Happiness therapy

ECRANS | Des personnages borderline dans une comédie romantique dont la mise en scène s’autorise à son tour toutes les hystéries visuelles : David O’Russell fait dans le pléonasme et l’emphase pour camoufler sa progressive absorption par la norme hollywoodienne. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Vendredi 25 janvier 2013

Pat Solotano est bizarre. Il faut dire qu'il a sauvagement tabassé l'amant de sa femme quand il les a découverts nus sous la douche en rentrant de son boulot. Complètement cinglé selon les uns, temporairement perturbé selon les autres, en voie de rémission selon lui-même, on lui donne une chance de sortir de l'asile où il a atterri pour échapper à la prison, et le voilà revenu chez ses parents. Eux aussi sont un peu bizarres : la mère est surprotectrice, le père est bourré de tocs. Même ses amis sont bizarres, à leur façon : un couple très dépareillé qui ne trouve son équilibre qu'en ravalant ses frustrations, et une jeune veuve devenue nymphomane et obsédée par l'idée de réussir un concours de danse. Pour ceux qui ne le sauraient pas, David O'Russell est aussi un type bizarre : à l'époque de son manifeste cinématographique hermétique (J'♥ Huckabees), il donnait ses interviews pieds nus et dans une sorte de transe méditative. Happiness therapy veut faire de cette bizarrerie généralisée la matière à un renouveau de la comédie romantique. Les personnages y chercheraient une forme d'équilibre par le chaos psychologique ambiant, et les codes les plus attendus du genre seraient rendus à leur imprévisibilité par leur comportement hiératique.

Vol au-dessus d'un nid de cocus

Ce n'est pas ce qui se produit à l'écran. D'abord parce que O'Russell adopte à son tour un style hystérique pour mettre en scène l'hystérie généralisée. Sa caméra tourne sans arrêt sur son axe ou trace de longs travellings sans motif dans tous les sens ; ça pourrait faire un style, ça flanque surtout le tournis et, pire encore, cela éloigne de ce qui est tout de même le cœur battant du film : ses comédiens. Tous envoient une bonne dose de cabotinage encouragé par le scénario, mais il faut reconnaître que cette générosité-là emporte parfois le morceau — et que Jennifer Lawrence est vraiment géniale. Plus problématique encore, le dernier tiers se recroqueville sur d'énormes ficelles scénaristiques et Happiness therapy se déleste alors de ses oripeaux indé : ni éloge de la folie, ni regard sur les disfonctionnements familiaux, il est, comme Fighter, un film qui vante des valeurs parfaitement conventionnelles. O'Russell a beau écrire et filmer de guinguois ou en rajouter dans l'emphase, il ne peut plus cacher l'embourgeoisement de son cinéma.


Happiness Therapy

De David O. Russell (ÉU, 2h02) avec Bradley Cooper, Robert De Niro... Tout juste sorti d'un hôpital psychiatrique, après 8 mois d'internement, Pat, ancien professeur d'histoire au lycée, tente de renouer des liens avec son ex-femme.
UGC Ciné-Cité Internationale 80 quai Charles de Gaulle Lyon 6e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Joker

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Vincent Raymond | Mardi 8 octobre 2019

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Atteint d’un trouble mental lui provoquant d’irrépressibles fous-rires, Arthur Fleck vit seul avec sa mère grabataire. Effectuant des prestations de clown pour survivre, il ambitionne de se lancer dans le stand-up. Mais rien ne se passe comme prévu, et une spirale infernale l’aspire… Un déclassé humilié par tous dans une grande métropole en crise devenant un héros populaire après avoir commis un acte délictuel ; un humoriste raté se vengeant de ses échecs sur son idole… Une quarantaine d’années environ après Taxi Driver (1976) et La Valse des Pantins (1982), Martin Scorsese vient donc de recevoir (par procuration) le Lion d’Or de la Mostra pour un film portant nombre de ses “stigmates“ — ne manque guère qu’un petit fond de religiosité chez le personnage principal —, mais aussi payant un lourd tribut à Sidney Lumet (Network, Un après-midi de Chien) comme à DePalma, dont le Blow Out (1981) brille au fronton d’un cinéma de Gotham. Todd Philipps a en effet signé avec Joker un

