Le Théâtre Guignol de Lyon confié pour trois ans à la compagnie M.A.

Théâtre Guignol de Lyon | Amorcé depuis l'an dernier avec la réouverture d'une partie du Musée des Arts de la Marionnette à Gadagne, un "réseau" dédié à cet objet bien vivant se met en place à Lyon. La compagnie M.A. vient d'être mandatée pour diriger durant trois ans le Théâtre de Guignol. Et il y a fort à parier que c'est par le prisme de ce patrimoine que la subversion est la plus prégnante.

Nadja Pobel | Mercredi 17 janvier 2018

Photo : © Cie M.A.


Guignol, Gnafron et le bâton. Si ce triptyque est à la base de l'enfance de tout gone depuis deux siècles, il n'est pas enfermé dans la naphtaline. En confiant, après la réception de neuf candidatures, la gestion du Théâtre de Guignol de Lyon à la compagnie M.A., Loïc Graber, adjoint à la culture de Képénékian, dit à la fois vouloir « respecter le patrimoine et la tradition lyonnaise » et ouvrir la marionnette « à la création contemporaine et l'expérimentation de nouvelles formes ». Ainsi, dans un palais de Bondy fraîchement rénové, c'est la troupe qui a assuré l'intérim avec la compagnie des Zonzons qui s'installe durant trois années.

Emma Utgès, à la tête de cette aventure collective, est venue à cet art en 2003 en rencontrant précisément les Zonzons et a acquis depuis des formations à la technique et à l'esprit de Guignol. Car cette comédienne qui a foulé les planches du Théâtre de la Croix-Rousse notamment (il y a presque vingt ans dans la trilogie sanguinolente et jubilatoire d'Emmanuel Meirieu, Les Chimères amères), insiste sur le fait que Guignol est « un objet poétique pour traiter avec humour de sujets lourds concernant la condition humaine. » C'est la grande force de ce petit personnage de bois : être le porte-parole du monde actuel avec une verve qui bien souvent est édulcorée lorsqu'elle est dite par de vrais acteurs.

Emma Utgès détaille que leurs spectacles vont se décliner en trois volets : le répertoire revisité (pour les enfants donc), du Guignol contemporain avec des compagnies invitées (Artoupans en février, Pap'Allamano en avril, pour petits et grands) et du Guignol pour adultes. Cette déclinaison-ci va se concrétiser par leurs créations, des soirées de politique et satire "Ça tirgnole", des soirées à thèmes (pour commencer, celle du 3 mars sera consacrée aux rapports homme/femme) et enfin "Rendons vie à nos archives" qui va se co-construire à partir des ressources des Musées Gadagne.

240 marionnettes en réserve

En effet, si Loïc Graber parle de réseau, c'est bien que les institutions lyonnaises vont dialoguer d'une manière qui semble nourricière à en croire les ambitions de leurs différents directeurs. Xavier de La Selle mène en la matière une ligne novatrice et inédite : tenter de résoudre l'équation de faire exister l'art dans un musée, dont l'essence même est de présenter des objets figés dans des vitrines. « Il n'y pas ailleurs en France, note-il, de musée dédié au théâtre. » Avec la ré-ouverture en avril 2017 de trois salles du musée des marionnettes qui a abandonné son nom de "marionnettes du monde" pour celui des "arts de la marionnette", et sept autres nouvelles en novembre, il participe à cette réflexion de la place de cet objet dans la culture. C'est ainsi qu'après avoir introduit le parcours par une définition de la marionnette, il sera question de répondre à « d'où vient-elle ? » (et pas seulement par des dates, mais en interrogeant le besoin de l'être humain de s'exprimer à travers un dédoublement de lui-même), « à quoi elle sert ? » (rire, soigner...) et « comment ça marche ? » (les différentes techniques certes, mais aussi les dramaturgies qui la font exister).

Patrimoine de demain

Pour compléter ces approches, le Théâtre Nouvelle Génération continue à défendre la marionnette dans sa forme la plus expérimentale. Récemment Clairière, Artefact, [hullu] ou Wax ont permis de découvrir respectivement une fable enfantine émouvante, un théâtre déshumanisé, une autre vision de l'étranger et la personnification de la cire. Sur un temps plus long, la compagnie L'Ateuchus est accueillie en résidence en vue de sa création Buffalo boy en 2018-19, contant un enfant minotaure qui va devenir adolescent.

Les variations autour de la marionnette sont infinies et témoignent d'un avenir radieux. Le Ministère de la Culture lui a même inventé un label il y a tout juste un an. Et Guignol a encore de beaux jours devant lui surtout lorsque, face aux enfants, comme dans Guignol contre crasse paperasse, il stigmatise une bureaucratie toujours plus dure et injuste face aux migrants. De quoi répondre intelligemment à la violence des mesures en la matière prises par l'actuel ministre de l'Intérieur, qui a souvent brandi en étendard cette marionnette face aux touristes pour faire resplendir sa ville, sans vraiment l'écouter semble-t-il...

