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Quatre pièces à réserver sans attendre

Théâtre | S’il ne fallait retenir que quatre spectacles à voir cette saison, ce serait ceux-là.

Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Le plus tendre : Un conte de Noël

C'est peut-être le plus grand film d'Arnaud Desplechin. Julie Deliquet qui avait déjà signé un triptyque intéressant, Des Années 70 à nos jours (trois pièces pour relier Brecht et Lagarce à la génération de ses parents) et une Mélancolie(s) plus convenue mêlant Ivanov et Les Trois sœurs. Entre temps, la Comédie Française l'a happé pour un Fanny et Alexandre acclamé. En bi-frontal, elle retrouve une partie de sa troupe In Vitro à laquelle s'ajoute l'excellent Lyonnais Thomas Rortais. De la joie de retrouver Abel, Junon et leurs enfants aussi tourmentés et cruels que fantasque et joviaux. Et l'écriture somptueuse et acide de Desplechin et Emmanuel Bourdieu. Création à la Comédie de Saint-Étienne en octobre puis…

Au Radiant (programmation des Célestins et du Théâtre de la Croix-Rousse) du 5 au 9 février


Le plus grinçant : Blanche-Neige, histoire d'un prince

C'est parfois au hasard des montages de productions et des projets avortés qu'un spectacle marquant voit le jour. C'est le cas de cette Blanche-Neige née de contraintes et sur les cendres d'un autre spectacle qui n'aura pas lieu : ne pas mettre Marief Guitier seule sur scène, trouver un lieu de travail à la Licorne de Dunkerque, conventionnée marionnette, et donc y adjoindre des objets. Puis être programmé dans le In d'Avignon, au rayon enfant, dans la Chapelle des Pénitents Blancs. Raskine renoue là avec son art de faire des miracles dans un espace réduit comme il avait développé le théâtre en coin au Point du Jour jadis. Inversion des genres, cruauté, drôlerie (Monsieur Seguin est l'amant de passage !) : cette Blanche-Neige déraille et en devient jubilatoire grâce aux talents conjugués des acteurs, de la scénographe Stéphanie Mathieu et de l'autrice Marie Dilasser.

Au Théâtre de la Croix-Rousse du 21 au 25 janvier


Le plus hors norme : £¥€$

Dites « Lies ». Et plongez dans les mensonges proférés par les traders en bourse à coup de chiffres démentiels. Malgré quelques écueils dont le fait que l'aspect ludique l'emporte sur la réflexion, ce spectacle hors norme atteint peut-être bien son but en annihilant la valeur de l'argent et en démontrant le mécanisme fou du monde financier. Les Néerlandais (qui nous avaient déjà savamment désorientés avec A game of you, spectacle pour un spectateur) convient le public à des tables de jeux d'argent. Avec vos six acolytes d'un soir, vous allez devoir miser, faire des alliances, racheter d'autres tables et donc d'autres banques. Le maître du jeu, comédiens, orchestrent tout cela avec intérêt, bien loin du bien commun !

Au TNG Vaise les 29, 30 novembre et 1er décembre

Au théâtre Jean Marais (Saint-Fons) le 21 mars


Le plus feuillonesque : Les Démons

1200 pages de Dostoïevski traduites en 3h45 par André Markowiz et l'équipe de Sylvain Creuzevault qui avait éclaboussé les planches il y a dix ans avec sa version juvénile (quoiqu'un peu simpliste) de la naissance de la Révolution française, Notre terreur. Il convoque des acteurs gargantuesques Valérie Dréville et Nicolas Bouchaud qui campent plusieurs personnages dont ce Nikolaï Stravroguine qui fraye avec les ténèbres. Travail d'impros, images fortes, la pièce, donnée l'an dernier dans le cadre du festival d'automne à l'Odéon parisien duquel Sylvain Creuzevault est associé, débarque ici et ça fait dix ans que le jeune quinqua n'avait pas foulé nos terres.

Au TNP du 14 au 25 février


Blanche-Neige, histoire d'un prince

De Marie Dilasser, ms Michel Raskine, dès 8 ans, 1h
Théâtre de la Croix-Rousse Place Joannès Ambre Lyon 4e
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


Un conte de Noël

D'après le film d'Arnaud Desplechin, ms Julie Deliquet, par le Collectif In Vitro, 2h20
Radiant-Bellevue 1 rue Jean Moulin Caluire
ce spectacle n'est pas à l'affiche actuellement


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Vous avez précédemment monté des textes de théâtre (Tchekhov, Brecht, Lagarce), un téléfilm de Bergman (Fanny et Alexandre à la Comédie Française), qu’est-ce qui vous a poussé à vous pencher sur le film d’Arnaud Desplechin ? Julie Deliquet : C’est parce que j’ai travaillé sur Fanny et Alexandre que j’ai eu cette idée. Cette pièce commence par un Noël et Un conte de Noël débute par un hommage à Fanny et Alexandre, avec un petit théâtre d’ombre. Ça m’a vraiment passionnée de travailler sur les différents supports de Fanny et Alexandre, car ça a effectivement d’abord été un scénario novellisé, puis un téléfilm en quatre épisodes, puis remonté en film. Et l’auteur, Ingmar Bergman, est un homme de théâtre. Je me suis interrogée sur l’émergence d’adaptations cinématographiques qui ont un peu envahi nos scènes ces dernières années et j’ai eu envie de poser la question à un réalisate

