Tom Hanks : l'homme de la rue a fait son chemin

Vincent Raymond | Mardi 1 décembre 2015

Franchement, qui aurait misé un cent il y a trente ans sur le jeune premier ahuri de Splash — dont l'intérêt majeur était sa partenaire, la sirène Daryl Hannah ? Dans les années 1980, son air sympa et abordable cantonne Tom Hanks aux comédies romantico-gentillettes. Big (1988) de Penny Marshall, où il joue un enfant catapulté dans le corps d'un adulte, lui offre sa première grande prestation et ses premières récompenses, ainsi qu'une citation à l'Oscar. Un heureux accident dans un océan de banalités — il va même donner réplique à un chien dans Turner et Hooch

Mais De Palma, comme toujours clairvoyant, le tire de ce cercle vicieux en lui offrant le rôle principal de l'avocat du Bûcher des Vanités (1990). La suite, c'est la rencontre avec Jonathan Demme pour Philadelphia (1993). À nouveau avocat, mais malade du sida et victime de discrimination, il décroche un prix à Berlin et un Oscar. Rebelote chez Zemeckis pour Forrest Gump l'année suivante, une fable suréavaluée mais flattant l'inconscient américain en brossant sa légende dorée.

Nanti de deux statuettes à 35 ans, devenu superstar et l'un des hommes les plus puissants d'Hollywood, c'est alors qu'il commence à édifier sa carrière. À choisir des auteurs et privilégier des collaborations au long cours (Zemeckis, Spielberg, Ron Howard, Pixar). Sans se surexposer, y compris dans ses activités de réalisateur (deux films) ou de producteur épisodique marchant au coup de cœur (Mariage à la grecque). La réussite artistique n'est pas toujours au rendez-vous : 2004 est une annus horriblis avec Terminal de Spielberg, Ladykillers, le plus en-dedans des Coen et Le Pôle Express de Zemeckis, suivis de près par Da Vinci Code.

Après autant de déconfitures, le bonhomme s'en sort plutôt bien : le capital acquis par Les Sentiers de la perdition et Arrête-moi si tu peux n'est pas dilapidé. La stature du type droit, obstiné se dessine et se peaufine. De brave gars à la Capra, qui ne lâche rien au nom de la Constitution et fait un barbecue le dimanche ; un James Stewart contemporain, comme on le dit parfois qui, lui, vote démocrate dans le civil…

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"Sully" : ici la tour de contrôle ; à l’eau l’avion ?

ECRANS | de Clint Eastwood (E-U, 1h36) avec Tom Hanks, Aaron Eckhart, Laura Linney…

Vincent Raymond | Mardi 29 novembre 2016

Eastwood a-t-il résolu de se momifier en aède de la geste étasunienne contemporaine ? Alors, autant qu’il s’intéresse à cette belle figure du pilote Chesley “Sully” Sullenberger, plutôt qu’à Chris Kyle, sujet de son précédent opus American Sniper (2014). Pour la simple raison que le premier a sauvé les 155 vies de son avion sur le point de s’abîmer en le posant sur la rivière Hudson ; le second ayant gagné sa notoriété en flinguant des ennemis. Mais si ces deux personnages sont considérés par leurs concitoyens comme des héros équivalents malgré leurs mérites opposés, Sully a fait l’objet d’un traitement particulièrement inique : on l’a accusé d’avoir agi de manière irréfléchie et périlleuse. Voilà ce qui a dû titiller Clint, prompt à défendre façon Capra l’honnête homme contre une machine juridico-financière en quête de responsable. Eastwood/Hanks, c’est l’alliance de deux Amériques idéologiquement contradictoires, partageant pourtant des valeurs humaines fondamentales ainsi qu’une foi d’enfant dans la Constitution ; une naïveté faisant que le bon verra tous ses mérites reconnus. Pas forcément ici-ba

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Le Pont des Espions

ECRANS | Quand deux super-puissances artistiques (les Coen et Steven Spielberg) décident de s’atteler à un projet cinématographique commun, comment imaginer que le résultat puisse être autre chose qu’une réussite ?

