Le gay savoir : "Marvin ou la Belle Éducation"

ECRANS | Marvin ou la belle éducation de Anne Fontaine (Fr, 1h53) avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois, Vincent Macaigne…

Vincent Raymond | Mardi 21 novembre 2017

Photo : © Carole Bethuel


Depuis toujours, Marvin Bijou se sent “à part”. Traité de “pédé” et harcelé au collège, il étouffe aussi dans sa famille à peine quart-monde. Grâce à un atelier théâtre et à sa rencontre avec un metteur en scène, il va découvrir qu'une issue existe, qu'il peut s'affirmer dans son identité…

Anne Fontaine a une manière de filmer la misère sociale qui rappelle, sans vouloir faire offense ni à l'une ni à l'autre, le Scola de Affreux, sales et méchants. Sauf que le cinéaste italien tournait au second degré. Pas la réalisatrice française, qui pense nécessaire de représenter dans leur caricature la plus élimée des pauvres qu'elle ne doit guère connaître. Non qu'il faille adoucir ni faire de l'angélisme, mais cette représentation tient davantage du vieux stéréotype que du réalisme — curieusement, sa vision des sphères bourgeoises est plus réaliste.

De fait, elle pousse vers une outrance aussi aberrante qu'inutile ses comédiens, au premier chef desquels Grégory Gadebois plus excessif à lui seul que toute la famille Groseille de La Vie est un long fleuve tranquille et Vincent Macaigne, surjouant la préciosité d'une voix affectée pour bien marquer son orientation sexuelle.

On ne comprend pas tellement la nécessité d'effectuer les allers-retours temporels : la construction du personnage, son affranchissement de ses embarrassantes tutelles successives étant une ligne suffisamment forte pour se suffire à elle-même. D'autant que la réalisatrice s'emploie à casser la stricte linéarité et le classicisme de son film en mettant en scène le processus d'écriture — la vraie délivrance, précédant la renaissance de Marvin. Le reste n'est même pas littérature…


Marvin ou la belle éducation

De Anne Fontaine (Fr, 1h53) avec Finnegan Oldfield, Grégory Gadebois... Martin Clément, né Marvin Bijou, a fui. Il a fui son petit village des Vosges. Il a fui sa famille, la tyrannie de son père, la résignation de sa mère. Il a fui l'intolérance et le rejet, les brimades auxquelles l'exposait tout ce qui faisait de lui un garçon «différent». Envers et contre tout, il s'est quand même trouvé des alliés. D'abord, Madeleine Clément, la principale du collège qui lui a fait découvrir le théâtre, et dont il empruntera le nom pour symbole de son salut. Et puis Abel Pinto, le modèle bienveillant qui l'encouragera à raconter sur scène toute son histoire. Marvin devenu Martin va prendre tous les risques pour créer ce spectacle qui, au-delà du succès, achèvera de le transformer.
UGC Ciné-Cité Confluence 121 cours Charlemagne Lyon 2e
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Trente-cinq ans après le film homonyme de Pialat, Anne Fontaine signe un nouveau Police centré sur trois membres d’une brigade parisienne confrontés à une mission déroutante les soumettant à un cas de conscience. Adapté d’un roman d’Hugo Boris, et interprété par Virginie Efira, Omar Sy et Grégory Gadebois, ce film à la construction complexe ne sortira que le 1er avril. Mais vous pourrez le découvrir en présence de la cinéaste lors de cette avant-première. Police Au Comœdia ​le jeudi 12 mars à 20h

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Pour son anniversaire, Andréa a convié enfants et petits-enfants dans la maison familiale. Mais l’irruption de l’aînée, Claire, met au jour (et à vif) plaies et dettes du passé. Entre la bipolarité de la revenante, les coups de sang du cadet et l’aboulie des autres, la fête a du plomb dans l’aile… Si les questions de corps au sens large — cul, inceste, maladie, décès… — constituent les habituels carburants dramatiques des réunions de familles cinématographiques souvent crues et psychologiquement violentes (Festen, La Bûche, Un conte de Noël…), aucune d’entre elles ne surpasse le tabou suprême que constitue le fric. Fille d’Andréa née d’un précédent lit, Claire veut récupérer l’héritage de son père qu’elle a placé dans la maison de famille… où vivent sa mère, mais aussi sa fille, qu’elle a abandonnée pour mener son existence instable et qui la hait. Dette d’amour, dette d’argent, silences embarrassés… Dans cette maison trop grande, dont les recoins pénombraux disent les non-dits coupables, personne à l’exception du cadet n’ose s’opposer à la fille prodigue ni prendr