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Longtemps Shakespeare a fait les beaux jours d’Orson Welles et Elia Kazan fit un Tramway nommé désir plus fort que bien des adaptations scéniques. D’où vient que ces dernières années, la matière filmique — ou plus exactement scénaristique — se répand dans les salles de théâtre ? La puissance des films adaptés intrigue les metteurs en scène qui cherchent souvent un récit choral fort. Ainsi Julie Deliquet, après Fanny et Alexandre, a-t-elle sondé l’âme de la famille Vuillard qui n’a rien à envier aux héros shakespeariens. En ce mois de janvier, Maud Lefebvre qui a pour habitude de travailler des textes originaux avec le Collectif X, a adapté Une femme sous influence. « Ma pièce n’a rien à dire sur Cassavetes, disait-elle. Il ne s’agit pas de faire un discours sur son œuvre mais de l’interpréter comme on le fait d’une partition mus

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Nadja Pobel | Mardi 14 janvier 2020

Blanche-Neige, #SheToo

« Spectacle pour adulte à partir de 8 ans » préférait-il dire cet été dans la Cité des Papes. Ainsi Michel Raskine se détachait de l'étiquette "jeune public" dans laquelle il était programmé. C'est une manière détournée d'affirmer que se trouvent dans cette création des nœuds sociétaux qui embrassent les considérations de chacun. Ainsi Blanche-Neige est-elle interprétée par un homme grimé (Tibor Ockenfels) et le Prince — d'habitude escamoté — par Magali Bonat (qui remplace pour cette série de représentations une Marief Guittier momentanément blessée). Il est question de libération de la femme d'un joug masculin d'arrière-garde. De son mariage malheureux, elle s’échappe avec ce mot totem de l'époque « j'étouffe » et envoie valdinguer « la morale judéo-chrétienne » d'un mari qu'elle vouvoie mais à qui elle n'est pas fidèle, lorgnant du côté de Monsieur Seguin tout en regrettant de ne pas avoir accepté les avances de Peau d'âne. Travaillant fréquemment avec des aut

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Creuzevault, enfin !

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Nadja Pobel | Mardi 7 janvier 2020

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Comme Vincent Macaigne, Sylvain Creuzevault a débarqué dans le milieu théâtral au mitan des années 2000 avec l’envie de renverser la vieille table de son art, de ne diriger aucun lieu, flirter avec le cinéma et faire vivre une expérience quasi physique aux spectateurs avec de grands textes pour le premier (Shakespeare, Dostoïevski) et des impros au plateau sur de hauts faits historiques pour l’autre. Ainsi Creuzevault a revisité la Révolution française avec Notre terreur : pas de majuscule car il fouinait dans les détails de la fabrication de ce qui n’était pas encore un fait de l’Histoire mais des discussions entre Barère, Saint-Just ou Collot, qui préparaient cela comme des syndicalistes une manif'. Remuant, implacable, Notre terreur était immédiatement séduisant au risque de minimiser les faits. Avec Le Père Tralalère, Creuzevault avait déjà joué du bi-frontal pour cette fois dynamiter la famille.

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Au bout des contes

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Nadja Pobel | Mardi 10 septembre 2019

Au bout des contes

Drôle, sombre, grinçant et pour tout dire ébouriffant est la Blanche-Neige, histoire d’un prince (au Théâtre de la Croix-Rousse en janvier) de Michel Raskine qui a fait les beaux jours du In d’Avignon cet été. L’autrice Marie Dilasser y a incorporé ses préoccupations sur l’écologie, a détourné le genre et avec un castelet de marionnettes (101 nains dont Lèche-botte), l’ancien directeur du théâtre du Point du Jour livre aux enfants une fable parfaite. Joël Pommerat lui ne signe pas la suite de Ça ira mais sa nouvelle création, Contes et légendes (au TNP en décembre), se fera avec des enfants confrontés aux adultes et androïdes pour tenter de comprendre de quoi demain sera fait. Autre conte pour les grands cette fois, celui de Desplechin, Un Conte de Noël (au Radiant, via une programmation Célestins et Théâtre de la Croix-Rousse, en février) sera créé par Julie Deliquet. Le plus brillant des cinéastes français qui se délecte de mises en scène théâtrales occasionnellement, à la Comédie-Française (Père en 2015, Angels in America

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Nadja Pobel | Mardi 20 août 2019

À Avignon, Blanche-Neige dynamitée

Vous connaissiez bien déjà Marie Dilasser dont vous aviez déjà monté des textes. Quelle est l'origine de ce nouveau projet ? Michel Raskine : Un projet s'est cassé la gueule et ça m'avait un peu atteint et j'ai dit à Marief Guittier [NdlR, comédienne avec qui il fraye depuis plus de trente ans] que depuis le temps qu'on voulait faire un spectacle jeune public, on allait le faire. Claire Dancoisne que je connais bien a un lieu sublime de résidence, le Théâtre de la Licorne, à Dunkerque. Elle nous a accueilli, mais il fallait intégrer des objets au spectacle car son lieu est axé sur la recherche pour la marionnette contemporaine et le théâtre d'objets. Ces contraintes ont été bénéfiques manifestement... Évidemment que c'est bien. On n'a pas trouvé la pièce que l'on voulait. Je ne voulais plus faire de duos avec Marief, il fallait minimum un trio. On a décidé de faire Blanche-Neige et qu'elle serait le prince. J'ai voulu un personnage de Blanche-Neige qui soit le plus loin possible de celui du prince. Je connaissais Tibor Ockenfels de l'École de la Comédie de Saint-Étienne. Si il y avait beaucoup d

