"Aurore" : Agnès Jaoui donne émotion et fantaisie

Le Film de la Semaine | Portrait d’une femme à la croisée des émotions et de la vie, cette comédie culottée sur la ménopause brise réellement les règles. Interprète du rôle-titre, Agnès Jaoui donne émotion et fantaisie à ce grand-huit émotionnel, usant de son superbe naturel. Tendre et drôle.

Vincent Raymond | Mardi 25 avril 2017

Photo : © Karé Productions


Aurore a la cinquantaine et les hormones en panique. Et quand son aînée lui annonce qu'elle est enceinte, sa cadette son désir d'arrêter ses études, son nouveau patron ses délires jeunistes, la coupe déborde. Au milieu de ce chaos surgit alors un fantôme de son passé : son premier amour.

Heureusement que des actrices comme Agnès Jaoui existent dans la galaxie souvent monochrome du cinéma français pour épouser la figure de la normalité à l'écran. Pour donner une silhouette, un corps et un visage à un personnage féminin irréductible à une seule caractéristique physique ou psychologique ; pour accepter d'être ce qu'elles sont, et non entretenir un paraître pathétique. À ces comédiennes qui s'offrent “nues” à la caméra — non sans vêtement, mais dans la vérité de leur âge et la pureté d'un jeu dépourvu d'afféterie, il convient de manifester avant toute chose un maximum de gratitude. Car on peut parier que sans la conjonction du talent et de la notoriété d'Agnès Jaoui, Aurore n'aurait pas vu le jour.

Du genre tout public

Film funambule, Aurore se joue de la gravité de son sujet avec une remarquable adresse. Loin de ne s'adresser qu'à une moitié du public, il parle de la féminité, de ses petits et grands tracas et de ses mystères évolutifs à chacun… et à chacune. Blandine Lenoir dédramatise en effet cette puberté à l'envers, montrant à quel point certaines femmes en connaissent mal les mécanismes et les effets — c'est le propre d'un tabou.

Et si elle s'/nous amuse avec les clichés sur les bouffées de chaleur ou les variations d'humeur de son héroïne, elles les met en parallèle avec les réactions sinusoïdales de la fille d'Aurore attendant son premier enfant : la ménopause n'est pas une fin, mais le commencement d'une nouvelle étape. Quel contraste avec cette époque pas si lointaine — rappelée par Françoise Héritier dans un document édifiant intégré dans le film — où la femme était au mieux considérée comme supplétif de son “seigneur et maître” !

Tournant autant en dérision les comportements machistes rétrogrades que les paradoxales lois de l'attraction, cette comédie légère et profonde réussit enfin haut la main le test de Bechdel. C'est si peu fréquent que l'on s'en rend compte en voyant la scène qui le valide. Il y a encore du boulot, les gars… et les filles.


Agnès Jaoui : « plus on montrera des femmes normales, plus on les acceptera »

Agnès Jaoui et sa réalisatrice Blandine Lenoir ont fait belle impression aux Rencontres du Sud d'Avignon, où elles ont présenté en primeur Aurore, une comédie insolite sur la ménopause et contre la tyrannie des apparences.

Aurore aborde un sujet concernant les femmes de plus de cinquante ans, et sort justement au moment où l'on parle de la difficulté des actrices de cet âge de se voir confier des rôles…
Agnès Jaoui
: Le cinéma reflète peu ou prou la société civile, où les femmes ont moins de postes importants. Si on écrit un rôle de chirurgien ou de commissaire, de personnalité politique, on ne va pas forcément penser à une femme, alors que ça pourrait être simplement le cas. Souvent, on va se sentir obligé de faire en sorte que ça devienne un sujet en soi.

Ce que je trouve aussi très énervant, c'est que les acteurs masculins de 40 à 70 ans ont souvent des épouses ayant 20 ou 30 ans de moins qu'eux, et que plein de femmes se battent pour eux alors qu'ils sont vieux et bedonnants. Ça m'irrite profondément parce que dans la vie, Dieu merci, beaucoup d'hommes de 50 ans et plus sont avec des femmes de leur âge parce qu'ils les aiment.