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Prétextant des vacances en Turquie, Faustine a fui vers la Syrie avec son fils, laissant son époux Sylvain mort d’inquiétude. Mais le fils du patron de Sylvain effectuant des missions humanitaires dans la région va entreprendre les recherches pour les localiser. Une chance dans leur malheur… On devrait rechercher une corrélation entre l’âge auquel les cinéastes réalisent leur premier long-métrage et le nombre de kilomètres (ou de pays) que leurs protagonistes avalent — Newton a bien établi que les corps s’attiraient mutuellement en proportion de leur masse et de l'inverse du carré de leur distance ! Toute plaisanterie mise à part, ce désir “d’ailleurs“ coïncide souvent avec des thématiques très éloignées des préoccupations auto-centrées mobilisant le cortex des néo-auteurs, davantage enclins à considérer leur nid que le monde les entourant. Comme l’expérimenté scénariste Thomas Bidegain avant lui pour Les Cowboys, Emmanuel Hamon a trouvé dans le maelström géopolitique contemporain — et tou

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Dirigeant avec pugnacité et passion une maison d’édition, Alain s’interroge. Sur ses publications — il vient de refuser l’énième opus de son ami nombriliste Léonard —, sur l’évolution de son métier à l’heure du numérique, sur le couple qu’il forme avec Séléna, une comédienne de série… Bonne nouvelle : après l’éprouvant Personal Shopper, Olivier Assayas a tourné la page pour évoquer en français deux sujets on ne peut plus hexagonaux : les chassés-croisés amoureux et le milieu du livre — deux passions tricolores qui se croiseront prochainement à nouveau dans Le Mystère Henri Pick de Rémi Bezançon. L’approche est habile, car on ne sait en définitive s’il s’agit d’une réflexion profonde sur les mutations des industries culturelles (s’apprêtant, après avoir glissé du monde des lettres à celui des chiffres, à basculer dans celui, binaire, de la digitalisation) passée en contrebande dans une comédie entomologique de mœurs germanopratine, ou bien du contraire. Seuls des archétypes de parisiens peuvent se livrer à ces petites joutes verbales, amoureuses et professionnelles,

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Doubles vies a-t-il été difficile à écrire ? Olivier Assayas : Absolument pas ! La seule base, c’était que ça m’amuse. À chaque fois qu’une scène m’ennuyait, je m’arrêtais et j’attendais que me vienne une idée qui m’amuse. J’avais aussi le plaisir de renouer avec des choses qui me manquaient beaucoup, comme tourner en français. Le dernier, c’était Après mai, avec des ados, ce n’était pas du tout la même manière de le penser, de le tourner. À travers le personnage de l’écrivain qui “siphonne“ sa vie privée pour nourrir ses romans, Doubles vies interroge le rapport entre la fiction et l’autofiction… L’espace entre la fiction et l’autofiction est épais comme un papier à cigarettes, dans le sens où les écrivains, quels qu’ils soient, s’inspirent de leur propre expérience — même ceux qui écrivent de la science-fiction : j’ai le sentiment qu’ils sont encore plus près d’eux-même, du monde dans lequel ils vivent que lorsqu'ils racontent des choses à la première personne. Certains ont besoin de jouer avec le feu, parce que ça peut êtr

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L’art de miser sur le bon cheval : "Le Poulain"

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Étudiant surdiplômé, Arnaud se retrouve fortuitement embauché comme assistant d’une directrice de campagne électorale à l’approche de la Présidentielle. À ses côtés, il va découvrir la réalité d’un métier où l’image compte davantage que les mots, et les opportunités que les convictions… Cela ne pouvait finir autrement. À force de se frotter à la sphère politique (pour ses reportages dessinés en immersion lors de la présidentielle 2012 ou dans les coulisses élyséennes) ; à force de frayer avec Gérard Depardieu, des exploitants (le documentaire Macadam Popcorn) mais aussi des confrères illustrateurs ayant déjà franchi le pas (Joann Sfar, Riad Sattouf…), Mathieu Sapin était forcé de passer à la réalisation. Et d’aborder la chose politique par la voie intérieure. Voyage d’un candide apprenant à nager dans un marigot de requins, cette fable documentée ne prétend pas brosser un portrait fidèle d