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Débroussailler les chants

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Nadja Pobel | Mardi 10 octobre 2017

Débroussailler les chants

« Lautréamont Les Chants de Maldoror / Tu n'aimes pas moi j'adore », tentait de chanter avec sa voix accidentée Jane Birkin dans l'ultime album studio que Gainsbourg lui écrivait en 1990. Un leitmotiv basique pour ce Et quand bien même sublime, forcément sublime. Michel Raskine s'élève heureusement au-dessus de ces paroles, démontrant qu'avec ce texte ardu (on aurait facilement tendance à le repousser), il y a tout de même une matière à théâtre et à jeu, notamment parce que Mervyn, un adolescent énigmatique, se lance dans une chevauchée nocturne. Et d'emblée, plutôt que nous relater les cinq chants précédents, le metteur en scène s'attache à nous donner une clé d'entrée à ce récit opaque avec la fameuse phrase du début de ce 6e chant qui inspira tant les surréalistes : « la rencontre fortuite sur une table de dissection d'une machine à coudre et d'un parapluie », qui définit ici la beauté du jeune Mervyn, « 16 ans et 4 mois », auquel Maldoror, « ce sauvage civilisé », écrit. Jeu de poupées russes entre la personnalité de Lautréamont lui

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ECRANS | Il y a mille et une manières de passer à côté de son film. Pourtant bien parti en agençant une collection de petites tensions diffuses ressenties par un gamin à (...)

Vincent Raymond | Mardi 13 septembre 2016

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Il y a mille et une manières de passer à côté de son film. Pourtant bien parti en agençant une collection de petites tensions diffuses ressenties par un gamin à la lisière de la préadolescence, Philippe Lesage opte pour une méthode radicale — enfin, pour qui possède le goût de se saborder. Il casse sa belle construction toute en subjectivité enfantine pour se focaliser pendant une (trop) longue digression sur un autre personnage, traité avec une froideur si outrancière qu’elle le désigne dès la première image comme l’équivalent du loup-garou. Et ces petits zooms au ralenti pour nous prévenir de l’imminence d’une abomination dans le hors champ… Ne manque qu’une lumière clignotant dans un coin et un commentaire de l’auteur, du style : « ’tânsion, maôdzit spectsâotseur ; y va-tu s’passer un trzuc pas chrâétieân d’vant tes d’zyeux, lâ ! » Blague à part, cette rupture de ton aux allures de court-métrage mal greffé démembre Les Démons. On se serait bien passé de cette élucidation triviale dans le réel, et contenté du point de vue d’un enfant, en proie à ses questionnements, ses doutes et ses peurs.

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Cocotte au CCN

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Jean-Emmanuel Denave | Mardi 7 juin 2016

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Nouveau rendez-vous au CCN de Rillieux-la-Pape (ce samedi 11 juin à partir de 19h), Cocotte fait bouillir la danse dans sa dimension performative avec pas moins de 16 performances proposées durant cette soirée : des six minutes interprétées par le metteur en scène Michel Raskine sur une proposition chorégraphique de Yuval Pick, aux cinq heures (et jusqu'à épuisement) de la danseuse et chorégraphe japonaise Mikiko Kawamura...

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Et quatre qui font deux

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Nadja Pobel | Mardi 12 janvier 2016

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Et soudain surgit Winnie. Tout au long des 90 minutes de Quartett, mis en scène par Michel Raskine d'après Les Liaisons dangereuses, Marief Guittier sera juchée et engoncée dans un talus de terre. Immobile, comme l’héroïne de Oh les beaux jours, la voilà qui elle aussi monologue. Elle sait parfaitement le faire, de surcroît avec les mots intemporels d’Heiner Müller évoquant «le gaspillage de jouissance qu’entraîne la fidélité d’un mari», ses propos féministes assurant que «l’homme n’est que l’instrument de la jouissance des femmes». Bien sûr, l'alchimie prend. Thomas Rortais est beaucoup plus jeune que Valmont ? Qu’importe. Les liens physiques n’en ont que faire, la torture du désir aussi. D'autant que les deux comédiens ont déjà parfaitement rodé leur duo dans Le Triomphe de l’amour et Au cœur des ténèbres en septembre dernier. Le décor, lu

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Une lueur dans les ténèbres

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Nadja Pobel | Mardi 15 septembre 2015

