Sauvages

ECRANS | de Tom Geens (G-B/Fr/Bel, 1h45) avec Paul Higgins, Kate Dickie, Jérôme Kircher, Corinne Masiero…

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Photo : © DR


Filmer la résilience comme un tableau naturaliste, en restituant sans les enjoliver des sensations primaires, le contact direct avec les éléments. Montrer le ré-apprentissage de la parole, de la communication, de la civilisation en passant d'une quasi abstraction visuelle à une poétique élaborée de l'image… Le parti-pris de Tom Geens est sacrément osé : avec un minimum d'explications, il pose un drame né d'un traumatisme, lequel s'enchâsse dans un mystère et se raccorde à une sorte de légende mystique ! Tout va pourtant se déployer progressivement, logiquement, comme un végétal étend sa ramure avec le temps. On parle ici d'expérience de cinéma pour le spectateur.


Sauvages (couple in a hole)

De Tom Geens (Angl-Bel) avec Paul Higgins, Kate Dickie... Karen et John vivent dans un trou en pleine forêt, quelque part dans les Pyrénées, comme des sauvages. André, un paysan voisin, essaye de les aider.
Cinéma Comœdia 13 avenue Berthelot Lyon 7e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Kervern, Delépine & Gardin : « les films, ça sert à montrer le pire »

ECRANS | Effacer l’historique est-il un film intemporel ? Benoît Delépine : J’espère qu’il l’est ! Il est contemporain dans le sens où l'on parle de choses qui (...)

Vincent Raymond | Jeudi 27 août 2020

Kervern, Delépine & Gardin : « les films, ça sert à montrer le pire »

Effacer l’historique est-il un film intemporel ? Benoît Delépine : J’espère qu’il l’est ! Il est contemporain dans le sens où l'on parle de choses qui arrivent en ce moment… et qui seront bien pire plus tard. Quelle a été l’idée première ? BD : On s’était juré il y a quinze ans d’essayer de faire dix films ensemble et de commencer en Picardie pour finir à l’île Maurice. À chaque film, on essaie de placer l’île Maurice, à chaque fois ça a merdé, c’est compliqué — et là on en a fait dix si on compte le court-métrage avec Brigitte Fontaine. Il suffit qu’on trouve une idée à la con qui nous fasse rire pour qu’on reparte sur un nouveau projet ; on aura au moins réussi ça. Elle nous hantait l’île Maurice avec l’histoire du dodo… Le jour où l'on s’est rendu compte d'à quel point on se fait pigeonner par l’ensemble des GAFAM réunis, qu’on a appris que génétiquement c’était un cousin du pigeon moderne, c’était trop beau ! Il y a dix ans, on avait failli écrire un scénario avec Gérard Depardieu tout seul à l’île Maurice qui avait revendu sa société en France et qui se f

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Contrôle, hâte, suppression : "Effacer l’historique" de Kervern & Delépine

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Vincent Raymond | Jeudi 27 août 2020

Contrôle, hâte, suppression :

Un lotissement, trois voisins anciens Gilets jaunes, une somme de problèmes en lien avec l’omniprésente et anonyme modernité d’Internet. Au bout du rouleau, les trois bras cassés unissent leurs forces dans l’espoir de remettre leur compteur numérique à zéro. Faut pas rêver ! L’évaporation de l’humain et sa sujétion aux machines… Ce que la science-fiction, l’horreur ou le techno-thriller avaient déjà traité, est désormais une pièce jouée dans vie quotidienne de chacun. Une histoire à la Ionesco ou à la Beckett dont Effacer l’historique pourrait constituer une manière d’adaptation. Est-ce la présence de Blanche Gardin et de Denis Podalydès qui confère un cachet de théâtralité à ce film ? Il ne se démarque pourtant guère des autres réalisations du duo grolandais, suivant une mécanique de film à saynètes ou à tableaux (plus qu’à sketches) déclinant ce thème confinant à celui l’ultra-solitude contemporaine. Et dé

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404 : identité introuvable

CONNAITRE | Se souvenir de cette vidéo de Barack Obama dans laquelle l'ex-président des États-Unis traitait l'actuel de "grosse merde". Avant, au bout de quelques (...)

