’est plus ça. Il y a bien un moment où il est vieux ? — Tu plaisantes ? — Non, non, je suis très sérieux. — Fais attention, Vincent : si je te prends au mot, tu vas être bien embêté — Pas du tout : prends-moi au mot ! — Il y a bien un épisode avec la Charpillon… » Et ils ont bifurqué sur cette histoire. Qu’est-ce qui vous a séduit à ce point dans ce personnage ? Casanova, quand même ! Il n’y a pas beaucoup de personnages de cette dimension. J’ai fait Rodin, le professeur Charcot. Si demain on me demande de jouer Enzo Ferrari je vais

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Plaire, aimer, éconduire vite : "Dernier Amour", avec Vincent Lindon

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Vincent Raymond | Mardi 19 mars 2019

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Au soir de sa vie, Casanova évoque à une confidente un épisode de sa vie aventureuse se déroulant à Londres, où il vivait alors en exil ; un souvenir douloureux lié à une femme dont il s’est épris, qui jamais n’a cédé à sa cour : la Charpillon, une courtisane au corps et à l’esprit bien faits… Comment diable éprouver de l’empathie pour la personne de Casanova, l’aventurier qui épousa le XVIIIe siècle en triomphant des geôles, des duels et des revers de fortune ; l’infaillible séducteur que sa réputation en tout lieux précédait et qui, de surcroît taquina la muse pour composer en sus de ses mémoires, quelques ouvrages réputés ? En le dépeignant dépourvu de ses talents et mérites, chevalier à la triste figure confronté au doute, à l’échec et à la déchéance. En rendant, en fait, à ce héros hors normes sa qualité d’humain. Le Casanova façonné par Benoît Jacquot pour Vincent Lindon (et réciproquement) apparaît ainsi comme une montagne de fragilité et de doute, au moment où la certitude de son prestige commence à s’effiloche

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La damnation de Jim Yamouridis

Folk | Événement considérable que la venue en l'antre de l'Opéra du barde Australo-greco-auvergnat Jim Yamouridis, dont les dernières expériences musicales plongent dans les ténèbres du dépouillement avec une grâce quasi-faustienne.

Stéphane Duchêne | Mardi 5 février 2019

La damnation de Jim Yamouridis

La voix est caverneuse, profonde, sépulcrale, creuse un sillon qui semble vouloir retourner les entrailles de la terre jusqu'aux forges d'Héphaïstos, invoquer par là, en un chant qui confine au religieux, une imprécation immémorielle, un mantra pourvoyeur de transe, quelque Dieu antique retenu prisonnier dans le fond des âges et dont il s'agirait, au passage, d'implorer la pitié, d'apaiser la colère. La chose s'intitule Mercy et ouvre The Other Side, dernier disque solo en date de l'Australien d'origine grecque Jim Yamouridis, exilé depuis quelques lustres en Auvergne (le karma de l'Hermès de Haute-Loire a des miles au compteur). La suite est à l'avenant et se blottit dans la bure d'une guitare acoustique aussi hypnotique que renfrognée et de cette voix d'outre-monde qui réveille les fantômes de Cash (Johnny) et de Cohen (Leonard) et fréquente les mêmes lupanars enfouis que Nick Cave, aux confins de ce folk-blues auquel Yamouridis nous a habitué et de la tradition grecque du rebetiko, cette musique d'outsiders et de haschischins, cette « musique de vérité », c

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Chaplin de mère en fille aux Célestins

Théâtre | Dans la famille Thierrée Chaplin, on demande la sœur : Aurélia. En parfaite héritière de sa célèbre lignée, elle signe un spectacle léger comme des bulles de savons.

Nadja Pobel | Mardi 18 décembre 2018

Chaplin de mère en fille aux Célestins

Des fauteuils claquants d'une vieille salle d'attente et un tournoiement de personnes interchangeables. D'emblée ce spectacle, créé cet été au festival de Spoleto en Italie, est une valse qui ne va cesser durant 1h10. Aurélia Thierrée Chaplin est dirigée par sa mère Victoria Chaplin (fille du cinéaste) qui fait d'elle une cleptomane lunaire. Où qu'elle aille, elle dérobe des bijoux, des vêtements sur des portants, des lampes et se fond illico dans un fauteuil ou disparaît derrière des draps. La magie rôde à chaque coin de ce spectacle car la voleuse est talentueuse. Elle sait en tournant sur elle-même rendre un tailleur volé. C'est bien l'un des soubassements de cette création que ces tours de passe-passe qui font le sel de ce que ses parents ont créé au tout début des années 70, le Cirque Bonjour devenu Imaginaire puis Invisible, aux origines du nouveau cirque. Subrepticement, les objets s'animent et prennent vie. Ainsi un cintre devient oiseau, un porte-manteau se transforme en un ruminant. Et tout une série

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Douceurs aux Célestins

Théâtre | Comme à chaque fin de saison, il n'en reste qu'un pour les fêtes : les Célestins qui double la dose (19h puis 21h) avec cette fois-ci deux spectacles plus que prometteurs.

Nadja Pobel | Mardi 11 décembre 2018

Douceurs aux Célestins

Exit Jamie Adkins et le burlesque lourdigue des Sea Girl, cette année, les spectacles de 19h et 21h des Célestins s'adressent à un seul public qui peut tenter l'aventure en groupe sur les deux créneaux, avec une loufoquerie et une douceur garanties. Sans pouvoir faire de critique faute d'avoir pu voir en amont ces deux propositions, il est évident qu'elles se placent, a priori, du côté de l'enchantement. Dans un premier temps, Aurélia Thierrée (fille de Victoria Chaplin et donc petite-fille du cinéaste, et sœur du James de La Grenouille avait raison) est à l'honneur. Cette dernière interprète ce spectacle imaginé par sa mère et qui ressemble à leur illustre famille. Ici une cleptomane est manipulée par les objets qu'elle dérobe et un porte-manteau se met à marcher, des sièges s’esquivent et une robe prend vie. Elle retrouvera sans doute ici ce qui a fait son enfance lorsqu'elle furetait sur les plateaux de ses parents et leur spectacle éternel joué depuis quarante ans, le Cirque Bonjour

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Catherine Corsini : « l’inceste n’est pas le sujet »

Un amour impossible | Après Laetitia Colombani et sa variation sur "Pourquoi le Brésil ?", Catherine Corsini adapte à son tour un livre de Christine Angot empreint d’un vécu douloureux et de secrets vénéneux. Une grande fresque digne.