Une lueur dans les ténèbres

C’est un petit bout de femme, pourrait-on dire vulgairement. Elle est en vérité bien plus. Quand le prologue se termine, elle apparaît, toute mince, là où on ne l’attend pas : hissée en haut de gradins, assise, au premier plan d’une peinture d’océan un peu kitsch, scénographie resserrée dans laquelle elle trouve sa place avec évidence. Petites lunettes rondes, bonnet lui ôtant tout cheveu, cardigan noir sur chemise blanche, pantalon : elle est cet homme, héros de Conrad, Charles Marlow. Elle est cet homme plus que bien des acteurs masculins ne pourraient l’être. Marief Guittier a déjà été Max Gericke et Rousseau, elle sait que tout est possible au théâtre. Avec sa voix grave, son souffle travaillé et, surtout, sa capacité à faire passer dans sa prononciation un mélange d’ironie, de passion et de surprise, elle sait démultiplier mieux que quiconque les nuances des états d’âme de son personnage. Et donne à ce jeune officier de marine marchande britannique qui remonte le cours d'un fleuve au cœur de l'Afrique noire une fraîcheur absolue. Mi

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L'Apocalypse selon Raskine

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Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

L'Apocalypse selon Raskine

À quoi ça tient, le projet d’une mise en scène de théâtre ? Au visionnage d’un documentaire parfois, comme celui vu par Michel Raskine au dernier festival Lumière, Hearts of Darkness, tourné sur le plateau d’Apocalyse Now. Ce documentaire lui remet en mémoire le récit de Joseph Conrad auquel il empreinte son titre, Au cœur des ténèbres. Alors que Quartett est déjà sur les rails, il décide de monter ce texte avec son éternelle Marief Guittier, dans une salle qu’il fréquente souvent et «que nous envie d’autres villes de province», le Théâtre de l'Élysée. Du 10 au 25 septembre, c’est de fait la petite salle de la Guill’ qui créera l’événement de cette rentrée théâtrale. Le texte, qui tient en une heure, est avant tout un monologue de Guittier dans la peau de Charles Marlow, le narrateur qui remonte le fleuve Congo durant la colonisation. Autour de l’actrice rôde l'éblouissant Thomas Rortais, déjà impeccablement dirigé par Raskine dans Le Triomphe de l’amour. Quoi d’autre ? Un prologue vraisemblablement de haut vol, «des fragments de décor, des bougies, Britten et Jim Morrison» compl

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Stars à domicile

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Nadja Pobel | Mardi 8 septembre 2015

Stars à domicile

Une fois n’est pas coutume, c’est à l’Élysée (quand bien même l’Espace 44 a rattaqué dès le 1er septembre) que débute en fanfare la saison théâtrale : Michel Raskine y adapte Au cœur des ténèbres de Conrad avec l’éternelle Marief Guittier et l’excellent Thomas Rortais qu’il avait déjà mis à l’épreuve dans son (forcément) triomphal Triomphe de l’amour en 2014. Plus tard, il prendra les mêmes et recommencera, cette fois aux Célestins, pour une adaptation de Quartett d’Heiner Müller (6 au 24 janvier) qui lui-même écrivait là sa version des Liaisons dangereuses de Choderlos de Laclos – «une comédie» selon les mots du sulfureux écrivain. Le travestissement ne devrait jamais être loin, l’amusement non plus. La nouvelle création de Gilles Pastor s'annonce elle plus caustique que ludique puisque, après avoir brillamment mis en scène l’Affabulazione

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La saison 2015/2016 des Célestins

ACTUS | Belgrade, l'un de leur meilleur spectacle de la saison en cours, n'a pas encore été joué que déjà les Célestins dévoilent déjà leur programmation 2015-2016. (...)

Nadja Pobel | Mardi 2 juin 2015

La saison 2015/2016 des Célestins

Belgrade, l'un de leur meilleur spectacle de la saison en cours, n'a pas encore été joué que déjà les Célestins dévoilent déjà leur programmation 2015-2016. Bien que des mastodontes nationaux et internationaux soient à l'affiche, la jeunesse s'y fait une place avec : Piscine (pas d'eau) (du 3 au 13 février), pièce trash de Mark Ravenhill et inspirée de la biographie de la photographe Nan Goldin, récemment passée (plus que furtivement) à Nuits Sonores. La metteur en scène Cécile Auxire-Marmouget travaille par ailleurs avec Claudia Stavisky sur le projet La Chose publique, médiation avec les habitants de Vaulx-en-Velin. Pour Piscine, elle a notamment convié l'excellent David Ayala, l'amant un peu rustre de En roue libre cette année. Un beau ténébreux (du 10 au 13 mars) du très précieux mais pas si populaire Julien Gracq, mis en scène par Matthieu Cruciani, déjà aux manettes de Non réconciliés de François Bégaudeau, vu à la Célestine La fidélité qui caractériste par ailleurs le théâtre permettra cette saison de revoir des artistes particuli

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Le Triomphe de Raskine

SCENES | Sartre, Manfred Karge, Duras, Dea Loher, Marie Dilasser, Strindberg, Lagarce, Bernhard, Pinget, Shakespeare, Marivaux… Le moins que l’on puisse dire (...)

