Inuk : David Gauchard brise la glace

Théâtre | Après avoir beaucoup travaillé Shakespeare, David Gauchard, le metteur en scène de la compagnie L'unijambiste s’adresse pour la première fois aux petits et aux grands. Et part au pays des Inuits pour un spectacle sensoriel d’une qualité rare.

Nadja Pobel | Mardi 5 avril 2016

Photo : © Thierry Laporte


C'est comment la vie dans les glaciers ? Ça craque. Cette sensation autant que ce bruit irriguent la nouvelle création de David Gauchard (cie L'unijambiste), conçue après un voyage de deux semaines sur la banquise — à Kangiqsujuaq, la porte d'entrée du Nunavik, la terre des Inuits du Québec.

Oui, ça craque et ça part en lambeaux à mesure que la planète se réchauffe. Il était impensable et impossible pour le metteur en scène de ne pas évoquer le dérèglement climatique actuel, non par démagogie (inexistante ici) mais par simple conscience.

Sans didactisme, le texte relatif à cette question n'apparaît que dans les cartels des surtitres à destination des adultes, les enfants restant les yeux rivés au plateau sur lequel les pas des Inuits craquent lorsqu'ils bougent sur cette fausse glace en débris, laissant s'échapper un son d'une justesse absolue. Gauchard a également su instaurer les sensations de froid et d'hostilité dans lesquelles évoluent ses personnages semblant lutter de toutes leurs forces contre des vents contraires.

Fondre devant l'inconnu

Sans suivre de trame narrative précise, les séquences s'enchaînent comme autant d'instants d'une vie modeste, pas encore soumise à la vitesse, aux communications radio ou téléphonique ni même aux déchets — autant d'exemples du "monde moderne". Sans tomber non plus dans une caricature et une idéalisation du passé vierge de pollution de cette population, Gauchard restitue une histoire à ceux qui, anciens Esquimaux (littéralement "mangeurs de viande crue"), sont devenus en 1970 des Inuits — traduction du mot "Homme". Et il montre de quoi est fait leur quotidien : la pêche, la navigation mais aussi le travail précis et précieux des scientifiques carottant cette terre.

Nimbant sa mise en scène d'images, il parvient ici à faire exister la nuit étoilée et la faune dans un demi-cercle en fond de scène qui s'apparente aussi à l'incontournable igloo. Surtout, il s'entoure à nouveau du compositeur Arm, leader du groupe hip hop Psykick Lyrikah. Également du voyage dans le Grand Nord, il en a ramené des flows envoûtants et prégnants prolongés par le beatbox de L.O.S, présent sur la scène aux côtés des deux comédiens. Tout est réuni pour que cet Inuk laisse des traces durables dans la mémoire de chacun.

Inuk
Au théâtre de Villefranche le samedi 9 avril


[Inuk]

Théâtre, musique, vidéo par Emmanuelle Hiron, Nicolas Petissof et L.O.S., création collective de L'unijambiste, ms et scéno. David Gauchard, à partir de 7 ans
Hexagone 24 rue des Aiguinards Meylan
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

En liberté !

Policière, Yvonne élève son fils dans la légende de son défunt époux Santi, flic héroïque mort en intervention. Découvrant fortuitement que celui-ci était un ripou de la pire espèce, elle entreprend de réhabiliter une de ses victimes, et cause son pesant de dommages collatéraux… Après une parenthèse semi-tendre célébrant les épousailles de la carpe et du lapin (Dans la cour, avec Deneuve et Kervern), Pierre Salvadori revient à ses fondamentaux : une comédie portée par des bras cassés, émaillée d’un franc burlesque et construite autour de mensonges plus ou moins véniels. Qu’ils proviennent de mythomanes pathologiques ou d’affabulateurs·trices d’occasion, qu’ils visent à duper ou à adoucir la vie de ceux qui en sont les destinataires, les gauchissements de la vérité constituent en effet la trame régulière du cinéma salvadorien. Ce qui change toutefois dans En liberté ! — et en juste écho avec le titre — c’est que le mensonge se trouve ici en constante réécriture. En impro(ré)visant la légende dorée de Santi qu’elle raconte chaque soir à son fils, Yvo

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Pierre Salvadori « c’est le film où Camille me complète et comprend le mieux mon univers »

ECRANS | Ce n’est pas la première fois que vous travaillez avec Camille Bazbaz… Pierre Salvadori : C’est le quatrième film ensemble après Comme elle respire, Les (...)