Vincent Raymond | Jeudi 8 novembre 2018

Catherine Corsini : « l’inceste n’est pas le sujet »

À quelle occasion avez-vous découvert le roman de Christine Angot ? Catherine Corsini : Par ma productrice, trois-quatre mois après sa parution. J’ai mis un peu de temps à le lire d’ailleurs, mais je suis tombé dedans : je l’ai ressenti à la fois comme une lectrice extrêmement bouleversée et comme une cinéaste qui prend de la hauteur. Il y avait un incroyable mélo à faire ! Et moi qui sortais de La Belle Saison, j’avais curieusement cette envie de mélodrame — une envie qui vient de mon amour des films de Douglas Sirk, revisitée ensuite par Todd Haynes ; ce truc assez formidable de parler des années 1950 jusqu’à aujourd’hui en essayant de moderniser le mélodrame classique hollywoodien. Comment Christine Angot a-t-elle reçu votre proposition ? C’était très courtois, elle a réfléchi. Ensuite, c’était une histoire d’engagement et d’argent, avec une liberté totale d’écrire, en lui soumettant le scénario une fois qu’il était terminé — et le fait qu’elle pouvait retirer son nom et la mention librement adapté si ça ne lui plaisait pas. À partir du mom

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Odieux le père : "Un amour impossible"

Drame | de Catherine Corsini (Fr, 2h15) avec Virginie Efira, Niels Schneider, Estelle Lescure, Jehnny Beth…

Vincent Raymond | Mardi 6 novembre 2018

Odieux le père :

Châteauroux, années 1950. Rachel Steiner est courtisée par Philippe, un fils de famille portant beau. Hostile à toute mésalliance sociale, il repart laissant Rachel enceinte. Bien plus tard, après plusieurs retrouvailles épisodiques houleuses, Philippe renoue le contact avec leur fille Chantal… Adaptant ici le “roman autobiographique“ — on ne sait comment qualifier le genre de récit qu’elle pratique — de Christine Angot, Catherine Corsini réussit plusieurs tours de force. S’approprier son histoire tout en rendant digeste et dicible la voix de l’autrice sans la contrefaire, et raconter avec élégance ce qui rappelle la noirceur incestueuse de Perrault dans Peau d’Âne comme des meilleures tragédies raciniennes (où les amours sont aussi impossibles, car univoques). Renversant le propos du conte, l’ogre symbolique s’incarne ici dans un homme exerçant son emprise toxique et dévorante sur deux femmes… dont l’une est sa fille. À cette lecture analytique se superpose en fin de film une interprétation sociale qui si elle évoque dans la forme le dénouement de Psychose, où le

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Auto-psy d’un couple : "L'Amour flou"

Ex tape | de et avec Romane Bohringer & Philippe Rebbot (Fr, 1h37) avec également Rose et Raoul Rebbot-Bohringer…

Vincent Raymond | Lundi 8 octobre 2018

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Il se sont aimés, ont eu beaucoup enfants (enfin… deux), et puis le quotidien a passé l’amour à la machine. Alors, avant de se détester trop, Romane et Philippe envisagent une séparation de corps mais pas de logis : un appartement chacun, réuni par la chambre des enfants. Une utopie ? L’histoire quasi vraie d’une famille attachante, racontée presque en direct par les intéressés, dans leur ton brouillon d’adulescents artistes, inventant un modèle “désamoureux“ hors normes. Ce qui pourrait ressembler à une soirée diapos prend tout de suite un peu de relief quand les protagonistes sont connus, et que la majorité de leurs parents et amis le sont aussi. Alors, si L’Amour flou tient de la succession de sketches plutôt gentils et tendres, sans auto-complaisance ; il est parfois indiscret, mais pas impudique. Fidèle, sans doute, à ce que dégagent ces deux parents bobos (bourgeois-bohème) et foufous (fouillis-foutraque). Toutefois, on relève (en la regrettant) une faute de goût dans ce film somme toute sympathique : la participation dans son propre rôle de

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De l’amour dans le frigo

Fromagerie | L’Amour de Nuit a ouvert ses portes fin mai rue de Marseille. On se calme tout de suite, il s’agit d’une fromagerie - bar à fromages. Mais il s'agit d’amour quand même.

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De l’amour dans le frigo

Point de rendez-vous polisson dans cette rubrique (encore que, l’amour de la chère et de la chair étant aussi concomitants que leur phonétique le laisse penser, on pourrait se laisser tenter) mais la vérité est ailleurs. À Nuits-Saint-Georges en Bourgogne très précisément, où est élaboré le fromage frais au lait de vache appelé l’Amour de Nuits - avec un “s”. C’est là que vivent les grands-parents de la gérante Agathe Birglin, et ses souvenirs d’enfance : « J’entends encore ma grand-mère me dire à l’heure du goûter “il y a de l’amour dans le frigo” ». L’Amour de Nuit fait donc double emploi pour vous permettre de venir faire vos emplettes à toute heure mais aussi de goûter des spécialités sur place. Et Agathe a réussi son coup : on rêve de passer une soirée dans le canapé de la mezzanine, parfait décor d'une soirée fromton-rouge. « Je voulais qu’on se sente comme à la maison, comme chez mamie, mais en restant propre, on est loin des bouchons surannés... J’ai tout acheté chez Emmaüs ou dans des brocantes, rien n’est neuf, pas même la vaisselle ! »

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"L'Amour est une fête" : et le film, une défaite

Cul-cul | de Cédric Anger (Fr, 1h59) avec Guillaume Canet, Gilles Lellouche, Camille Razat…

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Vous qui entrez dans la salle, abandonnez tout espoir de tomber sur un équivalent de Boogie Night à la française. Narrant l’infiltration de deux flics dans l’univers des peep-shows et du X des années 1980 parisiens, ce pensum n’en a ni le rythme, ni la folie. Présente-t-il quelque gravité dramatique, des attraits comiques insoupçonnés ? Pas davantage. Diable… Oserait-il, alors, s’appuyer sur ce décor ou ce contexte favorable pour créer un authentique film érotique doté d’une intrigue ? Pas plus que Yann Gonzalez avec sa (dé)pantalonnade Un couteau dans le cœur : on se trouve en présence de cinéastes qui vendent hypocritement l’idée du soufre, en craignant d’en prononcer le nom, et passent leur film à moquer leurs aînés du cinéma bis ou Z, tout en les pillant et les contrefaisant (mal) à coup de néons roses et de cheveux peroxydés. Ne parlons pas hommage, puisqu'il s’agit de dérision. Il n’y a là ni amour, ni fête ; d’ailleurs, ce n’est ni fait, ni à faire… Seule lumière au tableau : la B.O. de Grégoire Hetzel, et la mélancolie mélodique de ses part

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Familles dé-re-composées au Comœdia

ECRANS | Maintenant que vous avez pris le rythme des avant-premières quasi quotidiennes, conservez-le. Et dirigez vos pas au Comœdia pour deux films très (...)

Vincent Raymond | Mercredi 19 septembre 2018

Familles dé-re-composées au Comœdia

Maintenant que vous avez pris le rythme des avant-premières quasi quotidiennes, conservez-le. Et dirigez vos pas au Comœdia pour deux films très dissemblables. D’abord L’Amour flou, signé Philippe Rebbot et Romane Bohringer (présenté par celle-ci le vendredi 21 septembre à 20h) est inspiré par l’histoire des deux comédiens qui ont décidé de continuer à vivre ensemble après leur séparation — enfin, dans un appartement double uni par la chambre des enfants. Puis avec Amin de Philippe Faucon. Le réalisateur de Fatima viendra lundi 24 à 20h présenter le parcours de ce travailleur écartelé entre deux vies, deux familles, deux pays. Une histoire extraordinaire en apparence, et cependant si courante. Au Comœdia

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Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Amoureux de ma femme | C’est sur les terres de sa jeunesse avignonnaise, lors des Rencontres du Sud, que le réalisateur et cinéaste Daniel Auteuil est venu évoquer son nouvel opus, Amoureux de ma femme. Le temps d’une rêve-party…

Vincent Raymond | Vendredi 1 juin 2018

 Daniel Auteuil : « rêver sa vie, c’est un peu comme mener une rechercher poétique »

