Avril, ne te découvre pas d'un film

Coincée entre la fin de l’hiver et l’avant-Cannes, la période des vacances de Pâques se révèle invariablement l’une des plus hasardeuses de l’année pour les spectateurs. Courage : en creusant un peu, on trouve quand même de quoi la surmonter… Vincent Raymond

Depuis un certain temps, avril paraît considéré comme le souffre-douleur de l’année cinématographique : c’est dans ses bras qu’échouent, les œuvres d’auteurs un peu malades, les comédies presque drôles, les blockbusters pas vraiment attendus, et tout un reliquat de films que les distributeurs n’ont pas réussi à placer plus tôt — le temps est compté pour ces sorties de la dernière chance, car s’annonce déjà sur la Croisette une nouvelle récolte de film frais. Et puis avril, c’est le mois où le soleil s’emploie à dispenser de nouveau sa bienfaisante chaleur, exerçant par là même une concurrence déloyale avec les salles obscures. Voilà pourquoi tant de films sur les écrans ce mois ont un pied dehors, un pied dedans…

Home, sweet home ?

Difficile d’imaginer plus casanier qu’un scénariste : vissé à sa machine à écrire, Dalton Trumbo (27 avril) a signé parmi les plus grandes pages du cinéma hollywoodien (Vacances romaines, Spartacus, Exodus…). Mais il a aussi mené une vie personnelle et citoyenne romanesque. Le biopic que lui consacre Jay Roach, avec Brian Cranston, relate le parcours de ce blacklisté haut en couleurs, qui défia la chasse aux sorcières en industrialisant l’écriture sous prête-noms et glanant des Oscars à la barbe de McCarthy et de ses séides. Jubilatoire.

Tout aussi soudé à son (immense) intérieur est André Dussollier dans Adopte un veuf de François Desagnat (20 avril). En dépression depuis la mort de son épouse, ce toubib retraité retrouve le goût de vivre en sous-louant des chambres à un trio de pieds-nickelés sympathique. Décidément dans l’air du temps, le thème de la colocation se trouve ici bien mieux exploité que dans le poussif Five sorti le mois dernier. En outre, on y croise l’excellent et hystérique Nicolas Marié, comédien fétiche de Dupontel. Réjouissant.

On peut vivre en plein-air et cependant complètement terré chez soi, à l’instar des héros de l’envoûtant Sauvages de Tom Geens (6 avril). Ce drame naturaliste met en scène un couple de Britanniques qui, à la suite d’un traumatisme intime, s’est réfugié dans une grotte en lisière d’un village français, pour mener une existence primitive, animale. La civilisation et la résilience vont rattraper le mari, mais pas son épouse… Intrigant.

De son côté, Valeria Golino rêve de fuir son quotidien en noir et blanc et son logis gouverné par un conjoint violent, vaguement mafieux, dans Par Amour de Giuseppe M. Gaudino (13 avril). Mais écartelée entre ses enfants et un comédien qui lui fait des yeux doux, la belle tergiverse… Un rôle intense à la Magnani, dans un film aux inflexions baroques, lorgnant parfois vers le fantastique, scandé par des intermèdes chantés et colorés. Atypique.

Se déroulant dans la Tunisie de Ben Ali, Parfum de Printemps de Férid Boughedir (6 avril) propulse un innocent des campagnes au milieu d’une capitale-cocotte-minute juste avant la Révolution de jasmin. Promenant sa candeur entre tous les camps, le brave garçon jouera à son insu (mais par amour) un rôle déterminant au cœur des événements dans cette fable gentille rappelant par instant le Bienvenue Mr Chance de Hal Ashby, où Boughedir renoue (timidement) avec l’érotisme de son film le plus connu, Halfaouine. Naïf.

Les voyages immobiles

Avec le bien mal nommé L’Avenir (6 avril), Mia Hansen-Løve retombe dans les travers de ses débuts, dont on la croyait guérie : un cinéma sorbonnard, construit à l’imitation admirative des aînés Eustache, Garrel ou Assayas (évidemment), s’ingéniant à aligner des saynètes froides censées capturer de la vie, voire de la comédie tragique. La réalisatrice y sadise avec une étonnante obstination le personnage joué par Isabelle Huppert — un genre de Pierre Richard version prof de philo —, lui infligeant toutes les tuiles possibles, y compris de faire cours dans un jardin public en pente, puis de courir avec des chaussures à plateforme avant d’aller observer une retraite dans les Alpes… et de revenir à son train-train parisien mortifère. Terrible.

Enfin, pour Les Habitants (27 avril), Raymond Depardon déplace un studio-caravane sur les routes de France et invite les badauds à poursuivre devant sa caméra la discussion qu’ils tenaient sur le trottoir. Le cadre, fixe, est partout identique, mais les propos (re)tenus très inégaux : l’on passe de la philosophie de comptoir à quelques (rares) considérations constructives. Le dispositif rappelle Délits flagrants, en moins intense, et ressemble surtout à une sorte de face B (ou de bonus DVD) de son remarquable Journal de France (2012). On peut lui reconnaître toutefois deux qualités : d’avoir glané une mosaïque d’accents, et de faire étape à Saint-Étienne. Fouilla.

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