Les candidats à l'assaut de l'art dans l'espace public

Élections Municipales | La présence d’œuvres d’art dans l’espace public est chère aux Lyonnais et aux candidats aux élections municipale et métropolitaine. Si le programme est dense chez certains, cette thématique est totalement absente chez d’autres. Décryptage des différentes propositions.

Sarah Fouassier | Mardi 10 mars 2020

Photo : © Sarah Fouassier


Lors du débat organisé par Rue89Lyon et Le Petit Bulletin à la Chapelle de la Trinité sur le programme culturel des candidats aux élections à venir, la thématique de l'art dans l'espace public a été abordée à plusieurs reprises. Alors que le candidat LR Étienne Blanc prend l'engagement que « dans tout aménagement urbain quel qu'il soit, de consulter le comité de quartier et à l'issue de cette consultation, d'imposer qu'il y ait une œuvre d'art sur les aménagements urbains nouveaux », Sandrine Runel (La Gauche Unie) met en garde l'audience sans toutefois faire de propositions concrètes : « on ne peut pas faire de la démagogie en disant qu'on mettra des œuvres d'art partout dans les rues, c'est un travail qui s'accompagne [...], on ne peut pas juste poser des œuvres en disant on va faire du beau dans les quartiers donc on met des œuvres d'art, il faut accompagner et proposer aux habitants de s'en emparer et de les choisir. »

La consultation des habitants quant aux choix des œuvres semble mettre d'accord des candidats de différentes sensibilités. Georges Képénékian, candidat à la ville sur la liste dissidente LREM, Respirations, s'appuie sur son programme ainsi que sur celui de son binôme à la Métropole, David Kimelfeld, et affirme qu'il faut « renouer avec la commande publique ». Les deux candidats assurent vouloir « augmenter la présence de l'art dans l'espace public » en implantant « 30 nouvelles œuvres dans l'espace public métropolitain. » S'ils sont élus, ils s'engagent à « lancer un concours de street art pour réanimer des lieux sans âme » tels que l'intérieur des tunnels de métro. Les entrées et sorties de stations seront également sujettes à des appels à projet artistique. L'axe fort de leur programme s'articule autour du fameux 1% des “travaux publics” : « nous réserverons ainsi 1% du coût des opérations de travaux publics (voiries, réseaux, etc. à l'exception des bâtiments publics), pour financer des projets de créations dans l'espace public, en accompagnant nos chantiers au bénéfice des territoires. »

Du côté de leur ancien chef Gérard Collomb, candidat LREM à la Métropole, que l'on sait assez hermétique au graffiti, son programme ne s'étend pas au-delà du « combat pour une agglomération esthétique et accessible à tous. » Aucune proposition digne de ce nom n'est faite pour introduire davantage d'art dans la rue, contrairement à Denis Broliquier, candidat centriste à la ville qui déploie un éventail de cinq propositions qui comprend l'implantation de sculptures monumentales dans chaque quartier. Selon le maire du 2e arrondissement, ces œuvres à l'image du Totem de Villeurbanne deviennent « une référence dans le langage courant. Ces installations pourront être éphémères et choisies par les habitants. » La présence de photographies sur des grilles à l'image de l'actuel dispositif visible à la préfecture, ou encore celle d'animations lumineuses semi-permanentes, font également partie de ses pistes de travail.

La rémunération en question

Denis Broliquier concède qu'il faut faire « de la place à d'autres opérateurs que CitéCréation pour faire des murs peints ». En tant que fan de street art, il considère que “« a collectivité doit proposer à des artistes de s'emparer des murs ». M. Broliquier nous confie que dans son arrondissement, des artistes lui demandent de peindre gratuitement des façades, un échange de visibilité que le maire trouve juste mais qui pose la question de la juste rémunération des artistes et de leur professionnalisation. Les graffeurs et street artistes étant rarement rémunérés pour leur action dans l'espace public, ce qu'il appelle « un coup de pub » renforce leur précarisation.

La rémunération des artistes fait partie des préoccupations du candidat LREM à la mairie du 7e arrondissement. L'actuel 5e adjoint de Gérard Collomb, Jean-Yves Sécheresse, souhaite « redonner du talent à l'espace public. L'art dans l'espace public est une expérience un peu en panne. Il faut diversifier le style de fresques ou de murs peints. » À l'instar de M. Broliquier, M. Sécheresse veut donner autre chose à voir que des murs peints par CitéCréation avec des projets « pas forcément pérennes, il peut être intéressant d'effacer l'ardoise et de montrer le travail de différents artistes » nous confie le candidat. Il souhaite également voir des installations lumineuses : « la lumière c'est la sécurité. Des œuvres de la Fête des Lumières pourraient être traduites de façon pérenne et installées sur des places. » Le Grand Hôtel-Dieu mériterait selon lui d'accueillir des œuvres. Le réseau JC Decaux « peut également être un excellent support pour la photographie », tandis que le réseau du métro pourrait « permettre à des étudiants en art d'expérimenter des projets. Je suis souvent catastrophé par ce qui se passe dans le tramway, on devrait penser à faire appel à des jeunes artistes qui ont du mal à trouver des projets rémunérés. »

Le grand absent du programme des Verts

« Mettre en avant l'art plutôt que la publicité » dans l'espace public semble l'une des principales motivations de l'actuelle maire du 1er et candidate à la mairie centrale Nathalie Perrin-Gilbert qui souhaite continuer à l'échelle de la ville ce qu'elle a pu entreprendre dans son arrondissement. Les fresques des escaliers Prunelle et Mermet lui donnent envie de développer des projets d'escaliers peints au sein des différents arrondissements. Selon ses soutiens, Mme Perrin-Gilbert s'attachera « à préserver les initiatives comme Peinture Fraîche ou Superposition, et les commandes de fresques comme celle de l'école Michel Servet faite par Brusk. » Durant le débat, elle a exprimé sa volonté que « cette présence artistique dans la ville soit sur l'ensemble des quartiers et des communes de la métropole. »

Chez les Verts qui n'ont pas répondu à notre demande d'entretien, aucune mention n'est faite quant à d'éventuels projets artistiques dans l'espace public. La thématique culturelle est d'ailleurs très peu abordée dans les programmes des candidats à la mairie et à la métropole. Grégory Doucet a peiné à convaincre lors du débat, ne parvenant pas à sortir des lieux communs que sont la sanctuarisation du budget de la culture ou la « confiance » accordée aux habitants « pour donner des idées de types d'œuvres qu'ils choisiraient pour embellir la ville. Je pense que l'art doit se diffuser partout et dans l'ensemble des quartiers. La ville doit être belle partout. C'est un principe auquel je suis très attaché. » Ici, la consultation des habitants se substitue à la constitution d'un programme culturel solide. Faire confiance à la population et lui demander son avis ne suffiront pas pour mener à bien la politique que les Lyonnaises et Lyonnais attendent et qu'ils méritent.

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