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Adapté d’un livre racontant une “renaissance” passant par un changement de nom, votre film Marvin change également le nom du protagoniste. À travers le prisme du cinéma, il s’agit donc d’un changement au carré… Anne Fontaine : Le point de départ a été la rencontre avec En finir avec Eddy Bellegueule dont j’ai voulu sortir en inventant le parcours que j’imaginais pour le personnage à travers les années : comment il pouvait trouver sa vocation, comment il pouvait s’en sortir… Ce qui n’est pas le cas du livre, qui est sur l’enfance, et ne traite pas l’épanouissement ni la singularité de son destin. Très vite avec Édouard Louis [l’auteur du livre, NDR], on est tombé d’accord sur le fait que ce n’était pas une adaptation, mais un acte d’inspiration. Près de 70% du film est inventé à partir d’une enfance traumatisante et difficile. Mais j’ai aussi mis beaucoup d’éléments personnels : j’ai moi aussi changé de nom quand j’avais 17 ans, j’ai été actrice… J’ai construit l’histoire avec des points communs, et elle un peu mienne. Y avait-il chez vous le même bes

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Il n’y a pas eu de trimestre en 2016 sans qu’elle figure sur les écrans, enchaînant des films pour le moins éclectiques : la comédie Pattaya de Franck Gastambide, le biopic inspiré de l’affaire Kerviel L’Outsider de Christophe Barratier, et enfin les drames Toril de Laurent Teyssier et Maman à tort de Marc Fitoussi. Et 2017 s’engage sous les mêmes auspices, puisqu’après avoir partagé avec Édouard Baer la vedette du pléthorique Ouvert la Nuit, on la retrouvera deux fois d’ici le printemps. À 28 ans depuis la dernière Saint-Nicolas, dont (déjà) plus de la moitié de carrière, Sabrina Ouazani a le vent en poupe. Elle possède aussi un sourire ravageur, volontiers prodigué, qui s’envole fréquemment dans de tonitruants éclats communicatifs. On n’aurait pas à creuser longtemps pour faire rejaillir son tempérament comique ; pourtant c’est davantage vers la gravité de compositions tout en intériorité que les réalisateurs l’ont aiguillée, l’obligeant à canaliser son intensité native. La faute à Abdel Le cinéaste Abdellatif

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Voici des temps absurdes où l’on en vient à redouter les attentats autant pour leur inqualifiable barbarie que pour leurs conséquences sur la diffusion des œuvres cinématographiques susceptibles de les évoquer. Où, en somme, des auteurs proposant une lecture analytique souvent clairvoyante des métaphénomènes sociétaux, voient la carrière de leur film avortée parce que leur fiction s’accorde avec l’actualité, ou lui fait un cuisant écho. Made in France de Nicolas Boukhrief et Bastille Day de Peter Watkins ont déjà payé un lourd tribut en étant retirés de l’affiche ; quant à l’extraordinaire Les Cow-boys de Thomas Bidegain, il a senti le vent du boulet. Espérons que Nocturama,

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Quand elles ne font pas désespérer du genre humain, les règles administratives sont d’inépuisables sources d’inspiration pour un auteur comique. L’absurdité pratique de certaines d’entre elles, combinée à la suffisance de ceux qui les promulguent comme de ceux chargés de les faire respecter, les confit de ridicule, éclaboussant au passage l’ensemble de l’institution les ayant engendrées. Aussi, lorsque Antonin Peretjatko imagine la Métropole décréter d’utilité publique la construction d’une piste de ski artificiel en Guyane, on s’étonne à peine. Pas plus lorsqu’il montre un pays abandonné aux mains des stagiaires au mois d’août. L’abominable norme des neiges On s’étrangle en revanche — de rire — devant la cavalcade de gags assénés, à un tempo d’autant plus soutenu que la vitesse du film, légèrement accélérée, donne aux voix un ton aigrelet décalé. Peretjatko investit tous les styles d’humour (le visuel pur et chorégraphié à la Tati, le burlesque de la catastrophe façon Blake Edwards, le nonsense montypythonesque et l’aventure exotique trépidante dont Philippe de Broca avait le secret) en conservant sa propre “musique”. Tâtonnant dans ses films précédents, i

