Prometheus

ECRANS | Se voulant un retour aux origines de la saga "Alien", "Prometheus" est surtout une impasse pour Ridley Scott, tiraillé entre l’envie de retrouver sa splendeur graphique des débuts et son désir de rivaliser avec les blockbusters d’aujourd’hui. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Jeudi 31 mai 2012

Photo : © Twentieth century Fox 2012


L'attente disproportionnée qui a entouré Prometheus, de l'annonce du projet (une prequel d'Alien) à ses nombreux changements d'horizon («l'invention d'une nouvelle mythologie») ne sont peut-être pas pour rien dans la déception éprouvée à la vision du film. Qui ne commence pourtant pas si mal… Pour la première fois, Ridley Scott s'essaie à la 3D et les images d'introduction, travellings aériens survolant une nature majestueuse, loin du space opera attendu, ont de l'allure. Même l'étrange géant diaphane qui se décompose au contact d'une substance noire et liquide, désintégrant jusqu'à son ADN, permet à Scott de déployer une certaine maestria visuelle.

Quand le film s'envole dans l'espace avec une troupe de scientifiques et de grouillots au panel très Benetton, on y croit encore. Scott glisse par exemple une idée étonnante : l'androïde David, interprété par Michael Fassbender (curieux, tout de même, d'avoir confié à l'acteur le plus physique et sexuel du moment un personnage robotisé et désincarné), choisit son look en référence à Peter O'Toole dans Lawrence d'Arabie. Comme si, autant que d'expliquer les fondements de la saga Alien, Ridley Scott voulait réinscrire la science-fiction dans une grande histoire de l'aventure hollywoodienne, avec David Lean comme patron.

Trop de scénario

Les choses se corsent quand Prometheus entre dans le vif de son scénario. Celui-ci, cosigné par Damon Lindelof, un des créateurs de la série Lost, est un vaste fourre-tout qui montre, à de nombreuses reprises, que l'auteur a bien du mal à oublier son passé télévisuel. Cela se traduit sur deux versants : d'abord, sa façon de faire durer les scènes en pure perte, quand il ne les envisage pas comme une simple pièce de la machine narrative qu'il est en train de construire. Ainsi doit-on parfois se farcir des tunnels de dialogue sans intérêt, comme lors de cette scène de cul entre Noomi Rapace et Patrick Wilson qui ne sert qu'à faire avancer péniblement l'action vers le dernier acte.

Par ailleurs, la structure de l'histoire hésite entre voler de ses propres ailes et coller à celle de l'Alien original. C'est à la fois incompréhensible et grotesque car l'action, qui se déroule trente ans auparavant, n'avait pas besoin de se caler dans de quelconques marques. En découle le sentiment bizarre d'assister à un film timoré, qui voudrait à la fois mettre le spectateur en terrain connu tout en lui vendant de l'inédit.

L'autre problème de Lindelof, plus grave, est sa tendance à faire de la philosophie de bazar. Ici, rayant d'un trait de plume Charles Darwin (au moins a-t-il la décence de le faire souligner par un des personnages), il invente une race extra-terrestre ayant créé l'homme à son image, en plus petit et moins livide. Dans le sens inverse, les scientifiques qui font cette découverte pour le moins révolutionnaire restent fermement attachés à leur croyance chrétienne et, tels les frères Bogdanoff, s'imaginent que derrière ces géants, il y a forcément le doigt de Dieu. À intervalles réguliers, la question revient dans le film, avec de très gros sabots et des références déjà usées grossièrement dans Lost à Descartes, Rousseau, Hobes… Comme si la métaphysique s'était arrêté au XVIIIe siècle, alors que l'on nous montre des humains archi-cultivés du quasi XXIIe siècle ; passons.

Des restes du futur

Que reste-t-il alors de l'ambition de départ, à savoir ce foutu retour aux origines d'Alien et, de fait, à celles de la carrière de Ridley Scott. Pour ce qui est des explications, le film, là encore, tente un grand écart : montrer d'où vient le mythique space jockey, et inventer une créature qui, si elle n'est pas l'alien, pourrait en être la source. Sans trop révéler la fin, disons que Scott et Lindeloff n'insultent pas l'avenir en arrivant in extremis à relier tout cela dans une dernière scène plutôt expédiée tout en laissant ouverte la possibilité d'une suite, donc en maintenant un gros blanc dans la chronologie des événements. Le truc est assez cynique, et on peut se sentir floué à la fin de la projection.