Nadja Pobel | Mardi 4 février 2014

Le Triomphe de Raskine

Sartre, Manfred Karge, Duras, Dea Loher, Marie Dilasser, Strindberg, Lagarce, Bernhard, Pinget, Shakespeare, Marivaux… Le moins que l’on puisse dire est que Michel Raskine, depuis ses débuts de metteur en scène en 1984 avec l’inoubliable et maintes fois repris Max Gericke, s’est confronté à des registres tellement différents qu’il parait compliqué d’y déceler un fil rouge. Toutefois, si on se doute bien qu’il ne s’acharne pas à établir une continuité dans son travail, il n’en demeure pas moins que dès les premières minutes du Triomphe de l’amour, nous nous sentons autant chez lui que chez Marivaux par un savant décalage : les personnages sont costumés mais se trimballent avec un sac plastique Lidl ; le décor est massif, juste mélange de références antiques et modernistes, mais à jardin trône une table en formica avec bières, cagettes et vieille téloche qui sera le lieu de détente de l’un des comédiens à l’entracte. Chez Raskine, le spectacle ne s’arrête jamais vraiment, la vie et la comédie se mélangent, le factice et le réel ne font qu’un. Il en était notamment ainsi en 2009 avec Le Jeu de l’amour et du hasard, qu'il laissait en suspen

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Benjamin Mialot | Mardi 10 septembre 2013

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Regards Née avec une malformation au visage, Séverine Fontaine a dû composer avec pendant toute son enfance. La jeune femme devenue comédienne a décidé de se nourrir de cette expérience pour livrer ce solo présenté comme «un manifeste pour la différence». Dans une scénographie convoquant une série de lampes, elle joue habilement avec le regard du spectateur. Un spectacle sincère et fort.Au Centre Albert Camus, Bron, du 1er au 4 octobre Le Président C’est grinçant et marquant comme… du Thomas Bernhard. Michel Raskine a su adapter cet immense dramaturge autrichien avec le

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Dorotée Aznar | Lundi 10 septembre 2012

Rencontre au sommet

10 mars 1975 : Jacques Chancel reçoit Michel Foucault dans son émission Radioscopie, sur France Inter. 10 septembre 2012 : au Lavoir, on rejoue la scène. Une table, deux micros, une rencontre inédite entre deux acteurs ; Michel Raskine prête sa voix à Michel Foucault tandis qu’Ivan Gouillon se livre à un rôle dans lequel il excelle : l’animateur. Un magnifique entretien, où Foucault défend la notion de plaisir dans le savoir («la politesse de celui qui écrit est de provoquer un plaisir physique chez celui qui le lit»), parle de folie, de punition, de pouvoir, de peine de mort. On y entend aussi un Jacques Chancel bien décidé à faire parler Foucault de sa vie privée («avez-vous des enfants ?», tentant de simplifier la parole du penseur à l’extrême mais lui laissant également … le temps (et on réalise à quel point cela est devenu rare !) Il y aura scandale, mais… est à voir mardi 11 et mercredi 12 septembre à 20 heures au Lavoir public - Club Théâtre. Dorotée Aznar

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Racé !

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Nadja Pobel | Jeudi 26 septembre 2013

Racé !

Ça fait sens. Au bout de l’heure quarante de ce spectacle, il est évident qu’il arrive au bon moment (période électorale avec des enjeux plus importants encore en Grèce et en Égypte que dans l’Hexagone), au bon endroit (un chapiteau de cirque) et qu’il est entre les mains de la bonne personne, Michel Raskine. Il avait déjà brillamment mis en scène Thomas Bernhard en 2000, replié dans un coin de la scène du Point du jour avec Au but. Paru en 1975, Le Président fait polémique dès sa création car il fut joué à Stuttgart où se déroulait alors le premier procès de la Fraction Armée Rouge, ces anarchistes emmenés par Andreas Baader et Ulrike Meinhof. Or Le Président, c’est précisément le récit de ce clivage entre un pouvoir autocrate et vain qui s’amenuise face à l’adversité - en l’occurrence des anarchistes. Fiction ou réalité ? Peu importe. Thomas Bernhard s’est toujours délecté de ces parallèles et ne cesse d’incriminer son pays et les puissants. Ici, un couple présidentiel vient de réchapper à un attentat. Un colonel et leur chien ont succombé. Pour la Présidente, c’est un drame absolu que d’avoir perdu son animal, son mari a droit à bien moins d’égards. Dans la deuxième

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Ciel, mon théâtre !

SCENES | Rarement les institutions culturelles lyonnaises, et notamment les théâtres, auront connu de tels bouleversements. Dans un milieu dans lequel les (...)

Dorotée Aznar | Lundi 5 septembre 2011

Ciel, mon théâtre !

Rarement les institutions culturelles lyonnaises, et notamment les théâtres, auront connu de tels bouleversements. Dans un milieu dans lequel les directeurs ont la réputation (et souvent l’habitude) de rester en fonction autant que faire ce peut, parfois bien au-delà du raisonnable, on a assisté la saison dernière à des changements profonds. À l’échelle locale, le plus médiatique fut sans doute celui occasionné, en juillet 2010, par le décès de Philippe Faure, directeur du Théâtre de la Croix-Rousse depuis 1994 et dont la succession a été le révélateur d’un malaise profond chez les metteurs en scène de la région. Dans les semaines qui ont suivi l’annonce de la disparition de Philippe Faure, dix-sept candidats ont fait connaître leur volonté de prendre la direction du lieu. Une grande partie d’entre eux était composée de metteurs en scène à la recherche d’un lieu dans lequel établir leur compagnie, un lieu dans lequel créer leurs spectacles et, finalement, un moyen de sortir d’une forme de précarité. Et le tollé provoqué par la décision de la Ville de Lyon (propriétaire du théâtre) de ne pas lancer d’appel à candidatures pour le recrutement d’un nouveau directeur ne dit pas autre ch