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Un poète en panne d’écriture vit à l’écart du monde dans la vaste demeure que sa jeune et aimante épouse achève de rafistoler. L’arrivée d’un couple d’inconnus perturbe leur intimité. Mais si la maîtresse de maison est troublée par ces sans-gênes, le poète se montre des plus exaltés… À croire qu’une internationale de cinéastes s’est donné pour mot d’interroger les tourments de l’inspiration littéraire : après Jim Jarmusch (Paterson), Pablo Larraín (Neruda), Mariano Cohn & Gastón Duprat (Citoyen d’honneur), voici que Darren Aronofsky propose sa vision du processus d’écriture. Vision divergée, puisqu’épousant les yeux de la muse plutôt que celle de l’auteur. Mais pas moins douloureuse : afin d’accomplir l’œuvre lui permettant d’être sans cesse adulé par ses lecteurs, le poète va vampiriser son entourage jusqu’aux derniers sangs, avec l’ingratitude égoïste d’un saprophyte. Gore allégorique Si dans Black Swan, l’acte créat

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Vincent Raymond | Mardi 13 septembre 2016

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Donc, l’administration Bush a permis à n’importe quel gugusse de répondre aux appels d’offres du Pentagone — afin que les plus gros marchés puissent aller aux copains sans qu’on les accuse de favoritisme — et deux magouilleurs ont profité de l’aubaine pour s’enrichir durant la guerre d’Irak, malgré les embargos… Bien sûr, c’est une histoire vraie ; et bien entendu, son adaptation taillée en pantalonnade permet aux protagonistes comme aux autorités d’en sortir à leur avantage. Todd Philips fait montre d’un cynisme très très modéré, hein : il préfère faire rire avec ce sujet pathétique, et prend à dessein une idole de la génération bizness ayant biberonné au Scarface de DePalma, Jonah Hill. Omniprésent depuis Le Loup de Wall Street, ce Melissa McCarthy masculin prompt à l’hystérie interprète ici le “cerveau” de l’escroquerie. Un type qui gesticule, boit, sniffe, dupe, débite plus de propos graveleux qu’un crew de rappeurs en studio d’enregistrement. Mais qui a empoché plein des liasses avec la bénédiction de Washington et pourra même recommencer d’ici moins de dix ans. Alors, si Phil

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X-Men : Apocalypse : le patron, c'est Bryan Singer

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Lorsqu’une franchise achemine sur les écrans son huitième opus en seize années d’existence, le plus docile et bienveillant des spectateurs est fondé à émettre quelque inquiétude quant à la pertinence du film. Heureusement, il existe des exceptions ; des sagas parvenant à coup de rebondissements intrinsèques à dépasser le stade de la “suite” et de la resucée, sachant se réinventer ou créer une singularité — James Bond en est un parangon. Dans le vaste univers Marvel (en expansion continue), la tradition (du tiroir-caisse) impose à une série de se développer par ramifications autour de ses personnages-phares, puis de faire tabula rasa en lançant un reboot… tout en s’affadissant. Sauf pour X-Men, îlot d’exception dans un océan tanguant vers les rivages du morne ordinaire. Oh, cela ne signifie pas que l’ensemble de l’octalogie mérite d’être portée aux nues (un ventre mou modelé par Brett Rattner et Gavin Hood la plombe), mais elle présente, outre sa remarquable longévité, une capacité à absorber ses propres spin-off (Wolverine) et reboots (Days of Future Past) pour les fondre dans une masse paradoxalement homogène.

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Septuagénaire désœuvré, Ben postule comme stagiaire dans la startup dirigée par la bouillonnante mais débordée Jules. Très vite, sa gentillesse et sa compétence vont le rendre indispensable à tous… Cela fait quand même bizarre de voir un De Niro bien peigné jouer au papy gâteau, sans jamais perdre ses nerfs. Mais chez Nancy Meyers, on fait dans la camomille, dans le film en chaussettes à mater sous la couette, et avec du comédien millésimé. On vante l’élégance et les manières d’antan (sans trop médire sur la jeunesse, hein, parce que les séniors, c’est super tolérant) et tout finit par s’arranger, pour que Anne Hathaway puisse à nouveau sourire de toutes ses 72 dents. Allez, une verveine et au dodo.