Le scénario est adapté d’une pièce de Florent Zeller que vous avez jouée. Y a-t-il beaucoup de différences ? Daniel Auteuil : Ah oui, il est très très librement adapté ! On a beaucoup parlé : je lui ai raconté à partir de la pièce de quel genre d’histoire j’avais envie. Je voulais parler des pauvres, pauvres, pauvres hommes (rires), et de leurs rêves, qui sont à la hauteur de ce qu’ils sont. Certains ont de grands rêves, d’autres en ont des plus petits. Et puis il y avait l’expérience de cette pièce, qui était très drôle et qui touchait beaucoup les gens. Mon personnage est un homme qui rêve, plus qu’il n’a de fantasmes. Un homme qui, au fond, n’a pas tout à fait la vie qu’il voudrait avoir, peut-être ; qui s’identifie dans la vie des autres. Le cinéma vous permettait-il davantage de fantaisie ? La pièce était en un lieu unique et était très axée sur le verbe, sur le texte. Une grande partie était sur les pensés, les apartés. Ici, c’est construit comme un film : le point de départ était cette idée de rêve et tout ce qu’on pouvait montrer. Que les rêves, ressemblent à

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Sale rêveur : "Amoureux de ma femme"

De quoi Zeller ? | de et avec Daniel Auteuil (Fr, 1h24) avec également Gérard Depardieu, Sandrine Kiberlain, Adriana Ugarte…

Vincent Raymond | Mardi 24 avril 2018

Sale rêveur :

Daniel a invité à dîner son meilleur ami Gérard afin qu’il lui présente, ainsi qu’à sa femme, sa nouvelle compagne. Lorsqu’il découvre sa jeunesse et sa beauté, Daniel se prend à imaginer des choses, sous l’œil de son épouse. Qui n’est pas dupe. Daniel Auteuil signe un film comme on n'en fait plus. Un truc un peu inconscient et naïf, de l’époque où les sexagénaires exhibaient sans complexes leur nouvelle voiture, leur nouvelle montre, leur nouvelle minette, comme autant de gages de succès. Aujourd’hui, on dissimule tout ces “attributs” sous le vocable commun de “bonheurs” — cela fait moins égoïste et moins démon de seize heures. On assume moins que le personnage de Sydney Pollack qui vantait dans Maris et Femmes de Woody Allen (1992) les vertus de sa récente et jeune compagne : « sa bouche ? c’est du velours… » Amoureux de ma femme, raconte peu ou prou la même histoire que Woody Allen, mais corsetée par l’ère du politiquement correct, dans un (vaste) appartement parisien et se sert de l’imaginaire d’un

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Reinhardt en place

Rencontre | Encensé encore en cette rentrée littéraire pour La Chambre des époux, Éric Reinhardt sera à Lyon, ce mercredi 29 novembre pour accompagner le spectacle de (...)

Nadja Pobel | Mardi 28 novembre 2017

Reinhardt en place

Encensé encore en cette rentrée littéraire pour La Chambre des époux, Éric Reinhardt sera à Lyon, ce mercredi 29 novembre pour accompagner le spectacle de Laurent Bazin adapté de son précédent roman L'Amour et les forêts dans lequel la voix de l’icône française par excellence se fait entendre, Isabelle Adjani. L'écrivain rencontrera ses lecteurs pour une séance de dédicace à l'issue de la représentation au Théâtre des Célestins.

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Voltaire, un jeune homme pressé

Bande Dessinée | Après Pablo Picasso et Isadora Duncan, le dessinateur Clément Oubrerie s'attelle à la vie de Voltaire dans une nouvelle série au trait raffiné qu'il vient dédicacer deux jours durant à Lyon.

Sébastien Broquet | Mardi 7 novembre 2017

Voltaire, un jeune homme pressé

De Clément Oubrerie, l'on avait apprécié la série Aya de Yopougon, six tomes parus depuis 2005 en compagnie de la scénariste Marguerite Abouet (chez Gallimard) : un vrai succès que ce tendre récit. Le dessinateur, né en 1968 et prolifique, s'est ensuite attelé en compagnie de Julie Birmant à une biographie en quatre tomes de Pablo Picasso, centrée sur sa jeunesse à Montmartre : Pablo, puis à la vie d'Isadora Duncan en deux tomes, en 2015 (tout ceci étant hébergé chez l'éditeur Dargaud). Le format biographie semble particulièrement inspirer Oubrerie, de retour en cet automne avec le premier volume d'une nouvelle série consacrée cette fois à la vie de Voltaire : Voltaire Amoureux. Comme son titre l'indique, l'on suit le dramaturge au fil de ses passions amoureuses, d'actrice intéressée en maréchale innaccessible. Ce tome 1 le montre impétueux, sûr de son fait comme de ses bons mots qui ne cessent pourtant de lui causer du tort, tabassage ou embastillage se succédant, nourrissant ou ralentissant sa verve créatrice qui ne l'a pas encore menée à son Candide ou à Zadig.

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Mohamed Lamouri : l'enchanteur de la ligne 6

Raï | Soyez à l'heure, samedi : Mohamed Lamouri, programmé en ouverture du concert d'Amadou & Mariam, est trop rare pour être oblitéré.

Sébastien Broquet | Mardi 24 octobre 2017

Mohamed Lamouri : l'enchanteur de la ligne 6

De la ligne 2 du métro parisien s'est déjà envolé autrefois Benjamin Clementine... Parmi ces enchanteurs du quotidien qui égrennent les trajets de quelques notes et mélopées plus ou moins abouties, une autre merveille commence à chevaucher désormais les routes au-delà de la capitale pour promener son raï mélancolique et régaler sans pass Navigo : Mohamed Lamouri, poète au quotidien, héritier du raï sentimental d'un Cheb Hasni tragiquement assassiné en 1994 (idole dont il reprend le chialantTgoul maaraft et quelques autres pépites) qu'il couple avec un clavier minimaliste pouvant rappeler le Dominique A période La Fossette (ou encore Monsieur Orange, pour les old gones). Aveugle de l'œil droit et presque de l'œil gauche depuis sa naissance à Tlemcen, en Algérie en 1982, Mohamed Lamouri étudie avec Hami Benosmane, un luthiste, dans une école pour non-voyants avant de commencer à jouer quelques covers de hits dans les rues et, plus tard, de traverser la Méditerranée pour continuer d'envoûter de sa voix perlant la mélancolie. Discret au possible, under

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Lumière rime avec avant-première

ECRANS | Pathé, UGC… et maintenant les Cinémas Lumière : à chaque circuit son cycle d’avant-premières. Les anciens CNP donnent rendez-vous à leurs spectateurs chaque lundi (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 septembre 2017

Lumière rime avec avant-première

Pathé, UGC… et maintenant les Cinémas Lumière : à chaque circuit son cycle d’avant-premières. Les anciens CNP donnent rendez-vous à leurs spectateurs chaque lundi de septembre à 20h30 avec des films qui seront à l’affiche de leurs salles dans les prochaines semaines. Après Le Redoutable lundi dernier, place au bouleversant Faute d’amour de Zvyagintsev le 11, à Un beau soleil intérieur de Claire Denis le 18 et à Happy End de Haneke — pour conclure fort logiquement le 4 octobre. Soit uniquement des œuvres incluses dans la sélection officielle du dernier Festival de Cannes. Au Lumière Terreaux

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Les films de la rentrée : comme une faim de 2017

14 pépites pour appétits cinéphiles | Bien sûr, on en oublie. Mais il y a fort à parier que ces quatorze films constituent des pierres de touche de la fin 2017. En attendant (entre autres), Joachim Trier, Depardon et Kathryn Bigelow, bon appétit !  