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Est-il facile aujourd’hui de tourner une comédie à la fois burlesque et absurde ? Les cinéastes contemporains semblent timides face à ce style, qui a jadis connu ses heures de gloire… Antonin Peretjatko : C’est effectivement de l’ordre de la timidité ou de l’autocensure. Faire des gags visuels est assez difficile, parce qu’aujourd’hui les scénarios sont financés par des lecteurs. Écrire quelque chose de visuel, c’est aussi délicat que décrire une peinture que vous allez faire ! Cela explique pourquoi il y a autant d’adaptations de BD comiques : les dessins sont déjà là, et l’on peut plus aisément visualiser le potentiel comique du film. Quant aux livres où l’on éclate de rire, il y en a très peu, il faut remonter à Rabelais. La difficulté des gags visuels, c’est qu’ils peuvent avoir un impact sur le scénario et les personnages. Un gag n’est pas une science exacte, on n’est jamais sûr à 100% que cela fonctionne. Et si au tournage ou au montage, on s’aperçoit qu’un effet burlesque situé à un nœud scénaristique très important est raté, on le met à la poubelle. Le problème est qu’il manque alors un étage à la fusée, et il faut retourner une séquence

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Vernon Subutex est une parfaite photographie de l’époque, des débats qui l’animent, des trajectoires parfois contradictoires d’individus. Comment avez-vous créé cette fresque du temps présent ? Virginie Despentes : J’avais comme point de départ l’idée d’un presque quinquagénaire qui perd son appartement. Ensuite est venue l’idée qu’il ait été disquaire. Ça devait être un livre très court. Et puis c’est devenu Subutex. Je ne me suis pas dit que j’allais faire une photographie de l’époque, mais une fois qu’on prend le rock comme moteur, on se retrouve vite à brasser beaucoup de gens différents… Ce n’était pas prémédité, mais c’est un vrai centre de tri, ce truc ! En le lisant, on sent un vrai plaisir à l’écrire. Baise-moi était un cri sorti en quelques jours, là, il y a une maîtrise nouvelle dans l’écriture, une sorte de confiance à toute épreuve. Et aussi, une tendresse différente pour les personnages, surtout dans le volume 2. Je ne suis pas bien placée pour me rendre compte de ça. Je sais que j’avais plus de temps, plus les moyens de prendre ce temps pour écrire, parce qu’Apocalypse Bébé

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C’est une fort étrange apocalypse que l’irruption de cette œuvre dans la carrière d’Anne Fontaine. Même si la cinéaste a continûment manifesté son intérêt pour les histoires un brin dérangeantes, celles-ci se déroulaient dans des familles ordonnées, aux meubles et parquets bien cirés ; la perversité et l’audace transgressive demeuraient domestiques, circonscrites aux périmètre intime. Les Innocentes change la donne. Premier réel film historique de la réalisatrice (Coco avant Chanel (2009), comme son nom l’indique, était un portrait bancal d’une Gabrielle Chanel en pleine ascension), il s’extrait surtout du récit bourgeois pour investir un “ailleurs”, ou plutôt “des” ailleurs. Le contexte de la guerre, la situation des autres (et non plus le “moi” du couple, de la famille idéale chamboulée) ; l’apprentissage du dialogue corps-esprit et surtout la place des femmes, universelles premières victimes des conflits, dessinent ici les lignes de force de ce qui n’est pas qu’une reconstitution. L’histoire pourrait hélas se dérouler en des temps contemporains : Les Innocentes montre que des médecins doi

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Vincent Raymond | Mardi 12 janvier 2016

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Identifié par ses pom-pom girls aux pectoraux avantageux, ses capitaines d’équipe de football athlétiques mais bas du front, ainsi que par ses forts en thème malingres, myopes, boutonneux et polycomplexés, le film de lycée (high school movie) est un genre à part entière outre-Atlantique. Cette catégorie de comédies plus ou moins émoustillantes destinées à être consommées avec popcorn et boy/girlfriend sort rarement de l’ornière, à moins d’un miracle ou d’une volonté de pervertir les codes — voir Carrie (1977) de De Palma ou Retour vers le futur (1985) de Zemeckis. Si le cinéma français s’adonne parfois à ces bluettes sucrées (La Boum, LOL), il propose aussi des traitements alternatifs de l’âge “ingrat” — ou “des possibles”. Dans des œuvres saisissant l’adolescence comme un état mystérieux ou inquiétant, et ceux qui la traversent pareils à une tribu autonome, abandonnée à elle-même ; des œuvres valant parfois davantage pour les ambiances construites, nimbées d’interdits et de tabous transgressés que les histoires racontées. De par son climat d’étrangeté diffuse, son goût pour l’architectur