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Nadja Pobel | Vendredi 1 avril 2011

La Chair à vif

Critique / Silence. La scène d'ouverture de "Dämonen" est silencieuse, le temps pour le spectateur de prendre ses marques dans l'appartement bourgeois meublé d'objets design de Katarina et Frank (ah le fauteuil en cheveux blonds sur lequel personne n'ose  s'asseoir !). Un vélo d'intérieur (objet allemand par excellence) est niché dans le hall en verre ; Katarina assise dans son canapé allume son Mac et lance sur ses murs la projection d'un extrait du "Mépris" de Godard. Puis, s'en va prendre sa douche de l'autre côté d'un décor qui ne cesse de pivoter tout au long des 2h30 de ce spectacle ; une utilisation de la vidéo et du plateau qui ne laissent aucune zone de repli aux personnages. Unité de lieu, de temps et d'action : tout se passe dans cet espace durant une soirée. Frank,  compagnon de Katarina, rentre chez lui. Il a sous le bras les cendres de sa mère dans une urne. Mais ce n’est pas ce décès qui déglingue sa vie, c’est son couple. Ce dérèglement va d'autant plus apparaître au grand jour que ce soir-là, Katarina et Frank se retrouvent avec leurs voisins du dessous, un couple marié depuis sept ans qui ne vit qu'au rythme des enfants. Leurs conversations sont tout d’abord insip

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Michel Raskine

SCENES | Petit Bulletin : Si vous deviez choisir un spectacle qui vous a touché ces dernières années, quel serait-il ? Michel Raskine : Kontakthof, pour adolescents (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 8 décembre 2010

Michel Raskine

Petit Bulletin : Si vous deviez choisir un spectacle qui vous a touché ces dernières années, quel serait-il ? Michel Raskine : Kontakthof, pour adolescents de 14 ans et plus de Pina Bausch. Ce spectacle m'a bouleversé. Un “événement“ qui a modifié la vie culturelle ? Dans le milieu du théâtre, l'arrivée de l'École Nationale Supérieure d'Arts et Techniques du Théâtre (ENSATT) à Lyon en 1997 a beaucoup compté. Cela a apporté du sang neuf à un moment où cela était nécessaire. Quelles sont les qualités de cette ville sur le plan culturel ? Il y a une offre culturelle énorme ! Des théâtres, un opéra, une Maison de la Danse, des salles de concert... À quelques exceptions près, les spectateurs lyonnais sont très chanceux. Quelles sont ces exceptions ? Quelques grands metteurs en scène étrangers n'ont jamais été, ou très peu, programmés à Lyon. Quels sont les défauts récurrents de Lyon ? C'est une chance pour Lyon d'avoir deux biennales, mais en ce qui me concerne, je pense qu'il manque un vrai grand musée dédié à l'art contemporain. Je pense également que Lyon a beaucoup de retard par rapport à d'autres villes européenn

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SCENES | Depuis sa première mise en scène en 1984 (Max Gericke ou pareille au même de Manfred Karge), Michel Raskine a crée 26 autres spectacles. Le point commun entre (...)

Dorotée Aznar | Lundi 15 mars 2010

Raskine-Guittier, la fidélité

Depuis sa première mise en scène en 1984 (Max Gericke ou pareille au même de Manfred Karge), Michel Raskine a crée 26 autres spectacles. Le point commun entre ces créations ? La présence de la comédienne Marief Guittier dans vingt d’entre eux, du premier au dernier en date.

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Scènes de la non vie conjugale

SCENES | Critique / Voilà un couple pour qui ça ne va plus du tout, un couple où l’amour est mort, ce que tous deux constatent au cours d’une scène de ménage dépassionnée, (...)

Dorotée Aznar | Samedi 13 mars 2010

Scènes de la non vie conjugale

Critique / Voilà un couple pour qui ça ne va plus du tout, un couple où l’amour est mort, ce que tous deux constatent au cours d’une scène de ménage dépassionnée, en attendant un événement qui les sortirait de leur impasse. Edgar, militaire, boit ; Alice, ancienne actrice, joue du piano. Ils rejouent sur scène ce quotidien figé qu’ils connaissent par cœur. Au début de la pièce, ils sont même déjà lassés par leur propre lassitude. Surprise : cela fait rire. On rit, mais les dents grincent face à ces petites vacheries qui, on le devine, cachent de bien grandes frustrations. Elles éclateront lorsqu’un dénommé Kurt viendra passer quelques temps dans leur maison : possibilité d’un adultère vengeur pour elle, face-à-face avec l’alcoolisme et la maladie pour lui. Kurt représente une promesse de vérité au sein d’un environnement asphyxié par des mensonges dont personne n’est dupe. En adaptant «La Danse de mort», Michel Raskine explore lui aussi les possibles du texte de Strindberg : un théâtre du surplace qui ressemble à du Beckett, où la rancune et l’aigreur se projettent en saillies verbales dignes d’un Thomas Bernhard, mais qui peut aussi aller vers l’émotion pure sous la forme d’une tr

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L’amour à mort

SCENES | Petit bulletin : Où situez-vous August Strindberg par rapport aux auteurs que vous avez déjà mis en scène ?Michel Raskine : D’abord une parenthèse : ce (...)