Mais il en va ainsi de la carrière de Ridley Scott depuis son come-back fulgurant avec Gladiator. Businessman avisé s'aventurant dans tous les genres et dans tous les budgets, n'hésitant pas à mettre ses pas dans ceux des cinéastes héros du moment (Hannibal, sa suite au Silence des Agneaux, en est le meilleur exemple) ou carrément à revenir sur ses propres traces (sa lamentable tentative de retrouver la grâce de Gladiator dans le pitoyable Robin des bois), Scott a aussi parfois de vrais coups de génie (comme dans ce film-monstre qu'est La Chute du faucon noir). Avec Prometheus, il n'a jamais autant exhibé cette schizophrénie créative : être à la fois à la pointe du divertissement hollywoodien et s'en démarquer par une forme de stase graphique qui n'aurait d'autre but que la sidération du spectateur.

Marier ces deux objectifs s'avère vite une mission impossible. En matière de spectacle, Prometheus est faible et ses morceaux de bravoure, concentrés dans la dernière demi-heure, paraissent bien maigres face aux envolées d'un Cameron ou même, pour rester dans l'actualité, à celle de Joss Whedon dans Avengers. En revanche, le Ridley Scott styliste marque des points, et c'est ce qui sauve le film de l'insignifiance. Il y a de réelles visions, uniques et inspirées, dans Prometheus : une césarienne effectuée par une machine, un flashback qui vient s'inscrire à même le présent de l'action, par le truchement d'images vidéo parasitées au réalisme amplifié par l'usage de la 3D.

C'est peut-être là que Scott prolonge le mieux les trouvailles d'Alien. Envisageant le futur comme un agglomérat entre des images passées et ses propres novations esthétiques, comme la rencontre entre une civilisation ancienne fondée sur un rapport organique à la matière et la technologie froide de l'innovation scientifique, Scott poursuit, dans la marge de Prometheus, son œuvre d'auteur singulier et visionnaire.

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Son retour aux affaires pour Prometheus, puis récemment Alien : Covenant, a suscité des réactions mitigées de la part de quelques puristes. N’en déplaise à ces pisse-froid : Ridley Scott a su dans ces deux préquelles ranimer en beauté la flamme de son terrible xénomorphe. Sans trop de difficultés car, l’honnêteté le pousse à le reconnaître, la bête possède une résistance et une faculté d’adaptation peu communes — on parle ici du monstre, pas du réalisateur, hein ! Sans doute désireux de réconcilier les amateurs de l’Alien originel avec Scott, mais aussi d’offrir aux plus jeunes l’occasion de découvrir sur grand écran le début de la saga (donc la

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"À ceux qui nous ont offensés" : Fassbender en incarnation du Gitan britannique

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Colby Cutler règne en parrain despotique sur les siens, commanditant casses et larcins à tout va. Las de cette existence hors-la-loi, son fils Chad s’apprête à quitter sa roulotte avec femme et enfants pour se fixer dans une maison en dur. Mais Colby n’a pas l’intention de le laisser partir… Après Brad Pitt dans Snatch, voici Michael Fassbender en nouvelle incarnation du Gitan britannique — rien à voir avec leurs cousins du Continent, souvent représentés de manière moins glamour chez Kusturica ou Gatlif. Ce constat mis à part, les problématiques rencontrées par cette population au Royaume-Uni sont identiques : pilote chevronné voulant se ranger des voitures, Chad goûte à l’ostracisme lorsqu’il s’aventure hors du clan. Un rejet que subit également sa progéniture, au grand bonheur de Colby, qui croit à une forme de déterminisme social : un statu quo renforce son emprise sur le groupe. Film complexe, multiple, À ceux qui nous ont offensés marie à la fois le