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Avec Angèle et Tony, Alix Delaporte s’aventurait dans la fable sociale, en quête de justesse et de finesse dans la peinture de ses personnages ébréchés par la vie. Pour son deuxième film, elle reconduit la formule, qui plus est avec les deux mêmes comédiens (Clotilde Hesme et un extraordinaire Grégory Gadebois, qui bouffe l’écran à chacune de ses apparitions), en en modifiant à peine l’équation : la grise Normandie est remplacée par un Montpellier solaire et l’enfant, au second plan précédemment, devient ici le pivot de la narration. Tandis que sa mère souffre d’un cancer, son père, chef d’orchestre perfectionniste qu’il n’a jamais connu, vient diriger à l’opéra la sixième symphonie de Mahler. Commence alors un jeu d’approche feutrée, fidèle au goût de la demi-teinte de la réalisatrice, mais qui s’apparente à un programme déjà vu ailleurs, en mieux : chez les frères Dardenne, évidemment, dont Delaporte ne possède ni le sens de la mise en scène physique, ni la hauteur de vue morale. Aussi noble soit-il dans ses intentions, Le Dernier Coup de marteau est r

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Nuits blanches et petits matins. L’extase joyeuse des premières soirées techno-house où le monde semble soudain s’ouvrir pour une jeunesse en proie à un nouvel optimisme, prête à toutes les expériences et à toutes les rencontres ; et ensuite la descente, le retour chez soi, la gueule de bois, le quotidien de la vie de famille et des disputes amoureuses. Cette courbe-là, Eden la répète à deux échelles : la plus courte, celle des cérémonies du clubbing d’abord sauvages, puis ritualisées via les soirées Respect ; et la plus large, celle de son récit tout entier, où l’utopie de la culture house-garage portée par son héros se fracasse sur la réalité de l’argent, des modes musicales et du temps qui passe. Aux États-Unis, on appelle ça un «period movie», un film qui embrasse une époque et un mouvement, de ses prémisses à son crépuscule. Eden, quatrième film de Mia Hansen-Løve répond en apparence à ce cahier des charges, puisqu’il s’étend sur une quinzaine d’années, à la charnière des années 90 et des années 2000, celles où la France a été une tête chercheuse du mouvement techno, avec en figures de proue les deux membre

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Martin Joubert, un boulanger féru de littérature, s’ennuie dans son petit village normand jusqu’à ce que débarquent de leur Angleterre natale Gemma Bovery et son mari Charles. À la fois troublé par la sensualité de la jeune femme et par sa ressemblance avec Emma Bovary, l’héroïne de Flaubert, Martin s’embarque dans un jeu fait de voyeurisme et de fantasmes, érotiques autant que littéraires, envers elle. Cette trame-là est de loin ce qu’il y a de plus intéressant dans le nouveau film d’Anne Fontaine, mais la cinéaste n’en tire aucun point de vue fort dans sa mise en scène. Plutôt que de coller au regard de Martin et à sa capacité à interpréter sauvagement la réalité en fonction de son désir et de ses références, elle va régulièrement filmer son contrechamp, ce qui tue instantanément toute ambiguïté et tout trouble. L’exemple évident est la relation entre Gemma et Hervé, le fils à maman friqué qui devient son jeune amant fougueux ; la scène où Martin "double" leur dialogue à distance est une belle idée, mais Fontaine la réduit à néant en enregistrant aussi la vraie conversation entre les deux tourtereaux. Cette manière tiède et ras

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Christophe Chabert | Mardi 3 juin 2014

Tristesse Club

Dans Tristesse Club, comme dans tout bon road movie, une voiture tient un rôle décisif : c’est une vieille Porsche et elle appartient à Léon, ancien tennisman tombé dans la lose intégrale, plaqué par sa femme et méprisé par son propre fils de dix ans, à qui il essaie pathétiquement de taxer de l’argent. Cette voiture, c’est un peu la dernière chose qu’il possède dans l’existence, et il s’y accroche comme à une bouée de sauvetage face au naufrage de sa vie. Ladite Porsche va servir à beaucoup de choses au cours du film : par exemple, elle se transformera en abri protecteur contre une meute de chiens errants, ou d’issue de secours pour échapper à la rancœur ambiante. Car Léon a rendez-vous avec son frère Bruno pour enterrer leur père, qu’ils n’ont pas vus depuis des lustres et avec qui ils entretenaient des rapports opposés : houleux pour Léon, résignés pour Bruno. Les choses s’enveniment encore lorsqu’ils font la connaissance d’une demi-sœur dont ils ignoraient l’existence. Elle leur avoue que leur père n’est pas mort ;  il a juste disparu sans laisser de traces. Le deuil d’un fantôme Voilà donc un trio de comédie formidablement constit