Vincent Raymond | Mardi 30 octobre 2018

Pierre Salvadori « c’est le film où Camille me complète et comprend le mieux mon univers »

Ce n’est pas la première fois que vous travaillez avec Camille Bazbaz… Pierre Salvadori : C’est le quatrième film ensemble après Comme elle respire, Les Marchands de sable, Hors de prix… Pio Marmaï (surgissant) : Quelle fripouille celui-ci. J’adore ! Il a une identité musicale ce film, c’est un chef-d’œuvre — César ou je meurs ! T’imagines, le roublard ? Je veux voir son costume ! Vous l’auriez vu, à Cannes. On avait un look… PS : Moi je m’en fous de l’avoir, mais je prie pour que Camille retire un peu de gloire. Entre nous, c’est une vieille histoire. Comment vous êtes-vous rencontrés ? Par la musique, dans les années 1990. Dans le XVIIIe arrondissement, il y avait un endroit qui s’appelait l’Hôpital Éphémère, un squat, avec des peintres où il avait son studio de répétition. J’allais voir ses concerts, j’étais un peu fan. Quand j’ai appris qu’il adorait Les Apprentis, on s’est ren

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Label des chants

MUSIQUES | C'est avec Côme ce samedi 17 mars à Léo Ferré, puis Klô Pelgag à l'Odéon le lendemain que débute le festival Les Chants de Mars, labellisé chanson française (au sens très (...)

Stéphane Duchêne | Mardi 13 mars 2018

Label des chants

C'est avec Côme ce samedi 17 mars à Léo Ferré, puis Klô Pelgag à l'Odéon le lendemain que débute le festival Les Chants de Mars, labellisé chanson française (au sens très large). Une 12e édition premium puisqu'elle accueillera jusqu'au 24 mars figures en pleine bourre (Juliette Armanet, Eddy de Pretto, Tim Dup) et grands anciens (Steve Waring, Anne Sylvestre) au milieu d'une poignée de jeunes espoirs du crû (MPL, Nazca, Thaïs Té, Sarah Mikovski...). Et en guise d'étrange étranger le rock garage catalan et irrésistible de The Limiñanas. On en reparle très vite.

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L'Affaire Roman J.

ECRANS | Issu du militantisme afro-américain, vêtu comme l’as de pique et passant ses journées dans ses dossiers, l’avocat Roman J. Israel est un excellent (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 mars 2018

L'Affaire Roman J.

Issu du militantisme afro-américain, vêtu comme l’as de pique et passant ses journées dans ses dossiers, l’avocat Roman J. Israel est un excellent procédurier, mais un maladroit plaideur. À la mort de son patron, un cabinet de prestige le recrute pour ses talents. Il va alors “changer”… Ce film-marathon semble hésiter à cerner son sujet, comme à croquer son personnage principal dont le caractère girouette plus vite qu’un Dupont-Aignan en période électorale. Présentant de nombreuses caractéristiques de certains syndromes d’Asperger (mémoire hallucinante, sociabilité “particulière”, attachement à des rites…), la probité et le désintéressement d’un saint, Roman J. Israel oublie brusquement tous les préceptes ayant gouverné son existence pour commettre une action contraire à l’éthique. En plus d’être improbable, ce retournement psychologique s’accompagne d’une métamorphose physique aussi absurde que le costume hors d’âge / vintage dont ce pauvre avocat est affublé. L’idée initiale de confronter l’idéalisme d’un juriste de bureau versé dans les droits civiques aux requins de prétoire

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Call Me By Your Name

ECRANS | Italie, dans la moiteur de l’été 1983. Elio traîne ses 17 ans entre son piano, ses doctes échanges avec ses parents, et un flirt avec Marzia. L’arrivée du (...)

Vincent Raymond | Mardi 27 février 2018

Call Me By Your Name

Italie, dans la moiteur de l’été 1983. Elio traîne ses 17 ans entre son piano, ses doctes échanges avec ses parents, et un flirt avec Marzia. L’arrivée du nouveau doctorant de son père, Oliver, le met étrangement en émoi. D’abord distant, celui-ci se montre aussi sensible à ses appâts… Cette roublardise de moine copiste, aux forts relents de Maurice, Chambre avec vue ou Mort à Venise entre autres films avec éphèbes torse nu et/ou James Ivory au générique et/ou Italie vrombissante de cigales, a beaucoup fait parler d’elle dans tous les festivals où elle a été distillée depuis un an — même Hugh Jackman a succombé à son charme. Ah, c’est sûr que Luca Guadagnino ne lésine pas sur les clichés pour fédérer dans un même élan les publics quadra-quinqua (indécrottables nostalgiques, toujours ravis qu’

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The Passenger

ECRANS | Ancien flic reconverti dans les assurances, Michael est brutalement viré. Le même jour, ce fringant sexagénaire voit sa routine chamboulée dans son train de (...)

Vincent Raymond | Mardi 23 janvier 2018

The Passenger

Ancien flic reconverti dans les assurances, Michael est brutalement viré. Le même jour, ce fringant sexagénaire voit sa routine chamboulée dans son train de banlieue quand une inconnue lui propose un étrange marché. À la clef, beaucoup d’argent. Mais aussi des dangers potentiels… Jaume Collet-Serra serait-il devenu pour Liam Neeson ce que J. Lee Thompson fut pour Charles Bronson — un réalisateur transmutant ad lib un type ordinaire harcelé par des malfaisants en surhomme capable de sauver la planète ? Relativisons : Neeson est moins ouvertement vigilante que Bronson, et semble plutôt pousser pour leur quatrième collaboration son personnage du côté des Tom Hanks/Harrison Ford : toute l’ouverture est une tentative en ellipses “pixariennes” pour l'ancrer dans sa monotonie consentie de banlieusard. Ensuite, la victime idéale se transforme en bourreur de pifs expert. Si Collet-Serra maîtrise son espace contraint (en un seul mot), il succombe à la tentation de la surenchère, perdant dans les vingt dernières minutes le bénéfice de l’ar