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«Tu es un redneck» dit sa future femme à Chris Kyle — massif et impressionnant Bradley Cooper — lors de leur première rencontre. «Non, je suis Texan» lui répond-il. Et il précise : «Les Texans montent sur des chevaux, les rednecks se montent entre eux». Avec cette (rare) respiration au milieu de la tension qui règne dans American Sniper, Clint Eastwood met déjà les choses au clair sur son personnage : Chris Kyle est un pur produit de l’americana sudiste, élevé dans le culte de la Bible (qu’il transporte avec lui mais qu’il n’ouvre jamais), des armes (son père lui apprend tout jeune à chasser) et de la Patrie. Il semble n’avoir aucune vie intérieure, suivant un autre précepte édité par son paternel : il ne sera ni une brebis, ni un loup, mais un chien de berger, veillant presque par instinct sur les siens. Or, une fois engagé sur le terrain irakien en tant que sniper d’élite au sein des Navy SEALs, Kyle va faire l’expérience du trouble, même si sa carapace de machine de guerre texane ne se fissure pas si facilement. Sniper pas sans reproche En définitive, c’est bien le regard de Eastwood qui, progressivement, fait

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Après dix ans à se chercher des anti-héros dans les marges de la société, le cinéma américain entamait les années 80 en poussant un cran plus (trop ?) loin les choses, inventant une poignée de flamboyants héros négatifs. Orgueilleux, aveugles, bêtes, cyniques ou tout cela en même temps, ils hantent des œuvres aussi essentielles que La Porte du paradis de Cimino ou Scarface de De Palma. De tous, Jake La Motta est sans doute le plus retors : ce boxeur, qui fut un des rares blancs à aller décrocher un titre de champion du monde au nez et à la barbe de ses adversaires blacks, était dans le privé un monstre paranoïaque, jaloux et profondément égocentrique, ce qui le conduira à une suite de choix désastreux qui ruineront sa carrière et sa famille avant de l’envoyer faire un petit tour en taule. Dans Raging Bull, sous la caméra de Scorsese — et dans la peau extensible d’un De Niro plus vrai que nature — la vie de La Motta devient une passion christique, manière habile de contourner les écueils de la bio filmée — pas aussi en vogue à l’époque

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X-Men : Days of future past

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Christophe Chabert | Mardi 20 mai 2014

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Un futur dévasté, peuplé de camps et de charniers, où humains et mutants sont ensemble victimes de robots (les Sentinelles) capables d’imiter les éléments et les métaux ; et l’Amérique des années 60, encore traumatisée par la mort de Kennedy et en pleine crise du Vietnam, où Nixon développe sa politique réactionnaire et où les mutants commencent à se structurer en mouvement révolutionnaire. Le défi de ce X-Men : Days of future past, basé sur l'un des plus fameux arcs narratifs du comic book d'origine (signé Chris Claremont et John Byrne en 1981), consiste à replier le futur sur le passé en une seule temporalité fictionnelle, enjambant le présent qui avait été celui de la première trilogie et dont Bryan Singer avait su tirer de stupéfiants blockbusters engagés et personnels, bourrés de sous-textes et développant ses personnages comme autant d’icônes de la culture populaire. Ce nouveau volet, qui marque son retour aux manettes mais aussi en grande forme après les déconvenues Superman et Jack le chasseur de géants, en ajoute une poignée dès son ouverture, impressionnante. Au milieu d’un décor en ruines, une mutante aide ses camarades à co

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Cimino, l’enfer avant l’enfer

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Christophe Chabert | Jeudi 2 janvier 2014

Cimino, l’enfer avant l’enfer

Ce mois-ci, la Ciné Collection propose dans les salles indépendantes de l’agglomération rien moins qu’un des plus beaux films du monde, mais aussi un des plus douloureux : Voyage au bout de l’enfer. En 1977, le tout jeune Michael Cimino — qui n’avait réalisé auparavant que le déjà très bon Canardeur avec Eastwood — se lance dans une fresque qui prendrait la guerre du Vietnam pour centre, mais qui la déborderait de part et d’autre pour écrire la chronique d’une petite communauté d’immigrés polonais installés dans une vallée sidérurgique de Pennsylvanie. Avant le départ au front, on assiste au mariage de Steven, entouré de ses amis ouvriers la semaine et chasseurs de daims le week-end (d’où le titre original : The Deer hunter). Dans ce premier acte, Cimino cherche à faire corps avec les personnages en prenant le temps de les immerger dans un mariage où rien n’est simulé, ni les rituels, ni les accidents, ni l’alcool qui coule à flots… On ne parle pas que des "stars" — De Niro, Walken

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Hunger Games : l’embrasement

ECRANS | Le premier volet de Hunger Games n’était pas fameux, mais il était curieux. Par ses choix de mise en scène presque arty, mais aussi par la fascination (...)