Vincent Raymond | Mercredi 30 août 2017

Les films de la rentrée : comme une faim de 2017

Mother! de Darren Aronofsky Initialement programmée pour novembre, la sortie du nouveau Aronofsky a été avancée pour cause de sélection vénitienne et c’est, à bien des égards, une excellente nouvelle. Déjà victorieux sur la Lagune avec The Wrestler en 2008, l’auteur de Requiem for a dream et de Black Swan convoque ici du lourd — Jennifer Lawrence, Javier Bardem, Michelle - toujours active - Pfeiffer, Ed Harris — pour ce qui s’annonce comme un bon vieux thriller des familles, mâtiné de fantastique dérangeant. La double affiche préventive, offrande de style sulpicien revisité grand-guignol, tient de la promesse merveilleuse ; il faudra cependant patienter jusqu’à la clôture d’une très alléchante Mostra — le festival qui, désormais, donne avec Toronto le tempo des Oscar — pour savoir si ce mystérieux flacon recèle l’ivresse escomptée. Le 13 septembre

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Métamorphoses : cinéma européen contemporain

ECRANS | Comment commémorer les soixante ans de la signature du Traité de Rome, prémisse de l’actuelle UE, sans tomber dans la pompe ni l’institutionnel ? En (...)

Vincent Raymond | Mardi 6 juin 2017

Métamorphoses : cinéma européen contemporain

Comment commémorer les soixante ans de la signature du Traité de Rome, prémisse de l’actuelle UE, sans tomber dans la pompe ni l’institutionnel ? En montrant, par exemple, que l’Europe n’est pas une froide instance impalpable et qu’elle s’incarne dans une création culturelle aussi tangible que diverse. Sous le titre Métamorphoses (Ovide apprécierait l’hommage), les Cinémas Lumière proposent un panorama du cinéma européen contemporain conjuguant un florilège de films (pour la plupart inédits et souvent laurés) agrémentée de nombreuses rencontres avec leurs auteurs. Parmi les douze œuvres présentées (longs et courts-métrages confondus), signalons l’avant-dernier Fatih Akin, Tschick (le suivant venant d’être montré en sélection à Cannes) choisi pour l’ouverture mercredi 7 à 18h15, représentant l’Allemagne. Le même soir à 20h30, le cinéaste polonais Jan P. Matuszynski accompagnera The Last Family, primé à Locarno. Pour l’Italie, Marco Segato sera présent le lendemain avec La Pelle dell’Orso, récompensé à Annecy le lendemain.

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Lettre de Cannes #1

Festival de Cannes 2017 | Où  j'ai vu des portiques de sécurité, un film très noir et très fort de Zviaguintsev, et un beau film premier degré de Todd Haynes.

Christophe Chabert | Vendredi 19 mai 2017

Lettre de Cannes #1

Cher Petit Bulletin, M'y voici de nouveau, au soleil de Cannes, pour y humer l'air du temps cinématographique et y humer l'air tout court d'une Côte d'Azur désormais meurtrie par trop de jardinières géantes décourageant badauds et camions de se rencontrer en une étreinte assassine. Le Festival de Cannes fête son 70e anniversaire en étalant à son générique les noms de ses chers cinéastes disparus et en transformant chaque avant-projection en une vaste zone de sécurité pour aéroport : déposons donc quatre fois par jour nos clés, portefeuilles et téléphones avant de franchir de peu esthétiques portiques magnétiques ; ouvrons nos sacs pour en supprimer tout élément dangereux, à commencer par la crême solaire en tube, nous laissant ainsi plus de chances de mourir d'un mélanome que d'un attentat terroriste — pléonasme assumé. Ainsi, l'honneur est sauf car, comme disait Claudette Colbert dans La Huitième femme de Barbe-Bleue, avec l'accent français s'il vous plait : "Don't blame it on the Riviera". De plus, entre le moment où j'ai récupéré mon accréditation et celui où le festival a été officiellement déclaré ouvert, s'est produit un élément d'ampleur stratosphériq

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"Cinéma, mon amour" : un amour sans complexe

Documentaire | de Alexandru Belc (Rou-Tch, 1h10) documentaire

Vincent Raymond | Mardi 16 mai 2017

Animé d’une foi qu’un charbonnier lui envierait, et de son amour viscéral pour le 7e art, Victor Purice tient à bout de bras le Dacia, seul cinéma de la ville roumaine de Piatra Neamt. Un édifice à l’ancienne, où aidé de ses deux employés, Victor tente d’attirer à nouveau le public. Lors de la sortie de Baccalauréat, Cristian Mungiu rappelait le sort malheureux du parc cinématographique roumain post-Ceaușescu : la libéralisation sauvage et brutale du secteur a fait disparaître 400 salles en une génération, supprimant de facto l’habitude pour les spectateurs de communier ensemble devant un grand écran. À la tête de son Dacia, Victor Purice est un des rares survivants de cette hécatombe : l’un des trente derniers.

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Double expo à l'IAC : L'œil à l'air libre

Institut d'Art Contemporain | Puisant dans ses collections, l'Institut d'Art Contemporain propose deux expositions sur le thème de l’espace et du trouble perceptif.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 17 janvier 2017

Double expo à l'IAC : L'œil à l'air libre

Depuis sa nomination, il y a dix ans, à la tête de l'Institut d'Art Contemporain, Nathalie Ergino suit un fil rouge aussi simple que cohérent : questionner, bousculer, élargir, libérer notre perception. L'exposition Immersions revient sur un certain nombre d'artistes qui ont été exposés à l'IAC et dont certaines œuvres ont été acquises à ces occasions. Œuvres qui ont pour particularité, souvent, de nous plonger dans un environnement déroutant et de brouiller nos repères : les transes dansées et filmées de Joachim Koester, le sol peint aux courbes ondulatoires de Philippe Decrauzat, la forêt immaculée et artificielle de Berdaguer & Péjus, le "paysage" de grands cubes blancs de Vincent Lamouroux... Bref, dans un premier temps, l'IAC se transforme en terrain d'expériences perceptives (pour la plupart déjà vécues par les habitués de l'IAC) en mobilisant l'ensemble des sens et le corps en mouvement du spectateur. En eaux troubles Dans un second temps, l'exposition Paysages cosmomorphes présente plusieurs œuvres du Frac

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"L’Histoire de l’Amour" : love, etc.

ECRANS | de Radu Mihaileanu (Fr, Can, E-U, Rou, 2h14) avec Derek Jacobi, Sophie Nélisse, Gemma Arterton, Elliott Gould…

Vincent Raymond | Mercredi 9 novembre 2016

Soixante ans après l’interruption de son histoire passionnée avec Alma, Léo, un rescapé de la Shoah croise une adolescente en proie aux tourments de son âge. La donzelle se prénomme également Alma, à cause d’un mystérieux livre narrant l’amour absolu de Léo pour sa dulcinée… Histoires cycliques imbriquées les unes dans les autres, amours transatlantiques, amis imaginaires, toile de fond tragique, brouilles familiales, convoitises, trahisons, décor new-yorkais, imposture littéraire, distribution de prestige et BO appuyant là où ça pique les yeux… En vérité, on avait tout pour composer une fresque comme Radu Mihaileanu se plaisait jadis à les brosser à l’époque de Va, vis et deviens (2005) ; ne manquait qu’un vrai souffle épique pour unifier tout ça. Las ! L’on passe en effet ici d’un chapitre ou d’une époque à l’autre, dans un saute-mouton dépourvu de fluidité. Résultat : ce que récit y gagne en — involontaire — destructuration conceptuelle, il le perd en romantisme ; et l’histoire, en définitive, ne s’élance jamais.

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Marie-Carmen Garcia : les amants enchaînés

Sociologie | Après les cultures hip-hop et le cirque contemporain, la sociologue Marie-Carmen Garci se donne un nouvel objet d'étude original : les amours clandestines de longue durée.