La programmation

Janvier

  • 19 et 20 : Monsieur Choufleuri restera chez lui le... à 20h
  • 21 : Monsieur Choufleuri restera chez luile... à 17h

Février

  • Du 10 au 24 : Geekgnol (création M.A 2018) à 15h30
  • Du 10 au 24 : La Grotte de la peur à 10h30

Mars

  • 3 : Soirée adultes sur le thème des rapports Hommes/Femmes à 20h
  • Du 19 au 25 : Accueil de la compagnie Les Présents multiples (marionnette contemporaine)
  • 21 : Les dessous de la marionnette (journée mondiale de la marionnette) à 15h
  • 23 et 24 : Mais pourquoi tu chutes papa ? à 20h et le 25 à 17h

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Au Guignol de Lyon, des marionnettes en prise avec le réel

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Nadja Pobel | Mardi 27 novembre 2018

Au Guignol de Lyon, des marionnettes en prise avec le réel

« Vous êtes prêtes ? » Ainsi s'adresse le metteur en scène Nicolas Ramond à son équipe en cette matinée de répétitions, à J-8 de la première. Parmi eux : trois hommes et une femme. Son choix de féminiser ainsi la langue phallocrate française indique clairement le ton de ce spectacle politique. Le contestataire Guignol est remisé au placard le temps que ses contemporains prennent sa relève. Un couple de pauvres va croiser des riches. Les seconds vont commencer par se demander comment nommer les premiers, sans vraiment trouver. Simon Grangeat, auteur prolixe de théâtre engagé ne surfe pas sur une dichotomie qui verrait s'opposer les bons et les méchants. L'objet transitionnel qu'est la marionnette autorise de toute façon « une grande liberté et même cruauté » selon Nicolas Ramond. « Les pauvres sont aussi bêtes que les nantis dans cette pièce car, avec la monnaie glanée dans la rue, ils vont s'acheter un ticket de "gratto-gratte" et ne pas le jouer car il serait potentiellement gagnant ; ils préfèrent le faire spéculer » raconte Emma Utgès, comédienne et marionnettiste qui, ave

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C'était un secret de polichinelle officialisé par la Ville de Lyon en ce début d'année : la compagnie M.A. reprend la gestion du Théâtre de Guignol de Lyon qui vient de réintégrer son emplacement dans un palais de Bondy rénové. À sa tête : Emma Utgès, comédienne, acolyte d'Emmanuel Meirieu dans les années 2000 et tournée vers la marionnette depuis 2003. Membre de l'ancienne troupe directrice, les Zonzons, elle s'installe dans ses nouvelles fonctions et appartiendra à un "réseau marionnette" avec le TNG et les musées Gadagne qui depuis avril dernier ont réouvert partiellement et transformé l'espace dédié à cet art dans la partie "Musée des arts de la marionnette".

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Parmi les quelques théâtres Guignols de Lyon, il en est un, celui de la Tête d'Or, qui remonte aux calendes de Laurent Mourguet lui-même. Ou presque. Joseph Moritz (1886-1954) l'a installé là, puis son fils Antoine Moritz (1912-1980) et enfin la veuve de celui-ci, Yvonne Moritz, l'ont fait fonctionner. À 92 ans, elle était encore récemment à la tête de cet établissement adossé au parc aux daims. Son époux, dans les années 40, avait décidé de s'implanter dans le parc fétiche des gones. Ce fut chose faite en 1948, quand fut abolie la loi votée durant la guerre qui interdisait les rassemblements. Longtemps à ciel ouvert, le théâtre s'est peu à peu amélioré avec notamment l'installation de la sonorisation, de bancs fixes extérieurs, de barrières et du toit en 1985. Dans ces murs de bois, c'est le véritable répertoire de Guignol qui est joué chaque jour où l'école fait relâche. Yvonne était encore présente cet été auprès des jeunes spectateurs. Ce sont ses petits-enfants, Florence et Rémy Vallin qui assureront la continuité de ce lieu. Le maire de Lyon, Georges Képénékian, a tenu a souli

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Depuis que la compagnie des Zonzons avait annoncé son départ du théâtre de Guignol, faute de proposition suffisamment solide de leur point de vue en provenance de la mairie, le devenir de cette salle était en suspens. Et surtout Georges Képénékian, 1er adjoint du maire de Lyon, en charge de la culture, se devait de faire contre-feu. C'est fait depuis ce mardi 14 mars où il a souhaité donner « un second souffle » à la marionnette. Rien de bien nouveau in fine sinon la réaffirmation que le TNG (qui présente beaucoup de spectacles avec des marionnettes "modernes") et le musée Gadagne allaient travailler en bonne intelligence, sans moyens supplémentaires dédiés. Ainsi, le musée Gadagne soigne ses collections. Outre le fait qu'il expose l'histoire de la ville de Lyon, il accueille ce qui fut de 1950 jusqu'aux travaux de 1999-2009 le Musée international de la marionnette, devenu le Musée des marionnettes du monde il y a huit ans et qui, dès l

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Elle a bon dos la petite marionnette de bois : adulée quand il faut en vendre à la pelle dans les boutiques touristiques, oubliée quand il s'agit de perpétuer son destin derrière un castelet, Gérard Collomb lui-même y étant allergique – élu maire, il fit supprimer les panneaux aux entrées de la ville mentionnant Guignol. Si différents lieux de Lyon en débitent des spectacles au kilomètre, c'est bien le Guignol de Lyon, rue Louis Carrand dans le 5e, qui délivrait son essence même : caustique et fondamentalement ironique, amusant les enfants comme les parents avec différents niveaux de compréhension. Ce travail a été mené à bien par la compagnie des Zonzons depuis 1998, quand elle a été appelée par Denis Trouxe, alors adjoint à la culture de Raymond Barre, pour succéder à Christian Capezzone qui venait de créer un trou d'un million de francs dans le budget. Autre temps ; autres mœurs. "C'est encore très actuel : c'est l'histoire d'un mec qui n'a plus de boulot." Cette équipe venue du théâtre (scénographe, comédien...) s'empare alors de ce mythe lo

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