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Vis ma vie

CONNAITRE | «Dans ce monde où les valeurs masculines étaient érigées comme les plus importantes, ma mère disait d’elle "J’ai des couilles moi, je ne me laisse pas (...)

Benjamin Mialot | Mardi 18 février 2014

Vis ma vie

«Dans ce monde où les valeurs masculines étaient érigées comme les plus importantes, ma mère disait d’elle "J’ai des couilles moi, je ne me laisse pas faire"». Ce monde, c’est un village picard jamais nommé. Un bout de France isolé où règne une misère sociale et intellectuelle, et où tout ce qui sort des rails préétablis est suspect. Le jeune Eddy Bellegueule est suspect, puisqu’il ne correspond pas aux codes de la masculinité imposante défendue par son père, ses frères, ses cousins, mais aussi sa mère, sa sœur... Bref, tous les hommes et toutes les femmes de son entourage. Eddy Bellegueule, c’est Édouard Louis, auteur qui a changé de nom en s’extirpant de la vie qu’on lui programmait – «l’intello» est depuis élève à l’École Normale Supérieure. «Ces choses dérisoires pour un adulte» En finir avec Eddy Bellegueule se lit vite. Et marque d’un coup, dès les premières pages, où le jeune Eddy se fait agresser sans broncher par deux garçons qui le traitent de «pédé». Une violence quotidienne qu’il taira pendant toute son enfance, préférant encaisser les coups plutôt que d’avoir à justifier les raisons qui amènent ses agresseurs – e

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Modification horaires "Tonnerre" au Comœdia

ECRANS | Suite à une erreur de communication, les horaires du film Tonnerre, programmé au Comœdia, sont partiellement faux dans notre édition papier de cette (...)

Nadja Pobel | Lundi 3 février 2014

Modification horaires

Suite à une erreur de communication, les horaires du film Tonnerre, programmé au Comœdia, sont partiellement faux dans notre édition papier de cette semaine. Une séance à 21h20 a été ajoutée jeudi 30 et vendredi 31 janvier, ainsi que samedi 1er et mardi 4 février. En résumé, voici la programmation de Tonnerre de Guillaume Brac pour la semaine du 29 janvier au 4 février 2014 au Comœdia :   Mer, jeu, ven, sam, mar : 14h00 / 18h00 / 21h20 Dim : 14h00 / 16h00 Lun : 14h00 / 18h00 / 20h00 / 22h00

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Tonnerre

ECRANS | Un rocker dépressif retourne vivre chez son père à Tonnerre, petite ville de l’Yonne connue surtout pour son vin, et y tombe amoureux d’une jeune (...)

Christophe Chabert | Mercredi 22 janvier 2014

Tonnerre

Un rocker dépressif retourne vivre chez son père à Tonnerre, petite ville de l’Yonne connue surtout pour son vin, et y tombe amoureux d’une jeune journaliste locale, d’abord séduite, puis fuyante… Guillaume Brac, qui avait moissonné les prix avec son moyen métrage Un monde sans femmes, passe au long sans vraiment convaincre. L’idée de renouveler le boy meets girl hexagonal par le traitement quasi-documentaire d’un environnement familier à l’auteur ne crée aucune vérité à l’écran, mais souligne surtout la gaucherie, certes sympathique, des comédiens professionnels — Macaigne et Menez, dont le lien de parenté saute aux yeux, techniquement parlant. Plus l’histoire avance, plus Tonnerre ronronne dans une esthétique de téléfilm France 3 Région assez morne, où la grisaille tient lieu d’humeur monotone. Symptomatique des premiers films français, cette peur d’empoigner la matière cinématographique pour se réfugier prudemment derrière des idées depuis longtemps éculées n’est bousculée que par un dernier tiers qui s’aventure timidement sur la piste du mélodrame criminel, et plus encore par la présence, charnelle, intrigante et émouvante de Solène Rigot.