Stéphane Duchêne | Jeudi 9 juillet 2020

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Se souvenir de cette vidéo de Barack Obama dans laquelle l'ex-président des États-Unis traitait l'actuel de "grosse merde". Avant, au bout de quelques secondes, de désamorcer la supercherie mise en place par l'acteur et réalisateur Jordan Peele. Un faux, une prouesse technologique, nous mettant en garde contre les dangers d'Internet et des fake news. Notamment les deepfakes, vidéos terriblement réalistes possiblement capables de mettre à genoux la religion saint-Thomasienne de la preuve par l'image. C'est sur un épisode de cette trempe mais autrement plus salé que s'ouvre le 404, de Sabri Louatah, l'auteur des Sauvages – où l'on suivait l'accession au pouvoir en France d'un président kabyle. Là encore, il est question de présidence de la République : en pleine campagne présidentielle 2022, la candidat

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La suite (du festival) à l’anglaise

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Vincent Raymond | Mardi 11 février 2020

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« Sorry, we missed you ! » Désolé, on a loupé le début du festival, mais en arrivant un peu avant la mi-temps, tout n’est pas perdu — d’ailleurs, vous pourrez encore voir deux fois le film de Ken Loach si terriblement juste quant à la situation des “micro-entrepreneurs“ uberisés (et de la distribution de courriers et colis en Grande-Bretagne). Édition du quart de siècle frappée par l’infamie du Brexit tout juste prononcé, Ciné O’Clock se présente plus que jamais comme un pont culturel, balloté par les vicissitudes de l’Histoire et l’irrépressible désir de certains nostalgiques de demeurer reclus dans leur insularité. Certes, la nostalgie a parfois du bon, lorsqu’elle permet de ressusciter au moins temporairement et par la grâce de l’écran, des voix et des figures ayant définitivement “brexité“, à l’instar de David Bowie. Emblème de l’affiche, le chanteur qui fut le comédien que l’on sait a droit à deux séances particulières méritées : une Nuit jeudi 13 façon double bill fantastique (avec Les Préd

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Le Lac aux oies sauvages

ECRANS | Aux dires des festivaliers, Diao Yinan était le plus sérieux compétiteur de Bong Joon-ho sur la Croisette cette année. Précédé de l’aura de sa précédente réalisation (...)

Vincent Raymond | Mardi 17 décembre 2019

Le Lac aux oies sauvages

Aux dires des festivaliers, Diao Yinan était le plus sérieux compétiteur de Bong Joon-ho sur la Croisette cette année. Précédé de l’aura de sa précédente réalisation et Ours d’or 2014, Black Coal, Le Lac aux oies sauvages pouvait bénéficier d’un a priori favorable. Mais, suivant l’adage vaticanesque appliqué à Cannes, un palmé putatif durant la Quinzaine se retrouve souvent fort dépourvu au palmarès ; Diao est donc reparti bredouille. La sortie de son film en salles devrait lui permettre de se rattraper. Car il s’agit d’un thriller haut en couleurs. Pas uniquement du fait de sa somptueuse photographie magnifiant les séquences nocturnes illuminées aux néons, dans de subtils jeux d’alliances chromatiques. Mais également par sa construction à la linéarité non strictement euclidienne, où le présent subit d’entrée les contrecoups d’un passé sanglant, déployé dans de minutieux flashback. Diao Yinan possède l’art de raconter ; et s’il s’amuse à jouer sur

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Leurs années sauvages

MUSIQUES | Où naissent les volontés sauvages ? C'est la question, indémélable, à laquelle semble vouloir répondre Berceau des Volontés Sauvages, étonnant mariage de la (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 15 octobre 2019

Leurs années sauvages

Où naissent les volontés sauvages ? C'est la question, indémélable, à laquelle semble vouloir répondre Berceau des Volontés Sauvages, étonnant mariage de la carpe et du lapin célébré par Alban Jamin (que l'on a aimé dans un tout autre genre comme l'adroit guitariste du meilleur groupe du monde de Lyon : The Purple Lords) et Joost Van Der Werd (membre actif de la galaxie Hallucinations Collectives, fondateur, sous un autre nom, le sien, de l'indispensable maison d'édition lyonnaise Le Feu Sacré, jadis chanteur du groupe helvète Iscariote et bassiste post-hardcore d'Overmars). L'affaire a commencé, pour ce qui est de la sphère publique, par un ciné-concert halluciné où le duo tissa une étrange atmopshère sonore autour d'un film muet d'avant-garde japonais, Une Page folle (1926) tiré des limbes de l'oubli, dinguerie absolue