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Il faut l’avouer, Christophe Gans a longtemps été un de nos héros. De ceux qui nous ont fait découvrir des cinéastes majeurs comme Carpenter, Friedkin, Tsui Hark et qui nous ont donné envie d’écrire sur le cinéma. Et une fois cet ancien journaliste de Starfix passé derrière la caméra, il nous a fait croire que le cinéma de genre s’était trouvé en France un styliste majeur. Aussi, lorsque nous sommes sortis dépités de La Belle et la Bête, le sentiment était celui d’avoir tué le père, avec ce que cela implique de mélancolie et de culpabilité. Heureusement, grâce à Hallucinations Collectives, tout est pardonné : en l’invitant à choisir trois films pour une carte blanche résolument surprenante, le festival prouve que Gans est resté un cinéphile pointu prêt à se faire le défenseur de toutes les formes d’innovations en matière de mise en scène — on n’a pas oublié par exemple ses visionnaires analyses à la sortie d’Avatar. I

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Quelque part en Irlande, Jon, un jeune musicien, rêve de rock et de gloire, mais végète chez ses parents. Le hasard le met sur la route d’un groupe avant-gardiste dont le claviériste vient de devenir fou ; Jon le remplace au pied levé et découvre, médusé, que le chanteur ne se montre qu’avec une énorme tête en carton-pâte sur scène… mais aussi en privé ! Frank est-il un génie torturé ou un as du buzz post-Daft punk ? Et, par conséquent, Frank-le film est-il une comédie sarcastique ou un hommage à ces doux dingues qui ont construit la légende du rock’n’roll ? Difficile de trancher au départ, tant Abrahamson brouille les pistes, fidèle à un certain esprit de la comédie british qui force le trait de la caricature tout en l’adoucissant d’un sirop émotionnel qu’on sent souvent sincère. Mais il n’arrive jamais à résoudre cette contradiction de base : peut-on faire un film aussi calibré et normé sur des personnages à ce point en dehors des clous, refusant à tout prix de vendre leur âme au music business ? Frank pose par ailleurs une autre question, fondamentale pour quiconque s’intéresse à un si grand acteur : Michael Fassben

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Christophe Chabert | Mardi 23 décembre 2014

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2014 restera l’année où les artistes agnostiques et athées se sont penchés sur les textes religieux pour en offrir une lecture rationnelle, intime ou réaliste. Emmanuel Carrère dans Le Royaume, Alain Cavalier dans Le Paradis et aujourd’hui Ridley Scott avec Exodus empoignent chacun à leur façon cette matière comme une source féconde de romanesque et de spectacle, tout en maintenant la distance avec leur caractère sacré. Dans le cas de Scott, c’est rien moins que les épisodes-clés de la Bible où Moïse choisit de libérer le peuple juif et de le conduire jusqu’à la terre promise qui forment le cœur de son blockbuster. Dans un premier temps, le récit dessine un trajet au personnage qui rappelle celui du général Maximus dans Gladiator : frère d’armes du futur pharaon Ramses (Joel Edgerton, looké façon Brando période Kurtz / Apocalypse Now), Moïse (Christian Bale, entre beau

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Quand vient la nuit

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Dans son premier film, le stupéfiant Bullhead, Michael R. Roskam inventait un personnage de gros dur camouflant sa perte de virilité par une surdose de produits dopants le transformant en montagne musculeuse et toutefois taiseuse. Bob Saginowski, le héros de Quand vient la nuit que Tom Hardy campe avec un plaisir cabotin de la retenue, partage avec lui de nombreux points communs : taciturne, maladroit dans ses rapports humains, semblant masquer derrière son apparente absence d’états d’âme ce que l’on devine être un lourd passé. Bob traîne dans le milieu de la mafia russe à Brooklyn, s’occupant avec son cousin Marv — James Gandolfini, dans une puissante et émouvante dernière apparition à l’écran — d’un «bar-dépôt» servant avant tout à blanchir l’argent de tous les trafics nocturnes illicites ; mais il s’entête à prendre ses distances avec ce monde du crime, répétant inlassablement qu’il n’est «que le barman». Il va à l’église mais ne communie pas ; et il s’obstine à élever un pitbull qu’il a ramassé blessé dans la poubelle d’une jeune femme, Nad

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Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