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2 automnes 3 hivers

ECRANS | Les histoires d’amour entre trentenaires, l’angoisse de l’âge adulte, les instants fugaces, les départs et les retrouvailles, les films qui font partie de (...)

Christophe Chabert | Mercredi 18 décembre 2013

2 automnes 3 hivers

Les histoires d’amour entre trentenaires, l’angoisse de l’âge adulte, les instants fugaces, les départs et les retrouvailles, les films qui font partie de la vie et les chansons qu’on fredonne… 2 automnes 3 hivers a à peu près tout pour se faire détester par ceux qui fustigent un cinéma d’auteur français désespérément étriqué. Et Vincent Macaigne, metteur en scène de théâtre devenu "star" d’une génération de cinéastes l’utilisant dans son propre rôle d’ahuri lunatique et bégayant, y tient un des rôles principaux, ce qui ajoute au potentiel d’irritation de ce film signé Sébastien Betbeder. Pourtant, malgré l’étroitesse de son rapport au monde, malgré la fragilité de son propos, 2 automnes 3 hivers possède un charme tout à fait singulier et une réelle audace derrière son apparente modestie. Betbeder tente un grand écart entre la simplicité de ce qu’il raconte et la sophistication de son dispositif, qui emprunte à la littérature, au théâtre et surtout à de nombreux artifices purement cinématographiques. Les Amants parallèles Un matin, en allant faire son jogging, Arman croise Amélie ; comme il veut revoir cette belle inconnue, il retourne courir,

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La Bataille de Solferino

ECRANS | Vincent et Lætitia sont séparés ; ils ont eu deux enfants ; Lætitia a obtenu leur garde, Vincent un simple droit de visite qu’il applique n’importe comment, (...)

Christophe Chabert | Jeudi 12 septembre 2013

La Bataille de Solferino

Vincent et Lætitia sont séparés ; ils ont eu deux enfants ; Lætitia a obtenu leur garde, Vincent un simple droit de visite qu’il applique n’importe comment, et son comportement un brin borderline ne fait que jeter de l’huile sur le feu. Ce drame ordinaire a été raconté mille fois, mais La Bataille de Solférino lui donne une dimension cinématographique unique : Lætitia est journaliste à Itélé et la voilà contrainte d’aller couvrir les résultats du second tour de l’élection présidentielle, le 6 mai 2012, au siège du PS rue de Solférino. Là encore, le scénario est connu, mais c’est le télescopage entre ces deux dramaturgies écrites d’avance — la crise du couple séparé et la victoire de François Hollande — qui donne au film sa vibration d’incertitude. Justine Triet fait entrer la fiction dans la réalité par surprise et sans filet ; quand Vincent débarque rue de Solférino dans la ferme intention de régler ses comptes avec son ancienne compagne, on craint à plus d’une reprise que cette foule en liesse, ivre mais pas que de joie, ne s’en prenne à lui comme s’il était un trouble-fête un peu trop hargneux

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La Fille du 14 juillet

ECRANS | En remplacement d’un LOL galvaudé par l’adolescence sans orthographe, le branchouille a pris l’habitude de placer un peu partout des WTF — pour What The (...)

Christophe Chabert | Vendredi 7 juin 2013

La Fille du 14 juillet

En remplacement d’un LOL galvaudé par l’adolescence sans orthographe, le branchouille a pris l’habitude de placer un peu partout des WTF — pour What The Fuck. WTF : un sigle qui semble avoir été importé pour résumer un certain cinoche d’auteur français qui, à la vision répétée de chacun de ses jalons, provoque la même sensation d’incrédulité. Qu’est-ce qui passe par la tête des cinéastes pour accoucher de trucs aussi improbables, dont une partie de la critique s’empare pour en faire des étendards de contemporanéité là où, même de loin, on ne voit pas la queue d’une idée aboutie ? La Fille du 14 juillet pousse même un cran plus avant le concept : c’est un film WTF assumé, le rien à péter devenant une sorte de credo esthétique et un mode de fabrication. Derrière la caméra, Antonin Peretjatko, déjà auteur d’une ribambelle de courts-métrages sélectionnés dans un tas de festivals — mais refusés systématiquement dans beaucoup d’autres, c’est dire si son cas provoquait déjà des réactions épidermiques ; devant, le dénommé Vincent Macaigne, dont l’aura de metteur en scène de théâtre — dont on a pu lire du