Christophe Chabert | Lundi 25 novembre 2013

Hunger Games : l’embrasement

Le premier volet de Hunger Games n’était pas fameux, mais il était curieux. Par ses choix de mise en scène presque arty, mais aussi par la fascination totale de son réalisateur Gary Ross envers Jennifer Lawrence, qu’il filmait sous toutes les coutures, en action ou en train de ne rien faire, iconisant à l’extrême son héroïne dans un film qui, par ailleurs, n’allait au bout de rien. Entre les mains de Francis Lawrence, ce Battle royale pour les nuls vire à la catastrophe light, se transformant en une énième série télé pour grand écran où tout devient lisse : enjeux, personnages, violence — inexistante —, sexualité — il faut voir comment on filme une fille se dénudant pour comprendre le degré de puritanisme dans lequel s’enfonce ce cinéma mainstream pour ado… Surtout, passées les vingt premières minutes qui essaient vaguement de retrouver les questions politiques timidement soulevés par la première partie, Hunger Games : l’embrasement ne fait qu’en reprendre le déroulé hyper attendu, renouvelant ses seconds rôles — forcément, les autres se sont tous faits dessouder dans le précédent — sans arriver à les développer au-de

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Malavita

ECRANS | Un film d’animation pour enfants, une bio d’Aung San Suu Kyi, une comédie de mafia avec De Niro… La filmographie de Luc Besson prend des allures (...)

Christophe Chabert | Samedi 26 octobre 2013

Malavita

Un film d’animation pour enfants, une bio d’Aung San Suu Kyi, une comédie de mafia avec De Niro… La filmographie de Luc Besson prend des allures d’inventaire à la Prévert, alignant les versions premium des produits cheaps livrés par EuropaCorp, dont il assure lui-même la réalisation en y apposant un savoir-faire de moins en moins flagrant. Malavita, adapté d’un roman de Tonino Benacquista, portait pourtant en lui une belle promesse : celle de faire se rencontrer la mythologie phare du cinéma américain, celle des films de mafieux new-yorkais façon Scorsese, et la réalité de la France d’aujourd’hui. On y voit ainsi une famille de repentis s’installer dans un bled paumé en Normandie et tenter d’y faire profil bas, même si le naturel revient toujours au galop. De tout cela, il ne sort qu’une médiocre comédie policière, nonchalante dans ses enjeux, incroyablement mal écrite, et où seuls les deux acteurs principaux (De Niro et Pfeiffer) réussissent à tirer leur épingle du jeu en ne cherchant ni à être des parodies de leurs personnages mythiques, ni des pantins au service d’un film opportuniste. Dégénéré Car Besson ne tire absolument rien de son argum

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The Place beyond the pines

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Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

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The Place beyond the pines est un geste inattendu de la part de Derek Cianfrance. Un peu plus de deux ans après Blue Valentine, qu’il avait, rappelons-le, mis près d’une décennie à accoucher, le voilà qui passe un sacré braquet et propose une œuvre éminemment romanesque, à la construction extrêmement ambitieuse et, de fait, très éloignée de son film précédent. Car quelle que soit l’affection que l’on ressentait pour Blue Valentine, celui-ci valait surtout pour la complicité entre ses deux comédiens, Michelle Williams et Ryan Gosling, et par le petit parfum arty qui se dégageait de ce mélodrame dans le fond très calibré Sundance. Gosling est à nouveau le "héros" de The Place beyond the pines, Luke, et son arrivée à l’écran rappelle celle de Mickey Rourke dans The Wrestler : un long plan séquence en caméra portée qui l’escorte de dos d’une caravane vers un chap

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In Godfather we trust

ECRANS | Une main qui tire les ficelles d’une marionnette invisible. Une trompette étouffée qui interprète une mélodie aux accents italiens. Une phrase devenue (...)