X-Men : Days of future past

Un futur dévasté, peuplé de camps et de charniers, où humains et mutants sont ensemble victimes de robots (les Sentinelles) capables d’imiter les éléments et les métaux ; et l’Amérique des années 60, encore traumatisée par la mort de Kennedy et en pleine crise du Vietnam, où Nixon développe sa politique réactionnaire et où les mutants commencent à se structurer en mouvement révolutionnaire. Le défi de ce X-Men : Days of future past, basé sur l'un des plus fameux arcs narratifs du comic book d'origine (signé Chris Claremont et John Byrne en 1981), consiste à replier le futur sur le passé en une seule temporalité fictionnelle, enjambant le présent qui avait été celui de la première trilogie et dont Bryan Singer avait su tirer de stupéfiants blockbusters engagés et personnels, bourrés de sous-textes et développant ses personnages comme autant d’icônes de la culture populaire. Ce nouveau volet, qui marque son retour aux manettes mais aussi en grande forme après les déconvenues Superman et Jack le chasseur de géants, en ajoute une poignée dès son ouverture, impressionnante. Au milieu d’un décor en ruines, une mutante aide ses camarades à co

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12 years a slave

ECRANS | Après "Hunger" et "Shame", Steve McQueen adapte l’histoire vraie de Solomon Northup, homme libre devenu esclave, mais hésite entre grande forme hollywoodienne et effets de signature, entre son héros au parcours édifiant et l’esclavagiste fascinant incarné par sa muse Fassbender. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 15 janvier 2014

12 years a slave

Django unchained, Lincoln, 12 years a slave ; la question de l’esclavage aura inspiré récemment des cinéastes importants, chacun avec leur angle et leur manière. Western pop et politique marqué par la blaxploitation pour Tarantino, biographie dialectique, lyrique et fordienne pour Spielberg… L’approche de Steve McQueen est la plus frontale : le film se targue de regarder en face la question, ce que résume le premier plan où les esclaves alignés regardent la caméra et le spectateur. Au centre de ce théâtre ordinaire de l’asservissement, Solomon Nothrup ne se distingue pas du groupe, et pourtant son histoire est littéralement extra-ordinaire : homme libre, marié et père, violoniste dans la bonne société new-yorkaise, il est kidnappé et vendu à un propriétaire sudiste qui finira à son tour par le céder pour éponger ses dettes à un autre "maître" plus cruel et violent. La figure de Nothrup lance 12 years a slave sur les rails d’une fresque édi

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Cartel

ECRANS | La rencontre entre Cormac McCarthy et le vétéran Ridley Scott produit une hydre à deux têtes pas loin du ratage total, n’était l’absolue sincérité d’un projet qui tourne le dos, pour le meilleur et pour le pire, à toutes les conventions hollywoodiennes. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 12 novembre 2013

Cartel

Il y a sans doute eu maldonne quelque part. Comment un grand studio hollywoodien a-t-il pu laisser Cormac McCarthy, romancier certes adulé mais absolument novice en matière d’écriture cinématographique, signer de sa seule plume ce Cartel, le faire produire par la Fox et réaliser par un Ridley Scott réduit ces dernières années à cloner sans panache ses plus grands succès (Robin des Bois, sous-Gladiator, Prometheus, sous-Alien…) ? Le film est en tout point fidèle à la lettre et à l’esprit de ses œuvres littéraires : omniprésence de la corruption morale, déliquescence d’un monde livré à la sauvagerie et s’enfonçant dans une régression inéluctable vers le chaos, voilà pour l’esprit ; pour la lettre, c’est là que le bât blesse, tant McCarthy se contrefout éperdument des règles élémentaires de la dramaturgie cinématographique. Pas d’expositions des personnages, de longues conversations plutôt virtuoses dans leur façon d’exprimer les choses sans vraiment les nommer, mais qui versen

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Dead man down

ECRANS | De Niels Arden Oplev (EU, 1h57) avec Colin Farrell, Noomi Rapace, Isabelle Huppert...

Jerôme Dittmar | Vendredi 29 mars 2013

Dead man down

Où vas-tu Colin Farrell ? Sur le déclin après avoir touché la grâce dans Miami vice, l'acteur au regard d'enfant égaré s'est perdu. A nouveau en galère dans Dead man down, on se demande si ce n'est pas cuit pour lui à force d'enchainer nanars et remakes balourds. Polar foireux débutant comme un thriller crypté avant de vite bifurquer vers un double récit de vengeance bien mal mené, Dead man down ne tient en effet aucune de ses promesses. Et ce n'est pas Niels Arden Oplev, auteur du déjà pas fameux Millénium suédois, qui sauve les meubles. Le réalisateur a beau tenter de donner un peu d'âme et d'espace à ses personnages (un immigré hongrois et une femme victime d'un accident), là où devraient naître zones d'ombres et ambiguïtés se multiplient les rebondissements patauds. Prisonnier d'un scénario sans latitudes et réduisant ses enjeux à la nullité de sa petite mécanique, Dead man down débouche là où risque de finir la carrière de Farrell : dans l'indifférence totale. Jérôme Dittmar