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 juin 2016

Marie-Carmen Garcia : les amants enchaînés

« La clandestinité amoureuse paraît méprisable dans un monde qui fournit la possibilité aux couples de se séparer, de s'ouvrir ou de s'échanger d'un commun accord. Les amours clandestines sont ainsi souvent pensées dans différents secteurs de la vie sociale comme le fruit d'une pathologie, d'un problème psychique ou d'un problème de couple faisant porter le poids de la dualité qu'elles supposent sur les individus. » Dès l'introduction de son ouvrage, la sociologue Marie-Carmen Garcia plante le décor : celui de multiples normes sociales qui s'infiltrent jusqu'aux plus intimes de nos activités (on notera aussi ici que la transgression des normes est aujourd'hui souvent traduite par une pathologie mentale, une psyché à la dérive. On ne dit plus : c'est mal, mais va voir un psy !). Malgré ce que notre société offre de possibles séparations simplifiées ou de libertinage assumé officiellement, certains "anormaux" plongent dans la clandestinité et engagent des relations adultères durables (au moins deux ans dans les cas étudiés dans cet ouvrage), objet du livre de la sociologue. Le symbolique caché dans le placard À partir de blogs sur Internet

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Lyon BD Festival : le plein de super

Bande Dessinée | Pendant que l’immense machine angoumoisine se prend bide sur bide, au grand dam des auteurs et du public, Lyon BD Festival continue de se muscler. Une décennie seulement après sa création, l’incontournable rendez-vous lyonnais est devenu plus fécond que jamais.

Vincent Raymond | Mercredi 1 juin 2016

Lyon BD Festival : le plein de super

Les plus de 200 illustrateurs, scénaristes et coloristes attendus cette année au Lyon BD Festival savent bien qu’ils n’auront pas à apposer leur signature jusqu’à épuisement sur des albums, ni à pester contre les remises de prix. Choyés par une équipe noyautée depuis l’origine par des consœurs et confrères lyonnais (ça aide), nombre d’entre eux sont des habitués. Certains ont même été sollicités pour co-construire l’événement en participant aux projets ou créations présentés durant le week-end. Ainsi, Obion montrera le fruit de sa résidence au musée Gallo-romain (qu’il publie en album), des auteurs français et espagnols se rencontreront et se raconteront dans l’exposition Influences croisées, quand Jimmy Beaulieu, Rubén Pellejero ou Jean-Yves Mitton croqueront des œuvres au Musée des Beaux-Arts… Entre deux spectacles (Lincoln sur scène) ou BD-concerts (Boulet et Inglenook), Lyon BD initie à nouveau une grande exposition avec la complicité du scénariste JC Deveney. Après la question de la parité en BD (Héroïnes), le festival célèbre les super-héros à travers les éditions Lug, décisives dans l’essor des comics Marvel en France. Le panorama proposé retra

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Melville : Son nom est stetson

Rétrospective Melville | On a tendance à voir dans le polar un genre par essence américain, essaimant de façon univoque sur les autres continents et cultures. S’il suffisait d’un (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Melville : Son nom est stetson

On a tendance à voir dans le polar un genre par essence américain, essaimant de façon univoque sur les autres continents et cultures. S’il suffisait d’un homme pour dénoncer ce postulat, il aurait un chapeau de cowboy et des lunettes teintées d’aviateur californien. Son nom ? Jean-Pierre Grumbach, dit Melville, cinéaste français comptant parmi les plus déterminants stylistes du 7e art ; auteur d’œuvres épurées jusqu’à l’abstraction cristalline, et maître incontesté de plusieurs générations de réalisateurs nippons, étasuniens ou européens, revendiquant avec déférence son ombre tutélaire. Franc-tireur dans l’industrie, partisan d’un contrôle total de ses productions, Melville a su également extraire de ses comédiens une fascinante quintessence : d’abord, la grâce féline du jeune Belmondo ; ensuite, l’aura hiératique d’un Delon minéral. Deux de leurs trois collaborations ont été retenues par le cycle Ciné-Collection pour illustrer l’œuvre au noir de Melville : Le Samouraï (1967) bien sûr, où le comédien, mutique et glacial, trouva les contours de son personnage totémique ; et Le Cercle rouge (1972), le plus co

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Par Amour

ECRANS | de Giuseppe M. Gaudino (Fr/It, 1h49) avec Valeria Golino, Massimiliano Gallo, Adriano Giannini…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Par Amour

Il faut apprécier le zigzag pour suivre la trajectoire artistique de Valeria Golino : en France, les cinéastes la cantonnent dans des emplois de sex symbols surgis du passé ou d’un écran — de préférence dans des comédies. Quant aux cinéastes italiens, ils ne songent qu’à la voir interpréter des personnages confrontés à des situations über-dramatiques. Par amour, histoire napolitaine, ne fait pas exception à cette règle. Mais il lui permet d’obtenir un rôle intense à la Anna Magnani (façon mère courage dans un quotidien oppressant face à un conjoint violent et vaguement mafieux) au sein d’une œuvre aux inflexions baroques, lorgnant parfois vers le fantastique, scandée de surcroît par des intermèdes chantés et colorés. Le final onirique, complètement barré, oscille entre le Mocky époque Litan et la publicité pour parfum, à moins qu’il ne s’agisse d’un rituel sacrificiel exhumé de l’Atlantide. Une hétérogénéité qui rend le film bancal, mais terriblement aimable du fait de ses fragilités.

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Mirage d'Amour avec fanfare

ECRANS | de Hubert Toint (Bel/Fr/Sui, 1h37) avec Marie Gillain, Jean-François Stévenin, Eduardo Paxeco.…

Vincent Raymond | Mardi 22 mars 2016

Mirage d'Amour avec fanfare

Sans être à proprement parler un testament, cette œuvre posthume du Bernard Giraudeau scénariste abrite tout ce que cet artiste polyvalent et voyageur appréciait : les grands espaces, l’Amérique du Sud, les ambiances révolutionnaires, les romances tragiques et une dose d’épopée picaresque… Bref, un conte contemporain (ou presque : début du XXe siècle) taillé pour contenir ces paramètres ; un vrai mirage en somme, à l’image du cinéma, permettant aux amoureux de l'histoire de se retrouver à leur manière. Joliment photographié, gentiment sensuel, sympathiquement désuet, ce film est réglé comme du papier à musique ; il lui manque hélas le souffle d’impro l’écartant de la partition un peu trop connue. VR

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Trois questions à Kervern & Delépine

ECRANS | Refaites-vous la route des vins pour présenter votre film ? La stratégie de notre distributeur étant de ne faire aucune avant-première, nous n’allons que (...)

Vincent Raymond | Mercredi 2 mars 2016

Trois questions à Kervern & Delépine

Refaites-vous la route des vins pour présenter votre film ? La stratégie de notre distributeur étant de ne faire aucune avant-première, nous n’allons que dans les cinémas nous suivant depuis le début ou que nous aimons bien, comme le Comœdia à Lyon. Comme nous nous voyons rarement [Delépine vit à Angoulême, Kervern à Paris, NDLR], ça nous permet aussi de réfléchir au film suivant. On écrit au dernier moment, lorsque l’on a une trame sûre. En ce moment, on tourne autour d’un sujet sans l’atteindre. Mais on a tourné autour de Saint Amour au moins quatre ans avant de le concrétiser. Le tournage au Salon de l’Agriculture a-t-il été aisé ? C’est un truc de dingue : vingt minutes du film ont été tournées en deux jours et demi là-bas, quasiment en caméra cachée, avec des acteurs à forte personnalité. On a obtenu l’accord du Salon… pour tourner des ambiances, pas pour des scènes de comédie — elles devaient être réalisées en studio. Mais en studio, ça perd tellement de charme, de force, de vie… Pour les films précédents, on avait pris le parti de plans-séquences assez léchés, avec des formes de tableaux cinématog

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Saint Amour

ECRANS | Le millésime 2016 des plus illustres cinéastes grolandais est arrivé, et il n’a rien d’une pochade : derrière son nez rouge de clown, Saint Amour dissimule une histoire d’amour(s) tout en sobriété.