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Vincent Raymond | Mardi 5 février 2019

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Manquer le festival Ciné O’Clock ? No deal !, comme l’on a plaisamment tendance à dire outre-Manche ces jours-ci. Car si les Anglais ont la réputation d’être les chats de l’Europe (miaulant pour entrer quand ils sont dehors, miaulant pour sortir quand ils sont à l’intérieur…), ils ont au moins le talent d’être une grande nation de cinéma. Et chaque édition du festival villeurbannais nous le rappelle, en brassant patrimoine, productions fraîches et nouveautés. Au rayon des classiques, une leçon de machiavélisme (toujours d’actualité) dans le polar expressionniste de Carol Reed Le Troisième Homme, le documenteur Spinal Tap de Rob Reiner sur un groupe fictif qui envoie du lourd ; ou encore le charming Il était temps de Richard Curtis, parfait pour la Saint-Valentin. Parmi les nouveautés, vous aurez l’embarras du choix. À la dispensable Marie Stuart, Reine d’Écosse de Josie Rourke, réécriture se voulant hyper authentique,

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Les Invisibles

ECRANS | Manu dirige L’Envol, un centre d’accueil de jour pour femmes SDF. La tutelle municipale ayant décidé de sa prochaine fermeture, Manu et ses éducatrices (...)

Vincent Raymond | Mardi 8 janvier 2019

Les Invisibles

Manu dirige L’Envol, un centre d’accueil de jour pour femmes SDF. La tutelle municipale ayant décidé de sa prochaine fermeture, Manu et ses éducatrices entrent en campagne pour accélérer la réinsertion de leurs habituées. Quitte à outrepasser leur rôle et à tricher avec les règles… Louis-Julien Petit va-t-il devenir le porte-voix des sans-voix, le relai des opprimés et des victimes du déclassement social, avec Corinne Masiero en égérie ? Discount (2015) pointait les aberrations éthiques d’une grande distribution préférant détruire des denrées au seuil de péremption plutôt que de les distribuer aux nécessiteux ; Les Invisibles dénonce dans la foulée les rigidités administratives du secteur social, ainsi que la disparition de l’humain dans la “gestion“ (prenons à dessein des expressions comptables, c’est dans l’air du temps) d’une misère déplacée dans des méga-complexes hors des villes. S’il recourt volontiers à la comédie de caractères réaliste et aigre-douce prisée par Paul Laverty — en manifestant une nette pr

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Sauvage innocence

ARTS | Vendredi 5 octobre dans le septième arrondissement, 19h30. L'atmosphère est douce, presque estivale, sereine et bon enfant... Une longue file d'indiennes (...)

Jean-Emmanuel Denave | Lundi 8 octobre 2018

Sauvage innocence

Vendredi 5 octobre dans le septième arrondissement, 19h30. L'atmosphère est douce, presque estivale, sereine et bon enfant... Une longue file d'indiennes et d'indiens lyonnais s'étend depuis l'Impasse des Chalets pour déboucher dans le grand tipi de 1200 m² des Halles du Faubourg qui accueille l'exposition-événement Les Nouveaux sauvages. Avant de pouvoir y pénétrer, deux cow-boys sympathiques et bonhommes, en des gestes aujourd'hui ritualisés, fouillent les sacs des peaux rouges amateurs d'art. Si l'on avait laissé chez soi flèches et tomahawks, il devenait alors possible de découvrir une ancienne usine retoquée avec goût par quelques jeunes architectes d'intérieur et scénographes, espace rythmé par des éléments métalliques repeints en bleu. Au sein de ce beau volume, voué à une existence artistique éphémère avant projet immobilier, d'autres tipis sont dressés : une grande tente d'aspect militaire où le collectif lyonnais Frigo&Co présente une installation vidéo démultipliant des yeux borgnes autour du spectateur ;

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Attention aux Nouveaux Sauvages

ARTS | C'est peut-être bien le rendez-vous le plus attendu de la rentrée côté arts : l'exposition Les Nouveaux Sauvages, en un lieu encore inconnu nommé Halles du (...)