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Passion

ECRANS | Vaine tentative de Brian De Palma pour réactiver les fondamentaux de son cinéma, ce remake de "Crime d’amour" se traîne entre esthétique de feuilleton télé teuton et autoparodie sans queue ni tête. Catastrophe ! Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 15 février 2013

Passion

Il faut d’abord se pincer pour croire que Brian De Palma est bien derrière la caméra de ce Passion. Les premières scènes, en effet, laissent plutôt penser que Claude Chabrol avait laissé en guise de testament ce remake du dernier film d’Alain Corneau. On retrouve la même désinvolture filmique, la même direction artistique ingrate, la même platitude visuelle que dans ses opus tardifs. En tout cas, pas trace du grand style De Palma ; juste des dialogues tiédasses, des intérieurs design cheap, des bureaux blancs sur blancs et deux actrices (Rachel MacAdams et Noomi Rapace) qui récitent sans conviction une partition il est vrai très faible. Même la musique du revenant Pino Donaggio ressemble plus aux compositions derrickiennes de Mathieu Chabrol qu’à celles d’un Bernard Hermann. Viral bol L’intrigue (mal) posée, où une ambitieuse chef d’agence de pub à Berlin (MacAdams) trahit sans vergogne son assistante (Rapace) pour obtenir une promotion new-yorkaise, tandis que ladite assistante, guère plus scrupuleuse, entame une liaison avec l’amant de sa patronne, De Palma y ajoute un sous-texte théorique qui relève du cache-misère cynique. Ici, to

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Sigur Rós Valtari (EMI)

MUSIQUES | Vu de France ce n'est pas forcément évident mais, en Islande, Sigur Rós est le deuxième pilier de la musique locale – le premier étant une fausse rousse passée par (...)

Stéphane Duchêne | Lundi 20 août 2012

Sigur Rós
Valtari
(EMI)

Vu de France ce n'est pas forcément évident mais, en Islande, Sigur Rós est le deuxième pilier de la musique locale – le premier étant une fausse rousse passée par les Nuits de Fourvière en 2012 dans une robe en plastique du plus bel effet –, idolâtré au plus haut point sans que cela n'empêche ses membres d'aller quérir leur café au Kaffitar, – le Starbuck local – en toute quiétude. Le groupe pourrait aussi, étant donné son statut, resservir toujours un peu la même recette, et ce, d'autant plus que personne n'est encore parvenu à la copier. Ce n'est pas tellement le genre de la maison. Sigur Ros nous avait ainsi laissé avec un album studio Með suð í eyrum við spilum endalaustplutôt folk, enlevé – on doit au titre Festival le finale épique du film 127 heures de Danny Boyle – mais moins ampoulé que certain

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Babycall

ECRANS | De Pal Sletaune (Norvège, 1h36) avec Noomi Rapace, Kristoffer Joner…

Christophe Chabert | Lundi 30 avril 2012

Babycall

Babycall démontre à quel point la pratique du twist scénaristique, ce renversement de situation final qui pousse à revoir l’ensemble du film sous un jour nouveau, est aujourd’hui une pratique éculée et, c’est un comble, prévisible. Dès le début, Sletaune nous envoie de gros clins-d’œil pour bien nous faire comprendre que l’angoisse de cette mère qui surprotège son gamin face à un éventuel retour d’un père violent et abusif, n’est pas ce que l’on pourrait croire. La mise en scène cherche à créer un climat oppressant, mais produit surtout une grande passivité chez le spectateur, pressé de savoir ce qui relève du réel ou du fantasme. Sauf que le script est tellement emberlificoté qu’en définitive, rien ne subsiste une fois le brouillard dissipé, sinon la sensation d’avoir assisté à du vent. Même le thème, passionnant chez Nakata dans Dark Water, de la solitude urbaine et de la maternité comme un sacrifice de soi, ne semble que lointainement intéresser le cinéaste, qui préfère faire le malin plutôt que de prendre au sérieux le mélange de mélo et de fantastique que son matériau lui autorisait. Christophe Chabert