Bizarrement, quand on passe au cinéma, elles perdent 20 ans — et 20 kg en général (rires). D'ailleurs, il y a aussi des femmes qui font du cinéma qui tombent dans le même “piège”. Cela fait partie de notre colonisation mentale, de notre acceptation sournoise et inconsciente de l'inégalité entre les hommes et les femmes de nos jours. Même s'il y a des avancées.

Toutes les actrices n'auraient pas accepté ce rôle…
Peut-être… Je n'en sais rien. Certaines, en tout cas, pendant assez longtemps ne sont même pas mamans parce qu'elle savent (ou pressentent) qu'il faut rester un fantasme. En devenant mères, on perd un peu de potentiel fantasmagorique. Et puis surtout, beaucoup de mes consœurs sont beaucoup plus jeunes que moi maintenant (sourire). Parce qu'elles ne vieillissent pas. Mais je les comprends : si un producteur cherche un rôle de 40 ans et que vous en avez 44, ça va être difficile, alors que si vous en avez 32, il n'y a aucun problème. Alors 50, 51, 52… c'est carrément affreux !

Le fait de réaliser vos films vous libère-t-il de toutes ces contraintes ?
Pas de toutes, mais de beaucoup. Je subis comme tout le monde le pouvoir de l'image qui est extrêmement important. Je ne vois que des femmes sans rides, jeunes. Et lorsque je me regarde après, je me dis : « Merde ! C'est pas beau, je ne suis pas belle, il faut faire quelque chose ! » C'est pour ça que des films comme celui de Blandine [Lenoir, NDLR] sont importants. Plus on montrera des femmes normales, plus on les aimera et on les acceptera.

Votre personnage manifeste une opinion tranchée par rapport à la chirurgie esthétique…
Quand les femmes sont refaites, on est d'une cruauté terrible — je dis “on”, car c'est autant valable pour les femmes que les hommes. Et quand on n'est pas refaite, on est aussi atroce en disant : « Qu'est-ce qu'elle est tapé, elle a pris cher ! » Quelle est la solution, si ce n'est… montrer ? Heureusement, il y a des tas de femmes et d'hommes qui s'en foutent. Parce que c'est autre chose que l'apparence physique qui nourrit.


Aurore

De Blandine Lenoir (Fr, 1h29) avec Agnès Jaoui, Thibault de Montalembert... Aurore est séparée, elle vient de perdre son emploi et apprend qu’elle va être grand-mère. La société la pousse doucement vers la sortie, mais quand Aurore retrouve par hasard son amour de jeunesse, elle entre en résistance, refusant la casse à laquelle elle semble être destinée. Et si c’était maintenant qu’une nouvelle vie pouvait commencer ?
UGC Ciné-Cité Confluence 121 cours Charlemagne Lyon 2e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


entrez votre adresse mail pour vous abonner à la newsletter

Pas celle que vous croyez : "Miss" de Ruben Alves

ECRANS | Passer de l’exception à l’acceptation : telle est la situation d’Alex dans Miss, où un jeune homme à demi-marginalisé recherche un épanouissement libérateur en (...)

Vincent Raymond | Lundi 26 octobre 2020

Pas celle que vous croyez :

Passer de l’exception à l’acceptation : telle est la situation d’Alex dans Miss, où un jeune homme à demi-marginalisé recherche un épanouissement libérateur en mentant sur son identité et en participant au concours Miss France… Signée Ruben Alves, cette comédie grand public aux accents de feel good movie devrait contribuer à dégetthoïser la situation des personnes transgenres — d’autant qu’elle est tournée avec la transparente complicité du Comité Miss France (qui s’achète ici une image de modernité, alors même que ses statuts poussiéreux prouvent régulièrement leur inadéquation avec la société contemporaine) et de comédiens hyper-populaires, comme Isabelle Nanty ou Thibaut de Montalembert en trav’…ailleuse du sexe au Bois. Mais ce film, qui tient beaucoup du conte d’Andersen, ne tiendrait pas sans la personne ni la personnalité d’Alexandre Wetter, qui fait ex