Dorotée Aznar | Samedi 13 mars 2010

L’amour à mort

Petit bulletin : Où situez-vous August Strindberg par rapport aux auteurs que vous avez déjà mis en scène ?Michel Raskine : D’abord une parenthèse : ce n’est pas un auteur que je connais très bien. Ensuite, une parenthèse dans la parenthèse : je ne suis pas quelqu’un qui lit beaucoup de théâtre, ça me barbe assez, par contre, je vais beaucoup au théâtre. J’avais vu du Strindberg, mais je me tenais à une distance respectable et respectueuse, et je trouvais que la plupart des metteurs en scène le tenaient à une distance respectable et respectueuse. Ce qui fait que je ne me sentais pas si proche de lui… Par ce vieux réflexe, qui est en train de changer depuis le spectacle de Lagarce à la Comédie Française, je n’osais pas m’approcher de ça car j’avais mieux à faire avec des auteurs d’aujourd’hui pour parler du monde d’aujourd’hui. Avec cette première scène à l’humour très noir, on a le sentiment d’entendre du Thomas Bernhard…Il est certain que Bernhard connaissait Strindberg. Mais ce qu’on entend dans la première scène, c’est mon humour à moi. Sans aller jusqu’à dire qu’il s’agit d’un autoportrait, je crois que je suis très profondément dans ce spectacle.

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Amours des feintes

SCENES | Le texte est là comme un pilier sur lequel vont s'adosser les comédiens 2h30 durant. Une longueur qui laisse aux acteurs le temps de respirer sans le (...)

Nadja Pobel | Vendredi 27 février 2009

Amours des feintes

Le texte est là comme un pilier sur lequel vont s'adosser les comédiens 2h30 durant. Une longueur qui laisse aux acteurs le temps de respirer sans le débiter à la mitraillette. L'histoire est sans suspense : Orgon veut marier sa fille Silvia à Dorante, le fils d'un de ses amis. Peu encline à ce genre d'engagement, Silvia se méfie et préfère endosser les habits de sa servante Lisette pour mieux observer en cachette son futur mari. Mais de son côté Dorante a eu la même idée et troqué son rôle contre celui de son valet, le fantasque et comique (quoiqu'un peu lourdingue) Arlequin. La langue est d'une fluidité impeccable et totalement transparente mais Marivaux dilue parfois l'intrigue et retarde longuement la découverte de cette usurpation des identités. Orgueilleuse au plus haut point, la vraie Silvia fait durer le jeu avant de révéler in extremis qu'elle est une maîtresse, quand elle est assurée que Dorante l'aime même dans la basse condition de son déguisement. La bienséance est respectée, l'amour véritable triomphe pendant que les rangs hiérarchiques reprennent leur place. Dans ce canevas serré, Michel Raskine trouve le bon tempo et détourne les codes avec parcimonie mais efficacit

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Un Conte de Noël + L’Aimée

ECRANS | C’est une sérénade virtuose dans laquelle Mathieu Amalric se glisse encore avec délectation. Son personnage Henri revient passer Noël dans sa famille du (...)

Nadja Pobel | Jeudi 19 février 2009

Un Conte de Noël + L’Aimée

C’est une sérénade virtuose dans laquelle Mathieu Amalric se glisse encore avec délectation. Son personnage Henri revient passer Noël dans sa famille du Nord dont il a été banni quelques années plus tôt par sa sœur. Desplechin filme avec maestria ce rassemblement au cœur de l'hiver dans lequel le grand absent, le petit frère mort, occupe toute la place. Pour sauver la mère atteinte d'un cancer, il ne reste plus que le fils maudit dont Deneuve dit avec une dose de tendresse et une classe inouïe qu’elle ne l’aime pas. Probablement le film français le mieux dialogué – le plus drôle aussi - de l’an dernier, Un Conte de Noël, c'est surtout du cinéma à tous les étages et une vitalité bouleversante. Face à la photo de sa première épouse décédée dans un accident de voiture, il faut entendre Almaric répondre à son amoureuse (éternelle Emmanuelle Devos) qui lui dit qu’elle était belle : «Oui, mais elle conduisait mal». Constamment sur le fil de la vie dans ce qu’elle a de plus réaliste et surtout de plus romanesque à la fois, Desplechin mêle le banal à la tragédie grecque. Il fait de même dans le documentaire qui accompagne le film (dans le coffret Fnac uniquement). L’Aimée, c'est sa grande

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Un conte de Noël

ECRANS | Le nouveau film d’Arnaud Desplechin s’ouvre sur un petit théâtre de marionnettes, où l’on nous raconte en accéléré l’histoire familiale qui fonde le récit. (...)