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Santa & Cie

ECRANS | Comme par un fait exprès, la Saint-Nicolas tombe cette année le jour de la sortie de la nouvelle comédie d’Alain Chabat consacrée au Père Noël. Un Père Noël à sa hotte, (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 décembre 2017

Santa & Cie

Comme par un fait exprès, la Saint-Nicolas tombe cette année le jour de la sortie de la nouvelle comédie d’Alain Chabat consacrée au Père Noël. Un Père Noël à sa hotte, c’est-à-dire prêt à transgresser les conventions. En l’occurence de quitter le pôle Nord en avance afin de venir chercher de quoi soigner la soudaine épidémie frappant ses lutins. Sauf que Santa Claus n’ayant pas l’habitude des usages du monde réel, ni des enfants éveillés, va un peu patiner… Chabat ne cesse de se bonifier avec le temps. Au départ très inféodé aux ZAZ — ces stakhanovistes du gag visuel/référentiel le distribuant à la mitraillette dans Y a-t-il un pilote dans l’avion et compagnie —, le réalisateur-comédien s’est depuis affranchi de ces tutelles d’outre-Atlantique hurlantes pour travailler un registre où la connivence demeure, mais à un niveau plus souterrain : la parodie n’étant plus une finalité, il dispose de plus de place pour sa vaste fantaisie. Ses multiples niveaux de lecture font de ce film une authentique comédie grand public et familiale, dépourvue de ce kitsch fa

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Insomniaque

MUSIQUES | 06.10.17 LE PETIT SALON ELEKT'RHÔNE Neuvième édition déjà du festival Elekt'Rhône, qui se scinde en deux partys : un day en plein air au Parc Blandan (de (...)

Sébastien Broquet | Mardi 3 octobre 2017

Insomniaque

06.10.17 LE PETIT SALON ELEKT'RHÔNE Neuvième édition déjà du festival Elekt'Rhône, qui se scinde en deux partys : un day en plein air au Parc Blandan (de 15h à 21h30) le samedi 7 conviant Bashed Groove et Art Feast, et une nuit au Petit Salon le vendredi soir avec l'une des valeurs sûres de la house de Détroit, Rick Wade, pas le plus connu mais pas le moins pertinent de sa ville, et le toujours très raffiné Fort Romeau. Deep. 06.10.17 BELLONA CLUB CABANNE & LOWRIS La paire Cabanne (Telegraph, Minibar) et Lowris (Æternum Music) s'aventure au Bellona sous son alias commun K.O.D. : toujours une joie d'accueillir les résidents de la péniche la plus courue de Paname ces dernières années, la fameuse Concrete, pour un back2back au long cours comme tous deux en ont le secret, parfumé de techno minimale et hypnotique. Mental.

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Le Farmer en lumière

GUIDE URBAIN | Il se trame quelque chose au Farmer depuis le début du printemps : après quelques mois de travaux, une programmation musicale de rock indépendant, à mille (...)

Lisa Dumoulin | Mercredi 20 septembre 2017

Le Farmer en lumière

Il se trame quelque chose au Farmer depuis le début du printemps : après quelques mois de travaux, une programmation musicale de rock indépendant, à mille lieux de l’ancienne scène, est parvenue à nos oreilles. Il y a bien du changement et il s’appelle Pierre : c’est le nouveau propriétaire. Barbe et casquette vissée sur la tête, Pierre est souriant et dispo alors qu’un concert se prépare et qu’on arrive à l’improviste : "c’est important pour moi de prendre le temps de parler aux gens, j’ai pas envie de me contenter de servir des bières à la chaîne." C’est sa première en tant que barman (il bossait dans l’édition avant) mais pas au Farmer : il fait partie de la famille du lieu, c’est son QG depuis une décennie. Quand la patronne et amie décide de vendre, il décide donc de racheter. Avec le projet de proposer des concerts différents tout en gardant l’héritage du lieu, mélanger le nouveau public avec les habitués. Pas seulement faire du débit de boisson mais être un lieu de contre-culture “développer des choses hors de la norme de la société, mettre en avant des cultures alternatives”. Et surtout “montrer qu’on peut

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Free Fire

ECRANS | Un hangar, quelque part dans les années 1970. Justine a organisé une rencontre entre des membres de l’IRA et des trafiquants d’armes. Au moment de la (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Free Fire