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A dangerous method

ECRANS | La rivalité entre Freud et son disciple Carl Gustav Jung, un sujet complexe mais idéal pour David Cronenberg, qu’il rend passionnant pendant 45 minutes, avant de laisser la main à son scénariste, l’académique Christopher Hampton. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 14 décembre 2011

A dangerous method

Au détour d’une séquence de séduction entre Sabina Spielrein (Keira Knightley, qui donne beaucoup d’elle-même à ce personnage de femme hystérique découvrant la nature sexuelle de son mal) et Carl Gustav Jung (Michael Fassbender, loin de l’animalité de Shame, comme cherchant à déchirer le corset moral qui l’enserre), celle-ci lui dit : «Dans chaque homme, il y a une part féminine». L’admirateur de David Cronenberg saisit instantanément ce qui renvoie à l’œuvre du cinéaste canadien : la sexualité comme révélateur de la confusion des genres. A dangerous method raconte le conflit entre Freud, qui pense que tout est explicable par la nature libidinale des êtres, et Jung, qui croit que certains phénomènes proviennent d’un inconscient collectif. Mais il dit aussi qu’il y a une part d’inexplicable dans le désir et que la chair prend toujours le dessus sur le cerveau. Malaise dans la civilisation Comment raconter cette rivalité intellectuelle sans s’empêtrer dans des couches de dialogues explicatifs ? Cronenberg trouve de belles parades à cet écueil : par la mise en scène, comme lors de ce passage remarquable où le dispositif d’analyse inventé par Jung

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Shame

ECRANS | Révélé par l’uppercut "Hunger", le tandem Steve McQueen (réalisateur) et Michael Fassbender (acteur) enfonce le clou avec "Shame", portrait entre extase et agonie d’un trader atteint de dépendance sexuelle, porté par un geste de cinéma extraordinaire de culot. Christophe Chabert

Dorotée Aznar | Jeudi 1 décembre 2011

Shame

C’est par un crescendo incandescent que Steve McQueen nous attire à l’intérieur de son deuxième film, Shame. Crescendo musical où une envolée de cordes lyriques accompagne les images, mais aussi crescendo émotionnel dont l’inachèvement vaut comme raccourci du film dans son ensemble. Pourtant, il n’y a presque rien : un homme assis dans le métro regarde fixement la femme assise en face de lui, jolie, très maquillée, d’abord gênée par ce regard, puis curieuse et enfin complice. Elle se lève à la station suivante, on s’aperçoit qu’elle a une bague au doigt, elle sort de la rame. Il hésite quelques instants, puis se lève à son tour, tente de la rattraper mais elle a disparu dans la foule des passagers. Ce pourrait être un hommage au Brève rencontre de David Lean, le début d’un mélodrame à vous tirer des larmes. Ce sera l’inverse : une descente aux enfers. Car cet homme beau et attirant — normal, c’est le magnétique Michael Fassbender qui l’incarne, se livrant une fois encore à corps perdu à son metteur en scène Steve McQueen, qui l’avait révélé dans Hunger — nage dans

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X-Men: Le Commencement

ECRANS | Sous l’impulsion de Matthew Vaughn et de son producteur Bryan Singer, ce reboot de la saga mutante a le mérite de poser de bonnes questions, et nous venge avec les honneurs des récents blockbusters super-héroïques. François Cau

Dorotée Aznar | Mardi 31 mai 2011

X-Men: Le Commencement

Tout le monde a sa propre vision du super-héros. Un individu extraordinaire, à même de pallier ses (nos ?) frustrations en devenant quelqu’un d’autre ; une métaphore de toutes les minorités, vouées à se dépasser face à l’adversité ; ou juste un frimeur en costume moulant qui, “en vrai“ tiendrait deux minutes dans une favela brésilienne. Mais par un savant mélange de simili hasard et d’opportunisme qui fait marcher son usine à rêves depuis de trop nombreuses décennies, Hollywood nous a récemment imposé un seul modèle, à travers les figures d’Iron Man, Green Hornet et Thor : le fils à papa arrogant, m’as-tu-vu, qui se lance dans la baston justicière comme d’autres feraient un caprice pour qu’on leur achète un scooter, avant de réaliser que bon sang de bois, quand on a de grands pouvoirs, on a comme qui dirait de grandes responsabilités. Et de fait, on redoute dans les séquences d’introduction de X-Men au commencement que la recette ne soit de nouveau appliquée sur la personne du mythique Professeur Xavier, qu’on a toujours connue vieux - pardon, sage - chauve et en fauteuil roulant. Ici, on a affaire à un jeune diplômé bourge, dragueur et picoleur, un peu trop ra

