Out 1 : un spectre de 12h30

Vincent Raymond | Mardi 17 novembre 2015

Bien que Balzac soit son auteur tutélaire, c'est plutôt Blaise Pascal que Jacques Rivette évoquerait, par sa propension à faire long comme «s'il n'avait pas le temps de faire court». Pour preuve, même la version "courte", alternative et remontée de La Belle Noiseuse (1991) tutoyait les 2 heures…

Quand il entreprend Out 1 : Noli me tangere (1971), il vient de s'échauffer avec son premier film fleuve, L'Amour fou (1969), une mise en bouche de 252 minutes parlant et montrant du théâtre avec une troupe d'acteurs confondant presque vie et plateau. Out 1 ira plus loin. Considérablement. Issu d'un magma créatif qui aurait joui sans entrave sous les pavés et sur les planches, ce film au scénario quasi improvisé se déploie dans tous les sens. Et aligne une distribution comptant la quintessence de la Nouvelle Vague : Jean-Pierre Léaud, Juliet Berto, Bernadette Lafont, Françoise Fabian, Bulle Ogier, Jean-François Stévenin (entre autres), comme ses confrères Rohmer et Barbet Schroeder.

Coréalisé par Suzanne Schiffman, l'assistante préférée de Truffaut, ce "monstre" de 12h30 bénéficie d'une version raccourcie (4h20 quand même…), Out 1 : Spectre (1972), tout aussi rare sur grand écran depuis sa sortie. Restauré, c'est dans son intégralité, mais en 8 épisodes qu'il sera présenté à l'institut Lumière. Une chance unique d'appréhender sur grand écran cette curiosité ; de partager le Paris révolutionnaire post-68 et d'assister à du théâtre filmé par Rivette (Eschyle, ici)… à condition de consentir à un marathon de trois jours.

Out 1 : Noli me tangere
De Jacques Rivette (FR, 1971, 12h30) avec Jean-Pierre Léaud, Juliet Berto, Bernadette Lafont...
À l'Institut Lumière du jeudi 19 au samedi 21 novembre


Out 1 Noli me tangere

De Jacques Rivette (1970, Fr, 1h30) Pendant que deux troupes de théâtre répètent une tragédie grecque, un jeune homme trouve de mystérieux indices inspirés de Balzac prouvant l'existence d'une société secrète.
Institut Lumière 25 rue du Premier-Film Lyon 8e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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36 vues du Pic Saint-Loup

ECRANS | de Jacques Rivette (Fr-It, 1h24) avec Jane Birkin, Sergio Castellitto…

Christophe Chabert | Mardi 1 septembre 2009

36 vues du Pic Saint-Loup

Il serait facile de dire que Rivette signe ici son film de trop. Car, à vrai dire, depuis dix ans, chacun de ses films est en trop. Il faut être maso pour continuer à trouver passionnant ce cinéma qui n’en peut plus de réfléchir sur son impureté (un coup la littérature, un coup le théâtre, un coup la peinture ; ici le cirque), où tout passe en force théorique (sommes-nous dans la réalité du récit ou dans sa représentation ?) et où la fantaisie est non seulement sinistre mais consciente de l’être. Il y a un réel cynisme chez Rivette : on se souvient du dialogue moqueur sur la critique (qui lui assure sa survie artistique) dans Ne touchez pas à la hâche. Ici, c’est un spectacle de clowns dépressifs qui provoque un éclat de rire chez le spectateur Castellito. «Pourquoi vous avez ri ? — Je ne sais pas…» Nous non plus, car rien n’est drôle, tout est fastidieux, pesant, ennuyeux. Enfin, avec ses quatre-vingt-quatre minutes, on pourrait penser que Rivette va, cette fois, nous épargner ses longueurs habituelles. Eh non ! 36 vues du Pic Saint-Loup démontre, pour notre malheur, que son cinéma est ontologiquement chiant. CC

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