Un hangar, quelque part dans les années 1970. Justine a organisé une rencontre entre des membres de l’IRA et des trafiquants d’armes. Au moment de la transaction, un grain de sable en forme d’histoire d’honneur familial (donc de fesses) met le feu aux poudres. Et c’est l’hallali… Certes moins composé que le précédent opus de Ben Wheatley, le vertigineux High Rise (2016), Free Fire y fait écho par son ambiance vintage (ah, les looks croquignolets de Brie Larson, Armie Hammer et Cillian Murphy !) et son inéluctable spirale de violence dévastatrice. À ceci près que le ton est ici à la comédie : les traits comme les caractères sont grossis, les répliques énormes fusent autant que les projectiles, mais il faut moult pruneaux pour faire calancher un personnage : c’est un FPS revu par Tex Avery. N’en déduisez pas une expurgation de toutes les scènes gore : Scorsese figurant tout de même au générique en qualité de producteur exécutif, l’hémoglobine coule dru ; certaines exécutions valent même leur pesan

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Ce qui nous lie

ECRANS | Dix ans après avoir laissé sa Bourgogne pour courir le monde, Jean s’en revient au domaine viticole familial, alors que son père agonise. Oubliant rancune (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Ce qui nous lie

Dix ans après avoir laissé sa Bourgogne pour courir le monde, Jean s’en revient au domaine viticole familial, alors que son père agonise. Oubliant rancune et rancœur, dépassant les tracas administratifs, il s’emploie avec sa sœur et son frère à réussir le meilleur vin possible. Le travail d’un an, le travail de leur vie… Loin de délaisser la caméra ces mois passés (il a en effet enchaîné pour la télévision la création de la série Dix pour cent et des documentaires consacrés à Renaud Lavillenie), Cédric Klapisch a pourtant pris son temps avant de revenir à la fiction sur grand écran. Une sage décision, au regard de ses dernières réalisations : sa sur-suite facultative et paresseuse à L’Auberge espagnole en mode cash-machine ou son recours systématique au film choral néo-lelouchien, constituaient autant de symptômes d’un essoufflement préoccupant. Au temps en emporte le vin Ce qui nous lie estompe cette inquiétude : respectueux de son sujet — l’apprentissage et la domestication du t

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Cédric Klapisch : « Le drame se fabrique avec la banalité du quotidien »

ECRANS | Qu’est-ce qui vous a amené à parler du vin et de la transmission aujourd’hui ? Cédric Klapisch : C’est toujours compliqué de savoir pourquoi l’on fait un (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 juin 2017

Cédric Klapisch : « Le drame se fabrique avec la banalité du quotidien »

Qu’est-ce qui vous a amené à parler du vin et de la transmission aujourd’hui ? Cédric Klapisch : C’est toujours compliqué de savoir pourquoi l’on fait un film. C’est sûr que le vin m’intéresse, pas seulement parce que je l’aime. Mais parce que c’est un produit qui contient du temps. Je voulais terminer par quelqu’un qui boit un verre de vin contenant tout ce que l’on a vu dans le film, mais j’ai placé ce plan assez tôt. Les personnages boivent le vin de leur grand-père, de leur père… On sent que dans le verre, il y a une personne qui s’est exprimée. Au-delà de ça, le film raconte que le vin est à la fois un savoir-faire que l’on apprend par ses parents, un terroir, tellement de choses qui n’existent dans aucun autre produit. Le vin a quelque chose de mythologique, avec des dieux (Dionysos, Bacchus) très signifiants, qui mélangent la raison et le côté irrationnel. Bref, des choses assez complexes. Étrangement, le vin a été peu exploité sur grand écran… C’est un sujet inépuisable, et il a été pour moi une des raisons de faire ce film : ce produit est associé à l’image de

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Babar et les enfants d'abord

KIDS | C'est l'histoire d'une compagnie irritante qui pourtant nous intrigue encore. Le Zerep va s'adresser au jeune public au TNG du 3 mars au 2 avril avec (...)

Nadja Pobel | Mardi 28 mars 2017

Babar et les enfants d'abord

C'est l'histoire d'une compagnie irritante qui pourtant nous intrigue encore. Le Zerep va s'adresser au jeune public au TNG du 3 mars au 2 avril avec Babarman, créé ici-même avant de rejoindre notamment les Amandiers-Nanterre. En ouverture de saison dernière ce duo était passé par ici, par les Subsistances avec son Biopigs, revisitation souvent ironique de grandes scènes du théâtre qui cultivait un entre-soi gênant. Là, ça se passera entre enfants (dès 7 ans) invités à être au cœur d'un chapiteau avec les amis de Babar et sans leurs parents restés au dehors, dans la salle à entendre les bruits de l'intérieur et voir les coulisses de ce qui se trame pour les plus petits. Ainsi ce sont eux sur qui l'adulte a habituellement le pouvoir qui vont avoir la primeur du travail de Sophie Perez et Xavier Boussiron. Au programme, un questionnement sur la notion de roi. Qui l'a ? Comment faire quand il di

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Ces corps politiques

SCENES | Si vous êtes un lecteur du philosophe Michel Foucault, de l'anthropologue Marcel Mauss, du géographe Michel Lussault, ou tout simplement du Petit Bulletin (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 février 2017