Vincent Raymond | Mercredi 2 mars 2016

Saint Amour

Pour un réalisateur seul, jongler les yeux bandés avec un baril de pétrole ouvert et un flambeau doit certainement se révéler plus sécurisant que diriger la paire Depardieu-Poelvoorde partant en goguette sur la route des vins. Sur le papier, Kervern & Delépine n’étaient donc pas trop de deux face au fameux duo. Cela dit, les risques étaient limités pour les compères, étant donné leur proximité avec les comédiens (déjà pratiqués dans Mammuth et Le Grand Soir) ; ils partageaient en outre leur science du jus de la treille. Cette… “communion d’esprit” explique comment et pourquoi les auteurs ont pu mener leur barque sans dériver, en nochers précis. Spirituel ou spiritueux Mais Saint Amour ne se limite pas à son germe éthylique : l’essence de ce road movie, c’est le voyage de quelques centimètres que vont parcourir un père et un fils l’un vers l’autre. Un rapprochement sensible et enivrant — facilité par leur hâbleur de chauffeur — donnant l’occasion d’apprécier Depardieu, plus fragile qu’un roseau dans son corps de chêne, lorsqu’il tente avec une maladresse rustaude de parler à son Bruno de fils,

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Bang Gang

ECRANS | Des lycéens comblent le désert de leur existence en se prenant en main, c’est-à-dire les uns avec les autres et dans tous les sens… Inspirée par un fait divers, Eva Husson n’a pas froid aux yeux pour son premier long métrage qui, sans être bégueule, se révèle plus stuporeux que stupreux…

Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

Bang Gang

Identifié par ses pom-pom girls aux pectoraux avantageux, ses capitaines d’équipe de football athlétiques mais bas du front, ainsi que par ses forts en thème malingres, myopes, boutonneux et polycomplexés, le film de lycée (high school movie) est un genre à part entière outre-Atlantique. Cette catégorie de comédies plus ou moins émoustillantes destinées à être consommées avec popcorn et boy/girlfriend sort rarement de l’ornière, à moins d’un miracle ou d’une volonté de pervertir les codes — voir Carrie (1977) de De Palma ou Retour vers le futur (1985) de Zemeckis. Si le cinéma français s’adonne parfois à ces bluettes sucrées (La Boum, LOL), il propose aussi des traitements alternatifs de l’âge “ingrat” — ou “des possibles”. Dans des œuvres saisissant l’adolescence comme un état mystérieux ou inquiétant, et ceux qui la traversent pareils à une tribu autonome, abandonnée à elle-même ; des œuvres valant parfois davantage pour les ambiances construites, nimbées d’interdits et de tabous transgressés que les histoires racontées. De par son climat d’étrangeté diffuse, son goût pour l’architectur

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Fou d’amour

ECRANS | ​Récemment muté dans un petit village, un curé charmeur et beau parleur fait perdre la tête à ses paroissiennes. La sienne finira par rouler au fond d’un panier... Justement récompensé au Festival des Films du Monde de Montréal, le nouveau Philippe Ramos évoque, sans le plagier, l’esprit de Luis Buñuel.

Vincent Raymond | Mardi 15 septembre 2015

Fou d’amour

Quel dommage que Philippe Ramos soit à ce point rare et discret, voire sauvage ! Car à chaque fois qu’il s’empare d’un sujet, c’est pour soumettre une réelle proposition de cinéma, légitimant le recours à la caméra (tous les réalisateurs ne peuvent pas, hélas, en dire autant). Abordant des thèmes en apparence asséchés — Moby Dick dans Capitaine Achab (2007) ou la Pucelle d’Orléans dans Jeanne Captive (2011) — le cinéaste parvient à créer du spectaculaire dans l’infime ou l’intime. Même heureux constat ici, avec ce fait divers qu’il situe dans les années cinquante : un curé succombant aux beauté terrestres, séduit et met enceinte une jeune aveugle avant de l’assassiner. Loin de se contenter d’une adaptation historique plate, Ramos dégage l’essence trouble et mystique de ce drame complexe, faisant du prêtre (ou plutôt de sa tête décapitée) le narrateur du film. Une sacrée provocation, puisque le suborneur se trouve en position de plaider des circonstances atténuantes : il passe presque pour victime de ne pas avoir pu donner librement l’amour dont il était sincèrement empli. La culpabilité étant, à mots couverts, volonti

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Pour Palandri et Chenelat, l'amour reste une dure lutte

SCENES | Si New York Paradis, la dernière comédie en date de Dominic Palandri, est à voir avant de mourir, ainsi que l'énonce sa tagline, L'Amour est une dure lutte (...)

Benjamin Mialot | Mardi 5 mai 2015

Pour Palandri et Chenelat, l'amour reste une dure lutte

Si New York Paradis, la dernière comédie en date de Dominic Palandri, est à voir avant de mourir, ainsi que l'énonce sa tagline, L'Amour est une dure lutte (créée début 2012) en est une à laquelle il vaut mieux assister avant de s'engager dans une relation, l'image qu'elle renvoie du couple, en l'occurrence celui qu'interprètent le même Palandri et Romy Chenelat (par ailleurs co-auteurs de la pièce), étant celle d'une institution pour le moins mortifère. Lui, bedaine en avant, est un chômeur concupiscent, sorte de Bertrand Cantat en tongs et incapable de lever le poing si ce n'est pour s'en jeter un. Elle, à l'inverse, ne pense au sexe que tous les trente-six du mois et dédie les trente-cinq jours à bavasser au téléphone avec sa mère – alors qu'elle habite l'appartement d'en face. Leur histoire, cousue de fil blanc jusqu'à un happy end forcément temporaire, c'est Vous avez un message chez les prolos : nonobstant quelques éclairs de complicité régressive – des petits noms aux jeux maison, la pièce traduit très bien la façon dont les fulgurances affectives deviennent des habitudes embarras

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Les soirées du 6 au 12 mai

MUSIQUES | Trois RDV nocturnes à ne pas manquer cette semaine : la release party du numéro 100 du magazine "Hétéroclite" au Lavoir, Tolouse Low Trax au Terminal et la label night Moonrise Hill Material au Sucre. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 5 mai 2015

Les soirées du 6 au 12 mai

07. 05 Hétéroclite fête son n° 100 Pour une fois, débutons cette sélection par un peu de copinage. Nos amis d'Hétéroclite, «mensuel gay et lesbien mais pas que» qui depuis bientôt dix ans réussit le pari de décrypter et défendre la culture LGBT tout en s'affranchissant de ses clichés, fête leur centième numéro. En ces temps de désaveu du papier et de la pensée, ce n'est pas un mince exploit. Ils le fêteront dignement au Lavoir Public avec une résurrection de Pressing, le talk-show théâtral itinérant qui précéda le lieu et, surtout, un mix de la plantureuse et érudite Rihanna Foutre, l'égérie du magazine. On y sera.