Christophe Chabert | Mercredi 21 mai 2008

Un conte de Noël

Le nouveau film d’Arnaud Desplechin s’ouvre sur un petit théâtre de marionnettes, où l’on nous raconte en accéléré l’histoire familiale qui fonde le récit. Ensuite, chaque personnage sera introduit par une photo de lui enfant ou adolescent, son nom clairement inscrit à l’écran, un style musical lui étant associé (du jazz au hip-hop). Enfin, la reine-mère de ce clan en plein délitement viendra face caméra présenter les enjeux de la tragi-comédie en cours. Pourquoi le cinéaste choisit-il de décliner ainsi, avec divers artifices, la même scène primitive ? Non pas pour briller par-dessus son sujet, mais pour poser une bonne fois ce que ses inconditionnels savent depuis longtemps : Desplechin est du côté du spectacle, de l’action et de la générosité, pas dans l’économie du discours et de la parole. Un conte de noël est, comme son précédent Rois et reine, une machine à produire du romanesque et des émotions fortes, un grand huit existentiel qui fait coexister dans le même espace-temps le trivial et le sublime, la surface et la profondeur. La parabole du fils indigne Dans la famille Vuillard, il y a donc Joseph, le fils absent, mort

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L'Amer Rousseau

SCENES | Allongé sur un banc, emmitouflé dans des couvertures alors que l'aube se lève sur sa maison à la campagne, Jean-Jacques Rousseau se réveille lentement. Que ce (...)

Dorotée Aznar | Vendredi 28 mars 2008

L'Amer Rousseau

Allongé sur un banc, emmitouflé dans des couvertures alors que l'aube se lève sur sa maison à la campagne, Jean-Jacques Rousseau se réveille lentement. Que ce soit Marief Guittier qui lui prête ses traits féminins ne choque pas longtemps - surtout quand l'actrice atteint un tel sommet de maîtrise de son jeu - car toute la scénographie, entre moquette vert fluo et arbre en carton-pâte, joue le faux-semblant. Et le spectacle ? Il montre d'abord un Rousseau illuminé, en plein trip exalté face à la nature, évoquant ses siestes en barque et ses promenades en forêt. On se demande, pendant ce premier quart d'heure à la lisière de l'ennui, où Raskine veut en venir, quel intérêt il peut bien trouver à ce Rousseau des champs à la naïveté surannée... Le Misanthrope suisseSoudain, le valet un peu effacé du philosophe (Bertrand Fayolle, impeccable de flegme et de présence discrète face au monstre), le rappelle à l'ordre : «Le Théâtre !» lui crie-t-il. C'est alors un tout autre Rousseau qui apparaît, Raskine révélant enfin l'objectif du spectacle : casser l'image d'un Jean-Jacques Rousseau humaniste et généreux, et en faire un personnage de Thomas Bernhard, un monstre d'amertume ru

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S'accrocher aux branches

SCENES | Le premier quart d'heure de Me zo gwin ha te zo dour peut laisser perplexe. Des motifs floraux abominables partout (des costumes aux papiers peints, (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 7 février 2007

S'accrocher aux branches

Le premier quart d'heure de Me zo gwin ha te zo dour peut laisser perplexe. Des motifs floraux abominables partout (des costumes aux papiers peints, jusqu'à l'écœurement), des personnages aux noms tellement imprononçables qu'on se demande régulièrement qui est qui, des dialogues à la limite de l'absurde ou pseudo-lyriques, et des choix de mise en scène étonnants (les animaux sont soit des peluches, soit des personnages qui portent des peluches sur la tête !). Pourtant, il serait dommage de lâcher prise, et ce, même si une brebis carnivore vous rote et vous pète à la tête, ce qui est aussi moyennement agréable que moyennement drôle. Le texte de Marie Dilasser pose pourtant de vraies questions et de manière plutôt judicieuse. La jeune auteur issue de l'Ensatt interroge en effet l'identité mais à un simple «qui suis-je ?» elle préfère un «qu'est-ce que je vais être d'autre que ce que je suis maintenant ?». Elle refuse le traitement cérébral pour jeter ses personnages dans une quête concrète, brutale, presque animale. Veau, vache, cochon angora à poil roux Sur scène, trois tableaux, trois volets se succèdent, ayant chacun pour héros central un des trois personnages de la pièce. À sav

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«La Comédie-Française fascine»

SCENES | Petit Bulletin : Cette saison, vous êtes sur tous les fronts : reprise de votre Huis Clos, une création sur Jean-Jacques Rousseau et surtout Juste la fin (...)

Dorotée Aznar | Mercredi 12 septembre 2007

«La Comédie-Française fascine»

Petit Bulletin : Cette saison, vous êtes sur tous les fronts : reprise de votre Huis Clos, une création sur Jean-Jacques Rousseau et surtout Juste la fin du monde de Lagarce à la Comédie-Française...Michel Raskine : C'est effectivement une année très pleine et c'est la première fois pour moi que les spectacles s'enchaînent autant. Cela va d'ailleurs à l'encontre de ce que j'ai pu dire, à savoir que les directeurs de théâtre ne devaient pas trop en faire. Cependant, c'est un peu des hasards de calendrier et j'ai une grande envie de faire des spectacles en ce moment. Mon Périclès, joué à Fourvière (en 2006, NdlR) a réactivé mon envie de théâtre et je n'éprouve pas de lassitude en tant que metteur en scène. Vous êtes également le metteur en scène invité à l'Ensatt cette année, quelle pièce allez-vous monter avec les étudiants ?Pour l'instant, je suis encore à la recherche d'un texte. C'est mon troisième rendez-vous avec cette école ; un travail très réjouissant et très contraignant d'autant plus que logiquement je ne choisis ni les acteurs, ni les techniciens. Même s'il ne faut pas faire ce genre d'exercices trop souvent, je pense que ce travail est essen

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