Ces corps politiques

Si vous êtes un lecteur du philosophe Michel Foucault, de l'anthropologue Marcel Mauss, du géographe Michel Lussault, ou tout simplement du Petit Bulletin (notre récent entretien avec Boris Charmatz), les liens entre danse, corps et politique n'ont pour vous plus rien d'étonnant ni de paradoxal. Rappelons les mots très simples que le chorégraphe Boris Charmatz employait dans nos colonnes pour en donner un exemple à la fois emblématique et actuel : « La danse peut rassembler beaucoup de gens dans le but de se questionner, de se remettre en mouvement, d'essayer des choses et de changer des postures. À l'heure où notre société est figée par le terrorisme, le chômage, la sécurité, la privatisation, la danse donne des possibilités d'assouplissement. »

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Les Chants de Mars

MUSIQUES | Mathieu Boogaerts, Carmen Maria Vega, Karimouche, Pomme, Adrien Soleiman, Gaël Faye, Rodolphe Burger… Voici quelques-uns des noms qui viendront (...)

Lisa Dumoulin | Vendredi 3 février 2017

Les Chants de Mars

Mathieu Boogaerts, Carmen Maria Vega, Karimouche, Pomme, Adrien Soleiman, Gaël Faye, Rodolphe Burger… Voici quelques-uns des noms qui viendront enjoliver le silence et sublimer les notes de musique pendant la semaine des Chants de Mars, du 18 au 25 mars. Les mots et les voix se poseront un peu partout dans Lyon, au Marché Gare, à la salle Léo Ferré et à la salle des Rancy, les organisateurs du festival, mais aussi au Périscope, à l’Épicerie Moderne, à l’Auditorium, chez Bizarre!, Sous le Caillou, Agend’arts et au Transbordeur. À suivre !

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Le rythme dans le moi-peau

SCENES | Et si, plutôt que de nous figer dans nos peurs et nous réfugier dans l'immobilité, nous inventions un "moi" dansant, plus souple dans son rapport à lui-même et (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 janvier 2017

Le rythme dans le moi-peau

Et si, plutôt que de nous figer dans nos peurs et nous réfugier dans l'immobilité, nous inventions un "moi" dansant, plus souple dans son rapport à lui-même et aux autres ? Le chorégraphe Boris Charmatz nous y invite comme, plus largement, ce festival des Subsistances où il est invité : Le Moi de la Danse. Ce festival rassemble des artistes émergents (comme Fouad Nafili) et d'autres plus renommés (Carolyn Carlson) autour de ces questions de l'identité, singulière et plurielle à la fois. Depuis, au moins, l'écrit de l'anthropologue Marcel Mauss, Les techniques du corps, l'on sait les constructions historiques et relatives de nos postures corporelles et de nos façons de nous mouvoir. L'on sait aussi la possibilité

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Boris Charmatz : « Se remettre en mouvement »

SCENES | On vous attribue souvent l'étiquette "danse conceptuelle". Est-ce qu'elle vous correspond vraiment ? Boris Charmatz : Au-delà de toutes les étiquettes (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 24 janvier 2017

Boris Charmatz : « Se remettre en mouvement »

On vous attribue souvent l'étiquette "danse conceptuelle". Est-ce qu'elle vous correspond vraiment ? Boris Charmatz : Au-delà de toutes les étiquettes (danse conceptuelle, non-danse...) je suis, et je me ressens avant tout, comme un danseur. J'ai commencé à douze ans, j'ai quitté ma famille pour aller danser, j'ai été formé au Ballet de l'Opéra de Paris et au Conservatoire de Lyon, je suis devenu professionnel à dix-sept ans... Aujourd'hui encore, je danse pour d'autres chorégraphes comme Anne Teresa De Keersmaeker ou Tino Sehgal. C'est à partir de la danse que j'ai pu écrire, lire, penser, faire des choses variées. Celle-ci est pour moi un endroit de pensée et pas seulement de pratique physique. J'adore transpirer dans un studio de répétition, j'aime aussi parallèlement interroger la place du corps et du danseur. Et vous aimez aussi bousculer les règles du spectacle, briser les frontières artistiques ? J'aime l'art tout terrain.

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The Birth of a Nation

ECRANS | “Au commencement était le Verbe”, énonce l’Évangile selon Jean dans La Bible, livre polysémique et contradictoire, justifiant comme il condamne l’esclavage. (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

The Birth of a Nation

“Au commencement était le Verbe”, énonce l’Évangile selon Jean dans La Bible, livre polysémique et contradictoire, justifiant comme il condamne l’esclavage. C’est justement par son savoir de ces textes aussi réversibles que paradoxaux que Nat Turner va s’élever et enclencher la première rébellion massive d’Afro-américains à l’échelle d’une région. Cultivé, ayant conscience de l’injustice frappant les siens et maîtrisant la parole, le prêcheur est devenu tel un Messie, la plus puissante des armes ; il connaîtra un destin similaire. Sollicitée pour chanter lors de l’investiture de Donald Trump, Rebecca Ferguson a posé comme condition de pouvoir également interpréter Strange Fruit de Billie Holiday. À ceux qui ignoreraient le sens de cette chanson à peine métaphorique, on conseillera le finale de The Birth of a Nation, illustration frontale des coutumes punitives jadis en vigueur chez les suprémacistes blancs. L’image de ces dizaines de corps lynchés pour avoir

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Born To Be Blue

ECRANS | 1966. Vaincu par ses addictions, Chet Baker n’est plus ce James Dean du jazz qu’il a été. Mais la rencontre avec la belle Jane à la faveur du tournage (...)