Continuer à lire

Affaires de famille : "Mon Cousin" de Jan Kounen

ECRANS | Hasard des dé/re/programmations, ce nouveau Jan Kounen va voisiner sur les écrans avec les films de Gaspar Noé et d'Albert Dupontel, auteurs avec qui le (...)

Vincent Raymond | Mercredi 30 septembre 2020

Affaires de famille :

Hasard des dé/re/programmations, ce nouveau Jan Kounen va voisiner sur les écrans avec les films de Gaspar Noé et d'Albert Dupontel, auteurs avec qui le réalisateur partage une fugace figuration parmi les pensionnaires d’un hôpital psychiatrique dans Mon Cousin. Cette camaraderie rappellera à ceux qui pensent trouver ici un “simple“ buddy movie qu’ils pourraient bien en être. Certes, il s’agit bien d’une comédie de caractères reposant sur la réconciliation entre un milliardaire aigri et un exalté cyclothymique sur fond d’héritage, cousue sur mesure pour Lindon (d’ailleurs crédité au scénario) et Damiens. Mais au-delà de la farce et de la critique, il y a une interprétation à la Piccoli chez Sautet pour le premier, et une totale projection des valeurs new age de Kounen dans le personnage du second. Ajoutez l’habituelle mise en scène virtuose de l’auteur de Dobermann et vous aurez une fable oscillant entre burlesque et mélancolie, anticipant avec une redoutable acuité le besoin de nature, d’espace et de contacts humain des urbains post-confinement.

Continuer à lire

Mon chien Stupide

ECRANS | Les personnages perdant toute inhibition pour cracher une misanthropie sans filtre au monde entier emportent facilement la sympathie du public, qui (...)

Vincent Raymond | Mardi 15 octobre 2019

Mon chien Stupide

Les personnages perdant toute inhibition pour cracher une misanthropie sans filtre au monde entier emportent facilement la sympathie du public, qui aimerait bien souvent se comporter comme eux. Incorrect au plus haut degré, l’égotique Henri est de cette race d’anars domestiques en ayant soupé des convenances et du masque social ; peu lui chaut de dire ses quatre vérités à son épouse ou à sa progéniture. En cela, il évoque beaucoup le narrateur de American Beauty (1999) — dont on se demande par ricochet s’il n’a pas été inspiré par le roman posthume de John Fante que Yvan Attal adapte ici. Mais aussi cet autre écrivain obsessionnel et râleur, héros de Kennedy et moi (1999), campé par Jean-Pierre Bacri. D’ailleurs, cela peut-être l’enseignement principal de Mon chien stupide, Yvan Attal se révèle parfait pour tenir les emplois échéant habituellement à Bacri. Cruelle et jubilatoire variation sur la crise de la cinquantaine, cet authentique film de famille joue la connivence avec le spectateur en mettant une nouvelle fois en scène le vr

Continuer à lire

Guy Lutz : "Guy"

ECRANS | Pour approcher Guy Jamet, vieille gloire de la musique depuis l’époque yéyé dont sa mère lui a révélé qu’il était son père, Gauthier a entrepris de tourner un (...)