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Amours cannibales

ECRANS | De Manuel Martín Cuenca (Esp-Roum-Russie-Fr, 1h56) avec Antonio de la Torre, Olimpia Melinte…

Christophe Chabert | Mardi 16 décembre 2014

Amours cannibales

Carlos, tailleur discret de Grenade, aime les femmes. Mais attention, il les aime bien préparées. Aussi habile avec un fil et des aiguilles qu’avec un couteau de boucher, il déguste ses victimes selon un rituel presque monotone, sans en tirer de plaisir apparent. On a présenté les choses avec un poil d’ironie, mais Amours cannibales en est résolument dépourvu. Au contraire, la froideur de la mise en scène renvoie plutôt à la "glaciation émotionnelle" tant vantée par Michael Haneke. Même lorsqu’une histoire d’amour, une vraie, se profile entre Carlos et la sœur d’une des femmes qu’il a tuées, Cuenca ne déroge pas à sa grammaire : plans tirés au cordeau, absence de musique, quête de distance et d’atonie dans l’approche des événements. Cette forme-là, respectable dans son principe mais devenue très académique à force d’être mise à toutes les sauces, est assez contre-productive dans le cas d’Amours cannibales. On n’est jamais loin du pléonasme tant la grisaille et l’absence de passion semblent envahir en permanence et l’action, et les personnages, et l’approche visuelle de Cuenca. Même les scènes gore ne créent pas vraiment de malaise, fondues dans

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Nosfell in love

MUSIQUES | L’aborigène Nosfell a délaissé le Klokochazia et traversé plusieurs années de danse contemporaine, aux côtés du chorégraphe Philippe Decouflé pour la création Octopus, (...)

Benjamin Mialot | Mercredi 12 novembre 2014

Nosfell in love

L’aborigène Nosfell a délaissé le Klokochazia et traversé plusieurs années de danse contemporaine, aux côtés du chorégraphe Philippe Decouflé pour la création Octopus, pour revenir sur Terre et déverser un nouveau son. Alors que ses précédents albums dépeignaient les aventures des personnages qui peuplent son univers légendaire, rythmés par un dialecte de son invention une musique à la croisée du funk et de la musique ethnique, Amour massif effectue un tournant radical, et résolument plus accessible. Le titre de ce quatrième album est significatif, et si Nosfell sort de sa mythologie personnelle pour courir les prairies fleuries de l’amour, il change également de cap dans l’écriture. En collaboration avec Dominique A et Dick Annegarn, le texte est abordé en français pour les ballades, tandis que l’anglais est préféré pour les chansons pop. Il est désormais possible

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5 soirées à suivre

MUSIQUES | Chaque semaine à Lyon, on dénombre plus de soirées électro que d'occurrences du mot fuck dans une minute du Loup de Wall Street (soit pas moins de neuf). Histoire d'y voir plus clair, voici les habitués de notre rubrique Insomniaque qui affichent les line-ups de rentrée les plus excitants. Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Mardi 23 septembre 2014

5 soirées à suivre

We Are Reality A l'heure où des scientifiques étudient sérieusement la possibilité que notre réalité ne soit qu'une simulation informatique, le Sucre s'impose avec ce rendez-vous bi-mensuel comme l'endroit où garder les pieds sur terre. Difficile en effet de faire plus concret que la techno promue par We Are Reality, dont le casting a cet automne, entre les retours du maestro Carl Craig (19 octobre, avec le cogneur britannique Boddika) et des figures de proue du Berghain (Ben Klock le 5 octobre, Marcel Dettman le 2 novembre), des airs de who's who. A ne pas manquer également, un détour house par la case Innervisions avec ses fondateurs, Dixon

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Cinq autres jours de nuit

MUSIQUES | Après Jérôme Kerviel contre la Société Générale, voici une nouvelle relecture contemporaine de l'épisode biblique qui opposa le jeune roi David au géant Goliath : (...)

Benjamin Mialot | Mardi 27 mai 2014

Cinq autres jours de nuit

Après Jérôme Kerviel contre la Société Générale, voici une nouvelle relecture contemporaine de l'épisode biblique qui opposa le jeune roi David au géant Goliath : L'Amour contre Nuits Sonores. L'Amour – Jour & Nuit même, du nom d'un festival organisé par Elektro System en parallèle de celui auquel nous consacrons notre Une – et dont Elektro System est d'ailleurs l'un des composants du Circuit – sur le Bateau Bellona, péniche haut de gamme ancrée au quai Perrache depuis le début du mois. Outre un contingent de DJs locaux et des ambassadeurs des labels Cocoon et Mobilee, on pourra notamment y croiser le verre avec la toujours performante Chloe. D'une manière générale, le monde de la nuit ne s'arrête pas de tourner pendant Nuits Sonores : le Terminal recevra ainsi le 30 mai le démiurge Svengalisghost (aux confins de la house, de la techno et de la musique industrielle, ses morceaux sont autant de chaos originels), tandis qu'au DV1 se produiront le même soir Kirikoo Des et Walter Mecca. Autrement dit le duo NS Dos, émetteur d'une techno

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Le Triomphe de Raskine

SCENES | Constamment jubilatoire, drôle, tendu et vif, "Le Triomphe de l'amour" signe les retrouvailles de Michel Raskine avec la si brillante écriture de Marivaux. Une très grande mise en scène, comme il en a déjà tant derrière lui. Nadja Pobel

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2014

Le Triomphe de Raskine

Sartre, Manfred Karge, Duras, Dea Loher, Marie Dilasser, Strindberg, Lagarce, Bernhard, Pinget, Shakespeare, Marivaux… Le moins que l’on puisse dire est que Michel Raskine, depuis ses débuts de metteur en scène en 1984 avec l’inoubliable et maintes fois repris Max Gericke, s’est confronté à des registres tellement différents qu’il parait compliqué d’y déceler un fil rouge. Toutefois, si on se doute bien qu’il ne s’acharne pas à établir une continuité dans son travail, il n’en demeure pas moins que dès les premières minutes du Triomphe de l’amour, nous nous sentons autant chez lui que chez Marivaux par un savant décalage : les personnages sont costumés mais se trimballent avec un sac plastique Lidl ; le décor est massif, juste mélange de références antiques et modernistes, mais à jardin trône une table en formica avec bières, cagettes et vieille téloche qui sera le lieu de détente de l’un des comédiens à l’entracte. Chez Raskine, le spectacle ne s’arrête jamais vraiment, la vie et la comédie se mélangent, le factice et le réel ne font qu’un. Il en était notamment ainsi en 2009 avec Le Jeu de l’amour et du hasard, qu'il laissait en suspen

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L’Amour est un crime parfait

ECRANS | Derrière une intrigue de polar conduite avec nonchalance et un manque revendiqué de rigueur, les frères Larrieu offrent une nouvelle variation autour de l’amour fou et du désir compulsif. Si tant est qu’on en accepte les règles, le jeu se révèle assez fascinant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 10 janvier 2014

L’Amour est un crime parfait

Dans le campus suisse high tech où se déroule une partie de L’Amour est un crime parfait, débarquent à mi-film des spécialistes américains des techniques scénaristiques, venus à la pêche aux jeunes talents parmi les classes de lettres de l’université. Ce que Marc, le professeur de littérature incarné par un Mathieu Amalric frénétique, passant de l’exaltation à l’angoisse avec le même regard fiévreux, voit comme une menace. Plus tard, le même Marc, rejoignant son chalet isolé dans les montagnes enneigées, y découvre sa sœur Marianne (Karin Viard) avachie sur le canapé avec son rival Richard (Denis Podalydès), tous deux affublés de lunettes ridicules pour voir sur un écran plasma gigantesque la version 3D des Derniers jours du monde, le précédent film des frères Larrieu… Deux digressions sans rapport avec le récit policier qu’ils nous racontent, mais qui font office de plaidoyer pro domo rigolard envers leur méthode, peu soucieuse d’efficacité ou de rigueur narrative. En cela, L’Amour est un crime parfait

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Melville, cinéaste des ombres

ECRANS | La rétrospective que lui consacre l’Institut Lumière est l’opportunité de redécouvrir le cinéma de Jean-Pierre Melville, et en particulier ses films noirs mythiques, dont l’origine est à chercher dans l’expérience de la résistance et sa reconstitution à l’écran dans "L’Armée des ombres".