Vincent Raymond | Mardi 10 janvier 2017

Born To Be Blue

1966. Vaincu par ses addictions, Chet Baker n’est plus ce James Dean du jazz qu’il a été. Mais la rencontre avec la belle Jane à la faveur du tournage d’un film hommage, l’encourage à entreprendre une renaissance. Ce ne sera pas la première, ni la dernière… La douloureuse trajectoire torve de Baker appartient à cette mythologie du jazz faite de cycles de grandeur-déchéance, de caves enfumées et d’ivresses prolongées ; en cela, elle est éminemment cinématographique. Encore faut-il savoir y prélever les éléments les plus saillants, et confier cette réelle mission à un comédien inventif, capable de surcroît d’éviter l’odieux piège de la surcomposition. Ethan Hawke, décidément abonné aux vieilles gloires éthyliques (voir Les 7 mercenaires), se révèle excellent pour interpréter la partition du bugliste à la voix d’ange et au visage de jeune premier désespéré. Dans cette élégie élégante et délicate, jouant parfois avec sa propre structure et faisant fi

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Paterson

ECRANS | Dalí soutenait que la gare de Perpignan était le centre du monde. Alors, la ville de Paterson, avec ses rues peu fréquentées, ses murs de briques rouges et sa (...)

Vincent Raymond | Mardi 20 décembre 2016

Paterson

Dalí soutenait que la gare de Perpignan était le centre du monde. Alors, la ville de Paterson, avec ses rues peu fréquentées, ses murs de briques rouges et sa quiétude provinciale, ne pourrait-elle être le nord magnétique de la poésie américaine ? Escale obligée — semble-t-il — pour une foule de maîtres du verbe, de Ginsberg à Iggy Pop, ce cadre apparemment dépourvu de pittoresque et de distractions a inspiré William Carlos Williams tout au long de sa carrière. Il est aussi la patrie d’un bien nommé Paterson, émule du précédent ; le lieu d'où il compose son œuvre dans le secret d’un carnet de notes, sans jamais se départir de son impassibilité. Citoyen en apparence quelconque d’une ville banale, Paterson trouve dans son train-train matière à émerveillement, transmutant les choses vues en vues singulières. Carnet de notes sur revêtement de ville Emboîtant les pas de ce scribe machiniste, Jarmusch révèle le caractère ininterrompu du processus d’écriture : entre la cristallisation de l’inspiration et la fixation du texte sur le papier, les mots s’affichent, s’accumulent, s’agencent dans son esprit —

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Moi de la Danse, deuxième

SCENES | Explorant la pluralité des identités à travers le mouvement, le festival Le Moi de la Danse, lancé par les Subsistances, invite (du 26 janvier au 12 février) (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 20 décembre 2016

Moi de la Danse, deuxième

Explorant la pluralité des identités à travers le mouvement, le festival Le Moi de la Danse, lancé par les Subsistances, invite (du 26 janvier au 12 février) plusieurs chorégraphes à présenter des pièces, des conférences, des workshops... Avec cette année, la grande dame de la danse Carolyn Carlson, le suisse Thomas Hauert, le trublion Boris Charmatz et une création de Maud Le Pladec. Les Subsistances organisent aussi un "lancer de festival" autour d'un apéritif et des cours de danse-minute le jeudi 12 janvier à 19h (entrée libre sur réservation).

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Marie-Carmen Garcia : les amants enchaînés

CONNAITRE | « La clandestinité amoureuse paraît méprisable dans un monde qui fournit la possibilité aux couples de se séparer, de s'ouvrir ou de s'échanger d'un commun (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 28 juin 2016

Marie-Carmen Garcia : les amants enchaînés

« La clandestinité amoureuse paraît méprisable dans un monde qui fournit la possibilité aux couples de se séparer, de s'ouvrir ou de s'échanger d'un commun accord. Les amours clandestines sont ainsi souvent pensées dans différents secteurs de la vie sociale comme le fruit d'une pathologie, d'un problème psychique ou d'un problème de couple faisant porter le poids de la dualité qu'elles supposent sur les individus. » Dès l'introduction de son ouvrage, la sociologue Marie-Carmen Garcia plante le décor : celui de multiples normes sociales qui s'infiltrent jusqu'aux plus intimes de nos activités (on notera aussi ici que la transgression des normes est aujourd'hui souvent traduite par une pathologie mentale, une psyché à la dérive. On ne dit plus : c'est mal, mais va voir un psy !). Malgré ce que notre société offre de possibles séparations simplifiées ou de libertinage assumé officiellement, certains "anormaux" plongent dans la clandestinité et engagent des relations adultères durables (au moins deux ans dans les cas étudiés dans cet ouvrage), objet du livre de la sociologue. Le symbolique caché dans le placard À partir de blogs sur Internet

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"M. Armand dit Garrincha" : Jouer juste avec Elmosnino

SCENES | On ne va pas se mentir : un solo a toujours un aspect un peu intimidant pour le spectateur, qui sait que toute l'émotion lui sera transmise par une (...)