Vincent Raymond | Lundi 20 août 2018

Guy Lutz :

Pour approcher Guy Jamet, vieille gloire de la musique depuis l’époque yéyé dont sa mère lui a révélé qu’il était son père, Gauthier a entrepris de tourner un documentaire dans l’intimité du chanteur. Mais plus il filme, plus il repousse le moment de révéler son secret à star déclinante… Pour sa deuxième réalisation, Alex Lutz s’est essayé au format toujours plaisant du documenteur, empruntant l’apparence du documentaire pour servir un propos totalement imaginaire. Filmé en caméra subjective (et à la manière de ces séries télé s’accrochant aux basques d’une célébrité pour en divulguer les jardins secrets), Guy est entrelardé de séquences “d’archives“ forcément bidons retraçant un demi-siècle de sa carrière fictive. C’est sur ce point que Lutz se montre le plus efficace — sans doute sa pratique de la pastille-pastiche n’y est-elle pas étrangère — : ses contrefaçons de tubes années 1960, 1970 et 1980 avec mises en images à l’appui s’avèrent crédibles et drôles au premier degré. Nul besoin d’en rajouter quand les costumes ou les play-backs sont à la base approximatifs.

Continuer à lire

« Le danger du pouvoir, c’est d’oublier ce qu’on s’était promis»

ECRANS | Avec l’expérience, votre manière de collaborer a-t-elle changé ? Agnès Jaoui : Le temps est arrêté : quand on écrit, on reprend nos stylos. On (...)

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

« Le danger du pouvoir, c’est d’oublier ce qu’on s’était promis»

Avec l’expérience, votre manière de collaborer a-t-elle changé ? Agnès Jaoui : Le temps est arrêté : quand on écrit, on reprend nos stylos. On garde les même méthodes. Quel a été le point de départ de l’écriture de Place Publique ? AJ : C’est très difficile pour nous de dire quand et par quoi cela a commencé : plusieurs thèmes à la fois, des idées, des personnages… Et comme souvent, quand on commence l’écriture, on se dit : « tiens, peut-être que ce sera une pièce… » L’unité de temps et de lieu faisait partie de notre cahier des charges personnel, au contraire du film précèdent, Au bout du conte qui avait cinquante-trois décors. Jean-Pierre Bacri : On a des thèmes préférés, comme les rapports de pouvoirs entre les gens — parce qu’il y en a forcément entre deux personnes, c’est comme ça, c’est la nature humaine et ça nous passionne de jouer ça. Avec le désir d’en égratigner certains ? JPB : Si vous observez avec honnêteté, quand v

Continuer à lire

Place Publique

ECRANS | Pendaison de crémaillère chez Nathalie, productrice télé über-parisienne qui s’est trouvé un château à la campagne. S’y croisent Castro, star du petit écran en (...)

Vincent Raymond | Mardi 17 avril 2018

Place Publique

Pendaison de crémaillère chez Nathalie, productrice télé über-parisienne qui s’est trouvé un château à la campagne. S’y croisent Castro, star du petit écran en perte de vitesse, son ex- Hélène, leur fille, et une foule de convives plus ou moins célèbres. Ça promet une bonne soirée… D’un côté de petits maîtres cyniques torpillés par leur acrimonie, des jaloux vieillissants renvoyés à leur verte bile, des fats décatis punis par où ils ont péché ; de l’autre une valetaille issue du bas peuple qui finit par s’affranchir de cette caste prétentieuse en s’acoquinant au passage avec sa progéniture… Que d’êtres factices aux egos majuscules ; que d’individus attachants, portant leur misère pathétique en sautoir. Jaoui et Bacri bousculent une nouvelle fois les lois de la chimie en changeant le vinaigre en nectar — mais, après tout, d’aucuns racontent qu’un mage d’antan changeait l’eau en vin… Le buffet des vanités À peine vécue par celle qui l’organise (Léa Drucker, parfaite en Gatsby moderne vissée à

Continuer à lire

Jalouse

ECRANS | Nathalie est bizarre en ce moment : elle éprouve le besoin de tancer en public sa charmante fille à peine majeure ; elle dénigre une jeune collègue et ne (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 novembre 2017