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Mon pire cauchemar

ECRANS | Démonstration que la comédie n’est pas genre aisé, Mon pire cauchemar pense que son pitch (une grande bourgeoise parisienne amatrice d’art contemporain doit (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 2 novembre 2011

Mon pire cauchemar

Démonstration que la comédie n’est pas genre aisé, Mon pire cauchemar pense que son pitch (une grande bourgeoise parisienne amatrice d’art contemporain doit supporter un plombier belge alcoolique et grossier) suffit à emporter le morceau. Et, plutôt que de laisser Huppert et Poelvoorde chercher, comme leurs personnages, un territoire commun à l’écran, Anne Fontaine les enferme dans leurs emplois respectifs, provoquant artificiellement le rapprochement par les grosses ficelles du scénario. Du coup, elle se contente d’enchaîner les situations attendues, gonflant l’affaire avec une sous-intrigue redondante entre le mari coincé et une salariée de pôle emploi branchée bio et nature (un tandem de cinéma pour le coup impossible entre la scolaire Virginie Éfira et le roué André Dussollier). Il n’y a ni rire, ni malaise là-dedans ; juste un regard cruel qui, dans le drame, provoquait parfois une petite fascination (Nettoyage à sec, Entre ses mains) mais qui ici fait plutôt penser au Chatiliez des mauvais jours.Christophe Chabert

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Angèle et Tony

ECRANS | Où l’on fait la connaissance d’Angèle sous un porche, faisant l’amour avec un inconnu pour récupérer un Big Jim en plastique ; plus tard, c’est elle qui (...)

Christophe Chabert | Mardi 18 janvier 2011

Angèle et Tony

Où l’on fait la connaissance d’Angèle sous un porche, faisant l’amour avec un inconnu pour récupérer un Big Jim en plastique ; plus tard, c’est elle qui rencontrera Tony, vieux garçon bourru vivant chez sa mère et travaillant comme pêcheur sur le port. Une passe de plus ? Non, Tony préfère offrir l’hospitalité à cette fille perdue, sortie de taule et cherchant à retrouver la garde de son enfant. Les prénoms des personnages évoquent une double influence marseillaise (Pagnol et Renoir), mais c’est une Normandie moins truculente que filme Alix Delaporte dans ce premier film en «demi-teintes». C’est sur ce point que se joue le petit charme et la limite d’"Angèle et Tony" : la justesse des relations entre les personnages tient à cette sobriété de la mise en scène, à son désir de ne pas brusquer les événements qui se déroulent sur l’écran, laissant le temps aux êtres et aux corps de se découvrir et de se rapprocher. Mais c’est le minimum syndical pour ce cinéma réaliste à la française qui, comme souvent, ne fournit pas un projet très excitant pour le spectateur contemporain. La vraie bonne surprise, c’est la prestation de Grégory Gadebois : face à une Clotilde Hesme qui fait beaucoup

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Coco avant Chanel

ECRANS | La mode du biopic n’est pas près de se tarir sur les écrans, chaque pays se cherchant héros et héroïnes pour en faire de romanesques adaptations suçant la roue du (...)

Christophe Chabert | Mardi 14 avril 2009

Coco avant Chanel

La mode du biopic n’est pas près de se tarir sur les écrans, chaque pays se cherchant héros et héroïnes pour en faire de romanesques adaptations suçant la roue du modèle américain. Coco Chanel a déjà remporté le titre français en 2009, puisqu’avant la version Jan Kounen à venir au second semestre, voici sa jeunesse en mode Anne Fontaine. La cinéaste livre une copie appliquée où rien ne manque sur le pourquoi du comment de la vocation et des engagements de Gabrielle dite Coco. En témoigne la scène initiale où, abandonnée par son père dans un pensionnat de bonnes sœurs, son regard s’attarde longuement sur la coiffe noire et blanche des nonnes… Chanteuse sans le sou dans des cabarets minables, en révolte contre le patriarcat et la bourgeoisie de son temps, elle va canaliser son désir de revanche sociale et personnelle dans l’invention de vêtements qui libèreront la femme des lourdeurs froufrouteuses et des corsets étouffants. Une démarche à l’opposé de la pesanteur scénaristique et cinématographique d’Anne Fontaine, qui explique et souligne tout, ne laisse aucun vide ni dans les plans, toujours sagement centrés sur l’action, ni entre les scènes. Cet académisme est donc un pur contrese

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