Sébastien Broquet | Mercredi 19 septembre 2018

Attention aux Nouveaux Sauvages

C'est peut-être bien le rendez-vous le plus attendu de la rentrée côté arts : l'exposition Les Nouveaux Sauvages, en un lieu encore inconnu nommé Halles du Faubourg, excite assurément en réunissant au cœur d'une friche industrielle du 7e arrondissement de Lyon quelques activistes aux talents variés pour concocter un espace immersif qui risque fort d'être aussi festif. Décloisonner, surprendre et fédérer : on pourrait résumer ainsi l'initiative de la Taverne Gutenberg, qui conçoit cette expo, et de Intermèdes, qui gère ce lieu provisoire. Reprenons. Sont réunis à partir du 5 octobre, jour de vernissage, et jusqu'au 11 novembre, plusieurs co-commissaires pour une exposition commune : la galerie Françoise Besson pour la peinture contemporaine, le spot dédié au street art Sitio, les punks numériques de Frigo&co relancés après quelques années de sommeil, cultes dès 1978. Côté photographie, c'est le Bleu du Ciel qui prend les choses en main. Le Mirage Festival amène son expertise de l'art numérique. Et bien entendu, la Taverne Gutenberg intervient aussi dans ce commissariat. Côté artistes et intervenants, sont cités Shab, les graffeurs Mr Sphinx et

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Arts plastiques : attention fragile !

ARTS | La semaine passée, nous remarquions dans ces colonnes que tous les voyants étaient au vert concernant la danse à Lyon. Dans le domaine des arts plastiques, (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mercredi 19 septembre 2018

Arts plastiques : attention fragile !

La semaine passée, nous remarquions dans ces colonnes que tous les voyants étaient au vert concernant la danse à Lyon. Dans le domaine des arts plastiques, les choses sont beaucoup plus nuancées, voire assez brouillonnes. À l'heure où nous écrivons, notamment, le Musée d'Art Contemporain et la Biennale d'Art Contemporain attendent toujours leur... directrice ou directeur. Thierry Raspail est parti à la retraite en avril dernier, a conçu la prochaine exposition du MAC consacrée à Bernard Venet, et après, tout n'est que suspense et incertitude. Il faut dire que l'équation est un peu compliquée depuis le lancement par la Ville de Lyon d'un Pôle musées d'art (regroupant le Musée des Beaux-Arts et le MAC) co-dirigé par Sylvie Ramond (directrice du Musée des Beaux-Arts) et le futur directeur du MAC. Comment dès

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Bertrand Mandico : « Je tire parti de tout ce que propose la pellicule »

ECRANS | Après un nombre incalculable de courts-métrages, vous voici au long. Enfin ? Bertrand Mandico : J’ai eu des subventions pour ce film, pas pour les (...)

Vincent Raymond | Mardi 27 février 2018

Bertrand Mandico : « Je tire parti de tout ce que propose la pellicule »

Après un nombre incalculable de courts-métrages, vous voici au long. Enfin ? Bertrand Mandico : J’ai eu des subventions pour ce film, pas pour les précédents que j’ai écrits. Pendant un certain temps, j’ai travaillé avec un producteur qui m’a mis dans une prison… chromée, mais qui n’allait pas à la pêche aux subventions : jamais il ne passait à l’acte. Et j’avais besoin de tourner : parallèlement à ce que j’écrivais, j’ai fait pas mal de courts et de moyens-métrages. Au bout d’un moment, Emmanuel Chaumet m’a dit « tu es en train de dépérir ». Il m’a proposé de me produire rapidement. Et c’est ce qu’il a fait. Vous réunissez ici toute votre famille de cinéma… La chef opératrice Pascale Granel, ça fait une quinzaine d’années que je travaille avec elle. Après, au fil des courts et des moyens-métrages, j’ai fait des rencontres…Notamment le musicien, à la fin de la post-production des Garçons sauvages. Concernant les acteurs, je ne sais pas si je devrais raconter ça, mais j’avais un projet de western il y a quelques années

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Les Garçons sauvages

ECRANS | De temps en temps, cela ferait plaisir que le public ose se faire une douce violence en se rendant en salle non pour voir un film, mais du cinéma. Ne (...)