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Millenium 3 – la reine dans le palais des courants d’air

ECRANS | De Daniel Alfredson (Suède, 2h27) avec Michael Nyqvist, Noomi Rapace…

Dorotée Aznar | Jeudi 8 juillet 2010

Millenium 3 – la reine dans le palais des courants d’air

Terrassé par un second volet dont l’origine télévisuelle n’excusait en rien le rythme amorphe, on se lance dans l’ultime film de la saga avec expectative. De fait, pendant toute la première partie où Lisbeth Salander se retrouve coincée à l’hôpital, on a bien affaire au même succédané suédois de "Derrick", avec de fulgurantes scènes de violence - placées de façon quasi sadique dans le récit, pour réveiller l’infortuné spectateur qui rejoignait enfin les bras de Morphée. Une fois que le règlement de compte judiciaire final s’enclenche, l’intérêt – ce lâche - revient forcément au galop. On serait presque pris d’enthousiasme si à la réflexion, on évitait de se dire que les sept heures de projection (huit pour la série télé) aurait bien mieux servies à la lecture des romans originaux… FC

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Millénium 2 - La Fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette

ECRANS | De Daniel Alfredson (Suè, 2h09) avec Michael Nyqvist, Noomi Rapace…

Dorotée Aznar | Vendredi 25 juin 2010

Millénium 2 - La Fille qui rêvait d'un bidon d'essence et d'une allumette

La première adaptation cinématographique de la trilogie de Stieg Larsson avait séduit les fans des romans par son ambiance putride, soulignant les déliquescences d’une société suédoise montrée sous son jour le plus corrompu et misogyne. Malgré ses défauts de rythme manifestes, le long-métrage de Niels Arden Oplev s’en tirait avec les honneurs, bien aidé par son binôme d’acteurs principaux. Pour la suite de la saga, un nouveau réalisateur prend le relais, et tout de suite, c’est une autre paire de manche. Daniel Alfredson se repose entièrement sur le cahier des charges esthétiques du premier volet, s’efface au point de rendre sa mise en scène totalement transparente. Et l’intrigue de dévider ses maigres soubresauts avec un manque d’efficacité tout à fait remarquable, encore un peu plus entamé par une poignée de scènes complètement à côté de la plaque (dont un combat de boxe valant son pesant). D’héroïne emblématique, Lisbeth Salander est reléguée au rang de justicière de série Z, et Mikael Blomkvist tire la tronche. Le dernier volet sort dans un mois, on l’attend avec une infinie patience. FC

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Fish Tank

ECRANS | Pour son deuxième long-métrage, Andrea Arnold filme à juste distance du style et du réalisme la quête identitaire et familiale d’une ado sauvage qui se rêve danseuse de hip-hop. La révélation de la rentrée. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 8 septembre 2009

Fish Tank

Si Red road, premier long de la réalisatrice anglaise Andrea Arnold, avait déjà séduit par sa maîtrise et son culot, Fish Tank, son nouveau film (et son deuxième prix du jury à Cannes !), confirme et amplifie cette sensation. Il faut dire que la cinéaste sait capter l’attention des spectateurs dès ses premiers plans… Quelque part entre les Dardenne et le Gus Van Sant d’Elephant, elle accompagne la marche d’une adolescente indocile, Mia (et son interprète, la remarquable Katie Jarvis), dans le paysage désolé d’une banlieue de tours et de terrains vagues, en caméra portée et écran carré — pied de nez gonflé au 16/9 triomphant. Comme pour bousculer ce programme «réaliste social» très anglais, Arnold fait basculer son introduction dans l’étrange, grâce à la rencontre avec un cheval attaché que Mia essaye de libérer. En dehors du symbole un peu appuyé (la fougue entravée est aussi celle de Mia), cet animal incongru dans le décor du film indique au spectateur que Fish Tank va s’autoriser aussi beaucoup de libertés. Mia farouche Il y a donc un fil rouge, celui de Mia : en conflit avec une mère (superbe de s