Jalouse

Nathalie est bizarre en ce moment : elle éprouve le besoin de tancer en public sa charmante fille à peine majeure ; elle dénigre une jeune collègue et ne loupe pas une occasion de causer du tort à ses proches qu’elle envie pour tout et rien. Sa névrose serait-elle due à la pré-ménopause ? Pour leur premier long, les frères Foenkinos s’étaient rassurés en adaptant un roman de David, La Délicatesse, pour un résultat mitigé — malgré François Damiens. Partant ici d’un scénario original, ils semblent avoir davantage pensé leur narration et leurs personnages pour le cinéma, c’est-à-dire en laissant aux comédiens la possibilité de les investir. Karin Viard excellant dans les emplois de râleuse-déprimée-déboussolée (revoyez La Nouvelle Ève ou Reines d’un jour), sa présence prédatrice s’imposait au centre de cette toile d’araignée. Bien contrebalancée par un aréopage de partenaires solides — même si certain·e·s, comme Anaïs Demoustier, auraient mérité plus d’espace —, l’actrice oscille à la merveille dans ce qu

Continuer à lire

Juillet-Août

ECRANS | Chaque été, au milieu du lot de films de vacances, il en est toujours un qui prend la tangente en allant au-delà du périmètre étriqué des premiers émois (...)

Vincent Raymond | Mercredi 6 juillet 2016

Juillet-Août

Chaque été, au milieu du lot de films de vacances, il en est toujours un qui prend la tangente en allant au-delà du périmètre étriqué des premiers émois d’adolescent(e)s. L’an dernier, c’était Microbe et Gasoil de Gondry ; Juillet-Août assure peut-être la relève. La saison chaude semble favorable à Diastème — son premier long, Le Bruit des gens autour, (2008), était déjà une évocation drôle et pleine de vie de l’intérieur du festival d’Avignon — ; elle l’inspire pour ce portrait de deux sœurs (dont une au tournant de la puberté), ainsi que de leurs parents, lesquels ont refait leur vie chacun de leur côté. Juillet avec la mère sur la Côte d’Azur, août avec le père en Bretagne… L’existence des frangines est décousue, mais elle se suit dans ses péripéties estivales, et se raccommode dans cette succession de villégiatures. Comme si la famille éclatée se reformait par-delà la distance et le protocole calendaire afin de résoudre toutes les crises — qui ne sont pas propres au jeune âge. Chacun ment ou dissimule un petit secret à ses proches, mais en définitive, c’est ce qui permet à la roulotte d’

Continuer à lire

Institut Lumière : Silence, on (re)tourne !

ECRANS | Sans un bruit, un nouveau festival a vu le jour à l’Institut Lumière. Une discrétion toute naturelle, puisqu’il est dévolu au muet — vaste pan de l’histoire (...)

Vincent Raymond | Mardi 15 mars 2016

Institut Lumière : Silence, on (re)tourne !

Sans un bruit, un nouveau festival a vu le jour à l’Institut Lumière. Une discrétion toute naturelle, puisqu’il est dévolu au muet — vaste pan de l’histoire du cinéma, le parlant ne s’étant imposé qu’à l’orée des années trente. Voilà l’occasion de redécouvrir un patrimoine riche d’expressivité, paradoxalement loin d’être dépourvu de sons : nombreuses étaient les productions prévues pour être cadencées par la musique, accompagnées en direct dans les salles par des instrumentistes. Au piano, Raphaël Chambouvet aura sans doute des notes élégiaques pour le grand drame de Murnau, L’Aurore (1927), quand l’organiste Thierry Escaich donnera dans le grandiose pour escorter l’envol des Ailes (1927) de Wellman, en ciné-concert à l’Auditorium. On reverra également Louise Brooks, hors de son rôle de Loulou, mais toujours sous la coupe de Pabst, dévoiler le Journal d'une fille perdue (1929), ou Gloria Swanson, aiguillée par le Erich von Stroheim cinéaste, couronnée en Queen Kelly (1929). Outre les projections, ce cycle muet intègre des conférences (notez L’introduct

Continuer à lire

Comme un avion

ECRANS | Qu’est-ce qu’un avion sans aile ? Un kayak… Drôle d’idée, qui surgit par paliers dans la tête de Michel (Bruno Podalydès lui-même, endossant pour la première (...)