Nadja Pobel | Mardi 21 juin 2016

On ne va pas se mentir : un solo a toujours un aspect un peu intimidant pour le spectateur, qui sait que toute l'émotion lui sera transmise par une seule et même personne. C'est assez redoutable, aussi, pour le comédien. Mais, dans cette reprise de rôle (la pièce avait été créée à son initiative en 2001), Éric Elmosnino s'en sort de façon absolument remarquable. Cela tient bien sûr à son talent que l'on ne découvre pas ici et aussi à Patrick Pineau (récemment vu à Fourvière dans le rôle-titre de Cyrano sous la direction de Georges Lavaudant) qui signe une mise en scène tout en décadrages, utilisant le hors-champ à bon escient. Des images sont parfois retransmises en direct quand l'acteur est dans sa cuisine avant qu'il ne revienne sur le plateau, parcelle de terrain entourée de deux bancs aux couleurs limpides évoquant le Brésil sans porter le pays en étendard non plus. Manoel dos Santos dit Garrincha, ailier droit de la seleção, double champion du monde en 1958 et 1962, réputé pour toujours dribbler en passant à droite et icône aussi célèbre que Pelé dans son pays, est sauvé par Monsieur Armand. Ce jeune footballeur de l'OM, véridiquement le premier qui en j

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Sous la lune de Bernanos

SCENES | Dans la campagne des Pierres dorées, sur les coteaux du noble Beaujolais, le village de Chasselay devient chaque début d'été le cadre d'une fête théâtrale. (...)

Nadja Pobel | Mardi 21 juin 2016

Sous la lune de Bernanos

Dans la campagne des Pierres dorées, sur les coteaux du noble Beaujolais, le village de Chasselay devient chaque début d'été le cadre d'une fête théâtrale. C'est précisément le château de Machy qui abrite le travail de la troupe de l'Arc-en-Ciel depuis 1993. La pièce phare de cette édition est Dialogues des Carmélites, œuvre crépusculaire de Georges Bernanos, récemment vue à Lyon à l'Opéra, mis en scène faiblement par Christophe Honoré. Ici, c'est Olivier Fenoy qui s'est attelé à ce texte sur la peur, le refuge dans la foi et le retour au réel lors de la Terreur de 1792. Présentée durant un mois à l'Epée de bois (un des sites de la Cartoucherie de Vincennes), cette création, que nous n'avons pas vue, sera donnée du 23 juin au 2 juillet. Durant la semaine suivante, de plus petites formes souvent musicales (Le Prince heureux d'après le conte d'Oscar Wilde ou Les Mamelles de Tiresias d'Apollinaire) permettront de profiter du cadre champêtre de ce lieu aux portes de Lyon.

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Celui qu’on attendait

ECRANS | Parler de l’Arménie d’aujourd’hui sans négliger celle d’hier, en évitant le piège du folklore touristique ; sans brandir l’antagonisme avec la Turquie (pour (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Celui qu’on attendait

Parler de l’Arménie d’aujourd’hui sans négliger celle d’hier, en évitant le piège du folklore touristique ; sans brandir l’antagonisme avec la Turquie (pour une fois, c’est l’Azerbaïdjan qui est cité)… Serge Avédikian a réussi son coup avec cette comédie davantage centrée sur la question des différences de cultures menant aux convergences humaines que sur le gag communautaire. Le cinéaste a l’habitude d’abolir les frontières, y compris stylistiques. Et volontiers recours à l’essai ou à l’animation — Chienne d’histoire lui a d’ailleurs valu la Palme d’Or du court-métrage en 2010 — pour donner à ses réalisations une aura de parabole, de conte universel. Celui qu’on attendait contient d’ailleurs une séquence qui prolonge cette idée du surgissement d’un élément extérieur venant soudainement bousculer un système homogène, pour mieux l’enrichir de ses différences : lorsque l’image emprunte brusq

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Serge Avédikian : “Les Arméniens ont beaucoup d’humour sur eux-mêmes”

ECRANS | Cette histoire de “cousin arménien” providentiel repose-t-elle sur une histoire réelle ? Tous les peuples qui ont été dispersés et spoliés, qui ont une (...)

