Chez Bigoût Records, on s'approvisionne en musiques énergiques à guitares

Disquaire | Le label noise lyonnais, habitué de la distro en fin de concerts dans les salles du coin, franchit le cap de la boutique en s’installant rue des Capucins : le nouveau repaire des amateurs de vinyles bruyants.

Sébastien Broquet | Dimanche 7 juin 2020

Photo : © Sébastien Broquet


À l'origine, un groupe. Kiruna : entre noise et hardcore, dans la lignée de Condense ; qui se fait un petit nom dans le milieu et sort un premier disque autoproduit en 2007. Paul Martin (photo) et Damien Debard, deux des membres du combo, décident de sortir de leurs poches quelques billets pour monter la structure nécessaire, qu'ils baptisent Bigoût Records. C'est sensé être un one shot, ce vinyle, Social Haven of Cultural Decline. Mais peu après un ami commun qui gère le label (alors parisien) Rejuvenation leur propose une association pour sortir un second vinyle, d'un groupe australien. Banco. Et de fil en aiguille, ou plutôt de câble en jack, les voici désormais avec vingt-deux références au compteur, entre noise et dérivés, dont l'une des dernières en date, Doppler, est une réédition vinyle d'un CD marquant de la scène locale datant de 2004. Et ce disque, justement, fait partie des meilleures ventes du tout nouveau shop installé au 24 rue des Capucins. Car les deux acolytes ont décidé de franchir le pas de porte : Paul en avait marre de se cogner les orteils dans les caisses de disques rangées dans sa chambre, en attente du chaland...

Pour sortir du giron lyonno-lyonnais, Bigoût Records avait commencé par échanger une partie de ses références avec d'autres labels cousins, pour vendre les rondelles de tout le monde dans des bacs sortis en salles de concerts — le Marché-Gare, l'Épicerie Moderne, etc. Un site de VPC suivra, garni de pas mal de références, pour beaucoup introuvables dans la ville, se sont-ils aperçus circa 2016 en le lançant. D'où, désormais, la création de la boutique en décembre 2019. Trouvée sur un coup de chance : un client un jour qui évoque ce rez-de-chaussée inutilisé par un professeur de batterie lui-même installé au sous-sol...

Oranssi Pazuzu en tête de gondole

Paul explique : « on connaît les autres disquaires de Lyon et on ne voulait pas leur faire de concurrence. Le seul qui vend quelques références communes avec nous, c'est Bruno de Dangerhouse. On a été le voir avant de commencer : il n'y avait pas de soucis pour lui. Nous sommes spécialisés black metal, stoner, noise, punk, hardcore, drone, indie rock. Des musiques énergiques à guitares ! Et de l'électronique expérimentale, dissonnante. » On trouve ainsi Moor Mother dans les bacs. Ou les Finlandais de Oranssi Pazuzu : « c'est un groupe très représentatif de ce que l'on propose » ; leur dernier album Mestarin Kynsi, petite merveille sortie chez Nuclear Blast, cartonne lui aussi dans la boutique. « Nous vendons aussi beaucoup de disques de groupes lyonnais et nous en sommes sommes fiers. » Des expos sont prévues dans les mois à venir, comme celle de Gérald Tournier / Pangram. Ce shop est un nouveau pas de franchi pour Bigoût, mais pas une finalité : le but est d'avoir à l'avenir un local plus grand et d'ouvrir un lieu qui fasse à la fois disquaire, petite restauration et café.

Bigoût Records
24 rue des Capucins, Lyon 1er
Du mercredi au samedi de 15h à 19h

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Le fils de l'épicière

MUSIQUES | Six ans après son arrivée à Feyzin, Sophie Boyer quitte ses fonctions de directrice de l’Épicerie Moderne. Dès la rentrée, c'est Damien Debard, son administrateur, qui prendra les commandes. Une entrevue bilatérale s'imposait, histoire de déterminer ce que ce passage de témoin va changer pour ce haut lieu des musiques indépendantes. Ou plutôt ce qu'il ne va pas changer. Propos recueillis par Benjamin Mialot

Benjamin Mialot | Jeudi 23 mai 2013

Le fils de l'épicière

Les directeurs d'équipements ont tendance à s'accrocher à leur poste. Qu'est-ce qui te pousse à partir ?Sophie Broyer : C'est d'abord une décision personnelle : après douze ans à travailler dans des salles de concert, j'ai envie d'apprendre de nouvelles choses. Mais mon départ découle aussi d'une réflexion liée à l'avenir de l’Épicerie Moderne. La salle a huit ans, je suis à sa tête depuis six, avec une équipe qui n'a pas tellement bougé... C'est un bon socle de travail, mais je crois que ce n'est un service à rendre à personne que de rester pour rester. Cela me semble même important de renouveler une direction tous les cinq-six ans, de redonner du dynamisme. La routine dans le milieu culturel, pour moi, c'est un interdit. Que retiens-tu de ton passage ?SB : J'ai l'impression de fonctionner au saut dans le vide. J'ai pris très tôt des responsabilités dans des salles où les choses n'étaient pas simples, notamment parce que je suis une femme. Concernant l’Épicerie Moderne, comme il s'agit de ma première direction, je porte forcément un regard bienveillant sur son

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