Christophe Chabert | Mardi 9 juin 2015

Comme un avion

Qu’est-ce qu’un avion sans aile ? Un kayak… Drôle d’idée, qui surgit par paliers dans la tête de Michel (Bruno Podalydès lui-même, endossant pour la première fois le rôle principal d’un de ses films). À l’aube de ses cinquante ans, il s’ennuie dans l’open space de son boulot et dans sa relation d’amour / complicité avec sa femme Rachelle (Sandrine Kiberlain, dont il sera dit dans un dialogue magnifique qu’elle est «lumineuse», ce qui se vérifie à chaque instant à l’écran). Michel a toujours rêvé d’être pilote pour l’aéropostale, mais ce rêve-là est désormais caduque. C’est un rêve aux ailes brisées, et c’est une part de l’équation qui le conduira à s’obséder pour ce fameux kayak avec lequel il espère descendre une rivière pour rejoindre la mer. Une part, car Bruno Podalydès fait un détour avant d’en parvenir à cette conclusion : son patron (Denis Podalydès), lors d’un énième brainstorming face à ses employés, leur explique ce qu’est un palindrome. Pour se faire bien voir, tous se ruent sur leurs smartphones afin de trouver des exemples de mots se lisant à l’endroit et à l’envers. Plus lent à la détente, Michel finira in extremis par

Continuer à lire

L’Art de la fugue

ECRANS | Tiré d’un best-seller de Stephen McCauley, L’Art de la fugue se présente en film choral autour de trois frères tous au bord de la rupture : Antoine se (...)

Christophe Chabert | Mardi 3 mars 2015

L’Art de la fugue

Tiré d’un best-seller de Stephen McCauley, L’Art de la fugue se présente en film choral autour de trois frères tous au bord de la rupture : Antoine se demande s’il doit s’engager plus avant avec son boyfriend psychologue ; Gérard est en instance de divorce avec sa femme ; et Louis entame une relation adultère alors qu’il est sur le point de se marier. Le tout sous la férule de parents envahissants et capricieux — savoureux duo Guy Marchand / Marie-Christine Barrault. On sent que Brice Cauvin aimerait se glisser dans les traces d’une Agnès Jaoui — ici actrice et conseillère au scénario — à travers cette comédie douce-amère à fort relents socio-psychologiques. Il en est toutefois assez loin, notamment dans des dialogues qui sentent beaucoup trop la télévision — les personnages passent par exemple leur temps à s’appeler par leurs prénoms, alors qu’ils sont à dix centimètres et qu’ils entretiennent tous des liens familiaux ou professionnels… C’est un peu pareil pour la mise en scène, plus effacée que transparente, tétanisée à l’idée de faire une fausse note. Malgré tout cela, le film se laisse voir, il arrive même à être parfois touchan

Continuer à lire

«Rendre la réalité poétique et la poésie réaliste»

ECRANS | Comment passez-vous d’un film à l’autre ? Est-ce que par exemple ici, l’envie était de travailler avec de jeunes acteurs ?Agnès Jaoui : Oui et (...)

Christophe Chabert | Mercredi 27 février 2013

«Rendre la réalité poétique et la poésie réaliste»