Vincent Raymond | Mardi 7 juin 2016

Serge Avédikian : “Les Arméniens ont beaucoup d’humour sur eux-mêmes”

Cette histoire de “cousin arménien” providentiel repose-t-elle sur une histoire réelle ? Tous les peuples qui ont été dispersés et spoliés, qui ont une diaspora, possèdent ce mythe de l’oncle qui va revenir avec du bienfait. Quand j’étais môme en URSS, la première fois que les frontières se sont ouvertes sous Krouchtchev afin que les Arméniens de France viennent comme touristes, une tante de ma mère est arrivée avec cinq valises de vêtements. C’était la pénurie : nous n’avions pas 360 fromages, mais deux ! Quand on est dans le manque, tout ce qui vient de l’étranger brille. Dans ce cas précis, c’est inventé. Cela dit, lorsque l’Arménie est devenue indépendante, l’ancien propriétaire de la MGM Kirk Kerkorian est arrivé avec un million de dollars pour créer des emplois. C’était un mécène, à défaut d’être un messie… Justement, votre film s’est un temps appelé Le Messie de Grenoble. Pourquoi l’avoir modifié ? Le Messie de Grenoble est apparu très tard. Le scénario s’est appelé Comme une chanson américaine, puis Complètement à l’Est… Mais un scénario devient un film ; et le film est un objet

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Vendeur

ECRANS | Grandeur et servitudes des cuisinistes… Vendeur rend hommage à un métier qui, lorsqu’il est bien exercé, emprunte son spectaculaire au jeu d’acteur et son (...)

Vincent Raymond | Mercredi 4 mai 2016

Vendeur

Grandeur et servitudes des cuisinistes… Vendeur rend hommage à un métier qui, lorsqu’il est bien exercé, emprunte son spectaculaire au jeu d’acteur et son habileté à l’art de l’escroc, tout en cumulant pour l’officiant le stress engendré par ces deux activités. Davantage qu’aux façades brillantes ou aux réussites de la profession, Sylvain Desclous s’intéresse à ses coulisses, à ses recoins sombres, et aux contrastes métaphoriques qu’ils révèlent. Aux magasins où les commerciaux font l’article autour de modèles étincelants, il oppose ainsi les hôtels impersonnels et les cafétérias interchangeables des zones d’activité, où les vendeurs se posent entre deux “représentations”. Se consumant dans le négoce de la promesse, le héros Serge (sur)vit dans un présent permanent et contagieux, puisque son fils habite une maison inachevée et son père se contente d’un minimum pour subsister. Serge semble autant de passage dans son existence que les clients en transit dans les galeries marchandes, dans l’attente d’être harponnés. Mais si Vendeur dévoile avec adresse le jeu cruel de la transaction, forme moderne de la chasse primitive, le film manque un peu d

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Melville : Son nom est stetson

ECRANS | On a tendance à voir dans le polar un genre par essence américain, essaimant de façon univoque sur les autres continents et cultures. S’il suffisait d’un (...)

Vincent Raymond | Mardi 5 avril 2016

Melville : Son nom est stetson

On a tendance à voir dans le polar un genre par essence américain, essaimant de façon univoque sur les autres continents et cultures. S’il suffisait d’un homme pour dénoncer ce postulat, il aurait un chapeau de cowboy et des lunettes teintées d’aviateur californien. Son nom ? Jean-Pierre Grumbach, dit Melville, cinéaste français comptant parmi les plus déterminants stylistes du 7e art ; auteur d’œuvres épurées jusqu’à l’abstraction cristalline, et maître incontesté de plusieurs générations de réalisateurs nippons, étasuniens ou européens, revendiquant avec déférence son ombre tutélaire. Franc-tireur dans l’industrie, partisan d’un contrôle total de ses productions, Melville a su également extraire de ses comédiens une fascinante quintessence : d’abord, la grâce féline du jeune Belmondo ; ensuite, l’aura hiératique d’un Delon minéral. Deux de leurs trois collaborations ont été retenues par le cycle Ciné-Collection pour illustrer l’œuvre au noir de Melville : Le Samouraï (1967) bien sûr, où le comédien, mutique et glacial, trouva les contours de son personnage totémique ; et Le Cercle rouge (1972), le plus co

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L'érotisme à la papa

ARTS | Parlant d'une de ses photographies représentant un sexe féminin recouvert de pétales jaunes, Paul-Armand Gette se réfère aux icônes et déplie une ligne historique (...)

Jean-Emmanuel Denave | Mardi 22 mars 2016

L'érotisme à la papa

Parlant d'une de ses photographies représentant un sexe féminin recouvert de pétales jaunes, Paul-Armand Gette se réfère aux icônes et déplie une ligne historique de la représentation artistique : scène religieuse, abstraction, pubis... Soit comme il nous le confie « un retour à la réalité », à l'origine du monde selon la formule de Courbet. « Le spirituel ne m'intéresse pas » continue l'artiste qui garde par ailleurs un intérêt inentamé pour les sciences naturelles (il fut entomologiste par le passé). Et si ses photographies de pubis féminins et d'adolescentes se réfèrent à la mythologie et à l'histoire de l'art, on perçoit très vite dans ce jeu de voilement (références érudites) et de dévoilement (images réalistes) la recherche d'une tension, une exploration des interdits et des limites. « La question, c'est qu'est-ce qu'on peut faire, jusqu'où peut-on aller ? Aujourd'hui, on perd le goût de la liberté et je confronte le public à ce problème. » Ce mortel ennui Cette question des limites, déclinée à Saint-Fons (sur le thème des lisières de la nature) et à la galerie Domi Nostrae et à l'URDLA (autour du sexe féminin et d

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