Étaix, Marker : deux francs-tireurs

Yoyo
de Pierre Eatix (1964, 1h20) avec Claudine Auger, Pierre Etaix, Philippe Dionnet

Tandis que la Cinémathèque de Saint-Étienne rend hommage, dans le cadre de la Fête du Livre, à Pierre Étaix, Le Méliès programme des œuvres majeures de son contemporain Chris Marker. Quelque chose comme une histoire parallèle du cinéma français… Christophe Chabert

Les années 60 pour le cinéma français, c’est l’explosion de la Nouvelle Vague : Chabrol, Godard, Truffaut, Rohmer et Rivette d’un côté, Varda, Demy, Resnais de l’autre. Derrière cette forêt de figures intimidantes se cache un vivier de cinéastes qui n’ont jamais cherché à appartenir à aucune école. Ainsi de Chris Marker, disparu l’an dernier, et dont on redécouvre l’œuvre inclassable, que ce soit dans les formats utilisés — courts, moyens ou très longs métrages, documentaires et fictions, et même un improbable CD-Rom — ou dans l’approche très personnelle d’un art dont il aime l’impureté.

Son film le plus mythique, La Jetée, ne dure que 28 minutes, et se compose de photogrammes noir et blanc soutenus par une voix-off. Avec ce dispositif minimal, il raconte pourtant une histoire immense qui se déroule après l’apocalypse nucléaire, où un homme doit retourner dans le passé pour influer sur l’avenir. Marker y déploie son thème de prédilection : les méandres des souvenirs, mémoire affective plus prégnante que la mémoire des faits et des événements. La postérité de La Jetée est énorme — de son remake officiel par Terry Gilliam, L'Armée des 12 singes, à ses variations avouées comme le récent Looper — mais il n’est lui-même qu’une relecture très personnelle de Vertigo, film fétiche de Marker.

Dans un de ces derniers films sortis au cinéma, Level 5, Marker plonge dans l’internet naissant pour bâtir un film qui utilise la technologie — réseaux, webcam, informatique — comme une nouvelle source de fictions. Il est urgent de redécouvrir la richesse du cinéma de Marker, et après la reprise du Joli Mai, cette «Planète Marker» — un programme de courts et deux longs, Sans soleil et Level 5, durant tout le trimestre au Méliès — est incontournable.

Il Étaix plusieurs fois…

Franc-tireur lui aussi, Pierre Etaix a failli tomber dans l’oubli, notamment parce que ses films ont fait l’objet d’un long et houleux litige portant sur d’obscures questions de droits. Clown, magicien, acteur et cinéaste, Etaix est un disciple de Jacques Tati, dont il partage le goût du gag hiératique et avec qui il collabora sur Mon Oncle, mais aussi un lointain cousin hexagonal de Buster Keaton. Son œuvre, aussi comique que poétique, est elle aussi le fruit des bouillonnantes années 60, et la Cinémathèque propose de la redécouvrir durant la Fête du Livre de Saint-Étienne en projetant Yoyo, Pays de cocagne, Tant qu’on a la santé et Le Grand amour.

Puis David Foenkinos, parrain de l’édition 2013, donnera sa vision du cinéaste, avant la projection d’Eternal sunshine of the spotless mind de Michel Gondry, un film qui, par sa mélancolie et ses promenades bricolées dans les souvenirs des personnages, évoque le cinéma de Pierre Étaix — et celui de Chris Marker aussi, tout est lié.

Planète Marker
Au Méliès à partir du 23 octobre (Marker tout courts)
Hommage à Pierre Étaix
À la Cinémathèque de la Tarentaise, vendredi 18 et samedi 19 octobre

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