Comment passez-vous d’un film à l’autre ? Est-ce que par exemple ici, l’envie était de travailler avec de jeunes acteurs ?Agnès Jaoui : Oui et non.Jean-Pierre Bacri : Non et oui. On a voulu écrire pour de jeunes acteurs au début.Agnès Jaoui : Oui, on vieillit ! On commence toujours par établir ce que l’on veut faire, c’est déjà une grande partie du travail. Et ça fait très longtemps qu’on a envie de trouver des formes différentes, puisque le fond, les thèmes sont sensiblement les mêmes. Il y a des archétypes qui se retrouvent…JPB : On a une aire d’exploration et on privilégiera telle ou telle région de cette aire.AJ : En général, on n’arrive pas à trouver cette forme différente. Cette fois, on y est mieux arrivé.JPB : On jubile à l’idée de trouver une forme ludique, comme on aime en voir en tant que spectateur. Je cite toujours Un jour sans fin, mais ça peut être autre chose. On avait imaginé une structure à la Rashomon, ou partir de la fin comme chez Pinter. On n’a pas grand chose à dire au début, donc il fa

Continuer à lire

Au bout du conte

ECRANS | Il était une fois une petite révolution dans le cinéma de Bacri et Jaoui, qui ronronnait gentiment dans sa formule avec Parlez-moi de la pluie. Voilà que ces (...)

Christophe Chabert | Mardi 26 février 2013

Au bout du conte

Il était une fois une petite révolution dans le cinéma de Bacri et Jaoui, qui ronronnait gentiment dans sa formule avec Parlez-moi de la pluie. Voilà que ces maîtres du dialogue et du scénario, ces deux acteurs virtuoses, se décident à oser la fantaisie filmique là où jusqu’ici leur caméra se devait d’être transparente. Cure de jouvence effectuée à une double source : celle des contes de fée, dont Au bout du conte transpose dans un contexte contemporain les figures les plus identifiées — le chaperon rouge et son grand méchant loup, la reine cruelle obsédée par sa beauté et par une Blanche-Neige trop jeune, la pantoufle de Cendrillon et son prince charmant ; et ceux qui y croient, des jeunes gens qui sont aussi, réalisme oblige, de jeunes comédiens, tous très bons, même Agathe Bonitzer. Cela change beaucoup à l’écran, mais rien sur le regard que posent Bacri et Jaoui sur le monde ; au contraire, en opposant à ce sang neuf la bile noire et amère coulant dans les veines d’une poignée d’adultes revenus de tout — l’amour, la paternité, le progrès,

Continuer à lire

Du vent dans mes mollets

ECRANS | Depuis ses courts-métrages, Carine Tardieu s’applique à regarder le monde avec les yeux des enfants, en général confrontés à des drames qui bouleversent leur (...)

Christophe Chabert | Vendredi 13 juillet 2012

Du vent dans mes mollets

Depuis ses courts-métrages, Carine Tardieu s’applique à regarder le monde avec les yeux des enfants, en général confrontés à des drames qui bouleversent leur naïveté. Avec Du vent dans mes mollets, l’affaire vire au procédé, et on ne voit plus que les gimmicks et les formules à l’écran. Le ripolinage général, la brocante vintage 80 qui sert de direction artistique ou le jeu sur les différents régimes d’image, tout cela distrait sans cesse de l’histoire racontée, il est vrai pas palpitante en soi. Non seulement le film est surproduit, mais il est aussi surécrit, de la voix-off singe savant de sa jeune héroïne au jeu lassant sur les dialogues en franglais entre les parents Jaoui et Podalydès, ou encore une galerie de seconds rôles stéréotypés à souhait. Même quand le film aborde des rivages plus troubles, notamment sexuels, il s’avère d’un grand puritanisme, sur la forme comme sur le fond. Et en devient, du coup, assez irritant. Christophe Chabert

Continuer à lire

Divorces

ECRANS | Ça va mal au pays de la comédie française… Après 'Victor' la semaine dernière, 'Divorces' enfonce le clou du cercueil : point de salut hors le recensement (...)