Vincent Raymond | Mardi 27 février 2018

Les Garçons sauvages

De temps en temps, cela ferait plaisir que le public ose se faire une douce violence en se rendant en salle non pour voir un film, mais du cinéma. Ne serait-ce que pour renouer avec l’expérience originelle face à l’écran : l’attente obscure, un peu magique et nimbée d’incertitude ; et puis la liturgie de la projection qui laisse à son issue avec la sensation physique d’avoir, à l’instar d’Alice, traversé un miroir. Sans doute y a-t-il plus de confort à préférer la prévisibilité d’un spectacle consensuel ou d’une linéarité narrative. Mais n’est-il pas dommage de se renoncer aux œuvres hors gabarit, et d’en abandonner la jouissance exclusive à quelque ghetto ? Les Garçons sauvages se mérite peut-être un peu, mais tout le monde mérite d’entrer dans son royaume brut. Au départ ils sont cinq jeunes gars, fissapapas la sève aux veines, s’entraînant dans la canaillerie perverse jusqu’au crime barbare. Confiés en pénitence à un rude capitaine, ils embarquent pour une île insolite habitée par un·e scientifique travaillant sur les changements de sexe…

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La Consolation

ECRANS | Daniel vient d’apprendre la disparition d’une femme importante pour lui, avec laquelle il n’avait plus aucun contact. Il se rend dans une maison à la (...)

Vincent Raymond | Mardi 4 avril 2017

La Consolation

Daniel vient d’apprendre la disparition d’une femme importante pour lui, avec laquelle il n’avait plus aucun contact. Il se rend dans une maison à la campagne pour veiller sa dépouille et peut-être, enfin, faire la paix avec elle. Avec lui-même… La radicalité dont Cyril Mennegun avait fait preuve dans Louise Wimmer (2012) se trouve ici poussée à son paroxysme : âpreté du sujet, ascèse du dialogue, minimalisme des plans et des mouvements. Exercice de style (volontaire) autour de la question du dépouillement, d’un retour sur soi par l’ineffable, La Consolation prend le temps d’investir le temps, de nous confronter à l’austérité dérangeante de la longueur et au mystère du lacunaire. Au spectateur de se plonger dans les incertitudes de Daniel, d’identifier les causes de ses silences, d’accomplir à ses côtés le chemin d’une acceptation avant d’obtenir une éventuelle consolation. On touche là à une expérience sensorielle face à une proposition de cinéma.

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Mennegun, deuxième !

ECRANS | À sa manière, Cyril Mennegun trace un chemin discret mais visible. De passage à Lyon, il viendra présenter au cinéma Lumière Terreaux son nouveau film, La (...)

Julien Homère | Mardi 21 mars 2017

Mennegun, deuxième !

À sa manière, Cyril Mennegun trace un chemin discret mais visible. De passage à Lyon, il viendra présenter au cinéma Lumière Terreaux son nouveau film, La Consolation. Toujours fidèle à Corinne Masiero sur ce projet, le réalisateur a attendu cinq longues années avant de faire suite à son premier succès Louise Wimmer, notamment lauréat du prix Louis Delluc en 2012. Reste à voir ce que prépare cet artiste, passionné de Bergman, Tarkovski et Bresson. Au Lumière Terreaux à 21h le mercredi 22 mars

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ECRANS | On pense avoir épuisé le registre des films centrés sur des communautés religieuses archaïques, puritaines ou ultra-rigoristes, des Sorcières de Salem au Village (...)

Vincent Raymond | Mardi 14 juin 2016

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On pense avoir épuisé le registre des films centrés sur des communautés religieuses archaïques, puritaines ou ultra-rigoristes, des Sorcières de Salem au Village en passant par Witness. Et puis on découvre Red State (2012) et The Witch ; deux décharges électriques qui jouent la carte d’un réalisme cinglant tout en arpentant les terres innombrables et fécondes du cinéma de genre. Construit à partir d’une collection de récits et de légendes du XVIIe siècle — une époque où la superstition et la malveillance étaient promptes à transformer le moindre fait inexpliqué en événement irrationnel d’essence diabolique — The Witch séduit d’abord par son absolue radicalité, ainsi que par sa préférence pour la suggestion, pour l’ellipse. Si le contexte devient rapidement étouffant, puis inquiétant, c’est grâce à un ensemble d’éléments objectifs (les huis clos, les plans posés…) auxquels se greffent des adjuv

