"Bohemian Rhapsody" : Show must go on

Bohemian Rhapsody
De Bryan Singer (ÉU, 2h15) avec Rami Malek, Lucy Boynton...

Drama-queen / De la fondation du groupe Queen au légendaire concert de Wembley lors du Live Aid de 1985, la vie de son leader charismatique, chanteur et auteur principal, Farrokh Bulsara dit Freddie Mercury, entre ses inspirations géniales, ses caprices et ses excès.

Sa vie n’avait certes rien d’une comédie, mais elle fut musicale et couronnée de succès dès lors qu’il intégra ce qui deviendrait Queen. Voilà pourquoi Bryan Singer a pris le parti de réduire à ces dix-quinze années de carrière l’existence de Freddie M. À bien des égards, la démarche est justifiée : nul besoin de traîner dans les soubassements de l’enfance pour saisir que le petit Farrokh est complexé par ses origines — qu’il n’aura de cesse de dissimuler au long de sa vie — : on le déduit de ses attitudes de jeune adulte. Plus intéressantes sont sa maturation artistique dans le groupe, l’édification artisanale du morceau-titre, son affirmation égotique et, dans une autre mesure, la découverte de son orientation sexuelle.

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No sex, we’re puritan

Or c’est là que la bât blesse : la représentation de cette icône gay est, à tout le moins, ambiguë. Singer le dépeint quasiment sous les traits d’un “hétérosexuel contrarié“. En effet, les seules relations charnelles montrées à l’écran sont celles de Freddie avec sa première petites amie. Par la suite, il est vaguement émoustillé à la vue de routiers moustachus adeptes de pissotières, ou embrassé fougueusement par surprise par deux hommes. Le sexe devient ensuite elliptique. Qu’est-ce qui justifie en 2018 une telle différence de traitement entre les monstrations amoureuses hétéro et homo ? Mercury rirait sous sa cape de ces pudeurs hypocrites !

Heureusement, Bohemian Rhapsody en a sous la pédale wah-wah pour se faire pardonner, et notamment dans sa coda, avec une séquence proprement hallucinante tenant de l’accomplissement miraculeux et de la double performance (celle Mercury et celle de Rami Malek, dans son marcel). Repris ici intégralement, le Live Aid équivaut au Woodstock de Joe Cocker. Mais si pour ce dernier le concert scella l’éclosion publique de son talent, Wembley marqua pour Mercury un déchirant chant du cygne…

Bohemian Rhapsody de Bryan Singer (É.-U, 2h15) avec Rami Malek, Lucy Boynton, Aaron McCusker…

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