Christophe Chabert | Mardi 6 octobre 2009

Divorces

Ça va mal au pays de la comédie française… Après 'Victor' la semaine dernière, 'Divorces' enfonce le clou du cercueil : point de salut hors le recensement vulgaire et téléfilmé de la médiocrité ordinaire, comme si le spectateur ne pouvait rire face à l’écran que de sa bassesse et de la merde quotidienne dans laquelle il est englué. Bizarre, tout de même, comme remède contre la morosité ambiante ! Toujours est-il que Valérie Guignabodet, pourtant réalisatrice de l’intéressant 'Danse avec lui', se pourlèche les babines face à ce jeu de massacre entre un couple d’avocats spécialisés dans le divorce à l’amiable, dont la belle alliance est menacée par leur propre séparation. On apprendra, entre autres questions vitales à la survie de l’humanité, que le couple, c’est castrateur, que le ticket de métro, pour vous mesdames, est une bonne manière de réveiller l’appétit sexuel de monsieur, et que quand on appelle une jeune chienne une «chiotte», c’est drôle. Non ? On est d’accords, alors… CC

Continuer à lire

Parlez-moi de la pluie

ECRANS | Il arrive à Agnès Jaoui ce qui est arrivé, au mitan des années 80, à Woody Allen (cinéaste qu’elle a toujours considéré comme un modèle) : une sensation de redite (...)

Christophe Chabert | Jeudi 4 septembre 2008

Parlez-moi de la pluie

Il arrive à Agnès Jaoui ce qui est arrivé, au mitan des années 80, à Woody Allen (cinéaste qu’elle a toujours considéré comme un modèle) : une sensation de redite brillante, de trop grande maîtrise dans l’écriture et de sécurité tranquille dans la mise en scène, invisible plutôt que transparente. Son nouveau film, Parlez-moi de la pluie, s’articule autour de deux axes : un reportage autour d’une femme se lançant en politique et ses retrouvailles avec sa sœur dans la maison familiale. Jaoui y reprend le thème de Comme une image : les rapports de vassalité entre ceux qui sont destinés, par atavisme ou par ambition, à réussir et ceux qui avancent dans la vie avec un pied-bot social. Quant aux difficiles relations humaines au sein d’une fratrie, Jaoui les avait déjà évoqués comme auteur dans Un air de famille et Cuisines et dépendances. La présence, formidable mais familière, de Jean-Pierre Bacri en documentariste mytho, rajoute à cette sensation d’être en territoire déjà connu. Certes, les dialogues sont brillants, les situations justes, parfois hilarantes, et l’envie d’élaborer un discours en conservant une subtile dialectique est louable. Mais

Continuer à lire

«Sur la pointe des pieds»

MUSIQUES | Peut-on trouver des racines à votre démarche musicale dans les films que vous avez tournés ? Je pense au flamenco qu'on entend dans Cuisine et (...)

Christophe Chabert | Mercredi 14 mars 2007

«Sur la pointe des pieds»

Peut-on trouver des racines à votre démarche musicale dans les films que vous avez tournés ? Je pense au flamenco qu'on entend dans Cuisine et dépendances... Agnès Jaoui : Eh non ! Je n'avais jamais compris pourquoi Philippe Muyl, le réalisateur, avait mis du flamenco à ce moment-là. À l'époque, pour moi, ça sonnait plutôt comme des castagnettes. Après, je me suis dit : «quand je pense qu'il a enregistré avec ces mecs-là !». Ça fait partie des hasards étranges, donc... La chanson dans Le Rôle de sa vie et votre rôle de professeur de chant dans Comme une image, ça n'était pas un hasard ? Là, non. Dans le premier cas, François Favrat m'avait entendu chanter et savait mon amour pour Cuba ; quant au professeur de chant, je fais du chant classique depuis des années. Vous avez choisi de commencer de manière assez modeste, une tournée en 2004 dans des festivals mais pas en tête d'affiche... Je suis arrivée sur la pointe des pieds. C'était une chose de prendre beaucoup de plaisir à faire ça avec des copains, une autre de savoir si ça pouvait être partagé, en faisant abstraction du fait que j'étais comédienne. Les gens venaient sans savoir ce qu'ils allaient entendre, et il y a eu quel

Continuer à lire