Christophe Chabert | Lundi 17 septembre 2012

In Godfather we trust

Une main qui tire les ficelles d’une marionnette invisible. Une trompette étouffée qui interprète une mélodie aux accents italiens. Une phrase devenue gimmick : «Une proposition que vous ne pouvez pas refuser». Et puis une foule d’images toutes plus mythiques les unes que les autres : une tête de cheval coupée dans un lit, un homme criblé de balles lors d’un traquenard à un péage… C’est évidemment du Parrain, de son affiche, de sa musique et, plus globalement, de l’aura culte qui l’entoure et qui continue à fasciner toutes les générations de spectateurs que l’on parle. C’est un fait : découvrir Le Parrain, c’est faire l’expérience d’un immense classique du cinéma qui, pourtant, a sonné comme une révolution. Révolution dans le traitement des codes du film de gangsters : nous voilà au cœur de la mafia italo-américaine, de ses rites, de ses rivalités, de ses trahisons, sans le contrechamp moral de la loi qui la mettrait hors-jeu. Au cœur d’une famille dont on suit sur trois générations la grandeur et la chute : l’arrivée d’un gamin sicilien aux États-Unis au milieu de milliers d’immigrés puis son installation au sommet du crime organisé (

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Happy New Year

ECRANS | Echec permanent, le nouvel an avait peu de chance de trouver un salut au cinéma. Pas plus que la Saint-Valentin, déjà prétexte à un film people pour Garry (...)

Jerôme Dittmar | Vendredi 16 décembre 2011

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Echec permanent, le nouvel an avait peu de chance de trouver un salut au cinéma. Pas plus que la Saint-Valentin, déjà prétexte à un film people pour Garry Marshall. Regroupant une brochette de stars dans le creux de la vague ou à l'avenir incertain, Happy New Year tente pourtant l'impossible : le film choral sur la Saint-Sylvestre. Suivant le patron de Love Actually, Marshall assemble dix intrigues bidons pour n'en traiter aucune, veillant seulement au temps de présence du casting et justifier l'événement qui lui sert d'alibi. Jumeau en tout mais moins honteux que Valentine`s Day, Happy New Year tient du pudding de Noël, de la comédie romantique sucrée et eucharistique, entièrement prisonnière de son concept marketing sur la rédemption. Du néant, assez linéaire, s'échappe malgré tout Michelle Pfeiffer. En duo improbable avec Zac Efron, l'actrice erre ébahie, fragile, insaisissable, Catwoman malade fissurant d'un regard la formule insipide pour lui offrir un peu de sublime.Jérôme Dittmar    

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Volutes américaines

ECRANS | Sergio Leone a longuement mûri ce qui allait être son chant du cygne, précoce pour un cinéaste alors au sommet de son ambition d’artiste. Lui, l’Italien qui (...)

Christophe Chabert | Mardi 14 juin 2011

Volutes américaines

Sergio Leone a longuement mûri ce qui allait être son chant du cygne, précoce pour un cinéaste alors au sommet de son ambition d’artiste. Lui, l’Italien qui fantasma toute sa vie une Amérique dont il réinventait la légende en rêvant librement à partir de son cinéma, mettait enfin les pieds sur cette terre promise. Mais, comme conscient de ce statut d’éternel étranger, son Il était une fois en Amérique est aussi une forme de long rêve (3h45), encadré dans des volutes d’opium que le personnage principal, Noodles (De Niro), inhale pour oublier un passé qui le hante. Ses premiers émois érotiques d’adolescent, les mauvais coups effectués avec la bande qu’il avait formée autour de Max (James Woods), puis leur business mafieux florissant dans les années 30 où le gang met à mal rivaux, policiers et politiciens avec une énergie conquérante, cette même énergie qui provoquera leur chute quand l’ambition et les trahisons prendront le pas sur l’intérêt commun… Leone, grand cinéaste marxiste, montre que l’individualisme n’est jamais très loin quand l’argent est en jeu, et que le système lave plus blanc, transformant une crapule en homme politique respectable. Le génie d’Il était