Vincent Raymond | Mardi 1 décembre 2015

Le Pont des Espions

Voir côte-à-côte les noms des Coen et celui de Spielberg fait saliver l’œil avant même que l’on découvre leur film. Devant l’affiche aussi insolite qu’inédite, on s’étonne presque de s’étonner de cette association ! Certes, Spielberg possède un côté mogul discret, façon "je suis le seigneur du château" ; et on l’imagine volontiers concevant en solitaire ses réalisations, très à l’écart de la meute galopante de ses confrères. C’est oublier qu’il a déjà, à plusieurs reprises, partagé un générique avec d’autres cinéastes : dirigeant Truffaut dans Rencontres du troisième type (1977) ou mettant en scène un scénario de Lawrence Kasdan/George Lucas/Philip Kaufmann pour Les Aventuriers de l’arche perdue (1981) voire, bien entendu, de Kubrick dont il acheva le projet inabouti A.I. Intelligence artificielle (2001). Et l’on ne cite pas le Steven producteur, qui avait proposé à Scorsese de réaliser La Liste de Schindler, avant que Marty ne le convainque de le tourner lui-même. Bref, Spielberg s’avère totalement compatible avec ceux chez qui vibre une fibre identique à la sienne. Drôles de cocos Avec les C

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Capitaine Phillips

ECRANS | Avec un ultra-réalisme saisissant et une constante tension dramatique, Paul Greengrass reconstitue à travers une polyphonie de points de vue une prise d’otages au large des côtes somaliennes, où la star Tom Hanks se fond dans le dispositif documentaire du cinéaste. Impressionnant. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 novembre 2013

Capitaine Phillips

En début d’année, Kathryn Bigelow réussissait, dans le dernier acte de son Zero dark thirty, à faire se rencontrer le cinéma d’action et le réalisme documentaire, l’assaut du QG de Ben Laden se transformant non pas en une reconstitution d’un épisode historique mais en pur morceau de bravoure cinématographique. Quoi de plus logique que Paul Greengrass, qui fut le premier à Hollywood à tenter des expériences de ce genre, d’abord avec les deux derniers Jason Bourne — versant blockbusters — puis avec Vol 93 — versant suspense tiré de faits réels — lui réponde aujourd’hui avec Capitaine Phillips, qui étend la virtuosité de Bigelow sur la durée d’un long-métrage entier. Cela en dit long sur ce que Greengrass a inventé : un style, parfois grossièrement caricaturé en une captation de l’action par une caméra secouée façon reportage d’actualité, mais qui s’appuie surtout sur une multiplication savante des point

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Cloud Atlas

ECRANS | Projet épique, pharaonique et hors des formats, Cloud Atlas marque la rencontre entre l’univers des Wachowski et celui du cinéaste allemand Tom Tykwer, pour une célébration joyeuse des puissances du récit et des métamorphoses de l’acteur. Christophe Chabert

Christophe Chabert | Mercredi 13 mars 2013

Cloud Atlas

Qu’est-ce que cette «cartographie des nuages» qui donne son titre au nouveau film des Wachowski ? Stricto sensu, c’est une symphonie qu’un jeune ambitieux (et accessoirement, homosexuel) va accoucher de l’esprit d’un vieux musicien reclus qui fait de lui son assistant. Métaphoriquement, mais toujours dans le film, c’est cette comète, marque de naissance qui relie les personnages principaux par-delà les lieux et les époques, dessinant peu à peu le plan du dédale narratif qui se déroule sous nos yeux (ébahis). Plus symboliquement encore, on sent ici que Lana et Andy Wachowski ont trouvé dans le best seller qu’ils adaptent une matière à la hauteur de leurs ambitions, un film qui se voudrait total, englobant le ciel et la terre, le passé, le présent et le futur. Mégalomanes mais conscients de l’ampleur du projet, ils ont su délégué une part de la tâche à l’excellent cinéaste allemand Tom Tykwer, donnant une singularité supplémentaire à Cloud Atlas, qui n’en manquait déjà pas : celle d’une œuvre absolument personnelle signée par des personnalités extrêmement différentes.

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