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Discount

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Christophe Chabert | Vendredi 20 mars 2015

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«Solidaires» clame l’affiche de Discount. Un slogan autant politique que publicitaire finalement éclairant sur l’ambivalence de cette comédie sociale, où les employés d’un supermarché hard discount décident de s’unir pour venir en aide à ceux qui sont menacés de licenciement. Élan de solidarité, donc, qui se traduit par une drôle d’idée : piller le supermarché et aller revendre les marchandises pour moins cher encore dans un local clandestin. Autrement dit : pour gagner sa vie, il ne s’agit pas de faire la révolution ou de dénoncer les méthodes dégueulasses de la grande distribution, mais d’en reproduire le modèle dans une économie parallèle. Tout le monde y gagne, clients comme employés, et même la société marchande et libérale, dont on ne fait que critiquer les excès, pas la nature. Au-delà de ce discours politique confus et inconséquent, Discount ne brille pas par sa mise en scène, simple travail de réalisation où le tournage sert à stocker un maximum de plans que le montage triera en espérant trouver un "rythme". Quant aux acteurs, certains sont déjà au bord de leur propre caricature, à commencer par Corinne Masiero, qui sait san

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Les Nouveaux Sauvages

ECRANS | Prenant au pied de la lettre l’adage qui veut qu’un Argentin, c’est un Italien qui parle espagnol, Les Nouveaux Sauvages se veut hommage aux comédies (...)

Christophe Chabert | Mardi 13 janvier 2015

Les Nouveaux Sauvages

Prenant au pied de la lettre l’adage qui veut qu’un Argentin, c’est un Italien qui parle espagnol, Les Nouveaux Sauvages se veut hommage aux comédies italiennes à sketchs façon Les Monstres. Mais Damian Szifron, qui vient de la télévision et ça se sent, en offre en fait une caricature où le mélange d’empathie, de critique sociale et de mélancolie des Risi, Scola, Gassman et Tognazzi serait remplacé par une misanthropie ricanante face à un monde contemporain où violence, frustration et aigreur sont devenues des sentiments ordinaires. Passé le prologue, plutôt amusant, le film s’enfonce dans une laideur morale et un regard complaisant qui, au passage, ne gomme pas les réelles inspirations de Szifron, à la limite du plagiat : de Duel à Chute libre, chaque sketch semble piquer des idées à d’autres films pour les passer à la moulinette d’une réalisation clipesque qui renvoie aux formats courts façon Canal +. L’ultime segment où une femme fait payer, le jour de son mariage, ses infidélités à son époux volage, en dit long sur la

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Louise Wimmer

ECRANS | Louise Wimmer, femme de ménage approchant la cinquantaine, n’a plus d’autre solution après s’être séparée de son mari que de dormir dans sa voiture, en (...)

Dorotée Aznar | Jeudi 22 décembre 2011

Louise Wimmer

Louise Wimmer, femme de ménage approchant la cinquantaine, n’a plus d’autre solution après s’être séparée de son mari que de dormir dans sa voiture, en attendant que les services sociaux lui proposent un HLM. Un personnage digne des frères Dardenne, que la comédienne Corinne Masiero transforme en warrior social, refusant de poser en victime, élaborant des stratagèmes de survie pour conserver sa dignité. Il y a, dans les meilleurs moments de ce premier film signé Cyril Mennegun, quelque chose d’électrique, une tension qui renvoie à l’obstination de son héroïne, et que le cinéaste capte par une mise en scène précise, soignant les cadres et la lumière pour éviter de tomber dans le pléonasme visuel (film sur les pauvres = film pauvre). Hélas, le film s’éparpille aussi dans des digressions qui sentent le remplissage. Malédiction des premières œuvres françaises en ce moment : même réduites à une durée minimum (80 minutes), on a le sentiment qu’il y a encore une demi-heure de trop, comme si leurs auteurs étaient passés un peu trop vite du court au long-métrage.Christophe Chabert

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