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Limitless

Un écrivain raté découvre une drogue miraculeuse, capable de solliciter 100% de l’activité cérébrale, et, pour assouvir ses nouvelles et mystérieuses ambitions, devient un trader génial et charismatique – du moins tant qu’il n’est pas en manque. De ce high concept gentiment racoleur, Neil Burger et la scénariste Leslie Dixon tirent un film-univers à la Hyper tension, où la surenchère est de mise grâce à une réinvention constante des règles en vigueur. Aussi ludique que vulgaire, le traitement de cette histoire sidère par son amoralité soutenue – peu importe ce que fait le héros, l’important est qu’il se shoote à nouveau ! Dans le paysage de plus en plus normalisé des séries B américaines, Limitless offre une respiration inattendue, tout en tendant à l’industrie hollywoodienne le reflet déformé de son irresponsabilité. Oui, carrément. FC

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ECRANS | Un juge apathique tombe dans un engrenage mollement infernal en entretenant une liaison avec la compagne d’un détenu. Étrange thriller à contretemps dans (...)

Dorotée Aznar | Mardi 3 mai 2011

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Un juge apathique tombe dans un engrenage mollement infernal en entretenant une liaison avec la compagne d’un détenu. Étrange thriller à contretemps dans ses meilleurs moments, Stone peine à lutter contre une mise en image neurasthénique et le manque cruel d’enjeux de son intrigue - un peu comme si John Curran s’était dit que la seule frontière entre le cinéma de genre et le cinéma d’auteur était le rythme. On se tourne alors du côté d’un casting qui aurait pu apparaître comme audacieux dix ans plus tôt, mais les têtes d’affiche ne relèvent pas vraiment le niveau. De Niro a l’air de s’emmerder sec, Edward Norton nous compose un mix sans passion entre ses rôles de Peur Primale et American History X, et Milla Jovovich tente une énième fois de donner tout ce qu’elle a, avec cette candeur cocaïnée qui la rend, parfois, si fascinante. Cette curiosité mise à part, on est prêt à parier qu’on n’en aura strictement aucun souvenir d’ici deux mois. FC

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Winter’s bone

ECRANS | Invitée surprise des prochains oscars, cette production indépendante joue l’exotisme à l’envers : il montre un bout d’Amérique inédit sur les écrans, celle des (...)

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Invitée surprise des prochains oscars, cette production indépendante joue l’exotisme à l’envers : il montre un bout d’Amérique inédit sur les écrans, celle des bicoques délabrées d’un Missouri brumeux et boueux, et les familles pauvres qui les habitent. Le meilleur du film de Debra Granik est d’ailleurs dans ses séquences purement ethnologiques et documentaires. Elle y greffe par-dessus une fiction qui a tendance à affadir l’ensemble par un misérabilisme appuyé. Le puits de poisse qui s’abat sur cette adolescente refusant, pour protéger sa famille, de courber l’échine face à la violence, le machisme et la corruption, aurait mérité une touche d’humour, d’onirisme ou d’innocence ; une distance, celle que David Gordon Green avait trouvée dans son beau (et trop peu vu) "L’Autre Rive". CC

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Machete

Nostalgie du film de vidéo-club, suite. Après "Expendables" et "Piranha", voilà "Machete", équivalent mexicain des films de la blaxploitation dans les années 70. Parti d’une fausse bande-annonce (géniale) pour le double programme Grind house, "Machete" est devenu un vrai long-métrage, gonflant son casting de départ de stars (De Niro, qui va loin dans la bouffonnerie) et de super has-beens (Don Johnson, Lindsay Lohan et surtout Steven Seagal, toujours aussi farci aux pancakes). Le début du film est excellent : l’introduction, gore à souhait, où la femme et l’enfant de Machete (Danny Trejo, très drôle dans son sérieux absolu et ses répliques badass, dont le déjà légendaire «Machete don’t text») sont massacrés sous ses yeux, puis le premier acte où, devenu un clandestin ordinaire, il est recruté pour abattre un politicien réactionnaire. Le film possède alors la solidité d’un bon Carpenter. Mais plus il avance, moins il dissimule sous un second degré bien pratique son j’m’en foutisme évident. Les divers fils de l’intrigue sont grossièrement résolus (rien à voir avec la virtuosité de "Planète terreur" du même Rodriguez) et la grande scène finale est un sommet de bâclage où aucun racc

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Christophe Chabert | Jeudi 17 juin 2010

