Dans la brume

ECRANS | De Sergei Loznitsa (Rus-All-Hol, 2h08) avec Vladimir Svirski, Vlad Abashin…

Christophe Chabert | Mardi 22 janvier 2013

De longs plans sur des gens qui marchent dans la forêt (72 au total, pour une durée de 128 minutes, annonce fièrement le cinéaste !), peu de dialogues, un renversement narratif pour éclairer différemment l'histoire racontée, un sujet sérieux (la relativité de la bravoure en temps de guerre), des acteurs monoexpressifs… Sergei Loznitsa, après les interrogations suscitées par My joy, lève le masque et se dévoile comme le défenseur d'un cinéma d'auteur archi-académique, plein de dogmes formels éculés, volontariste dans son minimalisme et sans la moindre générosité envers le spectateur.

Ce n'est pas seulement l'ennui qui terrasse le film (notamment durant la première heure, insupportable de néant), mais aussi un sentiment d'arrogance et de prétention. Loznitsa fait comme si le cinéma était resté bloqué à la découverte de la modernité dans les années 60 et en répète les scories jusqu'au ridicule, revendiquant non pas une intégrité artistique, mais un intégrisme complètement has been.

Christophe Chabert


Dans la brume

De Sergei Loznitsa (Rus-Lett, 2h10) avec Vladimir Svirskiy, Vladislav Abashin... Une forêt. Deux résistants. Un homme à abattre, accusé à tort de collaboration. Comment faire un choix moral dans des circonstances où la morale n’existe plus ? Durant la Seconde Guerre mondiale, personne n’est innocent.
Cinéma Comœdia 13 avenue Berthelot Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Donbass

ECRANS | En une dizaine de tableaux mêlant le tragique et l’absurde — les deux s’enchevêtrent souvent au point que l’on ne puisse plus les distinguer —, Sergei (...)

Vincent Raymond | Lundi 24 septembre 2018

Donbass

En une dizaine de tableaux mêlant le tragique et l’absurde — les deux s’enchevêtrent souvent au point que l’on ne puisse plus les distinguer —, Sergei Loznitsa dépeint la région du Donbass, frontalière de l’Ukraine et de la Russie, où s’affrontent selon une confusion savamment entretenue (orchestrée, même) sécessionnistes et loyalistes, corrompus et corrupteurs, soldats réguliers et milices, chacun étant naturellement le fasciste de l’autre. Même si certains le sont quand même bien davantage… L’an dernier dans Une femme douce, Loznitsa signalait déjà, à sa façon crue et distanciée, l’arbitraire ordinaire prévalant en Russie contemporaine ; cet état de non-droit glaçant et de danger perpétuel. Judicieusement construit en mosaïque, ce nouvel opus est à l'image du Donbass, territoire émietté balafré de check-points, où les citoyens eux-mêmes sont concassés par les différentes factions les rançonnant ou les incessants pilonnages. Mais une mosaï

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L’évaporation de l’homme : "Une femme douce" de Sergei Loznitsa

ECRANS | Une femme tente de faire parvenir un colis à son conjoint arbitrairement incarcéré. La poste lui retournant l’envoi, elle se rend à la prison pour le lui (...)

Vincent Raymond | Mercredi 5 juillet 2017

L’évaporation de l’homme :

Une femme tente de faire parvenir un colis à son conjoint arbitrairement incarcéré. La poste lui retournant l’envoi, elle se rend à la prison pour le lui remettre en mains propres. Sur place, on refuse de lui dire si son époux est là, avant de l’éconduire sèchement. Bienvenue en Russie. Le monde est dur pour cette femme sans nom, d’un bloc et en apparence sans affect. Témoin quasi muet d’une situation kafkaïenne, elle nous fait pénétrer dans un État de non-droit, où le village qui abrite la prison est un petit royaume proliférant sur la misère des visiteurs ; où les policiers exercent un potentat tranquille. Un décor de dictature, avec ses lieux de tolérance, sa pègre officielle et l’incertitude de trouver une compassion authentique. Entre le réalisme glacial et l’onirisme pétrifiant, Sergei Loznitsa joue sur plusieurs tableaux. Comme s’il voulait nous prouver qu’il ne reste aucune issue, aucune échappatoire à la malheureuse plaignante. Le pouvoir qui gouverne son existence a envahi jusqu’à son territoire mental. Difficile de ne pas lire dans l’h

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Cannes jour 9 : Grillés

ECRANS | Il sera temps, d’ici le palmarès dimanche soir, de tirer un bilan définitif de ce Cannes 2012, mais on affûte déjà nos couteaux, tant les jours qui viennent (...)

Christophe Chabert | Vendredi 25 mai 2012

Cannes jour 9 : Grillés

Il sera temps, d’ici le palmarès dimanche soir, de tirer un bilan définitif de ce Cannes 2012, mais on affûte déjà nos couteaux, tant les jours qui viennent de s’écouler ne plaident pas en sa faveur. Reste un (immense) espoir demain avec le Mud de Jeff Nichols — on vient de voir le Im Sang Soo, pas mal mais quand même très mineur, on en reparlera demain ; mais il faut le dire, arrivé à un tel stade de désillusion globale, on préfère ne plus s’attendre à rien. Au moins pourra-t-on être agréablement surpris. Car depuis jeudi soir, toutes les personnes croisées, journalistes, exploitants ou simples cinéphiles faisaient le même constat : «Vivement que ça se termine !». À la traditionnelle fatigue du marathon cannois s’ajoutait ainsi un certain agacement quant à la longue série de mauvais films vus en compétition, et ce n’est pas pour rien si le rythme des projections s’est spectaculairement ralenti pour nous : deux films et demi jeudi, deux ce vendredi, au lieu des quatre ou cinq quotidiens pendant le reste du festival. À un moment, plus rien ne suit : ni le corps, ni l’esprit, et cela conduit même à de fâcheuses situations, comme la projo de

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Dans la brume électrique

ECRANS | Longtemps attendue, sortie directement en DVD aux Etats-Unis dans une version raccourcie d’une vingtaine de minutes, cette adaptation de James Lee (...)

Christophe Chabert | Jeudi 9 avril 2009

Dans la brume électrique

Longtemps attendue, sortie directement en DVD aux Etats-Unis dans une version raccourcie d’une vingtaine de minutes, cette adaptation de James Lee Burke par un Bertrand Tavernier délocalisé pour l’occasion sur le sol américain intriguait. Mais assez vite, la déception pointe son nez. Ce que l’on peut reprocher d’ordinaire au cinéma de Tavernier (sa lourdeur démonstrative, l’épaisseur de ses dialogues) est pour une fois mis en sourdine : Dans la brume électrique possède une certaine fluidité d’exécution et une attention réelle aux personnages dont on ne cherche pas à expliquer toutes les motivations. En revanche, là où le cinéaste se casse les dents, c’est pour trouver un rythme à cet enchevêtrement ambitieux d’intrigues courant sur près de cent cinquante ans. Pas de pays pour un vieuxLes crimes d’aujourd’hui, crapuleux, ceux d’hier, raciaux, et ceux, fondateurs, de la guerre de sécession, se rejoignent donc dans la ballade désabusée d’un flic alcoolique et humaniste, Dave Robichaud, fort justement campé par le toujours parfait Tommy Lee Jones. Mais ce récit touffu paraît pourtant particulièrement délié, plein de temps morts, comme une accumulation indolente de séquence

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