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Hunger

ECRANS | Premier film du plasticien anglais Steve McQueen, Hunger ressemble à un cri de rage d’autant plus puissant qu’il s’appuie sur une sidérante assurance dans sa mise en scène. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mardi 18 novembre 2008

Hunger

Film politique, expérience de cinéma extrême, œuvre humaniste derrière sa violence, Hunger va laisser des traces en cette fin d’année. Il raconte le combat de Bobby Sands, incarcéré avec d’autres membres de l’IRA dans une prison britannique où leurs libertés élémentaires sont remises en cause par le gouvernement Thatcher. Combat en deux actes : d’abord le refus de porter l’uniforme de prisonnier (une négation active de son «statut» de criminel) et de se plier aux règles d’hygiène. Ensuite, une grève de la faim sans retour qui en fera un martyr de la cause irlandaise. La force de Hunger, c’est que ces deux parties sont aussi deux blocs de pur cinéma où la mise en scène, dans ses partis pris radicaux, libère littéralement le propos. Élégie de la faim Le «blanket and no wash protest» qui ouvre le film est saisi par une caméra en symbiose avec les corps et les décors, utilisant toute la grammaire cinématographique pour créer un hyperréalisme éprouvant qui prend à la gorge et établit un très inconfortable malaise. Quand Steve McQueen filme un mur couvert d’excréments, il en fait une œuvre d’art (et retrouve sa prem

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Mensonges d’état

ECRANS | À travers une complexe histoire d’espionnage au Moyen-Orient, Ridley Scott tente d’analyser le cynisme de la CIA dans sa lutte contre le terrorisme. Mouais… Christophe Chabert

Christophe Chabert | Lundi 3 novembre 2008

Mensonges d’état

Ridley Scott enchaîne à une vitesse fulgurante les films, passant sans transition d’une épopée médiévale (Kingdom of heaven) à une comédie légère (Une grande année) puis à une fresque sur le gangstérisme (American gangster). À la vision de ce Mensonges d’état, on serait tenté de lui dire de calmer le jeu, tant il donne l’impression de manquer de recul, hésitant entre blockbuster d’espionnage et réflexion politique, perdant sur les deux tableaux de la clarté et de l’efficacité. Le film montre comment un agent de la CIA piste à travers le Moyen-Orient un djihadiste responsable d’une vague d’attentats en Europe. La première partie le montre au cœur d’une action qu’il tente de maîtriser, épié dans ses moindres faits et gestes par un supérieur pratiquant un trouble jeu. C’est la meilleure piste du début : le grand écart entre la confusion que vit Ferris sur le terrain et la froide machinerie des écrans de surveillance, à la précision millimétrée comme un wargame sur Playstation. Duplicité redoublée par l’opposition entre Di Caprio, qui abîme à nouveau sa gueule d’ange à coups d’hématomes, de cicatrices et de plaies,

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Angel

ECRANS | François Ozon renoue avec la veine de 8 femmes dans ce mélodrame en anglais qui ne craint ni les clichés, ni les excès, mais n'évite pas une ironie assez destructrice. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 21 mars 2007

Angel

S'il y a une chose qu'on ne peut pas reprocher à François Ozon, c'est d'exploiter un filon. Chacun de ses films semble répondre à des impératifs personnels, une volonté d'expérimenter au détriment d'une fidélité à un style ou à un propos. En fait, Ozon est un peu notre Soderbergh... Alors, si Angel rappelle par son jeu sur les codes 8 femmes, et si son sujet n'est pas sans échos avec celui de Swimming Pool, il reste une curiosité dans son œuvre et traduit un désir d'aller de l'avant. Adapté d'un roman d'Elizabeth Taylor, Angel montre comment une jeune fille prolotte vivant au-dessus de l'épicerie maternelle rêve de devenir une écrivain à succès. Première surprise : elle le devient très vite, sans réelle difficulté. Les portes de la gloire s'ouvrent, matérialisées par les grilles de Paradise, grande demeure aristocratique qui la faisait rêver et qu'elle rachète une fois ses romans fleur-bleue transformés en best-sellers. Pendant la première heure du film, Ozon adopte vis-à-vis du récit une attitude déroutante : il redouble l'incroyable (au sens propre du mot) destin d'Angel par une mise en scène complètement artificielle, une musique dégoulinan

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