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À l’image du récent Iron man 2, The A Team (le titre français, hérité des années 80 et de la série d’origine, paraît soudain bien ridicule…) est un blockbuster qui marque un retour aux fondamentaux du genre : de l’action, certes, mais aussi des neurones ; du numérique, d’accord, mais aussi des comédiens, du verbe, du concret. L’introduction relate en une petite dizaine de minutes déjà spectaculaires la formation de cette équipe de rangers à la complémentarité parfaite (des muscles, un cerveau, une belle gueule et un grain de folie), puis l’envoie en Irak dans un futur proche au moment où l’Amérique retire ses troupes. Chargée de récupérer une machine à faux billets volée par les Irakiens, elle se fait doubler par un autre commando, avant de signer un pacte avec un agent de la CIA qui ressemble comme deux gouttes d’eau à un trader de wall street. Cette excellente entame scénaristique fait donc un grand pont entre le fiasco militaire et la déroute financière des États-Unis, cultivant un esprit anar où les institutions américaines sont ridiculisées au profit de la bande de mavericks rigolards en quête de rédemption. Carnahan n’a plus qu’à déplier avec un savoir-fa

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Midnight meat train

Cela fait un moment que ce film d’horreur, le premier réalisé par le potache inconséquent Kitamura, aux États-Unis, traîne dans les tiroirs. À sa vision, on comprend pourquoi. Du pitch de base inspiré d’une nouvelle de Clive Barker, le cinéaste ne fait rien, sinon tirer à la ligne. Un photographe en panne pense avoir découvert un serial killer qui officie dans le dernier métro, ce qui perturbe l’équilibre fragile de sa vie personnelle et révèle ses penchants les plus monstrueux. Alternant une scène de sitcom avec sa copine et une scène de meurtre (toujours la même), avant un petit twist macabre à la fin (ce qu’il y a de mieux dans le film, cela dit), Midnight meat train avance comme un vieux trolley. Reste la présence de Bradley Cooper, qui depuis a démontré son talent dans Very bad trip, film autrement plus provocant et subversif ! Christophe Chabert

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Christophe Chabert | Jeudi 18 juin 2009

Very bad trip

Si le titre français (!) cherche la comparaison avec le déplaisant Very bad things, cette réjouissante comédie de Todd Philips est à rapprocher du mythique Eh mec, elle est où ma caisse ? Partis célébrer un enterrement de vie de garçon à Las Vegas, quatre Américains très moyens vont effectivement faire un mauvais trip et se réveiller sans aucun souvenir et surtout sans trace du futur marié. S’ensuivent des péripéties imprévisibles (donc à ne pas trop raconter) qui donnent lieu à des situations salaces et rocambolesques où les trois gugusses chercheront à remonter leur propre piste effacée à coups d’alcool et de drogues. La force du film tient d’abord à sa réunion d’acteurs épatants extirpés de la télé et projetés sur grand écran, répliques de personnages sans charme paumés dans un environnement hostile à force d’être rutilant. Verhoeven l’avait déjà montré dans Showgirls : on ne dénonce pas la vulgarité, on s’y vautre jusqu’à l’écœurement du spectateur. Au fil des séquences, c’est donc un portrait effarant de Vegas qui se dessine, où la frustration, la violence et la misère sexuelle sont poussées jusqu’à leur point limite par le double effet de la régr

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Christophe Chabert | Mercredi 1 octobre 2008

La Loi et l’ordre

Une nouvelle rencontre entre Pacino et De Niro, quinze ans après Heat, ça faisait rêver. La présence du tâcheron Jon Avnet derrière la caméra avait en revanche de quoi faire frémir. Mais de là à envisager un tel naufrage, il fallait avoir beaucoup d’imagination… La Loi et l’ordre, c’est le genre de scénario moisi au fond d’un tiroir qui n’aurait jamais été exhumé sans cette perspective opportuniste de réunir les deux monstres sacrés. Bavarde, grossièrement manipulatrice et idéologiquement puante, cette histoire de flic ripou mais sympa qui pallie les manques de la justice traditionnelle en allant flinguer du délinquant est mise en scène avec une balourdise infernale par Avnet, même pas capable de valoriser ses deux stars. Sont-ils bons ? Sont-ils mauvais ? Le montage clippé, l’incapacité à faire durer une scène ou à laisser du silence entre les répliques tue toute possibilité de juger leur prestation. Mais le film est si médiocre que, de toute façon, on oubliera vite qu’ils se sont égarés là-dedans.CC

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