Christophe Chabert | Mercredi 8 janvier 2014

Melville, cinéaste des ombres

Les tueurs à pardessus et chapeau mou, les flics qui les traquent sans états d’âme, froids comme la mort qu’ils finiront par donner, et la fine frontière qui sépare parfois ces deux côtés de la loi : voici l’essence du cinéma de Melville tel qu’il a été légué à une longue postérité. Cette légende s’appuie, dans le fond, sur quelques films qui, au fil des reprises, remakes avoués ou déguisés et rediffusions télé, ont rendu son œuvre légendaire. Citons-les d’entrée : Le Deuxième souffle, Le Cercle rouge, Le Samouraï, Le Doulos et le très minimaliste et abstrait Un flic, sa dernière production, qui a été vue soit comme un accomplissement, soit comme une caricature desséchée de son propre style. Une anecdote fameuse raconte que Melville lui-même jouait de l’ambiguïté : quelques temps avant sa mort, il tente de convaincre un producteur de s’engager sur un nouveau projet. À sa secrétaire qui lui demande de quoi le film va parler, il aurait répondu : «Dites-lui seulement que ce sera un Melville…». Nom de guerre : Melville Né Grumbach en 1917, Melville rejoint la résistance tandis que la France est occupée par les n

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Le court des choses

ECRANS | La compétition du 34e festival du film court de Villeurbanne s’annonce passionnante, et plus que jamais ouverte sur le monde — et ses affres —, vu par des cinéastes en quête d’audace et d’efficacité. La preuve en quelques films majeurs. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 14 novembre 2013

Le court des choses

Depuis que le festival du film court de Villeurbanne a fusionné ses compétitions francophone et européenne, cette épine dorsale de sa programmation a trouvé une nouvelle ampleur. Ce qui frappe cependant pour cette 34e édition, c’est que les films eux-mêmes semblent traverser les frontières, et il n’est pas rare de voir un cinéaste français tourner en Angleterre ou en Afrique du Sud… Une mondialisation qui se retrouve aussi dans les sujets abordés, où l’immigration et les conséquences de la crise économique forment le background de nombreuses fictions. Cette façon de prendre le pouls d’une époque n’a vraiment rien d’inattendu et serait même anecdotique si les films ne cherchaient pas avant tout de nouvelles formes pour traiter leur sujet. C’est particulièrement frappant dans The Mass of men de Gabriel Gauchet, un véritable chef-d’œuvre qui fait déjà figure de favori pour le palmarès final. Gauchet met d’abord en scène un fait divers sanglant, un massacre au pistolet à clous dans un Pôle emploi britannique, qu’il regarde à travers les images froides des caméras de survei

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Adèle avant Adèle

ECRANS | Depuis ses débuts, Abdellatif Kechiche inscrit son cinéma dans une lignée très française, dont il s’émancipe peu à peu. La Vie d’Adèle, comme ses précédents films, ne fait pas exception à la règle. Démonstration avec quatre films emblématiques. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 7 octobre 2013

Adèle avant Adèle

1935 : Toni (Jean Renoir) Comme souvent en France, tout part de Jean Renoir. Et notamment de Toni qui, bien avant le néo-réalisme italien et la Nouvelle Vague, s’aventure hors des studios et exploite les décors naturels aux alentours de Martigues pour faire entrer le soleil du midi dans ce drame inspiré d’un fait-divers. Même s’il filme le Nord dans La Vie d’Adèle, Kechiche choisit aussi de privilégier la lumière plutôt que la grisaille, comme dans ce premier baiser magnifique sur un banc, où les lèvres des deux comédiennes semblent embrasées par les rayons du soleil. Surtout, Renoir cherche avant tout à saisir une vérité chez les immigrés italiens de son film, eux qui étaient, à l’époque, les marginaux de la société française. Kechiche avait fait de même avec les immigrés maghrébins et leurs enfants dans L’Esquive et La Graine et le Mulet ; ici, c’est une autre marge, celle de l’homosexualité féminine, qu’il essaie de dépeindre avec un maximum de crédibilité et d’honnêteté. 1963 : Adieu Ph

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Kubrick, jusqu’à plus soif…

ECRANS | Après avoir fait ressurgir le Taxi Driver de Martin Scorsese mercredi dernier, UGC Ciné-Cité Confluence, dont la programmation est assez baroque, s’offre (...)

Christophe Chabert | Lundi 9 septembre 2013

Kubrick, jusqu’à plus soif…

Après avoir fait ressurgir le Taxi Driver de Martin Scorsese mercredi dernier, UGC Ciné-Cité Confluence, dont la programmation est assez baroque, s’offre rien moins que sept Kubrick en alternance cette semaine — avec en bonus la reprise de Room 237, documentaire peu apprécié par ici sur les exégètes cinglés de Shining. Il s’agit bien sûr du prestigieux catalogue Warner, incluant 2001, odyssée de l’espace — meilleur film de tous les temps, même si j’en vois qui braillent au fond de la classe — Lolita, Orange Mécanique, Full metal jacket, Barry Lyndon, Eyes wide shut et donc Shining. Au cas où certains n’auraient toujours pas vus ces monuments-là sur grand écran, où s’il y en a encore qui ont des reproches à leur faire — on vise particulièrement ceux qui ont des réserves sur Eyes Wide shut, qui nous émeut aux larmes à chaque vision — il n’y a même pas à barg

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Grands espaces

ARTS | En attendant la Biennale d'Art Contemporain début septembre, il vous reste jusqu'au 21 juillet pour découvrir l'exposition monographique consacrée par le (...)

Jean-Emmanuel Denave | Vendredi 12 juillet 2013

Grands espaces

En attendant la Biennale d'Art Contemporain début septembre, il vous reste jusqu'au 21 juillet pour découvrir l'exposition monographique consacrée par le Musée d'Art Contemporain à Daniel Firman, un drôle de sculpteur contemporain qui fait se mouvoir des appareils électroménagers, danser quatre interprètes au sein d'un lieu clos et invisible pour le public, ou léviter un éléphant à l'échelle 1... Cette exposition est complétée par un florilège des collections du musée (ne pas rater les images d'horizons marins de Hiroshi Sugimoto!) et les œuvres étranges et inquiétantes de Philippe Droguet. Un bureau de salle d'interrogatoire en boyaux de bœuf par exemple, ou de jolies baignoires recouvertes en leur intérieur d'agressifs clous de tapissier !  Le FRAC Rhône-Alpes fête quant à lui ses trente ans avec deux expositions. L'une au Plateau conçue par l'artiste Vincent Lamouroux, qui rend notamment hommage à ses maîtres minimalistes (Carl André, Richard Serra, Sol Le Witt…) ou conceptuels (Joseph Kosuth, Lawrence Weiner…) au sein d'un bel écrin fait

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